ACTION DU SÉRUM D’ANGUILLE
un poison, qui détermine avec une certaine prédilection la condensation pycnotique du noyau. M. A. Pettit insiste sur cetie particularité. Étudiant les lésions de la portion glandulaire de l’hypophyse de certains oiseaux (poules et pigeons) provoquées par l'injection de sérum d’anguille, il signale l'abondance des pycnoses et la précocité de leur apparition. Cette particularité se retrouve quoique moins accusée et moins précoce au niveau des cellules hépatiques.
Ces nécroses cellulaires peuvent évoluer vers la résorption définitive. Nous avons assisté à la réparation de ces lésions par karyokinèses sur un de nos animaux.
L’extrème difficulté que présente cette expérimentation, à cause de la toxicité du sérum, nous a empêché de prolonger nos expériences jusqu’à l’apparition d'une cirrhose. Cette cirrhose n'aurait pas fait défaut si nous en croyons les coupes d’un foie de cobaye intoxiqué pendant vingt et un jours. Celles-ci nous montraient une légère sclérose périportale en voie de formation, les espaces portes s’unissaient par leurs pointes en certaines régions et des prolongements du tissu fibreux pénétraient entre les cellules les plus périphériques de : l’espace porte.
En somme, le sérum d’anguille, sérum fortement hémolytique ne contenant ni précipitine, ni agglutinine, possède non seulement une action noeive sur le globule rouge, mais encore une action nécrotique sur la cellule parenchymateuse du foie comme sur celle du rein.
Pourquoi les hémolysines des sérums préparées par injections de globules rouges, ne possèderaient-elles
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pas une action cytolytique? Les faits nous semblent le démontrer et portent une forte atteinte à la doctrine classique de la spécificité des sérums.
2° Action des cytotoxines hépatiques.
Les cytotoxines, obtenues par injections de cellules hépatiques,ljou par injections de nucléo-protéides hépatiques, peuvent apparaître dans des circonstances différentes. En injectant à un lapin de la substance hépatique d’une autre espèce animale, de cobaye par exemple, il se forme dans le sang du lapin une substance cytolytique pour le foie de cobaye. Cette toxine est une hétéro-hépato-toxine. Par contre, si le foie injecté au lapin provient d’un lapin, la substance cytolytique est une iso-hépato-toxine, et si le foie injecté est celui de l’animal, une auto-hépato-toxine.
HÉTÉRO-HÉPATO-TOXINE. — Âlistorique. — Parmi les cytotoxines étudiées les cytotoxines hépatiques furent les premières. |
C’est en 1900, que M. Delezenne rapportait le résultat de ses expériences. Il avait injecté à des canards et des lapins une émulsion de foie de chien. Après quelques injections espacées de huit à dix jours, il avait obtenu un sérum fortement hépatotoxique. A raison de 2 à 4 centimètres cubes par kilogramme d'animal, ce sérum suffit pour entraîner une mort rapide avec signes d'insuffisance hépatique (diminution considérable de l’urée, augmentation porellèle de l’excrétion des sels ammoniacaux dans les urines). L'examen histologique du foie de ces ani-
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maux fait découvrir tous les degrés d’une dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques.
Les expériences de Deutsch conduisent aux mêmes constatations ; cet auteur opère avec le lapin et le cobaye. Le sérum du lapin préparé gonfle in vitro les cellules hépatiques du cobaye, et par injection péritonéale détermine une nécrose des parties superficielles du foie.
Par contre, Schulze, en injectant du foie de cobaye au lapin n'arrive pas à faire naître dans le sérum de cet animal une cytotoxine. |
En France, MM. Albarran et Léon Bernard, au sujet d’une étude sur les cytolysines rénales, étudient les altérations hépatiques produites par ces toxines, et les comparent aux altérations rénales produites par les cytolysines hépatiques. Ces recherches aboutissaient à la négation de la spécificité des sérums ainsi préparés.
En Italie, M. Marrassini Alberto a l’ingénieuse idée d'employer, pour l’étude de ces sérums spécifiques, les nucléo-protéides du foie. Il remarque que l'injection de nucléo-protéide du foie de lapin à un autre lapin donne aussi bien des lésions rénales que des lésions hépatiques. Ces altérations sont plus nettes, lorsque l'injection est pratiquée par la voie péritonéale. Donc, ces nucléo-protéides possèdent une toxicité propre, moins intense cependant que celle du sérum des animaux ainsi préparés par les injections de nucléo-protéides. Ces sérums cytotoxiques ne se montrent cependant pas spécifiques. Dans plusieurs articles, Marrassini développe cette idée de la non-spécificité des prétendues cytotoxines. Il montre, que toute toxine, que ce soit une néphro ou une hépato-toxine, possède une action nocive s'étendant à la fois aux deux organes. Il n’existe pas de cytotoxine spécifique, telle est la conclusion de l’auteur italien.
Les expériences continuent sur ce sujet, et en 1904; les communications successives de MM. Henri Bierry et Auguste Pettrt, Bierry et Mayer attirent de nouveau l'attention sur les hépatotoxines. Ces auteurs adoptent le manuel opératoire de Marras-
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sini. Pour préparer les animaux, ils ne se servent plus de foie broyé, ce qui exposait à injecter du sang et ainsi à former des hémolysines, mais ils recourent aux nucléo-protéides. Ce n’est plus le foie que l’on injecte, mais la partie noble de ces albumines. En sept à huit injections intra-péritonéales au lapin espacées de huit jours d’intervalle, on injecte chaque fois 20 centigrammes d’une émulsion de nucléo-protéide de foie de chien. Huit jours après la dernière, le sang de l’animal ainsi préparé est recueilli, et le sérum en est injecté à la dose de 15 à 10 centimètres cubes dans le péritoine de chien de 12 à 15 kilogrammes.Ces animaux ne tardent pas à maigrir, ils sont abattus, leurs urines contiennent du glucose. A la mort, le foie montre des lésions de congestion avec dégénérescence graisseuse vacuolaire et granuleuse des cellules. Ces effets se produisent de la même façon quand le sang hépatotoxique a été chauffé à 55° pendant vingt minutes. Donc, la cytotoxine n'est pas détruite par la chaleur à 55°, c’est une toxine thermostabile.
Cette technique des injections de nucléo-protéides n’est pas acceptée par tous les expérimentateurs. Pearce fait encore des injections d’organe lavé et obtient ainsi un sérum cyto et hémolytique. Ces résultats ébranlent un moment ia notion de spécificité des sérums hépato-toxiques. Cioffi de même met en doute cette spécificité, et si Sivré parle de pouvoir spécifique, c’est en ajoutant, que ces effets sont extrêmement variables, pouvant parfois effleurer la cellule hépatique, d’autres fois y provoquer des altérations profondes du protoplasma, du noyau et de la membrane nucléaire.
En 1905, de nouveaux travaux sont publiés sur ce sujet. MM. Doyon et Petitjean injectent au chien du sérum decanard préparé au foie de chien et observent non seulement des altérations hépatiques mais des altérations de la coagulabilité du sang.
Wolimann étudie divers sérums cytolytiques. Tous ne sont pas rigoureusement spécifiques, certains même, particulièrement le sérum hépato-toxique,ne possèdent pas une action nettement
définie.
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= C’est aussi l’opinion de Pearce. Cet auteur montre que les lésions produites sur le foie par les injections de sérum préparé sont entièrement analogues à celles que provoque l’injection d’hémolysine.
D'après Beebe, l'absence de spécificité des sérums préparés par Pearce vient de ce que l’injection d’organe lavé fait apparaître à la fois des agglutinines, des hémolysines et des cytotoxines. Pour obvier à cet inconvénient, l’auteur anglais a recours aux injections de nucléo-protéides suivant la technique de Bierry et Mayer. Il a ainsi obtenu des sérums hépato-toxiques qui déterminent des nécroses hépatiques en épargnant les reins, la rate et le pancréas, sans provoquer même d’albuminurie,
Ce n’est pas tout. Pearce el H.-G.Jackson, à la suite de Beebe, reprennent leurs recherches. Ils emploient les nucléoprotéides et même l'acide nucléinique des organes pour la préparation des animaux. Or, contrairement à ce que l’on attendait, les sérums cytotoxiques ainsi préparés se sont montrés dépourvus de toute spécificité, et en aucun cas, on n’a constaté de lésions constantes quel que fût le sérum utilisé, En France, Armand Delille et E. Leenhardt ont récemment abordé cette troublante question de la spécificité des sérums cytotoxiques. Les sérums préparés par les nucléo-protéides de foie possèdent pour eux une action bien plus spécifique que les sérums préparés par l'extrait brut de l’organe. Ainsi, ils injectent dans les centres nerveux ce sérum hépatotoxique, et n’obtiennent aucune réaction nerveuse, contrairement à ce qu’il se produit quand le sérum est celui d’un animal préparé à la macération totale du foie.
Enfin, tout récemment, MM. Bierry, Peitit el Schaejfer rapportent à la Société de Biologie le résultat de leurs recherches. Pour eux, les cytotoxines hépatiques atteignent toujours et fortement le parenchyme rénal, elles ne possèdent donc qu’une spécificité très discutable.
Ainsi à l’époque actuelle, la notion des hépato-toxi-
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nes ne fait plus le moindre sujet de doute pour personne. Ce qui reste discutable, c’est leur spécificité. Nous montrerons, à l’occasion de nos recherches sur la réaction de fixation, combien cette spécificité est relative; dans ce chapitre, notre attention est surtout dirigée, non vers la critique de la spécificité, mais vers l'étude des lésions hépatiques ainsi produites et vers leur évolution.
Technique. — Nous avons eu recours, pour préparer nos animaux, aux injections nucléo-protéides de foie. Cette substance fut extraite du foie broyé etlavé d’après la technique de Bierry et Mayer.
Le foie macère pendant vingt-quatre heures à la glacière en présence de cristaux de thymol dans une solution de carbonate de soude à 2 0/00. Après ce séjour, on filtre le mélange. La solution filtrée est précipitée ensuite par l’adjonction de quelques gouttes d’acide acétique. Dès qu’il se forme des flocons blanchâtres de nucléo-protéides, on arrête l’addition d’acide; il est bon de ne pas trop acidifier le milieu, les nucléo-protéides se dissolvant en milieu trop acide. Filtrer de nouveau, laver le filtre à l’eau acidulée puis à l’eau distillée, et dissoudre le précipité recueilli sur le filtre à l’aide de la solution de carbonate de soude. Bierry et A. Pettit recommandent de répéter la précipitation et la filtration, nous nous sommes contentés de cette première manipulation, la deuxième entraînant souvent une grosse perte de nucléo-protéide,
Au lieu d'employer les nucléo-protéides à l’état d’émulsion dans le sérum,comme le font presque tous les expérimentateurs, nous les avons injectés à l’état de solution alcaline. Pour chaque injection, nous avons employé en général un extrait différent.
Nos solutions alcalines préparées toujours de la même façon contenaient entre 14 et 22 grammes par litre de nucléo-piotéide, ce qui correspondait à 0,014 ou 0,022 par centimètre cube.
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On pratiquait pendant un mois ou deux, tous les trois ou dix Jours, une injection intra-péritonéale à la dose de 20 centimètres eubes chaque fois d’une solution ainsi obtenue à un animal. Dix à quinze jours après la dernière injection, l’animal était saigné aseptiquement à l’aide d’une canule de verre dans la carotide. Le sérum était conservé à la glacière.
Les résultats obtenus par injections de ces sérums hépatolytiques sont indépendants le plus souvent de la provenance du sérum, nos animaux étant presque toujours préparés de la même façon à l’aide de nucléoprotéides hépatiques. Une division s'impose, leslésions varient suivant que les injections ont rapidement tué l’animal ou lui ont permis une plus ou moins longue survie. Nous distinguerons donc l’action précoce et rapide, l’action moyenne de durée (5 à 15 jours) et l’action tardive (1 à 2 mois).
Action précoce et rapide. — Lorsque l’animal succombe en douze ou vingt-quatre heures, les lésions hépatiques consistent en une dégénérescence granuleuse accusée avec lésions nucléaires sous la forme de pycnose et de caryorrexie. Ces dégénérescences accompagnées d’atrophie des cellules peuvent atteindre déjà le stade vacuolaire et graisseux. Elles se localisent particulière ment sur les cellules du centre du lobule et des zones périportales. La partie moyenne du lobule n’est pas épargnée, on y voit de nombreuses figures étoilées.
Action de durée moyenne. — Chez deux cobayes, la durée de l'expérience est de cinqjours.Les lésions constatées à l’autopsie sont à peu près du même ordre. Le péritoine contient un épanchement séro-sanguinolent
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et des fausses membranes fibrineuses, le foie est particulièrement congestionné.
A l'examen histologique, on découvre une congestion généralisée à tout le lobule, mais prédominant au centre. À ce niveau les cellules hépatiques sont frappées de dégénérescence granuleuse avec pycnose du noyau.
Dans le foie d’un cobaye et d’un chien, nous remarquons déjà cinq jours après l'injection de sérum hépatotoxique, des foyers de cellules conjonctives jeunes au niveau de l’espace porte. C’est le début d’une réaction interstitielle.
Sur un autre chien, l'expérience est prolongée pendant quinze jours. Deux prises de foie, l’une au troisième jour, l’autre au quinzième jour, nous permettent de suivre l’évolution des lésions hépatiques. Le premier examen fait découvrir une congesiion diffuse du lobule avec légère dégénérescence granuleuse des cellules qui avoisinent l’espace porte. Douze jours plus tard, le deuxième examen du foie faisait remarquer l’abondance de cellules en dégénérescence granuleuse et vacuolaire au niveau de l’espace porte et au cenire du lobule. La congestion est moins prononcée. Il est facile de voir que les lésions se sont accusées au deuxième examen, cetteévolution progressive des altérations est commune au cours des altérations par les hépatotoxines.
Action tardive. — Nous avons vu avec quelle constance et même quelle précocité un sérum hépatotoxique donne des altérations cellulaires dans le parenchyme hépatique. Que deviennent ces lésions ?
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Peuvent-elles être l’origine de cirrhoses ? C’est le point que nous devions chercher à éclaircir. Il nous fallait prolonger l’action des cytotoxines, les injecter à faibles doses et ainsi obtenir une plus ou moins longue survie.
Nos résultats sont loin d'offrir une constance régulière. Les lésions diffèrent souvent suivant la toxicité du sérum et suivant la dose injectée. Elles sont plus ou moins étendues, plus ou moins profondes. Mais, si leur degré varie, leur existence du moins ne fait pas le moindre doute. Le parenchyme hépatique est même fortement intéressé.
1° Altérations macroscopiques.— Les altérations macroscopiques, d’ailleurs, se présentent avec des caractères constants. Un mois ou trois semaines après une injection de sérum hépato-toxique aseptique, le péritoine porte les traces d’un péritonite subaiguë. Un liquide clair et filant s'écoule à son ouverture, les anses intestinales sont agglutinées par desadhérences qui les unissent d'autre part au péritoine pariétal. Quant au foie, il est enfoui dans un foyer d’adhérence, cette péri-hépatite unit intimement le foie au diàphragme. La capsule hépatique est épaissie et prend l’aspect typique du foie glacé. Le foie n'est pas le seul organe. entouré d’une telle réaction, on retrouve autour de la rate une périsplénite adhésive. Cette périsplénite est tellement considérable qu’il est souvent difficile de disséquer la rate.
2° Altérations histologiques. — Après un mois d’expérience, les altérations cellulaires consistent, comme
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après quinze jours, en des figures de dégénérescence granuleuse ougranulo-graisseuse avec ou sans pyenose du noyau. Ces dégénérescences se localisent de même autour de l’espace porte et au niveau du centre du lobule.
Quant à la réaction interstitielle, elle se montre surtout au niveau de l’espace porte sous la forme d’amas de cellules conjonctives jeunes et de polynucléaires. Dans ces îlots, apparaissent des fibres collagènes, qui envoient des expansions réticulaires entre les cellules hépatiques les plus voisines et aussi les plus frappées par la dégénérescence granuleuse. Bientôt, l’espace porte est devenu fibreux, il envoie des prolongements vers les espaces environnants. Ce tissu de sclérose étouffe presque toujours des cellules hépatiques fortement dégénérées avec un noyau en pycnose.
Cette réaction conjonctive se montre encore plus accusée au niveau de la capsule hépatique. Ici on découvre une zone épaisse formée de la juxtaposition de cellules conjonctives, de polynucléaires et de cellules hépatiques profondément altérées. Entre les cellules, l’infiltration de fibrilles conjonctives est déjà serrée. Ce tissu ne reste pas localisé à la capsule, il plonge par endroits dans le parenchyme, esquissant l’aspect d’une cirrhose annulaire.
Par des prises successives de foie, nous avons étudié la marche de ces lésions. Nous sommes arrivés aux
conclusions suivantes :
L'altération cellulaire est toujours primitive,elle-peut
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