‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 14 sur 181 · LA LITTÉRATURE HÉBRAÏQUE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE HÉBRAÏQUE

La langue hébraïque appartient à la famille des langues sémitiques conjointement avec les branches syriaque, médique, arabique et abyssinique.

La branche hébraïque comprend :

lo. La langue hébraïque, qui se subdivise elle-même en trois dialectes : Vhébreu ancien, qui cessa d'être parlé après la captivité de Baby-

(1) Larousse, Grand dictionnaire universel, verbo Chine, (passim.)

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lone; le chaldéen, qui remplaça l'hébreu ancien; il fut parlé et écrit jusqu'au Xle siècle; le samaritain, formé sept siècles avant J.-C. par le mélange de l'hébreu, du syriaque et du chaldéen ; le rahbinique, créé par les savants juifs espagnols.

L'alphabet hébreu qui, en se modifiant successivement, a produit les alphabets grec, romain, gothique et slave, est composé de vingt-deux lettres qui s'écrivent de droite à gauche et dont le type et la valeur n'ont éprouvé que peu de variation.

2o. La branche pliénicienne, parlée jadis sur une des côtes de Syrie et sur toutes les côtes de la Méditerrannée. Les médailles antiques de Tyr et de Sidon font connaître les lettres de son alphabet.

3o. La langue punique ou carthaginoise, parlée encore en Afrique du temps de St. Augustin. Il ne nous en reste que quelques inscriptions, avec quelques médailles de Carthage et seize vers dans le Poenulus de Plante. (1)

Il avait été donné au peuple hébreu l'immense avantage de posséder dans son sein les lumières divines et la tradition évangélique.

Ses écrivains sont incomparables et n'ont pas été surpassés. C'est Moïse, l'homme le plus extraordinaire de l'antiquité, "le plus ancien des historiens, le plus sage des législateurs," suivant l'expression deBossuet; c'est David, la plus glorieuse personnification littéraire du peuple hébreu ; David, ce chantre célèbre qui pleure son péché avec des accents si tristes et si pénétrants ; c'est Isaïe, choisi de Dieu dès l'enfance pour être la lumière d'Israël ; Isaïe, le premier des quatre grands prophètes, qui porta le genre prophétique à sa plus haute perfection ; c'est Jérémie dont les lamentations percent les coeurs de marbre et qui excella dans le genre élégiaque ; c'est Solomon, le plus sage des hommes de son temps ; c'est Baruch qui a fait l'étonnement et l'admiration de Lafontaine ; c'est Ezéchiel dont la voix sublime a parfois égalé celle d'Isaïe ; c'est Daniel du sang royal de Juda, dont les talents étonnèrent Nabuchodonosor ; ce sont les petits prophètes : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie, tous brillants météores qui illuminèrent la terre d'Israël.

L'histoire de la littérature hébraïque finit comme elle commence : c'est dire qu'elle est toujours belle, inimitable par sa simplicité, ses images

(1) Lalanue: Un million des faits ; Philologie, p. 1287.

et ses tableaux. Elle a des réprésentants dans presque tous les genres : poésie dramatique, poésie lyrique, poésie didactique, poésie élégiaque. On y trouve l'histoire, la législation, la politique, l'économie sociale, les tableaux riants, les peintures de mœurs, les portraits largement dessinés. Les pères de l'église ont parlé avec admiration de l'Ancien Testament. Ecoutons Fénélon, ce grand admirateur de l'antiquité classique. '' Jamais, dit-il, Homère n'a approché la sublimité de David dans ses cantiques, jamais aucune poëte n'a égalé Isaïe peignant la majesté de Dieu. Qu'y a-t-il de comparable au tendre Jérémie déplorant les maux de son peuple. Il y a autant de différence entre les poètes profanes et les prophètes qu'il y en a entre le véritable et hfaux enthousiasme."

'' C'est un corps d'ouvrage bien singulier, dit Chateaubriand, que celui qui commence par la Genèse et qui finit par V Apocalypse, qui commence par le style le plus clair et qui se termine par le ton le plus figuré. Ne dirait-on pas que tout est grand et simple dans Moïse, comme cette création du monde et cette innocence des hommes primitifs qu'il nous peint, et tout est terrible et hors de la nature dans le dernier prophète, comme ces sociétés corrompues et cette fin du monde qu'il nous réprésente ?

" Les productions les plus étrangères à nos mœurs ; les livres sacrés des nations infidèles, le Zend-Avesta des Perses, les Vedas des Brahmes, le Coran des Turcs, les Edda des Scandinaves, les maximes de Confu-, cius, les poèmes sanscrits ne nous surprennent point ; nous y retrouvons la chaîne ordinaire des idées humaines, ils ont quelque chose de commun entre eux, et dans le ton et dans la pensée. La Bible seule ne ressemble à rien : c'est un monument détaché des autres. Expliquez-la à un Tartare, à un Cafre, mettez-la entre les mains d'un bonze ou d'un derviche ; ils en seront également étonnés. Fait qui tient du miracle ! Vingt auteurs, vivant à des époques très éloignées les uns des autres, ont travaillé aux livres saints et quoiqu'ils aient employé vingt styles divers, ces styles toujours inimitables, ne se rencontrent dans aucune composition. Le Nouveau Testament, si différent de l'Ancien, partage au moins avec celui-ci cette étonnante originalité.

" Ce n'est pas la seule chose extraordinaire que les hommes s'accordent à trouver dans l'Ecriture ; ceux qui ne veulent pas croire à l'authenticité de la Bible croient pourtant, en dépit d'eux-mêmes, à quelque chose dans cette même Bible. Déistes et athées, grands et petits, attirés par je

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ne sais quoi d'inconnu, ne laissent pas de feuilleter sans cesse l'ouvrage que les uns admirent et qu3 les autres dénigrent. Il n'y a pas une position dans la vie pour laquelle on ne puisse rencontrer dans la Bible un verset qui semble dicté tout exprès. On nous persuadera difficilement que tous les événements possibles, heureux ou malheureux, aient été prévus avec toutes leurs conséqui;nces dans un livre écrit de la main des hommes. Or il est certain qu'on trouve dans l'Ecriture :

" L'origine du monde et l'annonce de sa fin.

" La base des sciences humaines.

" Les principes pratiqués depuis le gouvernement du père de famille jusqu'au despotisme ; depuis l'âge pastoral jusqu'aux siècles de corruption;

" Les préceptes moraux applicables à la prospérité et à l'infortune, aux rangs les plus élèves, comme aux rangs les plus simples de la vie ;

" Enfin toutes les sortes de style, qui forment un corps unique de cent morceaux divers, n'ayant toutefois aucune ressemblance avec le style des hommes." (1)

" La Bible dit Lacordaire, depuis son premier verset jusqu'au dernier, depuis le Fiat lux jusqu'à l'apocalypse, est un enchaînement magnifique, un progrès lent et contenu, où chaque flot pousse celui qui le précède et porte celui qui le suit. Les siècles, les événements, les doctrines s'y entrelacent du centre de la circonférence dans leur réseau sans couture, ne laissant ni vide, ni confusion. L'antiquité et la réalité y répandent un égal parfum ; c'est un livre qui se fait chaque jour, qui croît naturellement comme un cèdre, qui a été témoin de tout ce qu'il dit, et qui ne dit jamais rien qu'avec la vue de tout et qu'avec la langue de l'éternité." (2)

Malgré l'aridité du langage hébreu, qui prêtait peu aux tours poétiques; on reconnaît dans la Bible de grandes beautés littéraires. La vivacité des" tours, les allégories continuelles, une originalité d'expression rare, une hardiesse d'images qui rend les choses claires et compréhensibles pour l'intelligence la moins développée, font de ce livre une des plus belles productions littéraires. Moise prêtera à la divinité un langage sublime ; Jérémie mettra des larmes dans sa voix ; Isaïe sera ter-

(1; Génie du Christianisme.

(2) Conférences.

rible, il prophétisera avec indignation la chute des empires et la ruine des cités ; il emploiera les comparaisons vives et naturelles : tantôt c'est la foudre qui gronde, l'éclair qui sillonne la nue, le bruit des vagues qui battsnt le rocher ; tantôt c'est l'ouragan qui souffle dans la plaine, c'est la terre qui s'agite et qui tremble sur ses bases ; c'est le soleil, la lune, les autres planètes qui voilent leur face en présence de la Divinité.

La poésie biblique est essentiellement parabolique, comme toutes les poésies de l'Orient, Dans ce langage parabolique on distingue surtout la forme sentancieuse, la forme figurée et le sublime dans les figures.

Le style sentencieux consite, dit Lowth, principalement dans l'égalité des membres de chaque période et dans une sorte de parallélisme qui existe entre eux ; de telle manière que le plus souvent dans deux de ces membres les objets répondent aux objets, les expressions, aux expressions, avec la plus exacte symétrie.

En voici des exemples :

Je serai pour Israël une rosée ; il germera comme un lys, il poussera des racines comme le Liban, ses rejetons s'étc3ndront au loin ; sa beauté sera égale à celle de l'olivier ; et son odeur pareille à celle qui s'exhale du Liban.

Le second caractère de la poésie hébraïque est le figuré. La métaphore, la comparaison, l'allégorie, la prosopopée, l'oblation, le serment, les imprécations viennent tour à tour donner de la force au style. Ecoutons Isaïe nous donner une idée du bonheur par cette métaphore :

La lumière de la lune égalera celle du soleil à son midi ; les rayons du soleil auront sipt fois plus d'éclat.

; Dans un autre passage il change de langage, poursuivant toujours la même idée.

La lune sera couverte de honte et le soleil à son midi rougira ;

Lorsque le Dieu des armées viendra régner.

Sur la montagne de S ion et de Jérusalem ;

Et qu'il se montrera dans toute sa gloire au milieu de ses vieillards.

David s'écrie : Qui me donnera des ailes comme à la colombe, afin que je prenne mon vol et que je cherche un lieu de repos.

Le prophète royal met dans la bouche d'un Israélite, captif à Babylone, le serment de ne jamais oublier Jérusalem :

Comment chanterons-nous le cantique du Seigneur sur une terre

étrangère? Si je t'oublie Jérusalem, que ma main se dessèche; que ma langue s/attache à mon palais, si je ne me souviens pas de toi.

Quand il s'agit de peindre Dieu dans sa vengeance, les écrivains bibliques savent donner un nouvel éclat aux plus grandes pensées et une majesté nouvelle aux idées les plus imposantes. Ils nous peignent le Très- Haut enflammé de colère ; il brise, écrase, foule aux pieds les impies ; il livre les peuples aux bras d'Israël afin que, semblable à un homme armé de dents, il les broie ou les réduise en poudre sous ses pieds d'airain ; il souffle sur ses ennemis, devenus plus légers que le chaume des montagnes, et les disperse par le tourbillon de son indignation.

Les beautés de ce genre sont sans nombre. On en rencontre à toutes les pages de la Bible. On dira : " la terre chancelle comme un homme ivre," pour marquer l'approche du jugement dernier ; ou encore : " la terre s'agite et tremble, les fondements des montagnes s'écroulent."

Ce qu'il y a de plus saillant dans la littérature sacrée, c'est le sublime : sublime dans les pensées, dans la diction, dans les images, dans les sentiments. La simplicité et le naturel ne perdent pas non plus de leur grâce. La période est presque toujours la même. Le verbe vient en premier lieu, puis le mot désigné pour être l'agent et le reste suit.

Moïse avec la naïveté et le sans-façon d'un enfant raconte l'acte le plus imposant qui ait été fait : le création du monde. "Çi/e la lumière soit, dit le Seigneur. Moïse ajoute: et la lumière fut.

Le Seigneur dit en parlant du méchant qui veut s'élever contre ses grandeurs : J'ai passé outre et il n'était pliLs.

Souvent nous rencontrons une longue suite d'idées sublimes qui se succèdent sans se nuire et dont les beautés rejaillissent sur l'ensemble. Ce n'est plus un mot, une phrase, une idée qui fait l'effet du merveilleux, c'est une suite de pensées, un enchaînement d'idées.

Ecoutons les plaintes de Job :

Puisse périr le jour où je suis né et la nuit en laquelle il a été dit : un homme a été conçu !

Pourquoi le jour a-t-il été donné au misérable et la vie à ceux qui sont dans l'amertume du cœur.

L'homme né de la femme vit peu de temps et il est rempli de beaucoup de misères.

La terre, dit Isaïe, chancellera comme un homme ivre : elle sera transportée comme une tente dressée pour une nuit.

Ezéchiel, prophétisant la ruine de Tyr, s'écrie : " Les vaisseaux trembleront maintenant que vous êtes saisi de frayeur, et ils seront épouvantés dans la mer en voyant que personne ne sort de ses portes."

L'empire se flétrira comme la vigne tendre, comme l'olivier qui laisse toute sa fleur.

En parlant du méchant :

Il a conçu la douleur et enfanté l'iniquité.

Si Job veut donner une idée de la grandeur de Dieu, il dira : L'enfer est comme devant ses yeux ; c'est lui qui lie les eaux dans les nuées, il ôte le baudrier aux rois, et ceint leurs reins d'une corde.

Ces citations, prises au hasard, suffiront pour démontrer la sublimité du langage, la finesse de l'expression, la grandeur des images et le ton sentencieux qui va si bien à la littérature hébraïque.

La comparaison nous aide souvent à établir la véracité des faits : comparons la Bible avec les ouvrages d'Homère.

La Bible et les poëmes du grand épique grec nous représentent la plus haute antiquité. Si nous voulons nous former une idée des mœurs antiques il nous faut ouvrir la Bible et les œuvres d'Homère. Si Jacob et Nestor, dit Chateaubriand (1) ne sont pas de la même famille, ils sont au moins des personnages connus et l'on voit à leur histoire qu'il n'y a pas loin des tentes d'Israël aux palais de Pilos. Mais quelle difî"érence entre ces deux créations littéraires sous le rapport de la simplicité, de l'antiquité des mœurs, de la narration, de la description, des comparaisons, des images et du sublime !

Homère est simple parfois, mais ce n'est pas la simplicité de la Bible qui est plus courte, plus grave, plus sentencieuse, tandis qu'Homère est long, difl'us, brillant.

Les palais dans Homère se touchent de près ; on y rencontre des esclaves en grande tenue, qui suivent, en foule, les pas du maître pour exécuter ses moindres désirs. Tout ressent le luxe, la volupté et une richesse d'apparat tout à fait contraire aux mœurs des anciens.

Dans la Bible rien de tout cela. Une tente dressée à l'ombre d'un palmier, des sièges rustiques, des serviteurs qui rappellent l'homme des champs, une table de bois dressée avec frugalité, voilà toute la richesse

(1) Génie du christianisme.

des premiers âges. Cette antiquité de mœurs est bien plus naturelle que la première.

Jacob, assis sous un palmier séculaire à l'entrée de sa tente, distribue la justice à ses pasteurs. " Mettez la main sur ma cuisse, dit un de ces augustes vieillards, et jurez d'aller en Mésopotamie." Homère aurait dit : " Approchez jeune et bel esclave, approchez pour écouter l'ordre que le maître va vous dire. Vous allez prendre les cieux à témoins que de suite vous irez en Mésopotamie exécuter les ordres que je vais vous donner, jurez ! "

Les descriptions, les narrations, et les comparaisons d'Homère sont bien plus longues, plus surchargées que celles de la Bible. Un trait, un mot, suffit à l'écrivain sacré pour en dire plus qu'Homère en de longues pages.

Les contrastes de la Bible font naître un sublime qu'Homère nous donne qu'après l'avoir longtemps préparé. En sorte que le premier paraît comme la foudre tandis que le second n'en est que les signes avant-coureurs.

moïse.

Histoire, — Législation, — Poésie dramatique.

Moïse, un des plus grands génies des temps anciens, a écrit le Pentateuque, cet admirable tableau des premiers âges du monde.

Le premier tableau qui s'offre à notre admiration est l'œuvre des sept jours. Il raconte avec tant de vérité qu'il nous fait assister à ces grandes scènes. Puis l'historien passe successivement en revue les événements mémorables qui suivirent la création. C'est le déluge, la ruine de Sodôme, les dix plaies d'Egypte, le départ des Juifs de ce malheureux pays et le passage de la mer rouge, la descente de Dieu sur le mont Sinaï pour y promulguer sa loi, l'histoire de Caïn et d'Abel, le récit du sacrifice d'Abraham, l'histoire du mariage d'Isaac et de Bebecca : telles sont les plus beaux passages du Pentateuque. " Cette œuvre incomparable, in imitable, dit un critique, est pour le monde ancien, ce qu'est l'Evangile pour le monde nouveau, c'est-à-dire un phare immense élevé sur l'océan des âges, non-seulement pour éclairer la course de l'humanité qui le traverse mais encore pour révéler la nature et le terme de cette marche à l'observateur qui l'ignore."

Moïse, par la sagesse de son administration, a fait grandir dans un court espace de temps le peuple d'Israël. Il apparaît parmi ses frères d'Egypte, aussitôt on le remarque à la sagesse qui découle de ses lèvres ; on le reconnaît comme chef. La tribu était dispersée, il la rallie, lui donne du courage et la fait sortir victorieuse de la terre des Pharaons.

Le Pentateuque renferme des morceaux de poésie et des discours admirables. Le cantique après le passage de la mer Rouge est considéré comme une des plus belles pièces de poésie ancienne. Il en est de même du discours prophétique qu'il met dans la bouche de Jacob avant de rejoindre ses frères.

Le Deutéronome contient aussi des beautés poétiques qui attirent l'attention du critique. C'est la nature entière, tout ce qui existe, tout ce qui a un nom, que Moïse appelle comme témoin des louanges qu'il va rendre à Dieu et des oracles qui vont sortir de sa bouche. Aussi, l'imagination ne peut rien se représenter de plus admirable que ce début sublime :

" Cieux écoutez ma voix, terre prête l'oreille."

Les ouvrages du grand chef Israélite sont remplis de modèles d'éloquence.

Ici, c'est le discours qu'il adresse au Seigneur sur l'adoration du veau d'or, là, sur son lit de mort, à l'extrémité d'une carrière si bien remplie, il donne à son peuple des conseils et des instructions paternelles, il termine son discours par cette péroraison. "Je prends aujourd'hui, à témoins, le ciel et la terre que je vous ai montré le bien et le mal, la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisissez."

Josué le remplaça dans le gouvernement.

A Josué succédèrent les Juges, sous le gouvernement desquels apparurent la suite des livres historiques, faisant pendant aux cinq livres de Moïse : Josué, les juges, Ruth. Sous le gouvernement des Rois, qui remplaça celui des juges, apparurent : Les Rois, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique des Cantiques, les Paralipomènes, Esdras, Tohie, Judith et Esther.

Le récit du livre de Josué est vraiment dramatique et éloquent. Ce livre raconte la vie et les victoires du successeur de Moïse. Dans le livre des Rois est continuée l'histoire des Israélites, depuis la mort de Josué jusqu'au gouvernement de Samuel. L'histoire de Gédéon, celle de Samson et l'épisode de Jephté sont d'un caractère dramatique et saisis-

sant. Qui n'a lu la touchante histoire de Ruth ? " Cette délicieuse épisode dit l'abbé Henry, est un doux repos pour l'âme ; elle retrace, sous les couleurs les plus vives, les mœurs admirables et simples de ces temps reculés." Les livres des Rois sont au nombre de quatre. Ils racontent l'histoire de leur règne. On considère les Paralipomènes comme un recueil de généologie et un appendice du livre des Rois. La délivrance des Juifs captifs à Babylone est relatée dans les deux livres d'Esdras. Le livre de Tobie raconte la vie de deux Juifs de ce nom. Le grand, le sublime, le pathétique en font le principal caractère ; la magnificence des expressions répond à la noblesse des pensées. Le livre de Judith a un caractère tout épique ; c'est l'histoire de la délivrance de Béthulie par le courage de Judith. Quel charmant épisode que le livre d'Esther, épouse d'Assuérus !

Maintenant, nous dirons un mot de la poésie dramatique, chez les Hébreux, dont Moïse est le premier instigateur dans ses ouvrages historiques.

" Deux espèces principales de compositions semblent s'être emparées, exclusivement à toute autre, du titre de poésie dramatique. Une coutume généralement reçue ne permet d'entendre par là que la tragédie et la comédie. Cependant, cette dénomination a une acception plus étendue. Elle se rapporte, à proprement parler, à la forme extérieure du discours et peut s'appliquer avec justesse à toute composition dans laquelle paraissent des personnages qui parlent, tandis que le poëte garde le silence, comme on le voit dans plusieurs pastorales de Théocrite et de Virgile, dans quelques satyres d'Horace, et dans deux de ses odes. En conséquence on peut diviser la poésie dramatique en deux espèces : l'une que nous appellerons inférieure et qui peint les mœurs, les passions, les actions, en employant la forme imitative par le secours de quelques personnages ; l'autre que nous désignerons par la qualification de supérieure , et qui, à tout cela, joint une fable ou une action unique, complète, d'une étendue assez considérable, dans laquelle les incidents naissent les uns des autres, et qui enfin, par un enchaînement varié d'événements toujours nouveaux, se terminent à un dénouement. Cette dernière espèce embrasse la tragédie et la comédie qui sont distinguées du poëme dramatique du genre inférieur, par l'existence de cette action, de même qu'elles s'éloignent de l'épopée par la forme du discours. (1)

(i) Mgr. Plantier.

On trouve ces deux espèces de poésie dramatique chez les Hébreux. Les Psaumes XXIII et CXX nous oifrent des exemples du genre inférieur, tandis que le livre de Job et le Cantique des Cantiques nous offre des modèles du genre supérieur qui constitue à lui seul, à vrai dire, le drame régulier et parfait.

On ne peut rien concevoir de plus admirable que ces deux livres qui sont les plus poétiques, mais aussi les plus obscurs de l'Ancien Testament.

Rien n'égale la douleur de Job. " Aucun écrivain, dit Chateaubriand, n'a poussé la tristesse au degré où elle a été portée par le saint arabe ; pas même Jérémie qui peut seul égaler les lamentations aux douleurs, comme parle Bossuet,"

Je ne veux pas passer sous silence une peinture du cheval qui, comme dit Villemain, est frémissante de poésie.

Est-ce toi qui a donné la force au cheval et qui a hérissé son cou d'une mouvante crinière ?

Le feras-tu bondir comme la soubrette ?

Son hennissement, c'est la voix du tonnerre ;

Il creuse du pied la terre ; il s'élance avec audace ;

Il court au-devant des armes, il se rit de la peur ;

Il affronte la glaive. Vienne le carquois à retenir sur lui ;

Viennent à frissonner le bouclier et la lance.

Il bouillonne, il frémit, il dévore la terre ;

Il ne peut croire dans son ivresse que la trompette l'appelle ; l'a-t-il comprise ? Il se dit : Vah !

De loin, il savoure l'odeur des combats, la voix tonnante des chefs et le cri des armées.

Ailleurs, Job nous donne une idée de l'aigle et de ses mœurs ; c'est un naturaliste ausssi profond qu'un peintre distingué.

A ta voix, a dit le Seigneur, l'aigle s'élève pour aller suspendre son aire sur les abîmes ?

Vois-le qui s'établit dans le creux des montagnes, sur les sommets abruptes et les rocs escarpés !

De là, il considère sa proie et son regard perce à l'inj&ni.

Il abreuve ses aiglons de sang, et partout où repose un cadavre, aussitôt il est là.

Virgile, Voltaire, Lamartine, Ducis, Delille, Buffon, tous grands poètes et naturalistes, nous ont donné des peintures du cheval et de l'aigle qui n'égalent pas celle-là.

" Quand vous lisez ce poëme, dit Yillemain, à cette description du cheval si frémissante de poésie, à ces entretiens de Job avec ses amis, à ces paroles magnifiques pour peindre les splendeurs de la nature, vous êtes au milieu des rites, des mœurs et de l'imagination arabes ; vous êtes dans le désert et sous la tente ; vous sentez mieux cette nature orientale que par aucun récit, aucune recherche profonde."

Le Cantique des Cantiques est admirable. C'est un entretien familier de Solomon avec son épouse. Mais qui ne voit ici l'allégorie — l'Eglise, la mère de tous et l'épouse du Christ. Salomon en prophétise la venue.

Je laisse la parole à Bossuet.

" Tout ce cantique abonde en sujets délicieux ; partout l'œil n'aperçoit que des fleurs, des fruits, une profusion de plant :s les plus* agréables, le charme du printemps, des campagnes fertiles, des jardins frais et fleuris, des eaux, des puits, des fontaines : l'odorat est frappé des plus douces odeurs que l'art a préparées ou qui sont l'ouvrage de la nature. Nous y voyons des colombes, de plaintives tourterelles, du miel, du lait, des flots d'un vin exquis ; enfin, dans les deux sexes nous n'admirons que grâce, qu'éclat, que beauté, que chastes embrassements, qu'amours aussi douces que prodigues. Si quelques objets terribles, tels que des rochers, les montagnes sauvages, le repaire d'un lion y frappent notre vue, c'est pour accroître encore, par le contraste et la variété, le charme du tableau le plus gracieux."

On a pensé que Théocrite, poëte pastoral qui vivait du temps des Septantes et qui figurait avec eux à la cour de Ptolémée Philadelphe, avait emprunté quelques traits du cantique de Salomon.

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