DAVID
Poésie Lyrique.
Jouir, aimer et admirer, telle a été la vie de David, tel a été l'objet de ses chants.
Nous avons de lui les Psaumes, trésor précieux pour l'Eglise qui en a fait son chant habituel. Les poètes y trouvent l'inspiration, le pauvre des consolations à ses peines, le riche un frein à ses passions.
C'est parce que David est bien convaincu de l'importance du culte, qu'il s'écrie avec cette onction qu'on lui connaît :
Louez le Seigneur habitants des cieux ; Louez le Seigneur dans les régions élevées ; Louez le Seigneur vous qui êtes ses anges. Louez le Seigneur vous tous qui êtes son armée.
L'ode se nourrit surtout de grands sentiments. Il lui faut la réalité ; elle n'admet point la fiction et le faux enthousiasme.
Horace a écrit des odes, mais quelle difierence avec les chants de l'écriture sainte ! L'enthousiasme n'y règne pas. Le feu sacré qui vivifie la poésie lyrique, qui la fait admirer, ce feu qui change l'homme en poëte ne se trouve pas dans Horace du moment qu'il laisse les épitres pour écrire ses odes.
Convaincu des grandes vérités qu'il proclame, David a toujours des sons harmonieux qui font vibrer d'enthousiasme les fibres de l'âme.
Les images jaillissent sans efforts, sous sa plume.
Les Psaumes, au nombre de 150, traitent de tous les sujets; ils s'appliquent à toutes les circonstances particulières de la vie. Il y a une pensée pour tous les cœurs, un antidote pour toutes les maladies de l'âme.
Des critiques ont attribué quelques-uns des Psaumes, à Asaph, Eman, Iditlmn, aux enfants de Corée, etc., mais tous reconnaissent que David est l'auteur du plus grand nombre.
Pindare a excellé dans le genre lyrique. Cependant, comme Horace, il n'a pu s'élever à la hauteur de l'écrivain sacré. Voici ce qu'en pensent de Maïstre et Lamartine.
" Les odes du poëte lyrique grec sont des espèces de cadavres dont l'esprit s'est retiré pour toujours. Que vous importent les chevaux de Hiéron ou les mules d'Agésias ? Quel intérêt prenez-vous à la noblesse des villes et de leurs fondateurs, aux miracles des dieux, aux exploits des héros, aux amours des nymphes ; le charme tenait au temps et aux lieux : aucun effet de notre imagination ne peut le faire renaître. Il n'y a plus d'Olympie, plus d'Elide, plus d'Alphée ; celui qui se flatterait de trouver le Péloponèse au Pérou serait moins ridicule que celui qui le chercherait dans la Morée. David, au contraire, brave le temps et l'espace parce qu'il n'a rien accordé aux lieux et aux circonstances : il n'a chanté que Dieu et la vérité, immortelle comme lui. Jérusalem n'a point disparu pour nous, elle est toute où nous sommes et c'est David surtout qui nous la rend présente." (1) (1) De Maistre. Soirées de Saint Pétersbourg,
L'auteur des Méditations poétiques s'écriait sur les lieux mêmes où chanta le psalmiste :
" David est le premier des poëtes du sentiment ! C'est le roi des lyriques ! Jamais la fibre humaine n'a résonné d'accords si intimes, si pénétrants et si graves ! Jamais la pensée du poëte ne s'est adressée si haut et n'a lui si juste ! Jamais l'âme de l'homme ne s'est répandue devant l'homme et devant Dieu en expressions et en sentiments si sympathiques, si tendres, si déchirants ! Tous les gémissements du cœur humain ont trouvé leur voix et leur note sur les lèvres et sur la harpe de cet homme, et si l'on remonte à l'époque reculée où de tels chants retentissaient sur la terre ; si l'on pense qu'alors la poésie lyrique des nations les plus cultivées ne chantaient que le vin, l'amour, le sang et les victoires des muses et des coursiers dans les jeux de l'Elide, on est saisi d'un profond étonnement aux accords mystiques du Roi-Prophète... Lisez de l'Horace ou du Pindare après un psaume ! Pour moi je ne le peux plus." Les hymnes de David ne ressemblent pas aux autres chants de la littérature sacrée. Dans le psaume la prière s'échappe des lèvres du prophète royal. Il loue le Seigneur, toujours, partout, sans cesse. Il ne décrit pas ; il emploie toutes ses ressources, tout son talent à louer, à bénir et à admirer. Ses écrits sont une véritable préparation évangélique.
David a péché, mais le repentir ne fut pas lent à suivre la faute, et ce fut une occasion nouvelle pour montrer sa grande âme et la profondeur des sentiments qui l'agitait. Il est prêt à recevoir avec résignation tous les fléaux du Seigneur ; il veut lui-même publier ses iniquités, son crime est constamment devant ses yeux et la douleur qui le ronge ne lui laisse aucun repos. Sur son trône, entouré de ses sujets, au milieu de Jérusalem qui publie sa grandeur, David s'écrie qu'il est seul comme le pélican du désert, comme l'orfraie cachée dans les ruines, comme le passereau solitaire qui gémit sous le faîte aérien des palais. Il consume ses nuits dans les gémissements et sa triste couche est inondée de larmes. Les flèches du Seigneur l'ont percé. Il n'y a plus rien de sain en lui, ses os sont ébranlés, ses chairs se détachent, il se courbe vers la terre, son cœur se trouble, toute sa force l'abandonne, la lumière même ne brille plus pour lui, il n'entend plus, il a perdu la voix, il ne lui reste que l'espérance.
David est prophète. Avec quel œil perçant ne lit-il pas dans l'avenir !
Des hauteurs où il plane, il aperçoit les grandes scènes qui se préparent, L'Homme-Dieu qui s'avance, et la terre entière est régénérée. De tous les points de la terre, s'écrie-t-il, les hommes se ressouviendront du Seigneur et se convertiront à lui ; il se montrera, et toutes les familles humaines s'inclineront.
" Il est exaucé, dit Joseph de Maistre, parce qu'il n'a chanté que l'Eternel ; ses chants participent de l'éternité ; les accents enflammés, confiés aux cordes de sa lyre divine retentissent encore, après trente siècles, dans toutes les parties de l'univers. La synagogue conserva les Psaumes ; l'Eglise se hâta de les adopter ; la poésie de toutes les nations chrétiennes s'en est emparée, et depuis plus de trois siècles le soleil ne cesse d'éclairer quelques temples dont les voûtes retentissent de ces hymnes sacrés. On les chante à Rome, à Genève, à Madrid, à Londres, à Québec, à Quito, à Moscou, à Pékin, à Botany-Bay : on les murmure au Japon."