THACKERAY
William Makepeace Thackeray naquit à Calcutta, en 1811, et mourut à Londres, en 1863. Il fit ses études à Cambridge, et passa quatre années à voyager en France, en Italie et en Allemagne.
Après avoir perdu une fortune considérable dans le journalisme, il se vit contraint d'utiliser ses talents d'écrivain pour vivre. Il aborda tous les genres avec un égal succès. Successivement, il publia les Contes comiques^ les Croquis de Paris, les Secondes funérailles de Napoléon, la Chronique du Drum, les Croquis irlandais et les Snobs. La plupart de ses esquisses parurent dans le Punch, et il les illustrait lui-même d'excellents dessins. Dans son livre des Snobs, il fustige spirituellement les ridicules de la société et de l'administration anglaise. Enfin, le Voyage de Cornh'dl au Caire, le Bal de Mistress Perklns, et surtout la Foire aux vanités, roman sans héros (1846), en font le digne rival de Dickens. Son Histoire de Pendennis est un tableau des mœurs de la gentilhommerie anglaise.
A l'exemple de Dickens, Thackeray aborda la tribune des conférenciers littéraires. Le sujet de ses leçons fut les Humoristes Anglais du XVIIle siècle, depuis Swift jusqu'à Goldsmith : elles obtinrent un immense succès dans toute l'Angleterre, en Ecosse et en Amérique.
En 1 862, il publia son roman historique à' Henry Esmond, dans lequel revivent d'une manière saissisante les mœurs et les principaux personnages du règne de la reine Anne. Les New comes (^Nouveaux venus), les quatre Georges, Ballades, les Ongimiens, etc., complètent la liste de ses travaux. Dans les derniers temps, il avait la rédaction du Cornhiïl Magazine, avec 2,000 livres sterling d'appointement. Ainsi, Thackeray, par ses talents avait réussi à se faire une position de fortune supérieure à celle que son père lui avait laissée. Comme Dickens, il fut l'idole du public anglais pendant 30 ans, et il restera comme lui un des grands romanciers de ce siècle ; la Foire aux vanités sera lue plus tard aux mêmes titres que V Antiquaire ou Tom Jones.
On a porté contre Thackeray une seule accusation, celle de misanthropie. Au contraire, dit Miss Bronte, il y a chez ce formidable Thackeray beaucoup de sentiment, qu'il cache avec soin, mais qui n'en est pas moins sincère. Si son grand cœur ne renfermait pas une profonde sympathie pour ses semblables, il se plairait à les exterminer j loin
de là il cherche à les réformer. Il aime à dévoiler l'hypocrisie, ce vice capital de la dévote Angleterre, dit à son tour M. William Hughes, à montrer l'éo-oïsme qui affecte la bonté, l'orgueil prenant le masque de l'humilité, la bonhomie qui a étudié ses effets devant un miroir. S'il n'a pas l'habileté de certains romanciers, qui savent intéresser les lecteurs d'après les règles progressives, il a le rare mérite de peindre la comédie humaine sans jamais tomber dans la caricature. C'est un métaphysicien qui a étudié à fond les tendances de la société moderne et qui ne la flatte pas. On devine dès les premières pages qu'il décrit la vie telle qu'il l'a vue ou sentie; on coudoie ses personnages dans le monde réel. Il n'a peut-être pas au même point que Dickens la puissance de confronter et l'art de faire progresser l'intérêt jusqu'au dénouement, qui, après tout, est le grand art du romancier, mais, en revanche, il possède des qualités de finesse et de sensibilité qui sont moins démontrées chez son rival. En outre, on sent chez lui un fonds d'instruction qui manque à l'auteur de David Copperfield.