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MARTIN OPITZ — EPOQUE SILÉSIENNE

Avec Martin Opitz commence l'époque silésienne (1624-1670). C'était un homme d'un mérite supérieur. Il avait étudié l'antiquité, feuilleté tous les vieux manuscrits ; il était initié aux connaissances des modernes.

Les malheurs de la guerre de trente ans ne s'étaient pas appesantis avec autant de fureur sur la Silésie que sur les autres provinces de la Grermanie. La littérature naissante y fixa son berceau. C'est là, au milieu jle ces belles forêts toujours vertes, sous un ciel pur et un climat tempéré, au milieu d'une végétation luxuriante, entouré de paysages pittoresques, que Martin Opitz et son école cherchaient à s'instruire dans l'art de peindre et de bien penser. Son école n'est, à la vérité, qu'une imitation servile de ce qui était déjà paru, elle manque d'originalité, mais c'était déjà beaucoup pour le temps.

(1) Mme de Staël, De V Allemagne.

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Le titre de père et de restaurateur de la poésie allemande, accordé à Martin Opitz de son vivant, lui est dû pour avoir, comme Malherbe en France, fixé la prosodie et la langue poétique. C'était un homme supérieur : si ses écrits ne brillent pas toujours par l'invention du moins y remarque-t-on de l'énergie ; s'il n'est pas toujours inspiré, il possède au moins l'art de bien présenter ses sujets. Ses écrits sont essentiellement didactiques ainsi que ceux de la plupart de ses disciples. Son meilleur ouvrage est un recueil intitulé Consolations pour tous les malheurs de la guerre.

Les associations littéraires et scientifiques, comme centre d'action jouent un grand rôle dans l'histoire des Belles-Lettres.

Waimar, l'Athènes de l'Allemagne, le rendez-vous des lettrés des poètes, des artistes, fondait en 1647, la Fructueuse Palme couronnée. En 1660, Johann Rist jetait les bases de la Société du Cygne et de V Elbe. Cet écrivain facile est l'auteur de la Muse teutonique, d'un Eloqe des femmes et de Recueils de chants religieux. A quelques temps de là Georges Harsdoerfer (1607) fonda l'ordre des Fleurs couronnées. Cet homme de bon goût s'occupa de philosophie et de littérature. Ses œuvres s'élèvent à plus de cinquante volumes. Las associations non moins célèbres des Bergers, de la Rose, des Sapins, rendirent des services incalculables aux lettres en formant le goût de la jeunesse.

G-eorges Rodolphe Weckherlin (1584) est un patriote enthousiaste de la liberté. Il a écrit un peu dans tous les genres. L'école silésienne compte encore un de ses plus illustres membres dans la personne de Simon Dach^ poète plein d'imagination (|ui laissa des chants relio-ieux et un poëme intitulé les Passe-temps agréablts. Mais le véritable coryphée de la poésie religieuse à cette époque est Paul Gerhard (1606) ; quand nous lisons ses deux cantiques, la Confiance en Dieu et la Patience nous croyons entendre les accords sublimes de la harpe de David.

Enfin, il s'est trouvé dans l'école d' Opitz un élève qui surpassa le maître. Médecin distingué, poëte inventif, Paul Flemming (1669) a écrit des poëmes latins, des odes, des épigrammes, des sonnets, des épîtres qu'on ne lit jamais sans ressentir un frisson d'enthousiasme. Ses paroles resplendissent des fleurs de l'Orient, mais sa pensée est marquée au coin de la nationalité allemande.

André Greif (1616) a été surnommé l'Eschyle de l'Allemagne. Parmi ses nombreux écrits on remarque des tragédies, des comédies des odes

des sonnets. La terreur et l'amertume régnent dans son théâtre. Il eut de nombreux imitateurs.

Telle est l'œuvre d'Opitz. Cet homme, qui eut la gloire de fonder une école, choisissait ses modèles, comme le firent ses disciples, dans les productions françaises et hollandaises les mieux accréditées. La Renaissance des lettres latines en Italie unie au réveil de la littérature nationale, imprima un cachet particulier à une nouvelle école silésienne dont HoflEinanns-Walden est le chef. Cette nouvelle école avait un amour excessif pour la sonorité de la phrase, l'abondance des mots et les ornements superflus du style ; elle se faisait connaître par la disette des idées et l'absence d'une imagination vraiment poétique. Il y a bien, à la vérité, quelques exceptions, mais en général on s'attacha plus à la forme qu'au fond ; on préféra le style imagé à une noble simplicité, la boursouflure à une élégante précision.

La prose n'avait pas fait de grands progrès sous l'école d'Opitz. L'art oratoire laisse beaucoup à désirer. L'éloquence de la chaire pèche par sa prolixité et d'autres fois par un laconisme écourté. Le burin de l'historien fut tenu par Moscow. A cet homme de mérite nous devons ajouter Pufendorf, politique et jurisconsulte distingué, qui laissa de nombreux ouvrages de diplomatie, et un traité du Droit des gens, en langue nationale.

Depuis Opitz jusqu'à la littérature moderne, le nombre des poëtes s'accrut rapidement. Cependant l'école d'Hoffmanns-Walden nous paraît comme la décadence de la première période. Heureuse encore si elle eût pu soutenir et continuer l'éclat de l'école d'Opitz. Le père Abrahama ferme la liste des écrivains de la première période. Il avait une connaissance profonde du cœur humain. Son style est familier, dur, incorrect, défauts qui sont dus à l'époque où il vivait ; mais dans tous ses écrits brillent l'étincelle du jugement, une perspicacité et une finesse d'observation vraiment surprenante. C'est un autre Schmid pour la jeunesse.

Avec la seconde période commence la littérature moderne en Allemagne, au commencement du XVIIIe siècle. Les esprits respiraient plus à l'aise depuis l'exaltation de Frédéric II au trône impérial. Les poëtes allemands en profitèrent pour relever ce qui était tombé, aff"ermir ce qui menaçait ruine, diriger dans une voie sûre ce qui vacillait. On diff'éra

bien sur les moyens à prendre, mais cette dissidence ne fit qu'accroître le goût des lettres.

Christophe Gottsched (1700), critique distingué, prêcha l'imitation française. Ses romans sont consignés dans les principaux journaux de l'époque, le Spectateur de Leipzig, le Patriote, la Critique raisonnable, et le Franc-Parleur. De nombreux disciples partagèrent ses opinions. D'autre côté, Bodmer et Breitinger, éditeurs des Entretiens du peintre, inclinaient pour la forme anglaise. Un plus grand nombre de poëtes se rangèrent sous leur bannière. La question était de savoir la quelle de ces deux littératures pouvait s'appliquer avec plus de profit à l'Allemagne. De cette dispute littéraire naquit V esthétique, cette science du beau que l'on a porté à un si haut degré en Allemagne.

Sur ces entrefaites une foule d'associations littéraires se formèrent. Chaque province eut une association centrale qui servait de point de ralliement, et chaque ville de province une corporation dépendante. Des revues mensuelles, une foule de journaux, des recueils divers prirent naissance et se répandirent dans les villes, les villages et les campagnes.

Frédéric de Hagedorn (1708) était, à l'exemple de son maître Gottsched, un admirateur zélé de la forme française et du siècle de Louis XIV. Il laissa des fables, des apologues en vers et des poésies légères. On lui accorde de la finesse dans les idées, de la hardiesse dans les expressions, du goût dans le choix des expressions.

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