JEUX OLYMPIQUES
Après Hésiode, il n'y eut rien de remarquable, sous le rapport littéraire, durant quelques siècles. La Grèce avait à se former. Il lui fallait jeter les bases des petits états destinés à la former. Tout en s'occupant
de nationalité, en se donnant un caractère particulier, les Grecs par l'établissement des Jeux, travaillèrent, sans se l'imaginer peut-être, au développement des lettres. Ces réunions solennelles avaient pour effet de rapprocher les peuplades détachées et leur fournir des occasions de rivaliser entre elles dans des exercices corporels et intellectuels. C'est ainsi que l'on vit s'établir L Olympe, en l'honneur de Jupiter, les jeux Olympiques ; à Delphes, en l'honneur d'Apollon, les jeux pithiques ; à l'Isthme de Corinthe, en l'honneur de Neptune, les jeux isthmiques.
L'élan, une fois donné, ne fit que s'accroître. On vit paraître des écrivains qui se distinguèrent dans des genres particuliers. L'ode eut ses représentants et l'on conçut une idée du drame.
Un grand événement politique avait préparé la voie aux chants d'allégresse des poètes lyriques. Les derniers rois était disparus et la Grèce entière était devenue libre et indépendante. Aussitôt une foule de poètes commencèrent ii. chanter cet événement sur tous les tons. On remarque surtout Tyrtée qui enflamma le courage abattu des Spartiates pendant la guerre messénienne ; Archiloque de Paros, inventeur de l'ïambe, qui chanta aux jeux Olympiques une hymne célèbre en l'honneur d'Hercule ; Calinus d'Ephèse (684), inventeur du vers élégiaque ; Alcman de Sardes, poëte erotique qui fleurissait vers 670, Alcès de Mituylène qui a chanté Bacchus et l'amour ; la tendre et amoureuse Sapho de Leshos qui écrivait avec passion. Son Ode v. Venus, qui nous a été conservée par Denys d'Halicarnasse, nous peint la femme sous l'empire d'un amour inassouvi. Mimnerme de Colophon (590) donna le premier au mètre élégiaque un ton plaintif et langoureux ; il a de l'harmonie, de l'abondance et de la grâce.
La poésie lyrique, d'abord destinée ù chanter les vertus et les exploits des héros de la Grèce, devint par la suite immorale et déréglée. Sapho, Alcée, Alcman, et Archiloque s'éloignèrent du noble but que s'étaient d'abord proposés les premiers poètes de la Grèce. Leurs œuvres nous marquent la marche et le développement poétiques ainsi que les progrès de l'immoralité et de la corruption. Les Scolies de Terpandre nous font connaître des détails curieux sur les mœurs civiles et domestiques de la Grèce à cette époque.
La deuxième période de la littérature grecque embrasse le temps compris depuis la législation de Solon jusqu'à l'avènement d'Alexandre ;
c'est le siècle de Périclès. Dans cette époque parurent les hommes les plus illustres de la Grèce et la littérature parvint à son apogée.
Les assemblées solennelles des Jeux servaient, comme nous l'avons déjà dit, à resserrer les établissements des Hellènes. Dans ces réunions on ne disputait pas seulement le prix de la lutte, de la course ou de l'équitation, mais la poésie et la musique luttèrent aussi ; le vainqueur était proclamé hautement, il était comblé d'honneur ; il rentrait dans sa patrie avec l'appareil du triomphe. La religion était conviée à ces fêtes nationales et le poëte devait faire l'éloge du Dieu en l'honneur duquel les jeux avaient été institués. Les législateurs comprirent quels partis ils pouvaient tirer de ces institutions et ils les encouragèrent de toute leur force.
Une autre institution politique, plus imposante encore, fut le fameux conseil des Amphyctions qui réunissait les célébrités du temps. Dans ces assemblées on s'efforçait de faire honneur à sa province. Ces représentants étaient les juges dans les luttes olympiques. Si grandes, si imposantes étaient ces fêtes que pendant leur durée, la moindre violence contre un citoyen était considérée comme un crime ; les poursuites judiciaires étaient interdites.
Une troisième cause favorable au mouvement littéraire, fut la guerre médique. Toute la Grrèce s'unit pour supporter les frais de cette querelle. Que seraient devenus ces petits états disséminés s'ils n'eussent opposé une digue puissante à l'armée de Xersès ? Cette union sauva la Grèce du despotisme et fut un bienfait sous le rapport littéraire. Le Contact des individus développe et agrandit chaque fois les idées de civilisation et de progrès. Les grands événements provoquent les grandes conceptions. Les grandes causes élèvent l'intelligence, exaltent l'imagination. Marathon, Salamine et Platée devinrent le théâtre oii s'illustrèrent les Aristides, les Miltiades, les Témistocle, les Cimon, les Périclès, les Alcibiade, héros magnanimes de ces journées mémorables.
A peine la Grèce eût-elle parcouru la phase des guerres médiques, qu'une lutte fratricide vint tenir en émoi la population. Athènes, orgueilleuse de l'éclat que faisait rejaillir sur elle les grands hommes qu'elle avait formés, voulut faire sentir un joug oppressif sur ses voisines. Une ligue puissante se forma, Sparte en devint le centre. La guerre du Péloponèse se termina par l'humiliation d'Athènes.
Thèbes jeta, à cette époque, un grand éclat dû aux exploits de deux
hommes illustres : Pélopidas et Epaminondas. Philippe de Macédoine vint alors et réunit toute la Grèce sous son sceptre.
C'est au milieu de ces événements variés, de cette agitation continuelle des esprits que devaient surgir les grands écrivains de la G-rèce.