‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 23 sur 181 · PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE

La philosophie était divisée en trois écoles, désignées sous les noms d'Ionique, à laquelle se rattache l'école Atomistique, Pytagoricienne et Eléatique, lorsqu' apparut le représentant du bon sens, Socrate ; il combattit les coryphés du sophisme dans les personnes et les écrits de Grorgias, de Protagoras, d'Hippias, de Prodicus, de Thrasymaque et de Tinas.

Par la suite, parurent l'école Oyrénaïque, dont le chef, Aristippe, rapportait tout à la volonté ; l'école Cynique, fondée par Antisthène et un grand nombre d'autres qui n'égalèrent jamais l'Académie et son digne représentant, Platon, ni l'école Péripatéticienne et son illustre chef, Aristote.

Plus tard, Epicure jeta les bases d'une école Sensualiste et Zenon celle du Portique. Ces deux écoles se réunirent dans la suite aux nouveaux académiciens et au néoplatoniciens d'Alexandrie.

Parmi les principaux poètes gnomiques de ces écoles, qui ont écrit des poèmes philosophiques, on cite Solon, Théognis de Mégare, Hénophane de Colophon et Pythagore. Ces poésies gnomiques consistaient en des sentences mises en vers par les philosophes ou les législateurs pour être plus facilement comprises et retenues par le peuple. " On y trouve, dit l'abbé Drioux (1), des exhortations à la vertu, des préceptes de morale excellents, des tableaux simples et nobles de la nature humaine et de ses inconséquences, mais on y rencontre aussi des maximes relâchées, et des sentiments qui laissent entrevoir les vices et les passions du premier des sept Sages de la G-rèce.

L'histoire chez les G-recs est née de l'épopée. Pendant longtemps les exploits des guerriers et les victoires des nations ne furent transmis à la postérité que par les poètes qui avaient voulu marcher sur les traces d'Homère. Dans leurs compositions diverses, ils ont épuisé tous les grands événements des temps héroïques, et souvent ils en ont raconté simplement tous les détails, comme l'aurait fait un historien, sans trop

(1) Histoire de la littérature Grecque.

se mettre en peine des fictions et des ornements poétiques. Bientôt on quitta le langage de la poésie pour s'en tenir à celui de la prose, et chaque peuple se contenta d'écrire ses annales pour laisser aux âges futurs un souvenir de son existence.

Les premiers historiens ou Logographes, comme on les appelait, dit Denys d'Halicarnasse, rédigèrent les uns les histoires des Grecs, les autres celles des barbares ; mais ils ne lièrent pas ces récits entre eux ; ils les divisèrent par nation et par ville, et les publièrent séparément n'ayant qu'un seul et même but, de recueillir les monuments et les écritures conservés par les habitants de chaque pays et de chaque cité, soit dans les temples, soit dans les lieux profanes, et de les porter à la connaissance publique, comme ils les avaient trouvés, sans y rien ajouter, sans y rien ôter.

Il s'y mêlait quelques légendes auxquelles on avait foi depuis longtemps et quelques catastrophes de théâtre qui paraîtraient des contes puérils aux hommes de notre siècle. Quant à la diction, elle est presque généralement la même chez tous ceux d'entre eux qui ont adopté le même dialecte : c'est un parler clair, usuel, simple, court, accommodé aux choses, et où l'on ne voit paraître aucun arrangement artificiel. Une certaine fleur de jeunesse brille sur leurs ouvrages, et une grâce plus vive chez les uns, moindre chez les autres, mais sensible chez tous ; c'est par elle que leurs écrits subsistent encore.

Les plus célèbres d'entre ceux qui précèdent Hérodote sont Cadmus de Milet, Hécatée, Charon de Lampraque, Hellanicus de Lesbos, Damase de Sigée, Xenomède de Chio, Xantus de Lydie. Mais aucun d'eux ne connurent l'art de lier entre eux les éléments divers qui peuvent entrer dans le corps d'un ouvrage sérieux. Hérodote (484), appelé le lepèrt de Vhistoire a su combler cette lacune. Après avoir parcouru les pays qui avaient été le théâtre des guerres médiques, il rassembla ks matériaux de l'histoire des premières guerres entre les Perses et les Grecs, histoire qui embrasse 120 ans, depuis Cyrus jusqu'à Xersès.

Hérodote, dit Sainte-Croix (1) n'est plus un simple chroniqueur qui enregistre sèchement les faits, ou un analyste qui se contente de les développer année par année. Ce t plutôt un poète qui prend pour motif de ses chants un épisode, ou si l'on veut une période de la vie de l'humanité, qui en dramatise tous les moindres détails avec une

(1) Examen des historiens d' Alexandre-le- Grand.

habilité merveilleuse et qui dans la mise en scène sait rapporter à un même point tous ses moyens d'actions. Tout, dans Hérodote, rappelle Homère. Son style en a la simplicité et la grâce, ses récits sont graves et majestueux, ses descriptions pleines de mouvement et de grandeur, et sa marche est tellement semblable à celle de l'épopée que souvent on serait tenté de prendre plusieurs de ces pages pour des feuillets détachés de rilliade.

Comm^ Homère, il donne de la vie et de l'intérêt à tout ce qu'il écrit. Soit qu'il raconte la chute de Crésus et son entretien avec Solon, l'avènement de Darius au trône, son entrevue avec Polycrate, soit qu'il représontj Aristagoras dans le conseil de Sparte, Xersès s'entretenant sur le sort de son armée avec Artaban, la mort de Biton et de Cléobis, ou d'autres événements, tout est chez lui dramatique. Il combat avec les Grecs et fuit avec les Perses. Mais il ne semble prendre part à l'action que pour la placer* sous les yeux même de ses lecteurs et les y intéresser davantage. Il fait parler et agir ses personnages de manière qu'on croit être à la fois juges et témoins des événements auxquels ils ont coopéré. Il ne disserte pas sur la politique ; il ne dogmatise pas sur la morale ; ses leçons sont dans le récit et ses maximes dans le résultat. Faut-il discuter des intérêts, établir des principes ? C'est l'objet des discours qui prépare l'action ou qui en dépendent et en indiquent les causes. Prononcés par des acteurs qui ne quittent pas la scène ils instruisent encore des desseins et des motifs particuliers de ceux qui agissent. Décrit-il une contrée ? on y voyage avec lui, on vit avec les habitants et on apprend d'eux leurs usages. Parle-t-il d'une religion ? on entre dans ses temples, on assiste à ses cérémonies et on confère avec ses ministres. En un mot, rien ne languit, l'attention est sans cesse réveillée, et l'auteur cherche toujours à la fixer, non sur lui-même, mais sur les objets qu'il peint avec des couleurs aussi variées que naturelles. Le sentiment qui vivifie tout est encore un des attraits de la narration d'Hérodote.

Thucydide (471) fut le créateur de l'histoire politique. On reconnaît en lui le guerrier, l'homme d'état et le philosophe. Spectateur et même acteur dans les événements qu'il raconte, Thucydide a écrit avec vérité, impartialité et chaleur V Histoire de la guerre du Féloponèse qui embrasse les 21 premières années de cette dispute civile. Il passe pour avoir, le premier, introduit dans l'histoire les discours et les harangues. " Il sut

répandre, a dit Daunou (1), tant d'intérêt et de vie dans chacun de ses récits, qu'on lui pardonne aisément son manque d'unité et d'ensemble. On a toujours admiré, et on admirera toujours, parmi ces narrations éloquentes, la description de la peste de l'Attique qui a été imitée par Lucrèce, Ovide, Virgile et une foule d'autres écrivains, et le tableau de la catastrophe des Athéniens en Sicile. Rien n'est omis ni négligé de ce qui en peut rendre sensible les causes, les avant-coureurs, les circonstances et les résultats. Le septième livre où cet événement est raconté est pleins d'événements militaires et politiques à jamais mémorables et savamment décrits. Mais nous sommes obligés d'avouer que dans le huitième les récits froids et décolorés semblent n'être que des esquisses. Le ton de l'auteur s'abaisse tout-à-coup et s'affaiblit à tel point qu'on dirait qu'il ne prend plus le même intérêt à sa matière ; sa diction ne ressemble à celles des livres précédents que parce qu'elle est parfois obscure ; elle devient moins précise, plus monotone, moins élégante."

Xénophon (445) se distingue par des talants universels. Philosophe profond, littérat3ur distingué, puissant orateur, général consommé, il fut de bonne heure le disciple docile de Socrate. Sa Retraite des dix mille l'a illustré comme guerrier et comme écrivain. La douceur continue de ses écrits, la pureté et l'élégance de son style lui valurent le surnom à' Abeille attique. Il continua l'histoire de Thucydide jusqu'à la bataille de Mantinée. Il laissa encore des Mémoires sur Socrate, ainsi qu'une vie du grand Cyrus, monument qui nous est parvenu sous le nom d'Helléniques. Il mourut en 356.

Suivant un critique peut-être trop sévère, Xénophon ne fut jamais un homme de réflexion profonde, un vrai penseur. Il n'eut jamais en philosophie de doctrine à lui, il ne faisait que recueillir les idées des autres et de les revêtir de tout l'éclat de son style. Son élocution facile et son imagination enchanteresse l'ont placé au premier rang, parmi les écrivains d'Athènes, sans qu'il ait eu besoin d'acheter cet honneur, comme Hérodote et Thucydide par des efforts constants, dirigés toujours vers le même but. En parcourant tous ses ouvrages, on voit qu'ils ne sont point le résultat d'un plan formé mais uniquement le fruit des circonstances.

S'il fallait d'un mot résumer le caractère des trois grands historiens

(1) Biographie Universelle.

que nous venons de nommer, nous dirions que l'histoire fut dramatique avec Hérodote, politique avec Thucydide et philosophique avec Xénophon. Dans tous les écrits de ce dernier, on rencontre toujours le disciple de Socrate. A chaque page de ses Helléniques, de son Anabase et de sa Cyropédie éclatent tous les principes qu'il avait puisés à l'école de ce grand maître.

Après ces historiens célèbres, la Grèce vit encore paraître des hommes d'un grand talent qui se consacrèrent à l'étude des ses propres annales ou de celles des peuples voisins. On fit même des recherches les plus curieuses sur toutes les questions d'origine; on compulsa les fastes nationaux et religieux de chaque cité, on pénétra dans les sanctuaires pour y lire les annales qui y étaient conservées, on recueillit toutes les inscriptions et on employa tous les moyens possibles pour ravir à l'antiquité son obscurité mystérieuse. Tous ces efforts eurent pour résultat une foule de traités particuliers sur les points que la science avait le désir d'éclaircir. Malheureusement, ces travaux ne nous sont pas parvenus. Indépendamment des grands ouvrages des trois historiens que nous venons de citer, nous n'avons que de rares fragments des autres écrivains et même nous ne connaissons souvent que le titre de leurs ouvrages.

ÉLOQUENCE

Les plus grands orateurs de la Grèce apparurent dans le même temps. L'éloquence naquit à Athènes quoique l'art fut inventé en Sicile.

Dans la longue suite des orateurs qui apparurent en ces temps glorieuXjOn remarque surtout Antiphon (479) ; il nous reste 15 discours relatifs à ses procès particuliers qui nous donnent une idée de la procédure d'alors ; Andocide (468-400), dont il nous reste 4 discours qui offrent des aperçus intéressants sur l'histoire de la Grèce ; Périclès (400), l'homme le plus éloquent de son temps ; Lysias (459-380) de qui nous avons 34 discours judiciaires sur les 230 qu'il prononça ; Isocrate (436-338) le plus célèbre de tous les rhéteurs ; il nous reste 31 de ses discours. Son école produisit les plus grands orateurs de la Grèce; Isée, Lycurgue, Hypérides, Démosthène. Son chef-d'œuvre, en fait de discours, est le panégyrique en faveur d'Athènes et sa prééminence sur les autres villes. Il avoue lui-même qu'il passa dix ans à composer ce travail : c'est un modèle de pureté attique. Hypéride fut

le disciple de Socrate et de Platon. Le temps n'a respecté qu'un seul de ses discours. Cet orateur a été souvent mis en parallèle avec Démosthène par l'antiquité : ceci est suffisant pour l'entourer d'une haute considération. Isée (350) eut l'honneur d'avoir Démosthène pour disciple. Des 64 discours qu'on lui attribue il ne nous en reste que dix, remarquables par un style énergique. Eschine (332) a été le rival de Démosthène et c'est là son plus beau titre. Nous avons trois de ses discours qui se distinguent surtout par le choix exquis, l'abondance, la clarté des idées et par une facilité prodigieuse. Ses neuf épitres ne nous sont pas parvenues. Dinarque (320) vient généralement après Hypéride, par la sagesse de ses conceptions oratoires.

Page 1