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ESCHYLE

Eschyle d'Eleusis, surnommé \e père de la tragédie grecque, n3iqmtVa,n 526. Il avait une âme forte et ardente. Il fut avec gloire à Marathon, à Salamine et à Platée. De là vient ce ton fier, ces accents guerriers qui réchaufi"ent et animent ses ouvrages, et qui font dire à Aristophane, en parlant de la tragédie des Sept chefs devant Thèbes, que c'était une pièce pleine de l'esprit de Mars. Plutarque, dans sa Vie de Gimon, nous rapporte qu'Eschyle fut vaincu par Sophocle dans un concours de poésie. Il ne pût dévorer sa honte à Athènes et son dépit l'amena à la cour d'Hiéron, roi de Sicile, où il mourut à l'âge de 69 ans, en 456. Il composa lui-même son épitaphe où il ne fait mention que de ses exploits guerriers : " Ce tombeau renferme Eschyle, Athénien, fils d'Emphorion, mort dans la fertile Gela. Les bois de Marathon rediront sa vaillance, le Mède à l'épaisse chevelure l'a éprouvée."

On ne peut s'empêcher d'admirer son talent inventif pour tout ce qui concerne le mécanisme et la pompe théâtrale. On lui doit l'idée, l'invention de ces robes majestueuses que les prêtres adoptèrent peu après dans leurs rites sacerdotaux.

Eschyle écrivit plus de 100 tragédies; quarante furent couronnées par toute la Grèce dans des assemblées publiques. Sept seulement nous Bont parvenues, lo. Prométhée, 2o. les Sept chefs devant Thèbes, 3o. les Perses, 4o. Agamemnon, 5o. les Coephores, 6o. les Euménides, 7o. les Suppliantes.

Mes pièces, disait Eschyle, ne sont que des reliefs des festins d'Homère, et il avait raison. A les lire, on reconnaît le peu de développement du genre dramatique. Elles tiennent plus de l'épopée, ou du récit de l'action, que de la représentation de l'action même.

De toutes les tragédies qui nous restent de cet autjur, Prométhée enchaîné paraît être son chef-d'œuvre. Malheureusement, nous n'avons pas les autres parties qui se rattachent à cette pièce. Evidemment Prométhée ne peut demeurer enchaîné sur son rocher. Ce n'est là que le nœud d'une action. C'est aussi ce que nous indique le titre de deux autres pièces perdues, et qui étaient l'une, l'exposition du sujet, l'autr j, le dénouement : Prométhée apportant le feu du ciel et Prométhée déchuîné.

Le caractère distinctif d'Eschyle c'est, comme on l'a dit, l'épouvante qui marche devant lui la tête levée jusqu'aux cieux. Il accable l'âme par la terreur et la crainte pour la relever ensuite par le sentiment de sa dignité et par l'idée de sa force. Il n'entreprend pas de faire couler nos larmes, il craindrait d'amolir nos coeurs et détremper le courage des âmes toujours trop pusillanimes. Sa verve électrisait tellement les esprits qu'après une de se représentations le peuple le porta en triomphe aux champs de Marathon. Si puissants étaient ses moyens pour exciter l'émotion, inspirer la terreur, imprimer l'épouvante, que plusieurs spectateurs moururent d'effroi, dit-on^ à sa scène des furies.

Ses plans sont d'une extrême simplicité. Il regardait l'unité de temps et d'action comme nécessaire, l'unité de lieu comme moins nécessaire. Les caractères et les mœurs de ses personnages sont convenables. Sa diction est empruntée de sa pensée. Sans son pinceau tout se change en images frappantes par leurs beautés sans qu'il s'assujettisse aux recherches de l'élégance et de l'harmonie. Son syle est sublime et parfois pompeux jusqu'à renflure,mais il ne connaît pas l'art de nouer et de dénouer une "action. Il en résulte que dans ses pièces l'action s'arrête quelquefois. Il est peut-être trop prodigue de figures, et ses épitètes ne sont pas toujours du meilleur choix.

Prométhée, c'est un dieu que le maître des dieux veut punir d'avoir dérobé le feu du ciel et d'avoir enseigné aux hommes tous les arts. La Force et la Violence, ministres de Jupiter, l'attachent sur le mont Caucase ; là le malheureux exhale ses plaintes amères. Prométhée ne perd pas courage cependant ; il attend sa délivrance de Jupiter luimême ; il se vante de posséder seul le secret de la puissance du maître. Le roi de l'Olympe sera donc obligé de le lui réclamer, et le malheureux captif ne dévoilera le secret que si ses chaînes sont rompues. Mercure est envoyé pour connaître ce secret ; il lui déclare que s'il ne le révèle pas Jupiter va le foudroyer, et le laisser en proie à un vautour qui déchirera ses entrailles. Prométhée garde le silence, brave les menaces de . celui qu'il nomme le tyran des dieux. L'arrêt s'exécute, la foudre tombe, le rocher vole en éclat et la pièce finit là.

Cela ne peut pas même s'appeler une tragédie et le sujet de cette pièce est monstrueux. Les Coephores est la seule pièce où l'auteur traite un sujet dramatique et où on commence à voir quelqu'idée d'une action théâtrale. En résumé, dit LaHarpe, Eschyle a inventé la scène,

le dialogue, et l'appareil théâtrale ; il a le premier traité une action, il a été grand poëte dans ses Chœurs et s'est élevé dans quelques scènes au ton de la vraie tragédie ; enfin, il a eu la gloire d'ouvrir la route où Sophocle et Eurypide ont été bien plus loin que lui.

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