THÉOCRITE
De tout temps, dit La Harpe, la poésie a été imitatrice ; et des paysans grossiers, misérables, abrutis par la misère, la crainte et le besoin, n'auraient jamais pu inspirer aux poètes l'idée d'une églogue. Les poètes embellissent, il est vrai, mais il faut que l'objet les ait frappés avant qu'ils songent à l'orner : ils ne feignent pas le contraire de ce qu'ils voient.
Théocrite est à la poésie pastorale ce qu'est Homère à la poésie épique : il en est le créateur et le premier modèle. Sans devancier pour ge guider et puiser des inspirations, il a porté le genre pastoral à sa perfection. Il imite la vie champêtre en des scènes qui nous la représentent
avec tant de charme qu'on est porté à désirer ces temps d'innocence et de vertu. En le lisant on assiste au combat des flûtes champêtres et des chalumeaux agrestes, au frugal festin des bergers, aux amours naïfs, à la culture des champs, à la cueillette des fruits.
Théocrite naquit à Syracuse, environ 300 ans avant J. C. On a de lui 30 idylles en dialecte dorique. Sa simplicité manque quelque fois de noblesse. En général ses idylles se ressemblent trop et ses sujets présentent un trop grand nombre d'accessoires inutiles.
Quand les sociétés sont blasées il leur faut une source nouvelle pour former leurs goûts et leurs tendances. L'éloignement de l'âge d'or avait occasionné ce retour vers cette vie d'innocence où l'ambition, le luxe et régcLsme n'avaient pas de place. Théocrite écrivant ses pastorales à la cour de Ptoiémée Philadelphe, et Virgile, faisant de même sous Auguste, est un trait caractéristique gros d'enseignements. C'est l'empire de la réaction, la révolution du goût dans la recherche du beau.
Après Théocrite brillent, dans le même genre, mais d'un éclat moindre, Bion de Smyrne et Moschus de Syracuse, écrivains faciles et élégants qui laissèrent des idylles d'une délicatesse ravissante et des élégies pleines de tendresse et de sensibilité. On leur reproche un peu d'affectatiou. Ils étaient contemporains de Théocrite.