‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 58 sur 181 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Littérature Italienne,

I. Idiome — Le triumvirat italien ; Dante, Pétrarque, Boccace — Poètes

SECONDAIRES DE LA PREMIERE ÉPOQUE — II. La RENAISSANCE — SiÈCLE DE

LÉON X — Florence : les Médicis — Ferrare : la Maison d'Esté — Ange Politien — Pic de la Mirandole — Marsile Ficin — Sannazar — Sadolet, Bembo, Bibiena — Berni — Les ducs d'Urbin — Le Tasse — L'Arioste — BoiARDO — Historiens : Machiavel — Jove — Guichardin — Poésie dramatique — III. Décadence italienne au XVIIe. siècle — Marini — Les Seicentisti— Renaissance du goût au XVIIIe. siècle — Métastase, Maffei — Goldoni — XIXe siècle — Alfieri — Monti — ManzoNi — Poscolo — Pindemonte — Ecrivains secondaires — Epoque contemporaine.

" L'Italie a été féconde en grands esprits, en idées générales ; elle a été couverte d'hommes d'une rare habileté pratique, mais ces deux classes d'hommes et de faits sont demeurées étrangères l'une à l'autre, les uns et les autres ont agi comme si la vérité n'était bonne qu'à connaître et n'avait rien à demander ni à faire de plus."

GuiZOT.

Le Celtique est antérieur à toutes les langues connues. Cet idiome, transplanté dans l'Occident avec les tribus Celtes, modifia considérablement les langues indigènes. Le latin naquit du mélange gréco-celtique.

Plus tard, quand la langue latine fut à l'apogée de sa perfection, lorsqu'elle fut parlée par tout le monde civilisé, un nouvel ordre de choses fit revivre une seconde fois le Celtique dans les dialectes barbares des Goths, des Lombards, des Francs et des Germains.

Du Ye au Xe siècle, dit Sismondi, et d'un bout à l'autre de l'Europe, des races différentes et toujours nouvelles se mêlèrent sans cesse, sans se confondre ; chaque village, chaque hameau contenait quelques conquérants teutoniques, quelques-uns de ces soldats barbares et quel-

ques vassaux, restes du peuple vaincu. Les rapports entre eux étaient ceux du mépris d'une part, de la haine de l'autre ; jamais de la confiance ou de l'abandon. Ignorant les uns et les autres tous principes de grammaire générale, ils ne songaient point à étudier la langue de leurs ennemis ; il s'accoutumaient seulement à entendre réciproquement le jargon dans lequel il cherchaient à se rencontrer. Ainsi, nous voyons encore aujourd'hui les gens du peuple, transportées dans un pays étranger, se faire avec ceux dont ils ont besoin, un patois de convention qui n'est ni le leur ni celui de leur hôte, mais que tous deux comprennent, et qui les empêche tous deux d'arriver à la langue l'un de l'autre. Le manque d'idées, conséquence de l'ignorance universelle, ne laissait point la tentation d'augmenter le nombre des mots dont se composait ce jargon ; le manque de communication d'un village avec l'autre lui ôtait toute uniformité ; les révolutions continuelles qui amenaient de nouveaux peuples barbares à la place des premiers, qui substituaient de nouveaux dialectes de la Germanie à ceux avec lesquels les Méridionaux avaient commencé à se familiariser, ne permettaient point au langage d'acquérir aucune espèce de fixité ; enfin, ce patois informe, qui variait avec chaque canton, avec chaque peuplade, qui variait d'années en années, et auquel le caprice seul des barbares ou le hasard servait de règle, n'était pas même écrit par ceux qui savaient écrire ; il était dédaigné comme le langage de l'ignorance et de la barbarie par tous ceux qui auraient pu le former ; et le don de la parole, qui a été accordé aux hommes pour étendre et éclairer les idées en les communiquant, multipliait entre eux les barrière-s et était pour eux une source de confusion."

La création d'une littérature nationale fiit donc impossible du Ve. au Xe. siècle. Les actes de l'état civil, les chroniques, les actes notariés, étaient rédigés en langue vulgaire. Elle n'était pas la langue des lettrés seulement, car on fait remonter à ces époques reculées deux chansons , composées, l'une en 871, l'autre en 924, par de simples corps de garde.

Le travail des siècles devait faire des changements. La civilisation grandissant chaque jour par le contact des peuples, par la nécessité, par la nature des besoins, fit naître des foyers intellectuels. Les dialectes s'épuisèrent et prirent de la consitance. Ceux du midi surtout éprouvèrent d'heureux changements. Du IXe au Xlle siècle, ils se rattachèrent à cinq langues principales appelées Langues romanes, à cause de

la fusion des langues barbares avec l'idiome romain. L2S langues romanes, qui à leur tour se subdivisent en divers dialectes, peuvent se classer dans l'ordre suivant :

Le Provençal, ou langue d'oc, à la Cour de Bozon, roi d'Arles, se forma de 877 à 887.

La langue d'oil, roman-wallon ou français, à la cour de Guillaume Longue-Epée, fils de Rollo, duc de Normandie, de 917 à 943.

Le Castillan, sous le règne de Ferdinand-le-Grrand, de 1037 à 1055. Le Portugais, sous Henri, fondateur de la monarchie, de 1085 à 1112. L'Italien, sous Roger I., roi de Sicile, de 1129 à 1154. C'est alors qu'apparut l'aurore d'une période plus remarquable que la précédente, dans l'histoire des lettres. Chaque dialecte eut ses chantres, ses conteurs, ses musiciens ambulants, ses colporteurs de poésie.

L'Italien, formé vers le Xle siècle, est parlé dans presque toute l'Italie et les Iles de la Méditerranée, dans une partie du Tyrol méridional, on Istrée, en Dalmatie, dans les Iles Ioniennes, à Constantinople et en Grèce. La langue écrite dififère beaucoup de la langue vulgaire dont voici les principaux dialectes :

Le Piémontais, le Génois, le Milanais, le Bas-lomhard, le Bolonais, le Bergemase, le Vénitien, qui se subdivise en trois dialectes : le Frioulien, le Tyrolien, le Toscan— Vulgaire ; le Romain, le Sahin, VAbhruzze, le Calabrais, VApulien, le Tarentin, le Napolitain, le Sicilien, le Sarde.

Le goût et l'amour des Balles-Lettres ne devaient pas tarder à apparaître en Italie. Le Duché de Bénevent, aujourd'hui le royaume de Naples, avantageusement situé pour communiquer avec les Grecs de Constatinople et recevoir les lumières de la cour des Khalifes, fournit, du Ville au Xe siècle, plusieurs historiens et quelques poètes. Ils écrivaient en latin, mais avec tout le talent des esprits inspirés.

La nature, d'ailleurs, a fait de l'Italie un pays vraiment poétique ; il inspire à l'âme des artistes les sentiments du beau. Rien n'étonne si Naples, la charmante Parthénople, si coquettement assise dans cette baie toute brillante de verdure et de soleil, rien n'étonne si parfois un de ses enfants élève la voix, trace la marche des choses, et devance les siècles. L'Italie, c'est la patrie des âmes sensibles ; on y vit par l'imagination par le sentiment, par le cœur ; là, le soleil est toujours éclatant, la lumière toujours pure, les arbres toujours verts, les fruits toujours mûrs ; là,

on aime à chanter le soir, à rêver le jour, à se transporter avec le Tasse de Sorrente à Ferrare, à goûter les solitudes tranquilles et délicieuses avec Pétrarque, à suivre les pas de Dante errant et proscrit, à vivre pour la poésie avec l'Arioste.

La Sicile fut aussi le théâtre où la muse italienne fit entendre des accords harmonieux, non pas tant par leur élégance que par leur nouveauté. Cette Ile était alors en grande partie peuplée par des Sarrasins, ce qui influença les premiers essais poétiques ; on reçut des Arabes les premières leçons de rhétorique et de versification. La prosodie fut empruntée à la Sicile, si l'on en excepte pourtant le vers héroïque qui vient de l'endécasyllable des anciens.

Ceux qui, en Sicile, élevèrent les premiers la voix, furent Ciullo d'Alcano, dans une chanson qui était encore en vogue à la fin du Xlle. siècle ; Frédéric II. et ses deux fils, Enzo et Mainfred ; l'érudit Pierre des Vignes, dont nous conservons encore les Canzoni, et Mezzo de Ricco, " qui souvent sortaient de nuit par les rues des Borletta, chantaient des rimes amoureuses ; avec eux, deux musiciens Siciliens qui étaient grands romancateurs."

En 1182, naissait en Ombrie un homme dont le nom est demeuré attaché à une célèbre institution religieuse du moyen-âge. St. François, de qui nous avons plusieurs- cantiques, que le Frère Pacifique, un autre poëte, a revêtu des charmes de la musique. A la suite de ces deux chantres, apparurent successivement le Bolonais Guido Guinizzelli(1294), le Florentin Guido Cavalcanti (1301), Jocapo da Lentino^ surnommé le notaire, Guittone d'Avezzo, Dante de Majano et Nina, la belle et enthousiaste sicilienne.

La prose, qui, dans ces temps reculés, était encore à ses débuts, fut enrichie des ouvrages historiques de Ricardano Malispini, de Dino Campagni et du journaliste Matteo Spinello, dans son Biurnali. Ces écrivains contribuèrent à répandre l'amour de la langue nationale. Ils préparèrent les.voies à Boccace qui devait être reconnu par la postérité comme le créateur de la prose italienne.

Les œuvres littéraires qui apparurent au XlIIe. siècle consistent en des recueils de Nouvelles ( il Novtllino), de préceptes {Tesorttto), par le grammairien Brunetto Latini. Cet écrivain, qui eut la gloire d'être le précepteur de Dante, composa aussi en langue française, pendant son exil en France, une espèce d'encyclopédie intitulée le Trésor.

St. Thomas d'Aquin et St. Bonaventure, qui parurent à cette époque, écrivirent en latin.

Enfin, le XIYe siècle apparut avec trois noms qui remplirent le monde civilisé de leur renommée. C'est le triumvirat italien: Dante, Pétrarque et Boccace.

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