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DANTE

Florence, la ville des fleurs, fut le berceau du premier génie qui apparut sur le seuil de l'ère moderne. Dante Alghieri naquit en 1265 d'une famille noble.

A l'âge de 9 ans, il vit dans une fête publique une jeune beauté, c'était Béatrice, sa charmante Béatrice, qu'il aima si profondément, qui illumina son âme d'une si pure flamme, et qui devint par la suite l'objet de toutes ses rêveries poétiques.

Il raconta les amours de son jeune âge dans la Vie Nouvelle, le premier de ces livres, dit César Cantu, où le sentiment est analysé dans ses détails et où se révèlent les souffrances les plus secrètes du cœur. Dans cet opuscule, écrit avec la candeur naïve de l'homme qui parle de luimême, et où respire une mélancolie qui n'a rien de morose, il se montre plus poëte que dans beaucoup de poésies lyriques.

Béatrice se maria dans la famille des Bardi, mais bientôt, dit le poëte, " le Seigneur de justice appela cette noble personne au sein de sa gloire sous l'enseigne de cette beauté reine, la Vierge Marie, dont le nom avait été en très grande vénération dans les paroles de cette bienheureuse Béatrice." Dante n'avait que 25 ans lorsqu'il la perdit, mais son souvenir a survécu à toutes les viscissitudes de la vie.

Après s'être ceint quelque temps du cordon de St. François, il le déposa pour se consacrer entièrement à la politique et aux crises sociales où se trouvait plongé sa patrie.

Deux factions divisaient alors l'opinion publique, se livrant une guerre à mort : les Guelfes et les Gibelins. Deux autres partis, caractérisés par les Blancs et les Noirs, représentant à peu près les mêmes intérêts que les premiers, surgirent à Florence. Les Noirs, appuyés de Boniface VIII, l'emportèrent, et Dante qui était prieur de la République, soupçonné d'avoir favorisé les Blancs, fut banni et condamné à être brûlé vif s'il mettait les pieds sur le sol de Florence.

Oli ! comme le poëte sait trouver des termes nobles, lorsqu'il lui faut s'éloigner de cette patrie qu'il aime encore !

Guelfe, proscrit par les Guelfes, il se fit Gibelin. Il alla de châteaux en châteaux demander l'hospitalité pour le pauvre proscrit. L'étude devint son occupation favorite : théologie, philosophie, dogme, morale, esthétique, apologétique, il s'assimilait tout ; on disait de lui : Theologus Dantus nullius dogmatis expers. La poésie occupait les loisirs qu'il ne consacrait pas à rêver à son rappel. Cette réhabilitation, il l'attendait de ses vers ; il avait l'âme trop noble pour risquer une supplique. Mais il mourut à E-a venue, en 1321, avant d'être rendu " au bon St. Jean." Il venait de terminer sa Divina Comedia, ce chef-d'œuvre qui fait encore l'admiration des critiques au XIXe. siècle.

Le problème capital, remarque Cantu, qu'Eschyle pressentit dans le Prométhée, que Shakespeare exposa dans Hamlet, que Faust chercha à résoudre par la science, Don Juin par le péché, Werther par l'amour, la lutte entre le néant et l'immortalité a été l'objet de la méditation du Dante.

La Divine Comédie, dans laquelle il entreprit de chanter tout le monde invisible, et dans celui-ci, tout le monde visible du moyen-âge, se compose de 100 chants, dont 34 pour l'enfer, 33 pour le purgatoire et 33 pour le paradis.

Le poëte représente l'enfer comme un entonnoir immense divisé en neuf cercles, lesquels sont subdivisés en plusieurs cavités, où les supplices des damnés, variés suivant leurs crimes, augmentent d'intensité à mesure que le diamètre du cercle se rétrécit.

Descendu au dernier cercle, Dante et Virgile, son introducteur, comme le symbole de la poésie, rencontrent Satan, qui est renfermé là, au cœur de la terre. Ils se laissent glisser le long de ses reins pour sortir de l'abîme et montent vers un autre hémisphère. Ils arrivent au pied d'une montagîie qu'ils gravissent jusqu'à l'entrée du purgatoire, divisé en degrés ascendants. Sur le sommet de la montagne, est le paradis terrestre. Virgile y abandonne Dante qui s'élève au ciel sous la garde de Béatrice. Elle ne l'abandonne qu'après avoir répondu à ses questions dans chacun des cieux des sept planètes et l'avoir conduit devant le triangle divin. La vision du poëte se termine là.

Voici le triangle imaginé par Dante pour caractériser et expliquer la Sainte Trinité et l'union des trois personnes :

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La Divine Comédie est originale par le fond et par la forme. C'est la réunion des connaissances physiques et métaphysiques de l'époque. Admirable épopée, touchant au ciel et à la terre ! Dante, c'est le moyenâge italien qui s'est fait homme avec ses croyances, ses superstitions, sa physique, sa poésie, sa scolastique, ses guerres civiles. Le style est nerveux, concis, naïf, riche en comparaisons, biblique en quelques endroits, et en même temps très simple.

On a accusé Dante avec raison, jusqu'à un certain point, d'avoir introduit, discuté et résolu des questions trop abstraites, comme la génération de l'homme et l'accord de la prescience divine avec la liberté de l'homme, dans un sujet d'imagination. Nous ne voulons pas entreprendre de le disculper. Seulement, remarquons qu'il fut amené là par son siècle dont le trait caractéristique est la dispute des écoles et les gloses de la scolastique.

On lui reproche avec plus de raison l'obscurité du style. Des locutions forcées, des mots nouveaux, des comparaisons impropres rendent l'intelligence de son œuvre difficile parfois, même pour les Italiens ; on est obligé de recourir aux commentaires pour comprendre toute sa pensée. Ici, pour être juste encore, il faut remarquer que- la langue italienne n'était encore qu'à son début. Si, quelquefois, il fait à sa manière un mot qui peut lui procurer une rime, il faut s'en prendre plutôt à la pauvreté de l'idiome qui offrait peu de synonymes. De même, il ne faut pas voir dans sa Divine Comédie qu'une allégorie politique comme le prétendent certains Zoïles, Nul doute que les allusions pullulent en certains endroits, mais au-dessus de tout cela il faut distinguer le lyrique passionné, transportant sa tente à des hauteurs inaccessibles au commun des mortels. C'est le grand mérite de Dante d'avoir mesuré la puissance de ses ailes. Il sait flageller tout ce qui doit l'être. La cour de Rome, qui trafique du Christ (Paradis XYII), les cardinaux, loups rapaces sous l'habit du Pasteur (Paradis XXYI) ; le sceptre du potentat, comme la bure du moine reçoivent tour à tour la punition que leur inflgent le ciel et les hommes.

Dante rêvait une monarchie universelle. A cette fin, il composa la Monarchie, où il expose les principes qui, selon lui, doivent cautériser la plaie sociale. Dante vivait dans un siècle où le système monarchique assurait le plus de bien-être aux sociétés ; s'il eût vécu au XIXe siècle, il eût peut-être rêvé la République Universelle.

On a encore de lui le Bouquet, ouvrage philosophique en prose et en vers, plein d'érudition.

Dante (abréviation de Durante) ne créa pas la langue italienne d'une pièce, comme le disent quelques critiques. Nous avons vu précédemment qu'un certain nombre d'écrivains, restreints à la vérité mais éclairés, élucidèrent les premiers sentiers de l'idiome national. La langue italienne était donc déterminée, formée, lors de l'apparition de Dante ; mais le grand mérite de celui-ci, c'est de l'avoir fixée, embellie, étendue. Il lui a donné de l'ampleur, de la couleur, et de la variété. Le premier, il donna à la poésie italienne cette forme gracieuse, riche, harmonieuse, et cadencée. Pétrarque, en homme érudit, mit plus de logique dans le choix et l'usage de ses expressions : aussi ses écrits sont-ils des modèles de pureté; Dante au contraire, donne souvent dans le défaut que l'on remarque à la formation de toute langue, le néologisme. Pétrarque avait les écrits de Dante pour se guider.

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Ce que Dante et Pétrarque firent pour la poésie, Boccace devait le faire pour la prose. L'érudition allait de pair chez lui avec le talent de l'imagination. Aidé de Pétrarque, il prépara puissamment le mouvement littéraire de la Renaissance. Avec quelle ardeur ne recherche-t-il pas le s manuscrits de l'époque pour les copier, n'épargnant ni peine, ni soin pour acquérir les trésors de sciences qu'ils contenaient.

Malgré toute l'imagination de Pétrarque, l'érudition et le ton enchanteur de Boccace, Dante leur est supérieur. Ce poëte avait à inventer, à trouver, à créer, à former. Il est pour la littérature italienne ce qu'est Homère pour la littérature grecque. La Divine Comédie est un poëme colossal. Aussi, quelle impression ne fit-il pas sur les esprits, lors de son apparition ! On proclama cette œuvre : le monde en abrégé, un extrait de V Univers.

Dante est encore l'Homère et l'Hésiode de la théologie comme l'Espagnol Caldéron en devint l'Eschyle, trois siècles plus tard. Il est à la poésie seul, ce que furent ensemble Raphaël et Michel- Ange dans les arts. Le monstrueux poëme du Dante, dont le titre porte à la piété et à la réflexion : la Divine Comédie, nous apparaît comme la lutte ardente, gigantesque, effrayante du génie grec et chrétien et du christianisme juif; on y sent à la fois la terreur de Jéhovah et l'amour de Marie, la barbarie du Nord et la grâce de la civilisation hellénique mais chrétienne, qui veut librement refleurir sur un sol qui lui appartient. C'est, en même temps, le combat de la raison et de la foi, de la liberté civile et de la théocratie ; en un mot, c'est la lutte convulsive du moyen-âge expirant, et de l'ère moderne grandissante. La beauté supérieure de la Divine Comédie consiste dans cette originalité qui, sans faire étalage d'art, de figures de rhétorique, de descriptions, et sans répéter des pensées déjà exprimées, marche droit au fait; dans ses peintures, il est toujours d'une telle fidélité que l'on voit ses tableaux, que l'on entend ses personnages ; il frappe et passe outre. Jamais aucune œuvre, par la force de la concision n'égala ce poëme où chaque mot résume tant de choses, où un vers contient tout un chapitre de morale, et une terzine un traité de style. (1).

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