‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 68 sur 181 · ARIOSTE · texte numérisé non relu

ARIOSTE

Ludovic Arioste naquit à Reggio de Modène, où son père était gouverneur, le 8 septembre 1474. Il se voua aux lettres, après cinq années de vaines études de la jurisprudence. Il mena une vie obscure, consacrée à de petits emplois, au milieu des petites intrigues des petites cours. Son talent y perdit. C'est de là qu'il prit cet esprit adulateur que l'on remarque dans son poëme. Sans cette circonstance, il aurait peut-être fourni à l'Italie un grand homme de plus, tandis qu'il ne fut qu'un grand poëte. Car, quoi qu'on en dise, Arioste était un homme de goût, capable d'écrire comme les classiques qu'il avait étudiés avec passion, mais l'inconstance de son imagination et l'insouciance de son caractère en fit un poëte singulier et bizarre.

On reproche beaucoup de choses à l' Arioste, et avec raison. Les défauts de VOrlando furioso sont nombreux: défaut d'ordre et d'ensemble, d'expression et de principes. Il est supérieur à Baïordo, mais on lui fait des reproches plus sévères qu'à ce dernier. Il avait un esprit supérieur, capable de juger des vices de son ouvrage, mais il ne se soucia pas de les corriger.

Il travailla son Roland furieux pendant onze ans. Ce poëme contient 44 chants. Il ne se proposa aucun but. Il agrandit et enjoliv* le thème déjà varié de Boïardo. Il doit beaucoup à ses prédécesseurs ; mais il est bien supérieur à tous ceux qui s'essayèrent dans l'épopée romanesque.

L'épopée demande un sujet qui intéresse par son importance. Or, sur quoi repose le long poëme de l' Arioste ? On y remarque trois faits : Charlemagne assiégé dans Paris, la folie de Roland et les amours de Bradamante et de Roger. Ce n'étaient, à vrai dire, que des épisodes, ou autrement, TArioste a fait une épisode de ce qui aurait du être le sujet principal. Car quelle figure plus épique que celle de Charlemagne ! Quoiqu'il en soit, cette composition romanesque fut reçue avec le plus grand enthousiasme dans l'Italie. Le sujet était populaire, dans

(1) César Cantu, Hist. Universelle. XVI. p. 623.

le goût du temps, favorable à tous les développements d'une imagination vive et brillante. En admettant le mélange de l'histoire et du badinage, elle permettait au poëte d'employer tous les tons et toutes les teintes de la palette poétique.

Arioste s'est proposé de chanter les géants, les fées, les enchanteurs, les paladins, les aventures de la Cour de Charlemagne, dans sa guerre contre les Maures. Roland, qui mourut si tristement à Ronceveaux, neveu de Charlemagne, devenu fou d'amour pour Angélique, donna son nom, Roland furieux, à ce poëme.

Le manque d'unité, d'intégrité et quelquefois d'intérêt, sont les plus grands défauts que l'on remarque. Ce n'est qu'un fragment de l'histoire chevaleresque sous Charlemagne, sans commencement ni fin. Il entre en matière au fort des combats et, par une bizarrerie inconcevable, il ne permet pas à son lecteur de saisir son héros. Il est parfois obscène et la fiction joue un trop grand rôle dans son œuvre. Si l'on en excepte Charlemagne, tout le reste est faux ou à peu près. Il n'a pas assez respecté l'histoire et la véracité des faits.

Mais le poëte a su compenser, dans les détails, ce qui manque à l'ensemble. La partie pittoresque est admirable, a versification est pleine de grâce, d'élégance et de douceur. Le début de ses chants est toujours orné de la plus riche poésie. Son langage renferme une harmonie qui n'a été égalée par aucun de ses compatriotes. Chaque fois qu'il laisse de côté la métaphore pour parler simplement, il devient digne d'admiration. Malgré ses défauts il occtîpe le quatrième rang, parmi les talents poétiques qui illustrèrent la Péninsule.

L'Arioste était le protégé de la Maison d'Esté, et si les archives de cette famille pouvaient se perdre on les retrouverait dans le Timon de l'Arioste.

Il mourut en 1533.

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