‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 2)Chapitre 10 sur 34 · I IO · texte numérisé non relu

I IO

DES CULTES

Voilà donc deux divinités fétiches , deux pierres adorées , chacune dans différens pays , et portant en conséquence une dénomination différente , qui ont fourni leur nom et les caractères qui leur sont propres, à deux des planètes les plus anciennement connues , à celles que nous nommons Mercure et Vénus. Voyons maintenant quelle fut l’origine du signe de la planète que nous nommons Mars .

Cette planète, connue peu de temps sans doute après les deux premières, est comme elles figurée par un cercle ou anneau, auquel est joint un caractère distinctif représentant la pointe d’un dard ou d’une lance.

Chez les peuples guerriers , une lance , une épée était un dieu fétiche, ordinairement ap-~

que fondement; car le modèle existe avant la copie. Ce qui doit fixer l’opinion à l’égard de ce signe , et démontrer l’erreur de ceux qui y voient un miroir , c’est que la plupart des monumens égyptiens nous représentent des figures humaines qui portent une image de ce signe , et qui passent , pour le tenir, quatre doigts de la main dans le cercle évidé , ou l’anneau , qui en fait partie : or, si ce cercle ou cet anneau servait de cadre à une surface polie, à un miroir, la main ne passerait pas à travers , comme on le voit dans les figures antiques, et notamment dans la belle figure d’Isis qui est au Muséum des Antiques du Louvre.

INTÉRIEURS A L'IDOLATRIE. Iiï

pendu à une colonne consacrée, ou aux branches d’un arbre adoré. Cette arme vouée à la divinité devenait, avec le temps, un objet d’adoration. Un fait fera sentir comment une épée a pu devenir un dieu : c’est Plutarque qui nous le fournit. César , pendant ses exploits dans les Gaules, avait perdu son épée en combattant contre les Ârvernes ; ceux-ci s’en emparèrent, et, fiers d’une pareille conquête , Fappendirent dans leur sanctuaire. Quelque temps après, César passant dans ces lieux, y aperçut son épée; il ne put s’empêcher d’en rire. Ceux qui raccompagnaient lui conseillèrent de la reprendre, il s’y refusa, en disant, qu’il ne pouvait y toucher, puisqu’elle était consacrée (i).

Les Scythes , les Celtes et les Romains , et plusieurs autres peuples belliqueux, rendaient à une lance, à une épée, les honneurs divins. Les Scythes plantaient au milieu de leur sanctuaire une vieille épée que chaque peuple conservait religieusement. Ils faisaient couler dessus le sang des victimes, et sur-tout celui des prisonniers qu’ils avaient faits à la guerre. « Les » nations scythes, suivant Hérodote, élèvent » dans les lieux destinés à leurs assemblées

(i) Plutarque, Jrie de César.

» une pile de bols menu , au haut de laquelle » elles plantent un vieux cimeterre , qui leur « tient lieu de simulacre de Mars. Elles of~ » frent tous les ans à ce cimeterre des sacri- » fices de chevaux et d’autres animaux, et lui » immolent un grand nombre de victimes; » elles lui sacrifient aussi le centième de tous » les prisonniers qu’elles font sur les enne- » mis (i). )) Les Gètes, les Goths, les Alains, les Sarmates, rendaient un culte à une épée; et ce culte s’est conservé long-temps parmi eux. Du temps d’Âmmien Marcellin, c’est-àdire sous l’empire de Yalens, les Alains adoraient encore une épée. t< Ces peuples, dit » cet historien, qui n’ont aucune espèce de » temple pour leur culte , plantent en terre , » avec des cérémonies barbares, une épée nue, » qu’ils adorent avecbeaucoup de vénération, » comme étant le dieu Mars (2). »

Les Romains adoraient une lance ; et c’était là leur Mars , comme le témoigne Yarron. En effet, le mot Quirinus , qui était aussi le surnom de ce dieu, dérivait de curis , qui, chez les anciens Sabins, signifiait une lance.

Justin ne laisse aucun doute sur l’usage anti-

(1) Hérodote, Melpomenc, liv. sect. 62.

(2) Amra. Marcellinus, lib. 3i, cap. 2.

ANTERIEURS A if IDOLATRIE. u5

que d'adorer une lance comme la divinité même. <x Dans les premiers temps, dit-il, les » hommes adoraient des lances comme on » adore les dieux immortels; et c’est en mé- « moire de ce culte que les salues des dieux x sont encore armées de lances » (i).

Ainsi, lorsque les sabéistes eurent découvert la planète que nous appelons Mars > et qu’ils voulurent la diviniserais empruntèrent le nom et la figure des fétiches adorés chez plusieurs peuples comme divinités de la guerre, et ils caractérisèrent le signe de cette planète par la pointe d’une lanée, ainèi qu’elle est encore représentée.

Il serait déraisonnable de donner a la formation du signe de Mars une explication contraire a celle que je présente. Il faudrait supposer que la figure du fer de la lance qui caractérise ce signe, est ce qui a donné l’idée d'adorer des épées, des lances , à des peuples barbares, qui certainement , à l’origine trèsreculée de ce culte, n’avaient mille connaissance de la planète de Mars , et encore moins de son signe. Les peuples guerriers adoraient

X <j ** A# •> > *. » •- .-A. v -.A -i I Jftf «j 2

■ f 4 -i » iîi "Î4Î “ v.; \ v + t 4 à ■ a * f \ ,l 'î 1 1 y tw

(a) Ab origine rerum , pro diis immortalibus veteres hast as coluere ; cujus religionis oh memoriam adhuc deorum simulacris hastœ adduntur . (Justin, lib. 43, cap. 3.)

DES CULTES

une arme offensive, non parce que le signe de cette planète portait le fer d’une lance, mais parce que l’épée ou la lance , dans les mains des braves, procurait la victoire : objet le plus cher de leur ambition. Ils adoraient certaines épées, parce que dans l’origine elles avaient servi à quelques héros célèbres par des exploits glorieux , ou par des conquêtes éclatantes. On les conserva comme des reliques précieuses qui participaient de la vertu guerrière de ceux qui les avaient portées avec succès. Ils crurent quelles contenaient quelque force secrète et divine; aussi Attila, roi des Huns, ayant recouvré par hasard une vieille épée consacrée , se persuada qu’elle lui assurait l’empire de de l’univers , et la victoire dans toutes les guerres qu?il entreprendrait (i).

Ces peuples barbares ne voyaient point dans cet objet d’adoration un être fort supérieur à la nature, un être tout-puissant, et maître souverain des évènemens de la guerre ; leurs idées étaient trop bornées, trop grossières pour concevoir une essence purement spirituelle et dégagée de la matière. Mars n’était donc point pour etix un dieu dans l’acception étendue que lions donnons à ce mot ; mais ils voyaient

(i) Jornandès, Hist* Goth., cap. 35, p. 66 1 , 662.

ANTERIEURS Â U’ïDOL.VTlUE. n5

dans l’épée ou la lance sacrée qu’ils appelaient Mars un talisman, un fétiche, qui pourait contribuer au succès de leurs guerres, à la gloire de leurs nations,.

Le nom de cette divinité terrible paraît même, dans son origine, n’avoir signifié qu’une arme offensive : d’où sont dérivés les mots marassait „ martel y marteau , braquemar y etc., espèce d’armes autrefois fort en usage; ainsi que les mots meurtre > martyr , etc., qui sont les effets de ces mêmes armes (i). Fer et Mars étaient, chez les Grecs, exprimés par le même mot: Ares signifiait cette divinité, et le métal dont on fait les armes.

Telle fut la cause des dénominations et des signes des trois planètes les plus faciles h reconnaître et les plus anciennement connues. Je passe aux deux autres , dont l’observation , plus difficile à cause de leur éloignement et de la lenteur de leur marche, a dû être beaucoup plus tardive.

La planete la moins éloignée du soleil après Mar# est celle que nous nommons Jupiter*

<c Mars, appelé par les Latins Mavors , par les » Gaulois Mawrth, par les Bretons Meurth, dut sa dé- » nomination au celto-scythique Mawrther, un meur-

* trier* * ( Origines gauloises, par Latour-d’ Auvergne

Il 6 DES CULTES

Sa découverte dut faire une forte sensation parmi les astronomes. Le grand éloignement de cette planète, relativement aux précédentes ; la grandeur de son orbite , l'importance et la nouveauté de cette acquisition, dans un temps où le sabéisme devait être dans sa plus grande vigueur, lui firent donner une dénomination digne de la haute idée que les prêtres astronomes se formèrent de cette nouvelle divinité.

Les Egyptiens lui appliquèrent le nom du soleil, qui, à ce qu’il parait, était, dans les premiers temps appelé O: cri d’admiration, exclamation adoratrice , dont le caractère graphique est l’image même du soleil. Ils formèrent de cette voyelle la syllabe on , qui fut le nom connu et particulier qu’ils donnaient au soleil. On , om , ckoriy furent même, chez les Grecs, des syllabes qui exprimaient seules, ou servaient h composer les noms des dieux-soleils: Hercule , Bac chus , Apollon (i). Ainsi la

(i) Quelques savans trouvent des rapports entre On , goleil des Egyptiens, et le O’m des Indiens, qui est i n mot mystérieux qu’ils n’osent prononcer, Onam est le nom d’une fête qu’ils célèbrent avec pompe en l’honneur du soleil. O-mi-to ou Amidcis est le souverain dieu des Japonais , qui paraît avoir été le soleil. Chez les Grecs, les syllabes o, on, chon, avaient des rapports avec leurs dieux-soleils. O axes y O axas, étaient fils du soleil

planète que nous nommons Jupiter fut appelée O par les Egyptiens : nom auquel on adjoignit dans la suite , pour la distinguer du soleil, la qualification de S iris , qui, suivant quelques savans, signifie astre 9 et même soleil ; et, suivant d’autres, puissant , maître 9 sei-

Àpollon. O go a ou Osogo formait le surnom de Jupiter, à Mylasa, ville de Carie. Omadius , Omasius , Ornes te , étaient des surnoms du dieu-soleil Bacchus , et Chon chez les Egyptiens, celui du soleil Hercule. Chocs , Cholas, étaient les noms de deux fêtes célébrées en l’honneur de Bacchus. Les mots Baal , Beel, Bel, Belin , Abel , etc. , qui signifient maîtres , seigneurs , dominateurs, dans presque toutes les langues orientales , et qui étaient appliqués à la divinité, ont servi, comme l’assurent Selden et autres savans, à composer le nom Apollon ; il n’a fallu qu’ajouter la syllabe 0 ou on pour compléter ce nom du soleil. On voit qui Apollon signifie le seigneur O, le seigneur soleil ; ce nom ne diffère de celui à7 OS iris que par la qualification qui termine ce dernier. O, dans l’un et l’autre mot, signifie soleil ; et S iris est une qualification égyptienne qui exprime maître, seigneur. Dans la langue copte , le mot qui répond an Dominas des Latins, au Kurios des Grecs s’exprime encore par Sios ou Sois. ( Réjlexions générales sur le rapport des langues égyptienne, phénicienne et grecque , par l’abbé Barthélemy ; Mém. de V Acad, des Inscrip., t. 3a, p. 232.)

Les Phéniciens avaient une divinité appelée Osoiis . dont le nom décomposé forme O-Soiis , ou le seigneur O, et serait le même que O-Siris ,

DES CELTES

gneiir, etc. O^Siris fut le nom de cette planète ; et ce nom exprimait aussi la divinité suprême du soleil. îdd&mneàiq Jaa Ii\l9

En amalgamant le mot iJioth nom générique de dieu chez les Egyptiens, avec O, nom du soleil chez le même peuple , les Grecs en composèrent leur the-os et leur ze-u$ quils prononçaient dzeous : c’est ce dernier nom qu’ils donnèrent à la planète de Jupiter . Les Romains firent de ce mot leur km et leur deas.

leur iou-pater , deus-pciter ou dispiter , enfin Jupiter y c’est-a-dire, dieu le père ; et cette dénomination latine paraît être une traduction de i O-Siris des Egyptiens (i).

Les Grecs et les Romains, chez qui le tonnerre était révéré comme une divinité terrible? lui attribuèrent l’image de la foudre, s’il est vrai que le signe de Jupiter soit cette image , comme on le dit. ïl est certain que Jupiter y qui avait été dans l’origine un dieu-soleil , et qui cessa de l’être parce que dans la suite on introduisit chez ces peuples d’autres divinités de cet astre , ne fut plus que le dieu de l’air , de f atmosphère ; le génie qui présidai! dans îe

(ïj ΟO on a fait sans doute ou , iou , jou ; et S iris a «hé tradMt par lè inift làtîh 'ffiiter , père; qualification donnée à presque tous les dieux.

À INTERIEURS À L'IDOLATRIE. iig

ciel. En conséquence, lorsque l’idolâtrie fut en vigueur, on le représenta toujours armé de la foudre; et il est présumable que le signe sous lequel la planète qui porte son nom est indiquée offre l’image, quoique imparfaite , de cet accident rapide de la nature.

Si Osiris avait chez les Egyptiens le double emploi de figurer le soleil et la pla?iète que nous appelions Jupiter , le Zeus des Grecs et le Jupiter des Romains, avaient également le double emploi de dieu suprême du ciel et de l’atmosphère, et de génie de la planète qui portait leur nom. On voit que les Egyptiens, les Grecs et les Romains se sont accordés à donner chacun la même dénomination à deux objets divinisés; et cette conformité vient à l’appui des rapports étymologiques que j’ai établis entre les noms de ces objets.

Quant à la confusion qui résulte du même nom donné à deux objets différens, la mythologie en offre plusieurs exemples qui attestent la pauvreté des langues primitives.

Saturne est la planète la plus éloignée du soleil que les anciens aient connue. Elle reçut différensnoms chez différens peuples deFOrient. Je ne m’y arrêterai point. Je dirai seulement que les Grecs la nommaient Chronos > qui signifie le Temps, peut-être à cause du long

DES CULTES

espace de temps que met cette planète à par-? courir son orbite. Les Romaius la nommèrent Saturne . Ce nom semble étranger h la langue latine, et ne signifie point le temps , comme Çiironos chez les Grecs. Plusieurs savans pensent qu’il dérive du mot sator , qui sème , qui plante y ou d'autres mots de la meme famille, qui ont en latin une signification pareille : alors ils ont vu dans Saturne l’emblème de l’agricultare. D’autres le font venir du mol sator , qui a une signification différente , et qui exprime père , créateur , celui qui engendre. je m’arrê te à cette explication, et si je joins au mot sat le nom d 'UranuSj divinité qui a tant de rapport avec Saturne, et dont il est le fils suivant la Fable, je forme Saluranus ou Saturnins (i). En décomposant les diverses parties de, ce mot, je trouve que sat signifie père ou maître , et qu’z/r, our y dans presque toutes les langues de l’Europe et de l’Asie , signifie bordure y entourage. 11 reste anus oui annus qui exprime cercle y anneau y Saturne pourrait donc être traduit par le père de la bordure du cercle .

a v « ACi1 i' I q j • K , q * H J l \ , î ■ f j % * - *

(i) La formation de ee nom est plus sensible chez les Indiens, Court de Gebelin dit : On trouve egalement dans la mythologie des ïndièns un roi nommé Satoura noimo. (Allégories orientales, p. /fo.)

ANTÉRIEURS A L IDOLATRIE. ni

Urarius était la partie apparente dit ciel que borde ou termine l’horizon, ou bien ce cercle visuel où le ciel semble toucher la terre, et où la terre semble être la bordure qui encadre le ciel. Quel objet doit mériter, aux extrémités de l’horizon, le titre de père , de maître, de dominateur qu’exprime le mot sat, sator , si ce n’est les montagnes qui le dominent, et qui, par leur hauteur, semblent atteindre les cieux, où les vents, les orages et autres accidens de l’atmosphère, prennent naissance ? Saturne serait donc une divinité montagne . Les hautes montagnes dont la cime se perd dans les nues, et que les anciens croyaient être attenantes au ciel , ont fait imaginer aux poètes que Saturne était fils d 'TJranus ou du ciel. Si leurs cimes s’élevaient dans les cieux, leurs bases reposaient sur la terre ; aussi les poètes ont-ils donné a Saturne la terre pour mère.

Le culte de Saturne fut porté en Italie par les Phéniciens. Ce pays, semé de hautes montagnes , fut très-convenable à cette divinité; aussi les fables portent que ce dieu y régna long-temps : ce qui signifie que son culte fut de longue durée. Elleslui donnent pour épouse Rhêa, qui est une montagne de la Troade . Enfin , ce qui contribue à fortifier cette opi~

DES CELTES

nion , que je n’émets cependant que comme une conjecture, c’est que quelques montagnes ont conservé long-temps le nom de Saturne. Il en est une qui s’élève dans la plaine d’Athènes , et qui portait ce nom. Suivant Justin , Festus et quelques autres écrivains, la montagne sur laquelle fut bâti le Capitole portait aussi le nom de Saturne .

Le règne de Saturne et de Rhéa fut , disent les poètes, le règne de l’innocence et de lage d’or, parce que de tout temps l’homme a vanté le passé aux dépens du présent, et a confondu toujours la simplicité, la grossièreté des moeurs, avec leur pureté.

Ainsi le nom de la divinité des montagnes en Italie aurait été appliqué à la planète que nous nommons Saturne ; et ce n’est pas , comme nous l’avons vu, le premier exemple de l’application du nom des fétiches naturels ou artificiels aux autres divinités.

Quant au signe de cette planète , ceux qui voient dans Saturne un dieu de l’agriculture disent qu’il esjt l’image d’une faux, instrument des cultivateurs. Ceux qui y voient le Chronos des Grecs y disent que ce signe est aussi une faux , la faux du temps , emblème de la destruction-. D’autres nomment l’instrument qui

ANTERIEURS A L IDOLATRIE. î^5

caractérise Saturne une harpe . La harpé est une espèce d’arme plate ? courte et recourbée: on en voit l’image dans un bas-relief qui représente le trône de Saturne ; et cette vue suffit pour prouver que la harpe est très-différente de la faux. D’ailleurs, les monumens antiques qui représentent Saturne avec ce dernier instrument sont très-rares , ou peut-être il n’en existe pas ( 2 ).

La harpe de Saturne est une arme offensive ; les fables mythologiques le prouvent. C’est avec la harpé que Jupiter combat Typhon ; c’est avec cette arme tranchante que Mercure coupe la tête à Argus; c’est cette arme que Mercure donne à Persée pour couper la tête à Méduse. Cette harpé , qui a évidemment donné naissance au signe de Saturne , n’était peutêtre qu’un instrument destiné aux sacrifices , qu’une espèce de glaive ou de hache qui servait

à égorger les victimes immolées à Saturne sur les montagnes. L’usage sacré auquel on l’employait la rendit sacrée ; aussi figure-t-elle avec distinction dans les fables et dans les raonumens mythologiques.

(1) Voyez les Monumens antiques et inédits de Mil Un} t. I , p( 218.

DES CULTES

Cette arme divinisée sera devenue l’emblème du dieu , et aura servi de modèle au signe de sa planète ( i).

Je taxe moi-même de conjectures l’origine que j’attribue aux signes des planètes; mais celle qu’on leur a prêtée jusqu’à présent me paraît tout aussi conjecturale , et moins convenable à la condition des hommes , à l’état des lumières des temps reculés où on les a mis en usage. Quoi qu’il en soit de la justesse de ces explications , toujours est-il certain que les signes de Jupiter et de Saturne appartiennent à une époque différente de celle où les signes de Mercure, de Vénus et de Mars, ont. été in-, ventés ; que les planètes de Jupiter et de Saturne , par leur éloignement et la lenteur de leur marche , ont dû être observées plus tard ; çtleurs signes, par conséquent, inventés longtemps après ceux des autres planètes avec lesquelles ils n’ont d’ailleurs aucun rapport de configuration.

Les signes du zodiaque étaient devenus depuis long-temps des objets de culte, et même des divinités, dont quelques-unes tinrent le pre-

(î) La harpe pavait avoir été chez les anciens Grecs ce qu’est, chez les sauvages de l’Amérique , le casse-tête ou loinahaùk .

ANTERIEURS A l’iDOLÀTHÏE. 1^5

mier rang dans la mythologie. Les signes des planètes , dont les dénominations et les formes étaient empruntées des anciennes divinités fétiches, obtinrent, sons ce dernier rapport, et comme faisant partie du calendrier , les hommages religieux des mortels. On leur attribua une vertu occulte, surnaturelle, et une influence sur les élémens , les végétaux et les animaux , pareille à l’influence vraie ou chimérique qu’on accordait aux astres même qu’ils représentaient. O11 imagina des rapports secrets entre les douze signes du zodiaque et ceux des planètes et des autres constellations ; et ces rapports donnèrent matière à plusieurs fables mythologiques. Les dénominations de tous ces signes, fournies par le hasard ou la nécessité , servirent à caractériser l’influence des astres qu’ils représentaient, et l’influence des signes meme. Ces dénominalions furent le fondement de cette science religieuse si célèbre chez les anciens , et si méprisée aujourd’hui , qu’on appelle astrologie , magie . Elle fut en vigueur chez les Egyptiens , chez les Chaldéens , chez les Perses et les Thessaliens, et se répandit avec le sabéisme, dont elle était l’abus, chez presque tous les peuples de la terre. Par elle, on lisait dans

DES CELTES

ravenir , on éludait les lois du destin, on les dictait ; on interrompait l’ordre de la nature , on le dirigeait à son gré; on forçait les élé— mens, les dieux même, par une certaine disposition donnée à ces signes , à se soumettre à la volonté de celui qui les disposait convenablement. Les lames caractérisées, les anneaux de Thrace, les anneaux constellés, les talismans, les amulettes chargées des signes du zodiaque , de ceux des planètes et des autres constellations , étaient les principaux moyens de cette science vaine et ridicule , et sont aujourd’hui les tristes monumens des erreurs des hommes et de leur crédulité facile (1).

Ainsi, ces signes devinrent de véritables fé-

( 1 ) On a vu des savans s’occuper sérieusement de cette science. Ticho-Brahe employa beaucoup de temps et de recherches pour composer son Calendarium naturale magicum , qu’il publia en i5q2, sous le nom de Groschedel ab Aicha . C’est une grande estampe, aujourd’hui fort rare , de plus de trois pieds de haut , chargée d’une multitude de figures et de signes astrologiques. L’art des prédictions, la manie de connaître et de deviner l’avenir, de se prémunir d’amulettes et de talismans constellés pour détourner le malheur et fixer la fortune , étaient alors le délire de toutes les têtes , et sur-tout des têtes couronnées. L’Etoile nous apprend que sous Charles IX il y avait jusqu’à trente mille astrologues à Paris.

tiches , les fétiches artificiels des astres ; ainsi , le sabéisme , enté sur le fétichisme , produisit des fruits qui décelaient leur double origine 7 produisit des fétiches artificiels j, qui , par leur forme , appartenaient au ’ sabéisme et, par l’espèce de puissance occulte qu’on leur attribuait , à l’ancien Fétichisme .

* xnfionnjs B">1 , d.ar/idT ab xtrim.

DES CULTES

Page 1