CHAPITRE VII
lies Fétiches artificiels , des astres ; de Forîgîne du Zodiaque x de ses signes et de ceux des planètes-
Dis que Fagriculfure eut fait quelques pro-* grès * on sentit le besoin de fixer les époques des diflereus travaux de la campagne * et* par conséquent* de diviser le temps. La révolution du soleil donna la mesure de Tannée ; et les douze phases de la lune fournirent celle clés mois (1). Pour distinguer et faire connaître chacun des douze mois lunaires* on leur donna des noms; et ces noms furent ceux de quelques divinités fétiches > les seules adorées avant que la science astronomique eut fait des progrès* avant que le Sabéisme , qui en dérive* fût établi.
te premier mois de Fan née lunaire re~
' Fecù hmani in tempora ; ,,, ,a ,UBe pour
marquer le temps. Psaumes 4e David, psal. i o3 , ,
eut , chez les Égyptiens, le nom de Thoth (1), Fétiche qui , comme je le prouverai dans la suite t n’était qu’une pierre de borne , qu'une colonne limitante; mais cette pierre fut une des plus anciennes et des principales divinités de l’Égypte.
Le second mois eut nom Paophi, mot qui signifie serpent . Ce reptile fut un des dieux Fétiches des Égyptiens. Il était autrefois, et il est encore adoré par les Éthiopiens, leurs voisins, et leurs anciens instituteurs en matière de culte (2).
Le troisième mois était appelé Athir , nom d’une autre divinité fétiche y dont 011 a depuis fait la déesse Vénus , qui 11’était, comme je le prouverai , qu’une pierre brute , adorée chez des peuples voisins de l’Égypte.
Enfin on retrouve dans Phaménoth , le septième mois , le nom de la lune ; et dans Pachony neuvième mois , celui du soleil : deux astres Fétiches adorés long-temps avant l’institution
( 1 ) On jugera de l’antique importance de 77: lotit, lorsqu’on saura , comme je l’établirai dans la suite , que c’est de ce mot qu’est dérivé le nom générique Dieu,
(2) Voyez, sur les serpens fétiches de la Nigritie et de l’Ethiopie , ce que dit le président de Brosses , dans son ouvrage intitulé du Culte des dieux fétiches, p . 28, 2 54 et suivantes ; et Lucien , de Y Astrologie*
go
du Sabéisme . L'interprétation que les savans ont donnée aux noms des autres mois égyptiens, quoicpLin certaine , prouve assez qu’ils n’ont aucun rapport au culte des astres en général, et qu’ils sont étrangers au Sabéisme .
Le Fétichisme était le seul culte en vigueur ; le Sabéisme n’existait pas. La science astronomique se bornait à l’observation du cours annuel du soleil et des phases de la lune, lorsqu’on s’aperçut que ses douze phases ne remplissaient point complètement l’étendue de la révolution solaire ; que cette dernière révolution , plus longue que celle de la lune , laissait un déficit de temps qui, augmentant chaque année, devenait de plus en plus sensible. Les mêmes mois ne coïncidaient plus, comme dans l’origine, avec les mêmes saisons : il en résultait un désordre qui nécessita la réforme.
il fallut donc changer de principe, et prendre pour base de la mesure du temps , non plus les phases de la lune, mais la durée du cours annuel du soleil.
'Cette entreprise ouvrit la carrière de îa science astronomique, et donna naissance à la religion du Sabéisme . Ses effets amenèrent un nouvel ordre de choses, mais ne changèrent point les formes anciennes, auxquelles le peuple était habitué. L’année avait été divisée en
douze mois par ies douze phases de la lune ; on conserva celte division ; et le nombre douze , si célèbre dans les religions de l’antiquité , fut consacré par ce nouveau système. De plus, chacune de ces divisions conserva son ancienne dénomination.
Pour parvenir à mesurer le temps d’une manière plus exacte , 011 imagina de fabriquer un cercle , ou une surface longitudinale destinée à représenter le cours apparent du soleil clans une année. On le divisa en douze parties égales, qui marquèrent les douze mois ; chacune d’elles fut ensuite subdivisée en trente parties , marquant les jours de chaque mois. En corrigeant l’année lunaire, on s’était approché de la vérité, mais on ne l’avait pas atteinte ; il fallait accroître l’année de plus de neuf jours, et on n’y en ajouta que cinq : ce qui faisait trois cent soixante jours. Ce fut là l’origine de ce nombre commode, que les géomètres emploient encore dans la division du cercle.
Le cercle , ou la surface ainsi divisée , reçut le nom de zodiaque .
On supposa, dans le ciel, une pareille division, un pareil zodiaque. Des groupes d’étoiles, qui se rencontraient sur la route du soleil dans sa révolution annuelle, furent observés, et servirent à marquer douze divisions célestes , qui
ga DES CULTES
correspondaient aux divisions dn zodiaque artificiel, aux douze mois.
Cela ne suffisait pas encore; il fallut , pour se reconnaître, indiquer chacune des divisions du zodiaque artificiel et chacune des divisions supposées du zodiaque céleste par un signe et par une dénomination.
Comme le principal objet du nouveau système annuel et de la fabrication du zodiaque était de désigner le retour des saisons, de fixer l’époque des divers travaux de la campagne; et comme aussi les groupes d’étoiles qui se trouvaient fortuitement sur la route du soleil ne présentaient aucune image relative à l’agriculture, aucune forme déterminée qui pût les caractériser eux-mêmes aussi exactement qu’un cercle représente le soleil , et un croissant la lune, on fut forcé de recourir, peut-être pour la première fois, à des symboles, c’est-à-dire: à des figures d’objets représentables qui avaient une analogie parfaite , des rapports evidens ? avec d’autres objets qu’on ne pouvait représenter. Celte nouveauté, il faut l’avouer, n’appartient pas h un état de barbarie; elle annonce quelques progrès dans l’exercice de fa pensée.
On traça donc, dans chacune des douze divisions du zodiaque artificiel, douze signes qui représentaient des objets familiers , et qui in-
ANTERIEURS A L IDOLATRIE. gg
cliquaient, par leur analogie, les principaux phénomènes du cours annuel du soleil , ainsi que les époques des divers travaux de l’agriculture. Les noms de ces douze signes du zodiaque artificiel furent appliqués aux groupes d’étoiles qui leur correspondaientdans les douze divisions supposées du zodiaque céleste. 11 en résulta, ce qui est fort extraordinaire, que îe signe donna son nom à l’objet signifié.
Ainsi le zodiaque artificiel correspondit entièrement au zodiaque céleste.
Dans l’exposition que je viens de faire de l’origine du zodiaque, on voit que les efi’ets m’ont fait pressentir les causes ; mais les motifs que je suppose à cette origine sont simples, nécessaires, et conformes à la marche ordinaire de l’esprit humain.
Passons aux signes du zodiaque.
Le zodiaque artificiel fut le premier des calendriers ou almanachs; et les signes qui le composèrent formèrent les premiers caractères de 1’ écriture.
Il est possible epie , dans l’origine du zodiaque, les douze divisions ne fussent pas toutes remplies par des signes ; que celles dont les mois n’offraient rien d’utile à indiquer restassent vides, ne fussent remplies que par des signes vagues, ou fassent abandonnées à far-
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bitraire des diverses Dations, qui y placèrent des symboles à leur convenance; mais les signes des divisions principales qui indiquaient les travaux les plus précieux à l’agriculture et les époques les plus intéressantes de l’année, telles que celles des semailles, des moissons, des vendanges, ou celles des deux solstices et des deux équinoxes, furent généralement adoptés , et se sont conservés jusqu’à nos jours; car les sa vans qui ont traité ces matières s’accordent à regarder les signes actuels du zodiaque comme les mêmes, à peu près, que ceux qui furent imaginés lors de sa première institution.
Avant d’entrer dans de plus grands détails sur ces signes, je dois dire qu’une des époques les plus intéressantes de l’année , l’équinoxe du printemps, ne se trouvait point dans l’origine du zodiaque au même signe que celui où il se trouve aujourd’hui. Ce changement est l’effet de la précession des équinoxes .
Depuis plus de deux siècles, le soleil arrive à l’équinoxe du printemps dans le signe des Poissons. Avant cette époque , et pendant deux mille cent cinquante-un ans, cet équinoxe fut dans le signe du Bélier . Avant de pénétrer dans ce dernier, le soleil avait, pendant le même nombre d’années, marqué l’équinoxe du printemps dans le signe du Taureau / enfin , avant d’en ta-
ANTERIEURS A L’iDOLATRIE. çp
merle signe du Taureau, l’équinoxe printanier arrivait dans le signe des Gémeaux .
C’est lorsque cet équinoxe était sous ce dernier signe, c’est-à-dire, plus de six mille cinq cents ans avant le commencement du dix-huitième siècle , qu’il faut placer la première institution du zodiaque, l’origine des almanachs et de la religion du Sabéisme.
Le signe que je viens d’indiquer représentait deux lignes égales, parallèles et verticales , unies par deux autres lignes horizontales, ou deux enfans jumeaux en regard et s’unissant avec leurs bras. Il est difficile d’imaginer un signe symbolique qui exprime mieux l’état du ciel et l’équinoxe du printemps, que le signe des Gémeaux. La durée du jour est alors égale à celle de la nuit; cette égalité est ici symbolisée par deux enfans d’un meme âge, d’une même taille, et nés d’une même mère. Leur enfance signifie celle de l’année , qui ne fait alors que commencer à développer les germes de la terre (i).
L’analogie complète qui se trouve entre le signe et l’objet signifié est frappante : elle nous
(i) Deux poutres verticales et parallèles , réunies vers leurs extrémités par deux autres qui étaient horizontales,, figuraient anciennement, à Sparte, Castor etPollux; c’est une copie exacte du signe des Gémeaux.
DES CULTES
éclaire sur Fépoque où le zodiaque a été composé pour la première fois. Le signe du Taureau qui l’avoisine, et qui lui a succédé dans la prérogative de recevoir le soleil à l’équinoxe du printemps, me confirme dans l’opinion que, lors de la première institution du zodiaque, on a indiqué l’équinoxe du printemps par les Gémeaux, et non par le Taureau, dont la ligure ne peut être le symbole de l’égalité des jours et des nuits.
Ainsi, je pense que la division du zodiaque marquée par les Gémeaux est le point invariable d’où l’on doit partir pour expliquer tout le système zodiacal, ainsi que les changemens évidens qu’il a subis.
Cette base posée, élevons sur elle l’édifice du zodiaque tel qu’il était dans son origine, et indiquons quelle place occupaient les principaux signes , avant que le mouvement progressif de la précession des équinoxes eût dérangé Fordre primitif.
L’équinoxe du printemps était, comme je Fai dit, marqué par les Gémeaux,
Le solstice d’été, époque où le soleil est dans sa plus éminente exaltation, où les jours sont les plus grands de l’année, où la nature et la végétation ont acquis toute leur force, était marqué par un Lien, symbole très-convenable.
ANTÉRIEURS A L’iDOLATRIE.
L’époque des moissons se trouvait signifiée dans la division voisine du Lion par des épis de blé, et, dans la suite, par une femme portant un enfant, et tenant d’une main un ou plusieurs épis.
L’équinoxe de l’automne avait pour signe une Balance . Il n’est point de symbole, après celui des Gémeaux , qui exprime plus heureusement l’égalité des jours et des nuits de cette saison; et l’espèce d’équilibre qui se trouve alors entre la lumière et l’obscurité ne peut être mieux caractérisée que par une balance.
Le solstice d’hiver était marqué par un vase, d’où s’écoule de l’eau, appelé le Verseau . C’est le symbole des pluies d’hiver; et cette saison , comme on le sait, dans les pays orientaux, d’ou nous vient le zodiaque, se distingue des autres par de longues pluies.
L époque ou, apres les pluies d’hiver, les moutons peuvent être conduits dans les pâturages était marquée par un Bélier *
La division qui suit celle du Bélier était caractérisée par le Taureau . Ce signe indiquait le temps du labourage, avertissait les habitans des campagnes qu ils devaient, avant l’équinoxe du printemps, atteler les bœufs à la charrue, ouvrir le sein de la terre pour lui confier les semences. En effet, c’est dans le mois qui précède
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le printemps que l’on faisait autrefois, et que, dans plusieurs pays, on fait encore les semailles (i).
Tels étaient, dans l’origine du zodiaque , les principaux signes qui indiquaient les époques les plus intéressantes du cours annuel du soleil et des travaux de l’agriculture.
Telle était la situation respective de ces signes, lorsque le mouvement progressif des équinoxes, dérangeant l’ordre établi dans le zodiaque artificiel, le rendit inutile, en nécessita la réforme, donna lieu à des changemens. Voici les causes et les effets de cette révolution imprévue.
Le soleil , après s’être trouvé pendant plusieurs siècles dans le signe des Gémeaux , à l’équinoxe du printemps, arriva au même équinoxe dans la division zodiacale marquée par le signe du Taureau , et parcourut entièrement cette division dans l’espace de 2 i5i ans.
Pendant qu’il séj ournait dans ce dernier si gne, on dut remarquer, pour la première fois, que
(1) C’est le premier précepte que , dans ses Géorgiques, Virgile donne aux agriculteurs.
cre j un' o , gelidus canis ciim montibus Jiumor Liquitur , et zephiro puiris se gleba resolvit ,
Depresso incipiat jam tüm viihi tau rus aratro fngcmc ré , et sideo altrifus splcndescere vo mer.
( Georg. , lib. t , v. 4L )
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plusieurs autres signes du zodiaque ne coïncidaient plus avec les saisons et les travaux des champs qu’ils devaient indiquer , et que le symbole n’était plus applicable h l’objet symbolisé. Un tel désordre ne pouvait subsister sans rendre le cercle zodiacal inutile, et ses indications fausses. En effet, le Lion ne se trouvait plus au solstice d’été; les Épis ne marquaient plus l’époque des moissons; ni la Balance , l’équinoxe d’automne ; ni le Verseau , le solstice d’hiver.
Il aurait fallu, pour remédier complètement à ce désordre , déplacer tous les signes symboliques, et, les faisant rétrograder d’une division, suivre la marche de la précession. Ce changement eût été praticable pour le zodiaque artificiel, mais ne le fut point pour le zodiaque céleste. 11 aurait fallu changer la dénomination des constellations comprises dans les différentes divisions de la zone céleste du zodiaque ; il aurait fallu changer notamment celle du groupe d’étoiles qui formait dans le ciel la constellation des Gémeaux , et qui était, depuis plusieurs siècles, consacré par la religion, comme signe de l’époque la plus intéressante de l’année, comme le symbole du soleil régénérateur de la nature : groupe d’étoiles qui constituait la divinité antique, adorée sous les noms de Dioscures ou de Castor et Pol lux ; constellation précieuse,
DES CULTES sur-tout aux navigateurs, auxquels ces étoiles servaient de guide. Le culte des Gémeaux , des Dioscures ou de Castor et Pollux , qui formait la partie essentielle des fameux mystères de Samo trace , était trop fortement établi, avait jeté des racines trop profondes dans l’opinion publique, pour être facilement .détruit; et les étoiles qui composent cette constellation ou ce signe céleste étaient trop connues du peuple, avaient trop souvent fixé ses regards religieux, pour qu’on parvînt à changer leur nom, et par ce changement à anéantir le culte et la divinité. On ne pouvait non plus, sans heurter de front toutes les idées reçues, sans renverser les principes religieux consacrés par l’habitude, transporter le nom de la constellation des Gémeaux , des Dioscures , des dieux Castor et Pollux , à la constellation voisine, appelée le Taureau . Le succès d’une telle entreprise était devenu impossible; on ne le tenta point. Ainsi , quoique la constellation des Gémeaux n’indiquât plus Féquinoxe du printemps, on lui conserva, dans le zodiaque céleste et artificiel, sa figure et son nom. Ce nom et cette figure symbolique, par respect pour la religion, ne furent plus appliqués à l’objet symbolisé; celui du Taureau , qui ne peut être le symbole de l’égalité des jours et des nuits, le remplaça dans l’équinoxe du printemps.
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Si le culte s’opposa au déplacement du signe des Gémeaux y il n’en fut pas de même des autres signes. Les constellations, qu’ils caractérisaient, n’étaient pas encore un objet d’adoration, et tenaient plus à la science qu’à la religion astronomique. On put, sans contrarier les idées religieuses, les déplacer et les faire coïncider avec les principales révolutions célestes dont chacun de ces signes était le symbole. Ainsi, à l’exception des Gémeaux y qui n’étaient plus à l’équinoxe du printemps, du Taureau qui s’y trouvait, et peut-être du Bélier qui l’avoisinait, tous les autres signes éprouvèrent un déplacement qui les fit passer de la division zodiacale qu'ils occupaient à la division voisine. Le Lion se retrouva en conséquence au solstice d’été, le Verseau au solstice d’hiver; les Epis furent replacés à l’époque des moissons; et la Balance occupa de nouveau la place marquée par l’équinoxe de l’automne.
Ce changement opéré sur les zodiaques artificiels dut faire disparaître un signe entre les Gémeaux et le Lio?iy entre l’ensemble des signes qu’on rendit mobiles et les signes qui restèrent immobiles : ce signe soustrait est inconnu. Ce changement dut, par la même raison, laisser un vide entre le Verseau et le Berlier ; ce vide fut rempli sans doute par le signe
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des Poissons , symbole des eaux ou de la pêche, qui semble n’être placé que comme un supplément au signe du V erseau qui l’avoisine, et qui caractérise aussi les eaux ou la pêche. C’est en effet au mois où répond ce signe que, suivant Elien , les Egyptiens faisaient leur grande pêche.
il suffit de jeter les yeux sur une figure du zodiaque pour concevoir l’idée de ces déplàcemens.
Les trois signes qui sont restés immobiles au milieu de ces changemens , les Gémeaux , le Taureau, le Bélier, etqui ont successivement marqué l’équinoxe du printemps, ont reçu un culte distingué. On les a tous trois qualifiés de Dieux Sauveurs et Régénérateurs ; on a vu en eux le soleil printanier, qui répand par-tout la lumière et la vie, triomphe des ténèbres, ressuscite et féconde la nature. Le culte du Taureau, qui marquait l’équinoxe du printemps, lorsque le Sabéisme et la science astronomique faisaient les plus grands progrès, fut presque universel. On poussa la dévotion pour ce signe jusqu’à l’adorer lui-même, jusqu’à adorer l’animal qui était son image vivante. On sait que les taureaux Ap is , Mnevis ou Bacis , reçurent dans différentes villes de l’Egypte les honneurs divins, et: que cet animal, qui a fourni matière
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à plusieurs fables mythologiques, est encore révéré chez les Indiens, dont la religion a pour base le Sabéisme .
Les autres signes figurent aussi dans la mythologie ; et quelques-uns ont été érigés en divinités. L’homme aux pieds de bouc, portant la chèvre et les chevreaux, fut l’origine du dieu Pan ; le signe des Epis fut celle de Cérès , et la Balance celle de Thémis .
L’équinoxe du printemps, après s’être trouvé pendant 21 5i ans dans le Taureau , abandonna ce signe pour passer dans celui du Bélier Ce passage eut lieu environ quatre cents ans avant notre ère vulgaire. Le culte des astres était alors arrivé à son terme ; ses combinaisons étaient épuisées; cette religion était fixée. D’ailleurs, les progrès des connaissances humaines, de nombreuses sectes philosophiques répandues en Asie , et l’attachement du peuple à ses anciens dogmes, s’opposaient à ce que le culte du Bélier reçût une consistance pareille à celle qu’avait acquise le culte du Taureau . Cependant il fut adoré à Sais, dans la Haute-Egypte, et, en Perse, sous la figure d’un agneau, comme Dieu Sauveur et Régénérateur, titre sous lequel avaient été adorés le Taureau et les Gémeaux.
L’arrivée de l’équinoxe du printemps dans le
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signe du Bélier ir apporta en conséquence dans le zodiaque artificiel pas plus de changement que n’en a apporté son arrivée récente dans le signe des Poissons.
C’est ainsi que les signes symboliques du zodiaque, qui, dans l’origine , ne servaient qu’à indiquer les points principaux du eours annuel du soleil, ainsi que les époques des travaux de la campagne , et ne servaient qu’à remplir le but de nos calendriers ou almanachs , devinrent , par la suite des temps , par le respect des peuples pour cette institution antique et nécessaire , des objets divins ,des divinités plus ou moins révérées (i).
Les constellations comprises dans la ceinture zodiacale ne fixèrent pas seules l’attention des hommes ; et leurs signes , ainsi que ceux du soleil et de la lune , ne devinrent pas les seuls Fétiches artificiels des astres consacrés par le culte. L’habitude d’observer le ciel fit apercevoir la mobilité de quelques planètes, et bientôt
(i) Les calendriers rustiques des anciens, b almanach de bois dont MM. Lancelot et Court de Gebelin ont donné la description; les almanachs mécaniques dont se servent les Turcs ; les bâtons runiques , et notre almanach du berger, se rapprochent, par leur simplicité, du motif et de la simplicité du zodiaque dans son institution primitive.
ANTERIEURS A L IDOLATRIE. io5
reconnaître leur révolution, il n’est pas probable que les cinq planètes furent toutes découvertes en même temps. Celles dont les mouvemens sont plus perceptibles , et que nous nommons Vénus , Mercure, Mars , durent être observées les premières. La simplicité de leurs signes, les rapports qui se trouvent entre leurs formes , concourent encore à prouver quelles furent découvertes à des époques voisines.
L’éloignement du soleil, et la lenteur de la marche des autres planètes, appelées Jupiter et Saturne , par conséquent la difficulté d’observer et de calculer leurs mouvemens, jointe a la forme compliquée de leurs signes, me persuadent quelles ont été découvertes long-temps après les trois premières.
Ces planètes ayant, comme le soleil, un cours réglé, furent , ainsi que cet astre, considérées comme divinités. 11 fallut leur donner des noms. Chaque nation de l’Orient, à cause de la diversité des langues , exprimait le mot générique Dieu par un nom différent; on choisit les noms des Fétiches les plus célèbres parmi ces nations, et onles appliqua aux nouvelles divinités : ainsi ces planètes reçurent les dénominations des Fétiches déjà adorés. De quelle autre qualification eût-on pu honorer ces divinités célestes, si ce n’est de celles que portaient des divinités
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existantes sur la terre , et qui étaient seules capables d’inspirer un sentiment religieux?
Il fallut aussi leur donner des signes , afin de les indiquer surle calendrier. Ces signes ne pouvaient être symboliques : car aucun objet sur la terre n’avait assez de rapport et d’analogie avec ces corps célestes mobiles, pour être figuré à leur place , pour les représenter. Les planètes, d’ailleurs, ne marquaient aucun phénomène intéressant pour les hommes ; leurs mouvemens n’indiquaient ni le retour des saisons , ni les époques des travaux des champs ; ainsi , ni les saisons ni les travaux des champs ne fournissaient de symboles convenables. Pour figurer les trois planètes qui furent les premières connues , Mercure , Vénus , Mars , on employa le cercle, auquel on ajouta, pour les distinguer entre elles, l’image des divinités Fétiches dont elles portèrent les noms. Elles furent figurées par un cercle , comme l’était le soleil , à cause des rapports quelles ont avec cet astre, qui, comme elles , a un cours réglé ; mais le cercle qui les représentait était moins grand que celui du soleil , parce que ces planètes paraissaient moins grandes que cet astre.
Pourdistinguerle signe de la planète de Mercure, on ajouta à son cercle le carac tère Tau, qui
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est une croix ou un T. C’est l’image du Thoth , qui consistait en une colonne de bois ou de pierre près de la cime de laquelle était une traverse ? qui portait ordinairement des inscriptions relatives au culte , à la politique , à la morale et aux sciences. Je prouverai ailleurs que le Thoth , ou la colonne cruciforme , était la même divinité Fétiche que F Herme's des Grecs, le Mercure des Gaulois Cisalpins et des Celtes (i).
O11 avait donné au signe de Vénus une forme pareille à celle que je viens de décrire : il fallut donc ajouter au cercle de Mercure un caractère qui l’empêchât d’être confondu avec le signe de F émis. On y ajouta deux formes d’ailes, emblème de la vélocité de sa révolution autour du soleil;’ car, comme on le sait , Mercure est de toutes les planètes celle dont la révolution est le plus promptement terminée. Ces ailes , lorsque dans la suite on eut personnifié Mercure, furent appliquées à sa tête, à ses talons, à son caducée.
Je ne crois pas , comme le pensent quelques savans, que ce soit le caducée de Mercure qui
( 1 ) Les Egyptiens nommèrent ' Thoth la planète que les Grecs appelaient Hermès , et les Latins Mer-
cure.
DES CULTES
ait fourni les ailes au signe de cette planète ; mais il est plus satisfaisant de croire que c’est le signe de la planète qui a transmis ses ailes au caducée de ce dieu ; parce que ce signe est bien antérieur aux figures humaines données a Mercure , et au caducée qu’on lui fait tenir à la main ; parce que ce qui est simple est plus ancien que ce qui est composé.
La planète de Vénus fut également représentée par un cercle, auquel est réunie la marque distinctive du Tau. Ce signe ne diffère de celui de Mercure que parce qu’il est privé d’ailes ; mais pourquoi cette planète portet-elle comme Mercure le caractère du Tau ou de la croix ?
Pour résoudre cette question , il faut que je pose en principe ce qui n’est pas encore prouvé , mais ce qui le sera dans la suite. Tlioth , qui avait pour image le caractère Tau, n’était qu’une pierre brute dressée, une de ces colonnes cruciformes et limitantes si célèbres dans l’antiquité, qui , ainsi qu’il a été dit , portait ordinairement des inscriptions , et futadorée en Egypte comme un dieu fétiche;
Vénus était également , dans son origine , une pierre brute comme le Thoth. Cette pierre était honorée chez plusieurs peuples voisins de l’Egypte par des cérémonies fort étranges ,
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et dont je parlerai dans la suite (i). On voit maintenant pourquoi deux divinités semblables dans leur origine, deux fétiches pareils par la matière et par la forme , et dont les noms furent appliqués à ces deux planètes, fournirent aux signes de ces mêmes planètes un caractère commun , le Tauc[ ui désigne le Thoth , et qui , dans la plupart des alphabets orientaux , est représenté par une croix. On sait , au surplus , que le signe Tau ou de la croix faisait partie des cérémonies du culte de Vénus (2).
(1) Voyez ci-après , chapitre XXL
(2) Je 11e puis m’empêcher, ici, de rapporter les interprétations de quelques savans , qui différent de la mienne sur le signe de Vénus . Les uns y ont vu une clef allégorique qui ouvrait la nature au printemps , comme si cette planète ne paraissait ou ne se faisait distinguer que dans cette saison de l’année. Il faudrait dire aussi que le signe de Mercure représente une clef, puisqu’il est presque semblable à celui de Vénus, et que le signe de Mars représente une partie de clef, puisque, comme les deux autres signes , il a la forme d’un anneau ou d’un cercle.
Court de Gebelin voit, dans le signe de Vénus , le .Miroir de cette déesse. Comment accorder l’opinion de ce savant sur la haute antiquité des signes des planètes, avec l’époque bien moins antique de l’invention des miroirs , invention qui annonce des progrès dans les arts de luxe ? Il faudrait que les miroirs fussent plus anciens que les signes des planètes, pour que cette opinion eût quel-