‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 2)Chapitre 17 sur 34 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Des momimens composés de plusieurs pierres, dont les unes dressées en supportent d3autres posées horizontalement, nommées Fans de Mercure, Cromlechs, Antas , Pierres-Levées , Dolmin , etc. Origine des niches , des sacella ; des pierres plantées sur un plan circulaire ou carré long ; origine des temples.

Je passe à des monumens moins simples, et par conséquent moins anciens , composés de plusieurs pierres grossières disposées de la manière suivante : deux ou un plus grand nombre de grandes pierres plantées en terre supportent une ou plusieurs pierres longues , et quelquefois aplaties, posées sur les premières dans un sens horizontal.

Les plus simples de ces monumens ne sont composés que de trois pierres. Le savant rabbin INathan, qui vivait au quinzième siècle, en donne la description, elles nomme Fanum Mer colis,

le Fan ou le monument sacré de Mercure. « J. es

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» pierres du Fan de Mercure étaient, dit-il, » ainsi disposées : une pierre placée d’un coté, » une seconde de l’autre, supportaient une troi- » sième posée sur les deux premières (1). » Un autre rabbin, cité par Drusius, décrit de la même manière ce monument : ce sont aussi trois pierres dont deux en supportaient, une ; et il nomme cet arrangement de pierres Mercure (2), r

Ces mon u ni eus se trouvent en grand nombre dans plusieurs parties de l’Europe ; mais ceux qui sont composés de trois, quatre et d’un plus grand nombre de pierres, qui en supportent une ou plusieurs, ne le sont pas moins.

Keysler, Borlase, Stukeley , Carnden et plusieurs autres écrivains ont donné la description et la gravure de ces espèces de monumens qu’on voit dans le nord de l’Europe et dans les différentes parties des îles Britanniques» Ils abondent sur-tout dans les Iles Hébrides. JVil liam Cooce en a observé dans les Iles Danoises.

(1) Lapides Fani Merkolis sic dispositi erant , ut unus hinc , aller illinc , terlius super ulrumque collocarelur, (Selden, de Dis Spris , etc. Syntagm. 2, cap. 1 5, de Mercurii acervo. )

(2) Selden, idem , idem .

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Un d eux représente un roc informe , posé horizontalement sur quatre pierres. Pocoke en a vu en Saxe, près de Butehude, dont la pierre, posée horizontalenient, avait huit pieds de long : elle était supportée par trois autres pierres qui s’élevaient de trois pieds au dessus de terre ; on nommait ce monument TV il lemswein (i).

En Angleterre , ils portent généralement le nom de Cromlech . En Portugal , où il s’en trouve plusieurs, ils sont nommés Antcis. En France, on les appelle ordinairement Pierre-levée , et dans nos provinces méridionales, Pierre-levade . Quelques-uns reçoivent les noms merveilleux de Pierre-de-fée , ou P ierres-des-fades . Les Bas-Bretons les appellent Dolmin Lichaven ou Leck-a-v en. Ce nom a des rapports avec le Cromlech des Anglais. 11 paraît que la syllabe le ch ou leck est le nom générique de ces monumens. Camden , qui en a décrit plusieurs, en nomme un, composé d’une longue pierre sup-

(i) Coyage de Pocoke, t. VI, p. 4^3. Je pense que le nom de JVillemswein qu’on trouve dans l’ouvrage de Pocoke offre une faute de copiste ou d’impression , et qu’il faut lire JViilemstein , qui signifierait pierre de Guillaume : c’est l’usage , dans le Nord , de donner à ces monumens le nom des hommes auxquels ils sont consacrés.

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portée par quatre piliers, Lhech-y-goWres ; et Bullet , dans son Dictionnaire celtique , nous apprend qu’en Bretagne et dans le Haut - Léon le nom de Lech est donné a de grandes pierres plates un peu élevées de terre.

Dans le comté de Kent, en Angleterre, est le Cromlech de Catergène, fils de Wortimer, roi des Bretons : Stow en a donné la description. C’est une grande pierre plate, posée sur trois autres qui sont debout et élevées à une telle hauteur, que les hommes peuvent facilement se placer dessous pour être à l’abri des orages. Entr’autres monumens de cette espèce qu’il décrit, Borlase, dans ses Antiquités de Cornouailles, nous en offre qui ont des variétés particulières : l’un présente une pierre ou un rocher élevé horizontalement sur quatre pierres; un autre est composé de deux piles formées, chacune, de plusieurs assises de rochers informes. Sur ces deux piles est élevée une roche dont la forme est un peu aplatie : on la nomme Hanging-Stone , ou le rocher suspendu.

11 existe plusieurs de ces monumens en France, et sur- tout dans les ci-devant provinces de Bretagne , du Poitou et du Quercy- Le plus renommé est celui qu’on appelle , aux environs de Poitiers, la PicrrcAevée . Rabelais

la rendu célèbre; et Caylus l’a mieux fait connaître par la description et la gravure qu’il en donne (1). On en voit un autre sur le chemin de Poitiers à Mirebeau ; un troisième à Geay , sur la route de Saintes à RocheforU A Moulins , département de l’Ailier, trois pierres en supportent une quatrième ; a Saint-Plantaire, même département, cinq pierres, en forme de piliers rustiques , supportent une sixième , qui a la forme d’un carré long de douze pieds dans sa plus grande largeur : on la nomme Pierre à la Marthe .

Dans le ci-devant Rouergue , dans la plaine de Sainte-Radegonde, et au nord-ouest du village, on voit entre plusieurs monumens celtiques une pierre-levée, nommée Dolmin, composée de trois pierres ; deux posées de champ sont taillées en pieds droits , et supportent une large pierre brute qui sert de couverture à ce petitédifice. On en voit une pareille, mais mieux conservée , dans le même pays , près du village de P ejrignagols , à deux lieues et a l’ouest de Rhodez. Deux pierres latérales, de neuf pieds cinq pouces de longueur et d’épaisseur inégale, supportent une pierre plus étendue qui sert de couverture , et forment entre elles une

(0 Antiquités , t. IV, p. 171, 172, pl m»

espèce de case ou sacellum , dont l’ouverture , qui regarde le couchant , est remplie par une pierre de trois pieds en tout sens. L’ouverture, qui est à l’orient, reste ouverte. (Description du département de l’Aveyron, par M. Monteil > p. 1 82. )

On voit de ces monumens dans presque toutes les provinces de la France , comme le prouve le savant ouvrage de M. Cambry ; mais un de ceux dont il n’a point parlé, et qui est certainement le plus colossal des monumens de cette espèce qui soient en France, est celui qui se trouve dans le ci-devant Quercy, sur les bords du Lot, et près du lieu de Livernon. La pierre horizontale qui est supportée par deux autres a trente-cinq pieds de long , vingt de large et trois d’épaisseur (1). Elle n’est surpassée que par celle d’un monument de la même espèce décrit par Keysler, et situé à Alberdorfs ; la pierre horizontale , supportée par cinq ou six autres, a trente-six pieds de longueur (2), Quelle force a pu, sans le secours de la mécanique, mouvoir, élever de telles masses? Il est probable que, pour faire parvenir un rocher de

(1) Description des principaux lieux de France , t. 1IT, p. 1 3. La note.

(2) Antiqui taies select æ septentrionales .

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ce poids à la hauteur ou il devait être placé, les hommes avaient recours au plan incliné, qu’ils formaient avec des troncs d’arbres ou du terrain accumulé jusqu’à la cime des piles, et qu’ils déblayaient ensuite. C’est aussi par ce moyen simple et facile que, suivant Diodore de Sicile, 1 furent élevées et placées les pierres énormes employées à la construction des pyramides (l’Égypte (1).

La Bretagne contient sur-tout plusieurs de ces pierres-levées , dont la Sauvagère, Caylus et M. Cambry ont donné la description et la gravure (2).

L’Espagne, et le Portugal, sur-tout, en présentent un grand nombre. Dans ce dernier pays, les plus renommées et les plus considérables se voyent au midi du Tage. A Pomerès, village près de Saradossa ; à Freixo , près de Vimiero, et sur la grande route de Lisbonne , entre Riols et Montemaure, ces monumens y sont connus sous la dénomination d’ Antas . Les pierres supportées sont très-grosses et très- élevé es ; et l’ensemble rappelle la ligure d’un portique , d’où l’on croit que ce nom leur est venu.

(1) Diodore de Sicile, liv. 1, sect. 63.

(2) Caylus, Antiquités , t. VI, pl. 120.

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line addition faite à l’arrangement de ces pierres leur donna un caractère nouveau. Le vide que formaient la pierre élevée et les pierres qui la supportaient fut rempli par une large pierre. Tel est le monument situé en Quercy, près du village de Peyrignagols , dont je viens de parler : tel est , dans le comté de Kent , en Angleterre , le monument de Catergène , fils de Wortimer, roi des Bretons. La pierre qui ferme l’ouverture de cette espèce de porte rustique, et celle qui est supportée par les autres, sont si larges que , suivant Stow, qui en donne la description, dix hommes peuvent se tenir de chaque côté de la pierre du milieu dans un temps d’orage ou de tempête, et s’y mettre à l’abri du vent et de la pluie (1).

Sur une montagne voisine de la petite ville de Langeac, est un monument grossier disposé de la même manière. Les bergers vont s’y mettre à l’abri du mauvais temps : il est nommé dans le pays, la Tuile des Fades ou des Fées.

A douze lieues de Paris, dans le bois de la Garenne-de-Trie , département de l’Oise, est un monument pareil. Trois ou quatre grosses

(1) Strutt y Tableau des Mœurs et Usages des anciens Bretons, Anglo-Saxons, Danois, etc. , p . 1 5 1 .

pierres en supportent une beaucoup plus volumineuse posée sur les premières horizontalement, et sous laquelle vingt personnes peuvent se tenir debout. Le fond de cette espèce de niche est fermé par une large pierre ; et une particularité de ce monument consiste en ce que cette large pierre est percée à jour, et que les habitans font passer par ce trou les enfans faibles et languissans. Cette pratique superstitieuse est un reste des idées religieuses que le peuple attachait anciennement à ces espèces de monumens (1).

Borlase parle de semblables pierres percées qui existent encore dans le comté de Cornouailles : elles ont la même forme; et le trou est employé à la même pratique superstitieuse.

J’ai dit que les monumens de cette forme étaient anciennement nommés Fanum Mercolis : je dois ajouter que ce mot fanum ne signifiait pas seulement un temple , mais qu’il exprimait encore un monument consacré à la divinité, quelles que fussent sa forme et sa grandeur, et quelquefois la divinité même: car il est certain que les pierres érigées dans les bois, sur les montagnes, et appelées Fana >

(1) Bulletin de la Société philomatique, thermidor an 7 ; Mém. de M, Charles Cojueberl ,

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ont constitué et donné leur nom à la divinité Faune .

Le concile de Leptines de Tan 746, en énumérant les pratiques superstitieuses, les restes du paganisme auxquels se livraient encore les chrétiens, irons donne la juste valeur du mot fanum . On y lit ce titre : De Casulis id est fanis (1); des casules , c'est-à-dire des fans . Ainsi casula qui signifie petite case , niche > était alors synonyme de fanum ; et ce mot casula convient parfaitement à l’espèce de monument dont je viens de parler : il serait difficile de l’appliquer plus justement. Ainsi les mon 11 me 11s appelés en France pierre - levée > seraient les mêmes que ceux appelés autrefois Fanum - Mercurii* La dénomination de Mercure et celle de Fées , donnée à ces monumens , prouve qu’ils ont été un objet de culte , ou au moins de superstition. Le tombeau de Gatergène en Angleterre qui a la même forme, est un exemple de l’emploi de ces monumens aux sépultures. Ainsi l’on voit qu’à cet égard ils sont en rapport avec les monumens dont j’ai parlé dans les chapitres précédens.

Plusieurs de ces monumens placés dans des

(1) Capitulai \ regum Franc ,, t. I, p. i5o.

provinces éloignées entre elles portent un nom commun , qui paraît appartenir à la plus haute antiquité. Ce nom est Martre, Martin ou Martine. Le monument situé à Saint-Plantaire , département d’Indre, est appelé Pierre à la Marthe } de pareils monumens, découverts par M. Baraillon, au Mont-Barlot , dans la cidevant Combrailles, dont il sera parlé dans la suite, portent le nom de Jo-Marthre . On m’apprend que le monument de Livernon en Quercy, qui est aussi une pierre-levée, est appelé dans le langage du pays, lo pey'ro Martino , -la Pierre Martine . M. Dreux Duradier, dans son Histoire Littéraire du Poitou, parle d’un lieu mentionné dans une ancienne charte, et qu’il croit être un autel rustique, une pierre brute érigée; et ce lieu se nomme Crac-Martin.

Dans le canton de Saint-Amour, département du Jura, on voit des monticules qui servent de bornes sur le chemin de Saint-Amour à Orgelet, dans un beu appelé à la Marre „

A mesure qu’on les érigeait, ces monumens suivaient les arts dans leurs progrès. On leur donna de nouvelles extensions, des formes plus grandes, des dispositions plus appropriées au degré de la civilisation. On réunit, sur le même alignement, un grand nombre de pierres levées, contiguës entre elles, et dont l’ensemble 1 1 8

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présentait une espèce de galerie ou de salle longue et couverte. Tel est le monument qu’on voit près de Saumur, sur le chemin qui conduit à Montreuil-Bellay, et qu’on nomme la pierre- couverte : il a cinquante pieds de longueur sur seize de largeur, et s’élève de sept pieds au dessus du sol. Tel est encore un autre monument semblable, mais plus petit, situé sur une ancienne route de Saumur à Doué , et sur une élévation qui la domine (i).

 une demi-lieue de la ville de Beaugé, département de Maine-et-Loire, dans la paroisse de Pontigné, et dans un champ voisin d’un bois taillis, est un monument semblable, appelé Pierre-Couverte r il n’a que quatre pieds six pouces d’élévation dans son intérieur; sa longueur dans œuvre est de quatorze pieds , et sa largeur de huit; il est de plus précédé par une espèce de vestibule de sept pieds de long dans œuvre sur cinq et demi de largeur; l’entrée est tournée du côté de l’orient.

A trois lieues, et au nord-ouest de Tours, sur la rive droite de la petite rivière dite la

(ï) Antiquités de Caylus ,t. VI, pi. 1 1 7 .

(2) Sur la rive gauche de la Loire et dans le pays dit Saumurois se trouvent treize pierres-levées ou dolmin. {Recherches historiques sur la ville de N a mur, par M. Bodin, 1. 1, cliap. 2.)

Chois ille f commune de Saint- Antoine- du - Rocher , on voit dans un lieu qu’aucun rocher n’avoisine, un semblable monument appelé la Grotte aux Fées ou le Château aux Fées . Elle est composée de douze pierres brutes et plates ; trois pierres, posées horizontalement, forment la couverture ; celle du milieu est plus élevée que les deux autres; l’intérieur est divisé, par une grosse pierre, en deux parties, dont l’une forme une espèce de vestibule.

La longueur de tout le monument, hors d’œuvre, est d’environ trente-deux pieds; et sa hauteur, dans œuvre, est de six pieds ; sa largeur intérieure est de neuf pieds.

La direction de la longueur de ce monument Va du levant au couchant; l’entrée est au levant.

En Bretagne, à Sept lieues, et au Sud-Est de Rennes, sur les frontières des paroisses d ’Fssé, du Teil et de Marciller-Rohert , est, sur une petite éminence, une pareille galerie couverte <^u’on nomme la Pwche aux Fées , et, littéralement en langue bretone, la Maison des Petits-Nains, parce que, suivant l’opinion populaire, ce lieu est visité par des êtres de cette espèce. Ce monument, dont le plan est un parallélogramme rectangle, est divisé en deux parties, dont l’une forme le vestibule et a cin-

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quante-cinq pieds de long sur seize de large. Les quarante pierres qui le composent sont brutes , à l’exception des trois pierres qui forment l’entrée plus large que haute, lesquelles sont taillées et écarries : ce qui décèle la main de Fart (i). Je dois ces renseignemens à un dessin fort détaillé.

Ces monumens sont une dérivation de ceux qu’on nomme en France pierre-levée ; comme eux, ils furent consacrés au culte, et paraissent avoir servi à abriter, contre l’intempérie des saisons, les prêtres qui y célébraient leurs cérémonies religieuses : en ce cas, ils seraient le prototype des temples.

D’autres monumens rustiques confirment mes conjectures, et présentent moins de difficultés; leur destination me semble si évidente, que je m’étonne qu’elle ait échappé à la sagacité des savans qui les ont décrits.

Je veux parler de monumens composés d’un ou de plusieurs rangs de pierres longues, plantées sur un plan circulaire, elliptique ou carré,

(2) Caylus a décrit ce monument dans ses Antiquités,

t. VI, p. 388 et pi. 123. Mais M. en a donné

un dessin et une description plus détaillée dans un Mémoire manuscrit envoyé à l’Académie celtique , le 29 avril 1806.

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supportant ou ne supportant point cîe longues pierres superposées horizontalement, et formant une enceinte au centre de laquelle sont ordinairement une pierre isolée, et quelquefois plusieurs pierres disposées en forme de pierre-levée .

Ces monumens, abondans dans le nord de l’Europe, n’appartiennent pas uniquement à cette partie de la terre; on en voyait dans des pays où les lumières et la civilisation ont devancé d’un grand nombre de siècles celle des autres peuples, qui paraissaient remonter à une époque où les arts étaient peu connus, et qui s’y étaient conservés depuis.

Il existait un de ces monumens en Grèce, en Achaïe, et près de la ville de Pharès. C’est là que Pausanias vit un cercle composé d’une trentaine de pierres brutes, au milieu duquel s’élevait un Hermès ou Mercure ; car, ainsi que je l’ai souvent remarqué, c’est toujours à ce Dieu que se rapportent les pierres monumentales, quelles que soient leurs figures et leurs dispositions. Pausanias ajoute que toutes ces pierres environnantes étaient honorées par les habitans comme autant de divinités.

On remarque ici le passage de la barbarie et de la grossièreté du culte aux premiers progrès des arts et de l’idolâtrie. U Hermès placé au

centre de cette enceinte de pierres brutes, représentait une pierre dressée, surmontée d’une tête humaine. C’est ainsi qu’était , du temps de Pausanias, et sont encore aujourd’hui figurés les Hermès . Cette figure devait appartenir à une civilisation avancée, tandis que les pierres grossières qui l’entouraient tenaient à l’état primitif du culte.

Ailleurs, il en était tout autrement : la pierre qui occupait le centre du cercle conservait la forme grossière ; et un respect superstitieux en avait écarté le ciseau , tandis que les piliers qui l’entouraient, semblaient, par la richesse de leurs formes et de leur matière, faire valoir et rendre plus auguste l’objet grossier de la vénération du peuple. Telle était la pierre appelée Laty que l’on voyait dans la ville de S on menât, aux Indes. Elle s’élevait à la hauteur de cent verges, au milieu de cinquante -six piliers d’or massif. Mahomet, fils de Sebectegin, après avoir conquis cette partie de l’Inde , brisa cette pierre de ses propres mains, et substitua le mahométisme au culte qu’on lui rendait (1).

La Suède, le Danemarck , la Norwège, etc., conservent encore un grand nombre de ces monumens grossiers et religieux. Pendant le

(i) Dictionnaire de la Fable, par Noël, au moi Lat,

ANTÉRIEUIIS A L’iDOLATME. 379

cours de ses voyages dans cette partie de l’Europe, William Coxe en a observé et décrit plusieurs. Il vit dans une plaine, près de Runeby , province de Blekinge, plusieurs rangs de pierres placées debout , formant divers cercles. « Je » comptai, dit-il , au moins dix de ces cercles. x> Parmi ceux qui étaient les mieux formés , » j’en observai un de huit pierres, dont le dia- » mètre était de cinq pas. Un autre , composé .» de dix pierres, avait sept pas de diamètre. Le » plus grand nombre de pierres avait entre » deux et quatre pieds de hauteur; la plus éle- » vée de toutes ne passait pas dix pieds. Il y a » aussi , près de Skillinge , à une poste de » Carlscrona , plusieurs monumens du même » genre, sur un rocher élevé, disposés en plu- » sieurs ovales et cercles. La plus grande partie » est de pierres brutes ; et un petit nombre es! » de pierres taillées , larges et plates ; d’autres » ressemblent à des espèces de piliers rendus » pointus par le bout d’une manière très-gros- » sière, x\u sommet du roc , plusieurs rangs » concentriques renferment un espace d’envi- » ron dix pieds de diamètre , au centre duquel » sont deux pierres plates de trois pieds de » haut, placées sur les cotés; et entre ces deux » pierres on voit un vieux tronc d’arbre à demi détruit. Il me parut que c’était un

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» chêne..... La pins grande de ces pierres avait » environ douze pieds de haut. Au midi du » même village , il y a de pareils restes d’anti- » qurtés, dont le plus élevé a dix-huit pieds; » et nous observâmes presque par- tout , en » Suède , de pareils mo nu mens (i). »

Le même voyageur dit que , dans les îles danoises ? dans le Sleswick et le Holstein , ces cercles ne sont pas moins nombreux qu’en Suède:

nm y

cite , a ce propos , la description suivante que donne de l’un d’eux le colonel Floyd.

« A trois ou quatre milles de Corsœr , à l’ex-

» trémité d un bois j observai un des plus

» parfaits de ces monumens. C’était une monw ticule de terre , au sommet de laquelle étaient » places , a de petites distances , de grands ro~ » chers coniques de granit , qui enfermaient » un espace ovale fort étendu. Dans le centre , » et sur le point le plus élevé, une masse }) énorme et informe de granit était posée ho- » mentalement sur quatre autres pierres près- » que enterrées. Au sommet d’une autre mon- » ticule voisine, était une autre grosse pierre » placée de la même manière sur quatre au-

(i) Voyage en Pologne, Russie, Suède, Danemarck ? par Williams Coxe, t. IY. c.hap. 5.

A INTERIEURS A U IDOLÂTRIE. 281

» très; j’y remarquai quelques restes de fos- » ses (1). »

On voit dans ces descriptions , et notamment dans celle du colonel Flojd, plusieurs espèces de monumens combinés et réunis. Rangs circulaires 5 monticule et pierre levée, assemblés, forment un seul et meme monument, dont l’érection, à cause de cette combinaison d’espèces, me paraît appartenir à une époque assez récente, relativement aux autres monumens qui offrent plus de simplicité.

Dans son Histoire du Danemarck , M. Mallet indique plusieurs rangs circulaires , dont l’un , formé de douze pierres posées perpendiculairement , avait au centre une pierre plus élevée que les autres , où les anciens rois du pays se faisaient inaugurer (2). Olaüs JVormius , savant danois, avait, avant Mallet , donné de grands détails sur ces monumens antiques ; et tous ceux dont il parle n’ont pas la forme circulaire ou elliptique : plusieurs présentent, dans leur plan, un carré long. Il en est ainsi de quelques- uns de ceux dont Kejsler et Bcrrlase ont publié la description et la figure.

(1) Williams Coxe, Voyage en Pologne , Russie , etc., t. IV, cliap. 5.

(2) Voyez ci-dessus, chapitre i3, p. 222.

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En Laponie , près du lac de Tornotresch , on voit un pareil assemblage de pierres plantées, au centre desquelles est une grande pierre que les habitans adorent encore sous le nom de Seyta . Les pierres qui forment l’enceinte passent pour la femme et les enfans de cette divinité. On trouve aussi chez la même nation un dieu appelé Storjunkare , dont le simulacre est quelquefois une pierre brute isolée ; mais souvent cette pierre divine est placée au centre de plusieurs autres, qui forment cercle autour d’elle, et qui, de même, sont regardées comme membres de la famille de ce dieu.

L’Allemagne offre quelques monumens de celte espèce , que Keysler a décrits. Pennant , dans son tour d’Ecosse, a donné le dessin d’un de ces rangs circulaires, qui se rapproche beaucoup de ceux que l’on voit dans le nord de l’Europe. Borlase en a fait graver plusieurs que l’on voit dans le comté de Cornouailles. Stukeley a donné la description de ceux de la Tête de Serpent , d’ Ov erton- Temple et d 'Aubery. Mais, de tous les monumens de cette espèce que ce savant a décrits, et dont il a cherché a deviner la destination , le plus célèbre, et celui qui mérite mieux de l’être, est, sans contredit ; le Stone-Henge. Je m’y arrêterai , non

pas à cause de sa renommée et de sa forme colossale, mais parce quil marque les premiers pas que les arts ont faits pour s’élancer de l’état de barbarie vers un état de perfection (i).

Le Stone-Henge est situé en Angleterre, province de Wiltshire,à une distance d’environ six milles de Salisbury, dans un pays montueux et aride. « C’est dans ce désert que s’élève ce » monument prodigieux , qu’on a peine à re- » garder, dit William Coxe , comme l’ouvrage » des hommes, et qui a donné lieu à beaucoup » de conjectures. » Cet étonnant édifice est composé de quatre rangs circulaires et concentriques de piliers bruts accouplés. Ces piliers, larges de six pieds, et hauts de vingt à vingthuit, supportent de longues pierres posées horizontalement, et fixées sur leur cime par des mortaises , comme le remarque Keysler.

(i) Stone Henge signifie pierre suspendue. TVistace ou Eustache , dans son livre des Bretons, composé vers le milieu du 12e siècle, et cité par Barbazan dans son Discours sur les révolutions de la langue française ( Poésies du roi de Navarre, 1. 1, p. i5o) , parle ainsi du nom que portaient en Angleterre et en France ces espèces de monumens :

Ston heng ont nom en anglais, Et pierres pendues en fiançais.

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Quelques savans ont pensé que c’était là un ouvrage des Romains. D’autres , avec plus de raison, l’ont regardé comme un monument druidique. C’est l’opinion du docteur Stukelej (1). Ce savant, ainsi que Borlase , y voit un lieu consacré au culte, un temple des druides. Strutt , quia, dit-il, fait des recherches nombreuses et des réflexions profondes sur ce monument, y voit un lieu d’assemblée publique , où se vidaient les affaires générales et particulières. Ces deux opinions peuvent être également fondées. Les lieux consacrés au culte Fêtaient en même temps aux assemblées politiques. Les temples ont été des tribunaux. Ce double emploi des temples a été très-fréquent

(1) Inigo John , architecte anglais, composa, par ordre du roi Jacques Ier, un Traité sur ce monument, qu’il regarde comme un ouvrage des Romains. Le docteur Carlton, mécontent de cette opinion , publia , bientôt après , un ouvrage intitulé Chorea Gigantum , et prouva que cet édifice était de la même fabrique que ceux de cette espèce qu’on voit en Danemarck.

Le temps, qui dévore tout, n’a pas épargné le Stone~ Henge : plusieurs pierres en étaient renversées ; mais ces dégradations ne nuisaient point à l’effet qu’il produisait, lorsque, le 3 janvier 1797, une partie de ce qui restait s’écroula. C’est ce monument qui fait l’objet principal de la dernière décoration de l’opéra d ’Ossian.

ANTERIEURS A LIDOLATRIE. 285

dans l’antiquité ; il Test encore aujourd’hui , à certains égards.

J’ai avancé que ces monumens étaient les prototypes des temples : je vais convertir cette assertion en preuve.

Je demande d’abord quelle différence existe entre ces sanctuaires rustiques, ces premiers essais de l’art, et les temples des Assyriens, des Perses, des Phéniciens et d’autres peuples orientaux. Leurs temples ne consistaient qu’en un enclos découvert, ou portion de terrain réservée et séparée de ce. qui l’environnait (i). Quelle différence trouve-t-on entre ces enceintes circulaires, formées de piliers grossiers et dépourvues de toit , et ces temples grecs appelés Hjpetlires , élevés sur un plan circulaire, formés simplement d’un ou de plusieurs rangs de colonnes, et dépourvus de toit? La seule perfection du travail fait la différence. Les colonnes de ces temples grecs étaient couronnées d’un entablement; mais on voit également, dans le monument de Stone-Henge , et dans les pierres longues posées horizontalement sur la cime des piliers , une sorte d’entablement. Il est donc évident que le Stone-Henge offre ,

( i ) Douzième Mémoire sur les Phéniciens , par l’abbé Mignot; Mém. de V Acad, des Jnscrip., t. XXXYIII; Mém„, p. 35,

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clans son ordonnance , les premiers progrès de l’art architectural.

Or, voici comment je conçois la marche que cet art a suivie pour franchir l’espace immense qui se trouve entre les constructions les plus barbares et les constructions les plus perfectionnées,.

Lorsque les cérémonies du culte furent devenues moins simples, eurent reçu plus d’extension ; lorsque la cime des montagnes ou le centre des forêts parut insuffisant aux prêtres , ceux-ci imaginèrent une construction convenable aux nouveaux besoins. Ces constructions sans art offraient moins un abri contre l’intempérie de l’air, qu’un moyen de rendre plus auguste le sanctuaire, en le séparant, d’une manière plus marquée , de la foule des adorateurs.

D’abord, une pierre longue ou carrée fut adorée isolément. On crut qu’elle communiquait au terrain environnant une partie de sa divinité. Pour préserver ce terrain sacré des profanations, on l’entoura d’une enceinte formée d'un rang de pierres plantées; on doubla, on quadrupla ces rangs. Ces pierres environnantes participèrent aussi à la divinité , comme le prouvent le monument de Phares, en Achaïe , et ceux de la Laponie. Pour les honorer davan^

ANTÉRIEURS A L’iDOLATRIE. 287

tage, ou pour renchérir sur les monumens déjà existans, on ajouta sur la cime de ces pierres plantées, des pierres horizontales qui, les unissant entre elles , formaient un tout de plusieurs parties isolées : tel était le Stone-H enge.

Ailleurs , les progrès de l’architecture semblent s’être ouvert une route différente pour arriver à un but semblable. En France , les monumens de cette espèce qui nous restent , n’offrent point une rotonde , un plan circulaire, mais un plan carré-long* Il en est de cette dernière forme en Allemagne, en Suède et en Angleterre. Olaüs TVormius , Keysler , Borlase y en ont rapporté plusieurs exemples. Mais les pierres élevées formant l’enceinte quadrangulaire ne sont point unies par des pierres horizontales élevées sur leur cime en forme de toit, comme on le voit dans les monumens appelés galeries couvertes , dont il a été parlé; c’est un raffinement de l’art, un degré de perfection dont je ne connais des exemples qu’en France, et qui semble n’appartenir qu’aux Gaulois.

Ces monumens couverts ont à une des extrémités un vide qui forme l’entrée. Celui qu’on appelle la Boche-aux-Fées , et qui se voit dans le ci-devant évéché de Rennes, a des divisions intérieures : l’une représente une espèce de ves-

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tibule, et l’autre division le sanctuaire (1). Ainsi ces monumens nous offrent , d’une manière grossière , les formes des temples carrés longs, et paraissent en avoir été les modèles.

On trouverait facilement d’autres exemples de monumens de cette forme , qui se rapprochaient davantage de la perfection des temples modernes : de même que dans l’espèce de temples en rotonde, on trouve des exemples qui semblent tenir le milieu entre le Stone-Henge et les temples circulaires des Grecs. Tel est l’édifice antique de Lantef , près de Pontrieux en Bretagne, qui sert aujourdhui de vestibule à l’église paroissiale de ce village. Son plan circulaire présente une double enceinte de murailles concentriques : la première enceinte est percée de seize arcades de sept pieds de hauteur^ au milieu de son élévation, est un cordon uni qui fait saillie dans le pourtour extérieur ; ce cordon est surmonté d’une espèce de corniche, placée à la hauteur de vingt-cinq pieds au dessus de terre.

La seconde enceinte, également élevée , est percée de douze arcades. Ces deux enceintes laissent entre elles un corridor d’environ six pieds de largeur.

(1) Antiquités de Cajlus , t. VI, p. 388, et pl.

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Cet édifice est k ciel ouvert , et n’a jamais été couvert ni voûté. Au centre est un if dont la hauteur et la grosseur sont extraordinaires. « Cette ancienne bâtisse, dit le savant Caylus, a paraît avoir été, dans son origine, un des » anciens temples gaulois : si l’on n’admet » point cette conjecture, je ne puis dire à quel » usage il était destiné (i). »

J’admets cette conjecture; car il est impossible d’attribuer raisonnablement à cet édifice une autre destination. J’y vois plusieurs rapports avec le Stone-Uenge. L’un et l’autre monumens sont circulaires, sont à ciel ouvert, et ont plus d’une enceinte; l’un et l’autre ont des ouvertures multipliées k leur pourtour. Le Stone-Uenge a celles que laisse l’intervalle de ses piliers; et le monument de Lantef a les ouvertures que laissent ses seize arcades. Toute la différence qui existe entre ces deux constructions , c’est que la première est formée de piliers bruts, tandis que l’autre offre des murailles en pierre de taille, avec quelques ornemens. Cet édifice maçonné, les ornemens qui l’accompagnent , le plain-cintre des arcades dont il est percé, me font conjecturer qu’il appartient k l’époque oii les arts s’introduisirent dans

(1) Antiquités de Caylus, t. YI, p. 3yo, et pi. 1 24 .

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les Gaules, el qu’il fut bâti vers le deuxième ou troisième siècle de notre ère vulgaire. On sait que les efforts des Romains ne parvinrent pas à détruire entièrement le culte des druides, puisqu’il subsista même Ion g- temps après l’établissement du christianisme dans les Gaules.

D’après les preuves que je viens de réunir , quel homme instruit pourra douter que ces monumens celtiques, danois ou saxons, composés de rochers informes, de pierres grossières élevées sur un plan circulaire ou carré long, ne soient consacrés a la religion, ne soient le prototype de ces temples admirables dans leur proportion, dans la distribution de leurs ornemens, auxquels la plupart des villes de l’Orient, de la Grèce et de Rome, devaient autrefois leur principal lustre ? Les temples, comme la plupart des objets du culte, eurent certainement dans leur origine des formes simples et grossières. Les premiers essais dans ce genre de construction ne furent point des chefs-d’œuvre : ils devaient correspondre aux mœurs sauvages et barbares des peuples; ils devaient être grossiers comme les monumens dont je viens de parler. Or, je le demande , peut-on imaginer aux temples orientaux , grecs el romains, une origine plus vraisemblable, des commencemens qui leur conviennent mieux que ces

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ébauches grossières que nous ont laissées les Danois, les Saxons, les Celtes, etc. Il est difficile de trouver ailleurs une dérivation mieux établies, des rapports plus parfaits.

Les anciens habitans de la Grèce, les Pélasges, lorsqu’ils reçurent la loi des colonies otientales, n’étaient pas plus avancés dans la carrière des arts, que ne l’étaient, au deuxième siècle de notre ère vulgaire, les peuples du nord de l’Europe ; et plusieurs monumens de leur antique barbarie existaient encore en Grèce, même du temps de Pausanias. Ces habitans furent forcés de se mettre au niveau de la civilisation de leurs vainqueurs. Ce changement politique ayant rompu les liens qui les attachaient à leur culte grossier, à leurs vieilles habitudes, ils s’avancèrent dans la route nouvelle qui leur était ouverte, la parcoururent avec rapidité; et, toujours perfectionnant ce qu’ils avaient d’abord imité, ils atteignirent les dernières limites du vrai beau.

Le nord de l’Europe n’éprouva point cette heureuse révolution. L’âpreté du climat, la pauvreté et le courage des habitans , éloignèrent de leurs contrées les conquérans et la civilisation ; ils conservèrent pendant long-temps leur indépendance et leur barbarie. Us ne furent qu’en partie , et fort tard , subjugués par

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des peuples plus éclairés qu’eux : en conséquence , ils n’éprouvèrent que fort tard les ehangemens et les bienfaits qui résultent de l’introduction des lumières , des arts, et de la civilisation dans un pays barbare. Ce ne fut en effet que vers les premiers siècles de l’ère vulgaire, que les peuples septentrionaux virent les arts des Romains s’introduire parmi eux ; qu’ils virent des temples bâtis régulièrement , et des dieux représentés sous des figures humaines. Ces nouveautés ne furent ni promptement, ni généralement adoptées; et la routine conserva encore son empire : car le culte des pierres brutes, quoique constamment repoussé, s’est maintenu, dans ces contrées, jusqu’à des temps très-rapprochés de notre siècle.

ANTÉRIEURS A L’iDOLATRIE.

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