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CHAPITRE XXIII

Des Fétiches artificiels, symboles des eaux.

La nature de eette partie du fétichisme naturel ne semble guère susceptible de fournir des matériaux à l’idolâtrie. Cependant, quoique l’intervalle qui se trouve entre des eaux courantes ou stagnantes et une figure humaine paraisse immense , il a été rempli par l’effet de l’imagination féconde des zélés adorateurs , et des progrès de la superstition. Des objets si éloignés en apparence ont été rapprochés. Voici de quelle manière.

L’eau des fontaines, des rivières , des lacs et des mers adorés, n’a pu en être extraite que par le moyen d’un vase; et c’est le vase qui est devenu leur symbole. C’est le contenant , dont l’idolâtrie s’est emparé pour représenter convenablement le contenu. Ce vase fut donc le symbole sacré des eaux ; mais il ne fut pas le seul. Les serpens et les navires furent aussi des

DES CELTES

fétiches symboliques des divinités aquatiques.

Les urnes , les cruches , les hydries , furent

célèbres dans la mythologie , à cause des eaux

sacrées qu elles servaient à transporter.

« Dans les fêtes religieuses , dit Plutarque ,

» les Égyptiens portent toujours en pompe un

» vase plein d’eau du Nil , en l’honneur du

» dieu de ce fleuve (i). »

Les Egyptiens déifièrent ce vase , et en firent le dieu Ccinope , qui , dans l’origine , n’était qu’une cruche ou hydrie. C’est cette hydrie que les anciens astronomes ont placée sur la figure du serpent, qui désigne la constellation dite le Serpentaire ou Y Hydre.

Isis, considérée comme principe humide ou comme la lune qui amène la pluie, fait déborder le Nil, et féconde l’Egypte , était représentée, sous ce rapport, par une cruche, et adorée sous cette forme. Apulée, en décrivant la magnifique procession célébrée à Alexandrie en l’honneur de cette déesse , parle de cette cruche. «■ C’était une petite urne d’or travaillée » avec beaucoup d’art, ronde par le fond ; on

» y voyait gravés les merveilleux hiéroglyphes *

» des Egyptiens. Son orifice, qui n’était pas » fort élevé , s’étendait d’un coté, et formait un

(i) Plutarque, Traité d’Jsis et d’Osiris ,

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» long tuyau. Elle avait une anse fort grande , » qu’entortillait jusqu en haut un aspic, dont » le cou, garni d’écailles, s’élevait en se courn haut (1). »

Plusieurs monumens antiques nous présentent cette cruche d’Isis.

Le signe du zodiaque qui symbolise les pluies de l’hiver, le V'erseaity est un vase penché d’où l’eau s'écoule ; c’est l’homogène de la cruche d’Isis. Les urnes ont été long - temps les symboles sacrés des fleuves , des rivières et des fontaines.

Le serpent , dont la marche ondulée est l’image du cours sinueux des rivières , fut encore un symbole des eaux. Les Grecs avaient dans leur mythologie un serpent aquatique appelé H j cire. C’est l’hydre qui vivait dans les marais voisins de Lerne, en Argolide , at dont Hercule triompha. Son nom signifie eau.Yiÿirê comme constellation , ce serpent supporte le vase appelé Jijclrie . Ces deux figures réunies présentent un double symbole des eaux (2).

Le navire , autre symbole du même objet , semble plus particulièrement appartenir aux

(1) Apul., Métantorph. } lib. 11.

(2) Hygini Anostromicon poëticum , cap. 3q, Hydra,

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grands fleuves et à la mer. Les Égyptiens consacraient un navire à Isis , d’après les mêmes motifs qu’ils lui consacraient une cruche. Tous les ans , lorsqu’on célébrait à Alexandrie la fête de cette déesse , un navire de bois de citronnier , artistement construit , sur lequel étaient peints , de tous côtés, des hiéroglyphes égyptiens , était abandonné par les prêtres au gré des vents , chargé d’offrandes et de vœux que le peuple adressait à cette déesse.

Plusieurs autres nations, qui habitaient sur les bords des fleuves ou des mers , ont consacré des navires à la même divinité : les Romains étaient de ce nombre. Mais ce qui doit surprendre, c’est de trouver chez les Germains le culte d’ïsis, et cette déesse adorée sous la forme d’un navire. Les Suèves, dit Tacite, adoraient Isis sous la figure d’un vaisseau liburnien : ce qui prouve, ajoute-t-il, que ce culte y avait été transporté de l’étranger (i).

Il est plus remarquable encore de voir les pratiques de ce culte conservées chez les Germains devenus chrétiens.

Au douzième siècle , dans la ville de Linden, les tisserans, autorisés par les magistrats, allaient dans une forêt voisine , y coupaient du

(i) Tacit. , de Situ et Moribus Germamœ.

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bois, en fabriquaient un navire, lui adaptaient des roues, les traînaient dans différentes villes : à Aix-la-Chapelle, à Utrecht, où il était pourvu de voiles et de drapeaux ; enfin , on le traînait a Tongres. Cette cérémonie se faisait avec pompe. Un peuple immense de tous sexes sui vait la marche en chantant ; et des femmes à demi-nues venaient former autour du navire des danses qui 11e se terminaient qu’au milieu de la nuit (1).

Ainsi des vases, des serpens et des navires, furent les principaux symboles des eaux. On verra, lorsque l’usage des figures humaines fut introduit dans le culte, comment ces symboles furent employés.

(1) Chronic. abbaliæ sancti Trudonis , lib. 12. — Spi~ cilegium Acherii , t. II, p. 70$.

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