CHAPITRE VI
Dri Fétichisme artificiel .
Tous monumens érigés, façonnés par lu main des hommes ; tontes choses fabriquées par eux, et qui sont devenues l’objet d’un culte, ou auxquelles on a attribué des vertus merveilleuses et surnaturelles, quels que soient leur forme, leur substance et leur volume, doivent être rangés dans la classé du Fétichisme artificiel . Le nombre de cette espèce de Fétiches est infini; leur variété n’est pas moindre : ils étaient ou sont le produit du caprice des hommes. Les peuples anciens et modernes, barbares ou civilisés, en faisaient et en font usage, il est peu de religions sur la terre qui n’aient aujourd’hui leurs Fétiches sous différentes formes et dénominations. Les nègres de l’Afrique, les naturels de FÀmérique , ceux qui habitent les contrées et les lies situées au nord-ouest de l’Asie, ainsi que plusieurs autres
antérieurs a l'idolâtrie.
insulaires, ne sont pas les seuls sur la terre qui révèrent et adorent des Fétiches fabriqués par leurs mains.
L’origine des Fétiches artificiels est, ainsi que je l’ai déjà annoncé , postérieure à celle des Fétiches naturels y comme la matière mise en œuvre est postérieure à la matière native et brute ; comme fart est postérieur à la nature , et la civilisation à la barbarie.
Dans leur origine, les Fétiches artificiels furent les images, les copies, des, Fétiches naturels. L’homme, dans l’état de nature, n’invente point , il imite ; ee n’est que pas h pas, et par l’effet d’une longue série d’imitations, progressivement perfectionnées, qu’il est arrivé à des résultats qui ont reçu le caractère de l’invention.
Ainsi , dans le premier âge des sociétés , l’homme, pour rapprocher de lui l’objet adoré, en fit une image , une représentation grossière ; et , persuadé que cette image participait aux vertus de son original, il crut qu’en la rendant pré sente à toutes ses actions elle influerait sur elles, amènerait les succès, et détournerait les malheurs de la vie.
On représenta donc le soleil par un cercle, la lune, par un croissant, tracés, façonnés ou détachés de la matière. On représenta les mou—
DES CULTES
Lignes sacrées par des amoncelle mens de pierres qui en avaient la figure.
Les extraits des grands objets du Fétichisme naturel durent sembler encore plus salutaires et plus précieux que des images. On remplit des vases d’eau puisée dans les fleuves divins; des forêts saintes, on tirades branches, des morceaux de bois, des souches; on enleva aux montagnes adorées des pierres , des fragmens de rochers. Tous ces objets extraits furent sacrés comme les fleuves , les montagnes , les forets d’où ils provenaient, et regardés comme autant de portions de la divinité.
Ne pouvant rien extraire des astres, des planètes, etc., on se contenta de leurs images ou de leurs symboles ; et on attribua à ces figures la même vertu , la même puissance, et souvent on leur accorda les mêmes honneurs qu’aux objets qu’elles représentaient.
Ces représentations , ces extractions faites pour rapprocher la divinité de l’homme , et pour se la rendre favorable , furent les premiers Fétiches artificiels . On les nomma dans la suite, ainsi que plusieurs autres productions de cette espèce, signes , symboles ; elles furent les premiers é le mens de l’idolâtrie.
Je vais m’occuper successivement de chacun des Fétiches artificiels , et des images , signes ,
symboles ou extraits, qui durent leur origine aux quatre principaux objets du Fétichisme naturel y dont j’ai parlé dans les chapitres pré-^ eédens.
DES CULTES