‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 4)Chapitre 10 sur 29 · CHAPITRE Tin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Tin

Des Fétiches artificiels extraits deslnontagnes adorées. Des frontières^ de ktir largeur | de leur dénooti'nation*

Les hommes , à une certaine époque ^ tirèrent des montagnes sadrées deâ parties de rochers qu'ils transportèrent et placèrent ailleurs* Ils étaient persuadés que ces parties détachées conservaient le caractère sacré et l'inflùenee des montagnes divines dont elles étaient extraites. Je dirai bientôt quel fut le motif de ces extractions ^ - quel fut l'emploi de ces parties extraites ^ quelles furent leurs formes* Ôû verra qu'elles devinrent une des principales sources de l'idolâtrie , une des matières les plus abondantes que les allégoristes aient mises en œuvre pour composer leurs fables et créer des divinités. Le sujet est simple ; je le traiterai dans tous ses détails ; j'atteindrai je par une route nouvelle jusqu'à la vérité , et déchirerai tout entier le voile allégorique qui Ta jusqu'à présent cachée à tous les yeux.

La route que je me suis tracée pour parvenir

ANTERIEURS K l'iDOIATRIE, laçj

a ce but a été difficultueuse ; je dois Taplanir à mon lecteur , guider ses premiers pas , et l'environner ensuite de toutes les lumières qui m'ont dirigé au milieu des ténèbres. Je le con" duiral d'abord sur les fi^ontières des nations. Elles furentle théâtre des premières institutions civiles et religieuses ; c'est là que le culte a pris naissance. Cette assertion parait étrange : je vais en prouver la vérité.

\Examinons d'abord ce qu'étaient les frontières dans leur origine.

Dans l'état primitif des sociétés , les nations établies sur le sol qui les avait vu naître, qu'elles avaient choisi , ou que le hasard leur avait oflfert, laissaient entre elles un vaste intervalle de terrain inculte qui rendait les com-^ munications rares, difficiles, et leur servait en quelque sorte de rempart réciproque contré les atteintes de leur propre barbarie et de leur haine mutuelle.

n en était à peu près de même des hordes qui composaient chaque nation^ Des fleuves , des rivières ,. des forêts impénétrables , de* chaînes de montagnes,étaient ordinairement les limites naturelles qui divisaient les peuplades , et formatent les frontières des peuples (i).

(0 Les Grecs exprimaient les montagnes par I. 9

un mot

1 50 Vt^ CULTKS

JNipus avoiis un ex^o^tplie A^ l'élat des nations finciennes^avant leur civilîsaûoh dans l'état des naûpns modernes tfai ne sont pas civilisées. làÇS sauvages de l'Apiériqu^ (je), les hordes de l'intérieur de ^'Afrique, de plusieurs nations de l'Asie , offrent les mt^mes di/spositions. Souvent ^e.ya^tes désertsles ^séparentles :Uiie$ des autres ; des forêts p $ur-4)Qut de larges rivières ^et des chaînes de montagnes , sont des bornes naturelles qui laissent /entre leurs terri4;oires réciproques un intervalle très-considérable.

La grandes largeur des frontières de quelques pgâlons antiques ^ et mén^e de certaines nations modernes p est attestée par l'histoire. Les Ger-^

•cmUlaUe^qui sigmiiaU: terme, borne, confin* 0"f o^ avec yu esj^nt doiu, veut jdire moptagne ; 0>$ avec un esprit ^de , Jt^orne , terpie , limite ; duquel est dérivé 0>£», terminer , finir, et notre mot hçri^on. Ce que les Grecs exprimaient par le mot horizon , les Romains pouvaient l'exprimer par celui de terme, limite, frontières. Ciceron est en cela l'autorité dont je m'appuie ; il dit : u^ Grce^ pislO'ptt^^ofris nominantur; à nobis FiiriENTES rectissime fwrnii}aripo4mn^' ( De divinatione, lib. II , cap. XLIV.) . (i) Don Félix de Azara, parlant des nations sauvages de l'Amérique méridionale , dit « qu'elles sont presipç » toujours séparées par un désert quelquefois très^on- » sidérable. » {Voyage dans V Amérique méridionale , par don Félix de Azara, tom. 2, chap. X, p. 5.)

ANTERIEURS À L'ipOLATRIE. iSt

laaios ^ dont la civilisatioii , à peine ^ébauehéa du temps de €ésar^ n'avait point eoDOore altéré leurs jcoutmnes prîmitivets , a se font ^ dît ée tf £OPi{aénnt historien, un trè&^and honneur » de voir leur pay^s bojmé par de castes dé- » serts; 4; est pour eux uoe marque de 'courage, B. et un témoignage 4e )a terreur qu'ils ins^ » pirent aux nations limitrophes , que de - les h tenir ainsi fort éloignées d'eux. D'ailleurs y » œs larges frontières les mettent en sûreté et }} à l'abri d'une incursion subite (i). n César dit aussi que les Suèves savaient une frontière inculte^ inhabitée, large d'environ six cent mille pas, cent quatre-vingt-neuf lieues communes{2)«

Pomponius Mêla £dt, sur ces peuples, la même observation : a Ce n'est point , dit^il > » pour accroître leur jouissance , leur domi^ » nation , qu'ils font la guerre à leurs voisins , » mais c'est pour s'entourer de vastes terrains n incultes* »

Les jR.omains observaient le même usage, et laissaient souvent entre eux et leurs voisins un espace de plusieurs milles qui restait sans cul<« ture (3).

Hérodien , parlant des divers moyens de dé-

(i) César, Comment., guerre des Gaules, liv. 6.

(2) Id. lib. 4.

(3) Yoyez les notes de Montanus et de BrantiuSf, sur

i3a ï>ES CuViTEÈ

fenses qu'araieni les Romains , dit qu'Auguste prit à sa solde des étrangers ^ qu'il fit camper sur les frontières pour contenir les barbares. D'autre part, ajoute-t-il, la largeur des fleuves , leur profondeur, la hauteur des montagnes et }es vastes solitudes qui bordaient l'empire, lui servaient de retranchement (i)*

Goesius dans son ouvrage intitulé : Varii auctores de Umitihus, etFrontin dans son traité De Limiiihus, ooL prouvé que les Romains s'occupaient beaucoup des frontières.

-. Mais le motif que l'on prête à ces peuples n'était pas la seule cause de cette coutume : ils suivaient une ancienne habitude dérivée de l'état originel des territoires des nations, et la suivaient avec d'autant plus d'exactitude qu'ils y trouvaient leur utilité.

Cet usage existe encore aujourd'hui. Chardin nous apprend que la Perse est presque entièrement entourée de frontières si larges qu'on met trois ou quatre jours à les franchir. « Cet M espace est , dit-il , inhabité , quoique le ter- M roir en soit le meilleur du monde en plu- » sieurs endroits. Il ajoute que les Persans

le passage cité des Commentaires de César ^ liv. 6. (EditijD F'ariorum, p. 241.)

(i) Histoire d'Hérodien^ traduction de Mongault ^ Jwlien, p> 93.

ANtfiRIEUAS JL l'iDOLATAIE. i 53

)• regardent comme une marque de vraie gran- » deur de laisser ainsi des pa^» abandonnés » entre de grands empires : ce qui empêche A IçSi contestations pour les limites , et forme n comme un mur de séparation (i). »

L'Ukraine était une large frontière de la Pologne^ qui fut habitée assez récemment par les Cosaques. Tels sont les nombreux steps de l'Asie,

La rive occidentale du Boristbèrïe offrait un vaste désert qui servait de frontière entre les possessions de la Russie et les états de l'empire Ottoman. Cette frontière déserte avait près de cent lieues de largeur. Les Russes y établirent des habitans de la Servie, fugitifs, et attachés a la religion grecque. Il s'y établit aussi des Valaques et des Moldaves. Ce pays, où les Russes, contre la foi des traités, firent élever plusieurs forteresses ,. se nomma alors la Nouvelle Servie (2).

Les Français ont reconnu la nécessité de laisser une bande de terrain inculte entré les différens territoires de nos colonies d'Amérique ou d^Afnque. Les portions de terre concédées

(i) T'ojragf de Chardin, Description dé ta Perse ,

(2) Histoire de la Pologne, par Rulhière, 1. 1, p. 349 et suivantes.

l34 t>£S CVLTES

sont séparées entre elks par une lîâière de dante pieds de knrgetir^ qu^on nomme bàUsage^ et qui sert ordinairement de chemin.

D'après ces faits , on sentr que , par le mot

frontières y on ne doit' pas entendre, sur-tout

chez les anepens, une simple ligne de démar-

eation, mais une ceinture de terrain inculte

plus ou moins large.

Ce terrain inculte qui entourait et bornait le^ territoires était nommé, chez les Grecs, erè^ mosy dont ils ont fait le mot kermès y les Latins eremuSy et les Français herme : mot qui était encore employé il y a deux siècles pour exprimer un terrain sans culture.

Les Romains employaient plus particulièrement, pour exprimer une frontière , le mot terminus y terme ^ que l'on croit dérivé du mot kèrrnès.Uparaii que le mot forum ^ qui, comme Jbris et foras y signifiait originairement ce qui est en dehors , ce qui est hors du territoire , a signifié la même chose , et que c'est des mots forum, terrœ que nous est venu notre mot fron-tières. Dans nos anciennes chartes , ce terrain inculte qui bornait les territoires est nommé terminus antiquus y terminus incretus y et quelquefois tennolandes (i).

[ (i) Voyez pour ces différetis mots k Glossaire de Du*

ANtÉRIEURS A L*rDOLATME. l35

Les peaples du Nord , les Germains , les Gaulois, les Geltibères, les Êtnisques, etc., k^endaient le mot frontières par ceux de mark, land mark , m^rk ou marge , qu^on a latinisé par celui de mcGrca, marchia, merca , màrgo. Ce deriiiei* mot avait passé chez les Romains. Pline nomme les^ frontières d'un empire, mar* gînes Imperii*

Cette expression s-est conservée dans les nomenclatures géographiques. On y trouve le Fin^Mark , le Danemorck ^ les Marches de Brandebourg y les f^ieilles Marches, le comté de la Mark, les Marôkes du Poitou, celles de Normandie , du Maine , les Marches Toulou-^ saines , la province de la Marche, qui sépare le Limousin de l'Auvergne et du Berry; les

cange, dans son Supplément , et le Dictionnaire de la Langue celtique , par Bullet.

(i) Le Morvan, qui sépare la Bourgogne du Nivernais, était une marche déserte encore du temps des premiers rois francs. Dans la vie de saint Eptadius, composée par un des contemporains , on lit que ce saint , pour se soustraire à Tépiscopat dont on voulait le charger , se retira dans le désert du Morvan, et vécut dans les montagnes et dans la solitude de ce désert. Se proripuit ad déserta Morvenni et ad montanam solitudinem properavit.., Ettandik insolitudinem desertiremaruit, etc» {Recueil des Hist, de France, t. III, p. 38i.)

ï36 DES CULTE5

Marches li^ Espagne , la l^arche dijineônt ^ la Marche Trévisàney etc* Ces lieux ^ et une înfi-* uîté de cantons y villages ou villes^ qui portejpt les noms de merc , de la mark ou la marche^ ou qui en sont composés , indiquent des pays qui formaient dès frontières ou qui en faisaient partie , indiquent des villes Ou villages bâtis sur leurs terrains: terrains autrefois incultes , mais qui^ par TefFet des évènemens politiques^ des progrès de l'agriculture et de la population , ont été. depuis cultivés et habités.

Les puissances limitrophes s'emparèrent insensiblement des marches y se les partagèrent, ou les englobèrent dans leurs Etats. Quelquesunes de ces frontières conservèrent leur intégrité antique, et formèrent des territoires particuliers, des provinces, même des royaumes. Tels furent le Danemarck , les Marches de Brandebourg , le pays des Marcortians ^ la Marche y petite province de France, la Marche d^AncônCy province d'Italie, etc.

La Hongine , dans ses frontières militaires y offre le tableau vieilli des anciennes coutumes des peuples ; ces frontières sont larges de plusieurs lieues, ont une administration particulière et différente du reste de ce royaume : ce qui annonce leur ancienne indépendance.

Un exemple de l'ancien étal des frontières

ANTERIEURS A l'iDOLATRTE. iSy

s'est conservé jusqu'à nos jours au milieu de la France. Les Marches du Poitou y qui séparaient cette province de la Bretagne , formaient , depuis nie de Bouin jusqu a Tiffauges , une grande lisière de terrain large d'une demi-lieue, quelquefois de plus d'une lieue, et longue de quinze à dix-huit. Ce pays , qui comprenait dix-sept parojlsse^^ avait jconservé des privilèges qui constataient son antique état et son indépendance des provinces voisines. Il était exempt de tailles, de gabelles et d'autres droits auxquels les provinces du Poitou et de Bretagne étaient assujéties.

Il semble qu'au commencement de la seconde xace des rois de France il existait encore des marches ou des frontières qui étaient conservées dans leur état primitif. Dans la charte . de division de son empire , Charlemagne recommande a ses fils de respecter les frontières de leurs territoires réciproques , de ne rien diminuer de leur superficie : « Que nul , y estr-il » dit , se permette d'envahir les possessions' de » son frère , d'en franchir les limites , d'entrer » dans ses États pour y porter la dévastation , » ni d'en diminuer les marches, vel marcas » ndnuendas ; » ce qui suppose que les marches, à cette époque, avaient une certaine largeur.

l38 DES CULTES

Lorsque ces frantière^ désertes furent livrées â l'agriculture et envahies par lès puissances limitrophes^ on nomma tes nôuréaùx habitans de ces terrains défrichés Mato?uinty Marchiani ou Marcomans. Hermann de Lerbech ^ dans son Histoire des comtes dé Scha^énbourg^ dit que c'est un usage reçu de noiïimer Mdrco^ mans ceux qui habitent les marches. Il ajoute qu'il y a plusieurs marches dàiiis le pays des Sclavons*

On nomma de même rnarcio ou marquis ^ celui qui était chargé de la défense des' marches ou des frontières. Ces chefs militaires se rendirent maîtres dans la suites et ti^nsmirent à leurs héritiers , comme une propriété , des ter- FÎtoires dont ils n'étaient dans l'origine que les administrateurs* C'est c^ qui explique l'existence des marquisats et des petites principautés qui se trouvaient ou qui se trouvent encore sur les frontières des provinces et des Étatâ.

C'est donc une vérité constante^ quoique peu connue en géographie, que les froiitièrcfs otl les marches comprenaient en largeur une ôc?rtaine surface plus ou moins grande de terrain d'abord inculte et désert , et ensuite cultiva et habité , et que cette étendue de terrain impor- • lait , anciennement autant à la: gloire qu'à la sûreté des nations.

ANTERIEtAS Â L'idOLÀTRIE. 1^0

* Tenter à dimifiiuep ce terrain indépendant , k rettvahir^ c'était déclarer la guen^; aussi Toyait«on que, pouî- tnâîntenir la paix, et pour ne point donner ^'un côté Texemjde d'un empiétement qui aurait été aussitôt imité de l'autre^ chaque peuple limitrophe respectait le terrain des frontières, et s'attachait à maintenir son intégrité primitive. Tacite, en parlant des frontières de la Germanie, dit que cette nation était séparée des Daces' et des Sarmates par de hautes montagnes; mais que ces peuples étaient aussi contenus dans leurs limites par une crainte mutuelle (i).

Chez les peuples qui savaient apprécier les douceurs de la paix, et pour qui la guerre et le brigandage n'étaient pas un besoin, le respect pour les frontières fut porté jusqu^à la superstition. Le vaste terrain qu'elles comprenaient, et où se trouvaient souvent des lacs , des rivières, des forêts, et sur-tout de hautes montagnes, fut regardé comme un terrisiin set^ cré. Ces différens objets , qui très*souvent composaient les frontières, avaient aussi ce caractère religieux. Les frontières étant le plus ordinairement le théâtre de la guerre, c'était là qu'on inhumait les braves, morts pour la

(i) ^ Sarmatis Dacisque mutuo metu aut montibus teparatur. (Tacit. Geiin , tap. i .)

l4o DES CinLTES

défense de leur patrie ; c était là que des monii'» mens élevés sur leurs cendres^ conservaient leur mémoire^ et attestaient leur généreux déf ouement. Ces monumens, ainsi que les souvenirs qu'ils rappelaient ^ étaient pour les frontières un nouveaux motif de vénération^ Si ^ aux sentimens de reconnaissance^ d'admiration et d'effroi que faisaient naître les rivières, les sources, les bois majestueux et sombres, les montagnes qui perçaient les nyes, et tou9 les accidens imposans ou terribles qui les accompagnent, on joint l'intérêt tendre et respectueux qu'inspiraient les cendres des morts , les monumens qui attestaient leur gloire; si, a tant de moyens propres a remuer l'àme , à l'eflfrayer, à l'élever, à l'attendrir, on ajoute tout ce que des lieux sauvages, infréquentés et peu connus, peuvent offrir à une imagination active et non contrainte par l'instruction , on sentira que le respect pour les frontières et pour les objets qu'elles comprenaient devait, par des peuples barbares, être porté jusqu'à l'adoration; on ne s'étonnera plus des illusions qui ont fait de ces lieux le séjour des nymphes, des génies, des mânes des héros et des dieux mêmes.

L'opinion que j'expose ne choque point la vraisemblance: pour l'adopter, la raison n'a

A.WTÉEIEURS i L'iDOLATïUE. i4i

point d'efforts à faire; elle est conforme aux idées et aux mœurs des peuples anciens ou incivilisés. Mais , lorsqu'on a une vérité nouvelle à établir, l'exposition d*une théorie ne suffit pas; il faut l'appuyer de faits, et ne laisser nulle place aux doutes ni aux atteintes d'une juste critique.

Je prouverai d'abord que les montagnes adorées étaient placées sur des frontières, ainsi que les fétiches extraits de ces montagnes ; que Ik étaient encore les principaux objets du culte , les tombeaux, et plusiei^*s autres institutions civiles et religieuses»

i4a A£3 CULTES

cnÀPiTB^ i%.

Les principales montagnes adorées faisaient partie des

frontières.

Les monls ' Olpnpes sont iiomj^rea;^. Six montagnes de ce nom furent célèbres dans Tantlquité par le culte qu'on leur rendait. Ces montagnes y ou les chaînes qui en portent le nom^ sont toutes placées sur des frontières, ou ^ ce qui est la même chose , aux extrémités du territoire de quelques nations.

Un des plus célèbres de ces Oljmpes bor-^ nait la Thessalie, et Ist f.éparait de la Macédoine. Un second Olj-mpe^ une des plus hautes montagnes de TAsie-Mineure, s'élevait sur les frontières de la Mysie et de la Bithynie; et toute la chaîne de montagnes qui séparait ces deux pays était nommée Oljmpena. Un troisième faisait partie des frontières de la Gilicie. Un quatrième ^ en £lide ^ a donné son nom à la ville diOljmpie, située sur les bords de TAlphée, et aux jeux o/^^mp/^we^. Cette mon-

ÀNTÉRIEUES À L'iûOLATBIE. 10

tagne fiacrée réparait , ainsi que l'Âlphée, le territoû';^ 4ç Pi$« <îe celui de Triphylie. Un cinquième Oljmpe était en Ârcadie. Sa posîiio^ nes^ pa$ ,déteniunée; mais je crois la trouver 4^n$ \^ chaîne de montagnes appelée Lampiaj qui forme la froïKière de l'Arcadie et de TAchaïe. Cette chaîne donna son nom à la ville de Lampe. Un sixième Oljmpe^ trèscélèbre^ se trouve au centre de l'île de Chypre , et domine une chaîne de montagnes qui sépare ziaturellem>ent cette île en deux parties ,(i).

Il est encore plusieurs autres monts Olympes. La même île de Chypre en contient un second, qui s'élève à l'extrémité du promontoire qui est à l'est de cette île. Cette portion éloignée du tenîtoire s'assimile a celle des frontières ; car les frontières naturelles d'une île sont les eaux de la mer. Les insulaires, pour se conformer aux habitudes générales, faisaient servir les hautes chaînes de montagnes, le rivage, les péninsules, et sur-tout les îles voisines de la côte, quand il s'en trouvait, aux mêmes institutions que les autres peuples du continent avaient établies sur leurs limites.

(%) G^çraphie ancienne de Damnîle , t. I, p. 246, 347; t. II, p. 21 et 6k.

l44 I>ES CULTES ,

Le culte de ce dernier Olympe est attesté par. un temple qu'on y avait consacré à la f^eniis Acrcea (i).

Le géographe Banville place , dans sa carte de la Grèce antique^ deux autres montagnes appelées Oljmpe ; et toutes deux sont situées sur des frontières : l'une qui se trouve sur celle qui sépare les Âmphilochiens de la Téssalîe et de l'Épire; et l'autre en Laconie , sur les frontières de l'Arcadie.

Quelques écrivains donnent le nom à^Oljrmpe à une montagne située sur les bords de la mer Rouge et sur les frontières de l'Arahie, et à une autre montagne qui s'élève sur les frontières de la Haute-Egypte et de l'Ethiopie , au lieu où était placé, dit -on, le tombeau diOsiris. On trouve même en France un mont Olympe* J'ignore s'il était , commeHies autres montagnes de ce nom, consacré par le culte ; mais il est certain que, comme elles, il se trouve sur des frontières : celles de la Champagne.

De la multiplicité des monts Olympe et de leur gisement sur des frontières , on doit conclure que leur dénomination a signifié , a une certaine époque, bord, extrémité ^ limite, hes

. ( I ) Mémoires de Dam^ille, sur Vile de Chfpre, Acad, des Jnscrip., t. XXXII, p. 529etsuiv.

ÂNTERIEITM A l'iDOLATRIE. ï45

Barbares^ en effets dit Xénbphon , donnaient le nom d!Oljmpe ou de Ljrmpe à l'extrémité circulaire d'un espace; et c'est par cette raison, ajoute-t-il, qu'on a nommé les bords de l'astrolabe Ijrmbes (i).

Les monts appelés Pinde n'étaient pas moins vénérés par les anciens que les Olympes ; et , comme eux , ils se trouvaient sur des frontières. Une chaîne de montagnes appelée Pinde séparait laThessalie de l'Epire ;une autre chaîne de même nom était placée entre les cantons nommés Jperantia elDolopsiUf en Thessalie. Une montagne du Pindê se trouvait sur les limites du pays des ^nianes et de l'Etolie.

Les monts Ossa et Pélion y OEta^ Cjlenne ^ Parnasse^ et plusieurs autres , illustrés par la religion des Grecs , étaient tous placés sur des frontières.

. Si l'on se reporte vers la Thrace , on voit ce pays presque entièrement limité par deux chaînes de montagnes saintes: le mont Hœmus et le RJiodope,

En l'Asie-Mineure, le mont TmoluSy chaîne de montagnesqul sépare laLydlede laPhrygie,

(i) Ann€eu4 ViUrbentis, Comment, in XenopJio?i, de jlEquivocis,

!• lO

l46 DES CULTES

étaiit Tobjet de l'adoration des habitons de ces pays.

En Asie , le Liban et YÀnti - Liban ^ deux chaînes de montagnes divines^ honorées par une infinité de monumens de la religion antique, servent de frontières au pays d'Aulon, et séparent la Palestine de la Coele- Syrie, de la Phénicie.

Plusieurs montagnes portent les noms de Gebal, Gibel , Cj-bhle ; toutes ont iieçu un culte : Tune a donné ûaissànce à la mère des dieux ou à son nom ; toutes sont placées sur les frontières antiques des différens pays où elles se trouvent. Ces mots, dérivés du verbe gabalj qui, en phénicien , signifie borner , donner des limites (i)., et qui expriment aussi un lieu élevé , une hauteur , indiquent assez la destination primitive de ces montagnes.

Trois monts Cassius ont été adorés comme des divinités. Tous trois sont sur des frontières: l'un sur celles de la Basse-Egypte et de la Palestine ; l'autre , plus élevé que le premier , sur la frontière septentrionale de la Syrie ; un troisième, dans l'île de Corcyre j ce dernier est cé-

(i) Cinquième Mémoire' sur les Phéniciens, par l'abbé Mignot ; Mém* de VAcad* des Irise., t, XXXIV, p. a53.

lèbre par son temple dédié à Jupiter. Le mot gjOlz ou kas j suivant l'interprétation des sa-> vans , signifie terh%e , borne , frontière.

Le mpnt 5!acre jetait, suivant Xénophon, une chaîne de monti^gnes qu'il fallait traverser pour aller de la Thrace dans la Che?sonèse de Thrace (i). La position des montagnes entrô deux peuples indique une frontière , et leur dénomination un lieu consacré au culte ou a une divinité antique.

Dans le pays où le culte des montagnes est encore en vigueur on trouve qu'elles sont également placées sur des frontières : tel est , par exemple, le mont Soumounang , situé sur les frontières du Boutan et du Thibet. Les habitàns de ces deux pays lui font des oflFrandes, et lui adressent des prières (?}.

La montagne appelée Karaoal JVaïa-Gora, ou montagne de la Garde, adorée, suivant PallaSs, par les Tartares-Kirguis , est située sur la frontière de la Russie , frontière qui , depuis un temps immémorial 9 est celle desKirguis (5). Le même voyageur parle d'une autre mon-

(i) Xénophon, liv- 7, sect. ^4'

(2) Ambassade au Thibet et au Boutan , par Samuel Turner, 1. 1, p. 295.

(3) Voyage de Pallas, t. IJ, p. 5.

i48 OES CULTES

Uigne adorée par les Toungouses , ^ppelé^ Sokhonda , et qui gît posîtiyement sur la frontière de la Mongolie et de la Chine (i).

Je ne pousse pas plus loin cette nomenclature fastidieuse, et d'ailleurs superflue , parce que j'aurai dans la suite occasion de compléter la preuve de l'existence antique de la plupart des objets du culte et des institutions religieuses sur les frontières.

(3) Voyage de PaUas y t. VI, p. 4>^-*

ÀNT£Rl£URS A L'iDOLATRIE. iJ^g

'S9i^\:^ssJ>s>sssys^gs/>:^ss»'^s^s^>:^e\y:s^^

€HAPITH£ X.

Quels furent les Fétiches artificiels extraits des montagnes adorées : preuves de cette extraction.

La. large bande de terrain inculte qui sépa* ^it les nations limitrophes n'était pas tellement déterminée qu'il n'en résultât souvent entre elles des prétentions opposées ^ des querelles violentes. L'histoire offre des exemples iiombreux des guerres occasionnées par l'incertitude des limites. Dans l'hymne que chantaient les anciens. Romains, lors de la célébration de la fête des Terminales, on adressait au dieu Terme, qui présidait aux frontières y ces paroles : « Si vous eussiez n)arqué les bor^. » nés dû territoire de Thyrée, trois cents per- M sonnes n'auraient pas perdu la vie ; Othrya- M des n'aurait pas péri sous le poids des » armes. Que de sang n'a-t-il pas versé pQur )i sa patrie etc. m (i) !

(j) Ovide, Fûsi., Ub. XI, Tv64o, etc.

l5o DES CtLTÉS

Les guerres que se font les diverses peuplades de l'Amérique ont souvent pour causé rincer^ titude des limites de leur territoire respectif. H Comme les limites n'en sont pas exactement » tixées, il s'élève 'àes siijetd Innombrables de » querelles qui rarement se terminent sans » effusion de sang (i). »

Quelques nations , trop resserrées dans les bornes de leur territoire, s'étendirent ayx dépens du terrain des frontières. De tels empiètemens furent contestés par la nation la plus voisine. De là, des querelles et des guerre* désastreuses. Le besoin de ramener la paix et de faire disparaître la cause qui l'avait troublée fit sentir celui de fixer le point jusqu'où chaque nation limitrophe devait s'étendre : en ce cas les frontières furent partagées; et leur largeur dut à peu près disparaître et se réduire à une simple ligne de démarcation^ Ce qui nous reste de documens sur l'ancien état des^ frontières prouve que leur partage complet entre deux nations voisines ne fut pas général. Plusieurs peuples,, attachés aux coutumes de leurs ancêtres, laissèrent entre eux et leurs voisins une large frontière, et se contentèrent, de part et d'autre, de fixer les limites de leur

(2) Histoire d* Amérique , pai' RobcrUon, t. II, p. 36i.v.

ÀNTlSRISURS k l'idolâtrie. l5l

territoire sur les bords du terrain de la fron* tière; et la partie de ce terrain qui séparait les deux nations resta indirisée jusqu'à ce que, dans la suite , des événemens politiques vinrent déroger à cet ordre de choses.

Dans l'un et dans l'autre cas, des rivières, des lacs , des crêtes de montagnes, formèrent souvent les limites désirées ; mais^ par-tout où ces bornes naturelles manquaient, on leur substitua des bornes artificielles»

Pour rendre {dus obligatoire et plus saint le pacte contracté entre des nations^ limitrophes j pour mieux faire respecter ces bornes , qui étaient la preuve et le gage du contrat, il âillut leur donner le même caractère de sainteté,, de vénération j qu'on accordait aux montagnes limitantes. L'unique moyen qui pouvait remplir ce but était d'extraire des montagnes adorées quelques parties faciles à transporter. Des rochers qui s'y présentaient a découvert en furent détachés. On les trans<porta èur le lieu qui formait la ligne de démarcation ; on les planta en terre, debout; ou bien on les y posa sans autre façon ; et, si le lieu abondait en rochers , pour les distinguer de ceux que la nature avait placés, on posait deuxfragmens dérocher l'un sur l'autre; on en groupait plusieurs d'une manière parti*

l53 DES CULTES

eulière ; enfin , si les montagnes adorées n'of^ ' fraient pas à leur surface des masses' de pierre assez considérables^ on en entassait plusieurs de moyenne grandeur^ et on leur donnait la forme pyramidale; si ^ enfin ^ les montagnes saintes ne présentaient à l'extérieur aucun rocher, on en détachait le terrain que Ton transportait au lieu convenu, dont on formait un amoncellement conique ou pyramidal.

Si les preuves de ces faits ne se trouvent pas précisément articulées dans l'histoire écrite, c'est que, dans l'origine de cette institution, l'histoire n'existait pas, et que ses auteurs ne pouvaientparlerde ce qui n'était point venu à leur connaissance : cependant elle nbus en donne plusieurs indices.* Ainsi, le raisonnement, l'analogie , et sur-tout la connaissance de la situation de ces mêmes monumens tertninaux qui existent encore , compléteront la , preuve, et suppléeront au silence de l'histoire.

Ces bornes devaient être saintes comme les monta^cnes d'où elles étaient extraites : elles le furent. On adora en Egypte des bornes sous le nom de Thoth, en Grèce sous celui d'^er/né^, à Rome sous celui de Ternies ; et , si les monfagnes limitantes furent des divinités, lesborft^$ p^rtïtgèrent fivec elles cette prérogative.

ANTERIEURS À L'iDOLATRIE. i55

Voilà déjà un grand rapport entre les monlagnes limitantes et les bornes.

J'ajouterai cette considération : est-ce trop aecorderà l'intelligence des hommes qui composaient les premières sociétés que de leur attribuer l'intention de choisir, pour être le bat du respect général, le garant de leur tranquillité et de leur bonheur; de choisir, dis-je, des parties extraites des montagnes qui faisaient l'objet de leur culte? Plus la pierre terminale qui fixait la ligne de démarcation des frontières était vénérable par son extraction, plus les peuples devaient penser que leurs frontières seraient respectées. Cette détermination est simple; elle découle naturellement de l'état des sociétés primitives , et n'a dû coûter aucun eflFort de conception.

Ce qui concourt à prouver que les monumensdes frontières sont extraits des montagnes divines c'est la remarque faite par la plupart des écrivains qui ont décrit ces monumens. Ils s'accordent à déclarer que la matière qui les compose , que les pierres dont ils soiit formés , n'appartiennent point au sol sur lequel ils se trouvent, mais qurelles ont été transportées d'autres parts. Ces remarques se trouvent notamment dans la dissertation qu'ftienne PFilUam a composée sur de pareils mo-

t54 !><' CULT15

munenft qui saat en Angleterre , Amas la Scui^ cogère, dans celles de Càjrlus, dans un des Mémoires de rin^titut national de France , can^pose par M. BaraiUon y sur ces espèces de monumens; et dans l'ouvrage plus récent de M. Cambry sur les monumens celtiques.

Quel motif , je le demande, a pu déterminer les peuples anciens à préférer d'aller au loin extraire y transporter et puis ériger à travers mille difficultés, avec des efforts dont l'imagination s'étonne , des masses énormes de Touchers dont sont composés la plupart des mo^ numens des frontières, plutôt que d'employer avec facilité des matières semblables qui se trouvaient à Içur portée? Ce motif ne peut recevoir une explication plus raisonnable que celle qui vient d'être donnée.

Une induction, favorable à mon opinion, peut se tirer de la forme de la plupart des monumens des frontières. S'ils sont monolithes, ou ne présentent qu'une seule pierre, ils ont souvent la forme conique ou pyramidale, qui les rapproche de celle des montagnes; s'ils sont composés de plusieurs pierres / ou de terres amoncelées, elles en ofirent l'image la plus ordinaire. Ainsi , il est présumable que les an*ciens, lorsqu'ils donnèrent de telles formes à ces monumens, ont voulu, en leur transmet-

àntérisubs a. l'biolatrie. i55

tant la figuore des moBtagnas, leur :lrMsmettre en même temps le caractère sacré qu'on leura^ lr3>aaît. La forme delà copie indique le modèle.

Les écrits de quelques anciens prouvent que plusieurs pierres adorées ou auxquelles on at^ tribuait des vertus surnaturelles y étaient ex-<traites des montagnes divines. Voici ce qu'cHi trouvé dans le Traité des Fleuves et des Mon-* tagnes y attribué à Plutarque :

Des pierres qui avaient la vertu de garantir les jeunes filles des atteintes qu'on pouvait porter à leur honneur étaient tirées du Tmolus y montagne sainte de la Lydie. D'une autre mon-* tagne sacrée du même pays, appelée Sjrpille , on tirait la pierre dite cylindre ^ qui avait la faculte miraculeuse de rendre pieux les enfims qui la transportaient dans le temple de la mère des dieux. Une pierre merveilleuse , qui rendait furieux ceux qui la rencontraient pendant la célébration des mystères de Gybèle, se trou-^ vait sur le Bérécjrnthe y montagne adorée comme une divinité. Les pierres nommées Phjrladelphes, également douées de vertus surnaturelles ^ étaient extraites des monts sacrés Hémus et Rhodope. La pierre Mter ou astérite^ était tirée du mont Balenus; la pierre Cfyphus^ du mont Ida ; la pierre clitoris , du mont LiléCy etc. Ces pierres produisaient des pro-

l56 DES CULTES

diges; et les monts dont on les tirait étaient divins (i).

Des pierreS; plus célèbres encore par le culte qu'on leur rendait y étaient également extraites des montagnes saintes. La pierre AbaâirovL Bé^ iflsy adorée près de Delphes, provenait du. morlt Thaumasius. La plupart des autres pierres bétyles qui rendaient des oracles étaient extraites du mont Liban. La pierre plus célèbre encore sous le nom de la Mère des Dieux ^ et qui fut pompeusement transférée à Rome par l'effet d'un décret du sénat , avait été extraite du mont Pessinunie ou du mont jigdus : deux montagnes voisines, et qui partageaient les hommages religieux des habitant de la Lydie. Enfin la pierre noire adorée à la Mecque, déjà mentionnée, et dont je parleiç'ai encore, fut, suivant une ;ancienne tradition rapportée par Chardin, tirée du mont Arafaty qui s'élève dans le voisinage, montagne sainte qui, dansTopinion des dé vots musulmans , pos-. sède la vertu d'effacer le péché originel des habitans.

Les çmciens croyaient, comme cela est évident, que cespierres opéraient des merveilles, et participaient à la divinité, parce qu'elles étaient

(i) Plutarque, Traité des Fleuves et des Montagnes^

ANTERIEURS LÀ L'IDOATRIE. l5j

extraites de montagnes divines^ Les pierres des frontières^ participant également à la divinité , devaient avoir la même origine , être aussi extraites des montagnes divines. Au surplus ^ il est prouvé, d'après les faits que je viens de rap porter , que les anciens étaient en usage d'extraire des montagnes des pierres qui devenaient l'objetdeleur culte; et, s'ils le pratiquaient pour former des espèces de talismans ou des objets d'une vénération médiocre ^ ils devaient, à plus forte raison , recourir à cet usage pour former des divinités tutélaires, nécessaires à leur sécurité et à leur bonheur , comme l'étaient les divinités des bornes.

D'ailleurs, l'usage de pareilles extractions ne s'appliquait pas seulemeiit aux montagnes, chet, les anciens ; ils extrayaient également ^ comme je le dirai dans la suite de cet ouvrage, des forêts ou des arbres sacrés, du bois pour former leurs idoles ou leurs dieux.

On jugera de l'importance que les anciens donnaient aux bornes des nations et des grands territoires paï celle qu'ils mettaient aux simples bornes qui limitaient les héritages des. particuliers. Le deplacement.de ces dernières était mis y par les législateurs de l'antiquité, au rang des crimes capitaux. Lies Hébreux prononçaient anathème contre les au^teurs, de ce

l58 DÈS CULTES

éâit^ (t). La loi dê9 Doute Tables les traite fiomme le&pltis grané» criminels ^ et mue loi de finma comme des sacrilèges. Les Romains gravaient même sur les bornes des imprécations terribles contre ceux qui les enlèveraient : ce Que *» celui qui ôtera cette pierre puisse mourir le >) dernier des siens ! a porte Tinscriphon d^une borne antique (2).

Si le respect pour les bornes des propriétés particulières était si fortement recommandé , on doit juger de quelle haute considération jouissaient celles qui m^»rquaient les limites des nations y dont la conservation offrait nh intérêt bien plus grand, bien plus généraL Aussi, ins* tituées par la politique , elles fmreitt bientôt consacrées par la religion ; et, si le terrain des frontières était à quelques égards up sanctuaire pour les peuples limitrophes , les pierres des bornes en devinrent les divinités.

Ces bornes rustiques , ces longues pierres plantées, couchées ou suspendues sur plusieurs autres; ces fragmensde rochers groupés, amoncelés ou disposés en ligiies parallèles , en én« eeintes circulaires, etc., qui formaient ou avoisinaient les bornes sur les frontières , et qui

(a) Mémoire sur le dieu Terme, par Deboze ^ Mém, de VAcad, des Tnscript. , t. I, p. 89.

ANTÉRIEUnS l'idolâtrie. 169

étaient consacrés, à la politique , aux funérailles et à la religion , trop dédaignés par les ardiéologues ^ doivent cependant être plaeés au rang des premières productions de l'industrie humaine. L'état primitif des sociétés n'a point de restes plus authentiques , plus v^nérahles ; la politique , la religion ^ les arts^ n'ont point de monumens plus anciens, et qui aient survécu si complètement aux ravages des siècles et des hommes*

Des villes, des royaumes, des édifiées fameux, n'existent plus que dans la tradition ; et les menumens grossiers, bien plus anciens^ dont je vais parler, subsistent, grâces à leur matière et à leur forme; ils sont encore debout au milieu des ruines dont tant de vicissitudes morales et physiques les ont entourés; et, ils bravent Favenir comme ils ont bravé le passé« Tous ceux qui existent n'appartiennent pas aux premières époques de leur institution ; mais ils sont au n^oins les copies des monumens les plus antiques du monde. Us ont non-tseulement fran*^ chi Tespace des siècles , mais encore celui qui se trouve entre les points les plus éloignés de la terre. On en voit chez presque tons les peuples; et leur érection a par-^tout le même motif.

Us étaient en honneur ohee les Européens

l6o DES CULTES

ATant qu'ils fussent civilisés ; ils le sont encore aujourd'hui chez des peuples où la civilisation n'a fait que peu ou point de progrès.

Ils ont donné matière à plusieurs fables mythologiques : on en a fait des dieux. Leurs formes diverses ont été les archétypes de plusieurs productions d'architecturç. Les arts perfectionnés des Orientaux , des Grecs et des Romains y les dépouillant de leur antique grossièreté , sans dénaturer leur forme caracté^ ristique , les ont reproduits sous un extérieur embelli par la régularité et les grâces. Enfin ^ plusieurs institutions civiles et religieuses , q\ii se maintiennent encore, leur doivent la

naissance.

Tant de prérogatives, jointes à la nouveauté du sujet, rendent ces monumens bien dignes d'être connus : je m'y arrêterai; je les décrirai; je chercherai dans l'histoire, et même dans la fable, des lumières sur leur origine, sur leur destination primitive; je comparerai les notions que nous transmettent sur ces monumens les écrivains de l'antiquité avec celles que les écrivains modernes nous donnent des mêmes monumens encore existans. Je classerai leur espèce j' et leur forme différente me dirigera dans cette classification. J'indiquerai rancien-

ANTERIEURS À L^lDOLAtRIE. t6l

neté relative de chacune , d'après le plus ou le moins de simplicité que préseliteat Içurs forme^f et de nombreuses lumières résulteront de celte méthode*

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