CHAPITRE XI
Lei Domf des pierres limitantes et adorées dérivent des
noms des fixmtières.
Je ferai d'abord observer que, si les noms de ces moaumens sont lès mêmes que ceux des frontières, les frontières étant évidemment plus anciennes qu'eux , il doit en résulter que ce ne sont point ces monumens qui ont donné leurs noms aux frontières , mais les frontières qui ont donné le leur à ces monumens^
Je vais prouver que les noms principaux des frontières sont les mêmes que les noms principaux decesmonumens. Quatre noms paraissent avoir, en Europe et dans une partie de l'Asie , appartenu aux frontières, et ensuite aux pierres limitantes et sacrées qui y étaient élevées. Ces noms sont: chez les Égyptiens et les Phéniciens^ thotkj theut ou ihaout; chez les Grecs, kermès; chez les Latins, territe; et chez les Celtes et les Germains, mark, mère ou marche*
ANTERIEURS A L IDOLATRIE. i65
Le mot thoth ou theut signifiait-il une frontière ? La langue des anciens Égyptiens est trop peu connue pour pouvoir décider la question d'une manière positivé; mais la langue hébraïque, qui avait beaucoup d'affinité avec Tancien égyptien , emploie ce mot dans un sens qui se rapproche de notre idée. Moïse se sert du mot ihaiiih pour exprimer la hauteur d'une montagne , lorsqu'il dit : « Ces bénédictions » dureront à jamais; elles égaleront la hauteur » des montagnes éternelles (i). »
Ainsi y thauih , en hébreu , signifiait montagne, hauteur; et Ton sait que les montagnes faisaient le plus ordinairement partie des frontières. Quelques montagnes ont conservé jusqu'à nos jours un nom d'une consonnance approchante. Le Pic de Ténériffe est encore appelé, par les habitans de 1^ contrée, Theithe, Telh, en gallois, signifie sommet, cime, faîte. Tudei teut, dans la même langue et dans plusieurs autres , expriment pays , terre , terrain ; dans Hésychius, tethus a la même acception (2). Les Baschkirs nomment Taou une haute montagne ou une chaîne de montagnes séparées : pour marquer une côte étendue qui décline en
(i) Genèse, liv. 49^ vers. 26.
(2) Dictionnaire celtique de Biillet , aux mots tetk el tud.
1G4 BEà CtLTÊS
pente douce, ils emptoieiit le mol Toudœ [\\ Mais/ ce qui décide la questfon d'une manière plus positivç, c'est que les Grecs, en traduisant le mot ikoih par celui à' kermès, ont déterminé sa valeur. Comme je prouverai bientôt qu'i^eriuès signifiait, dans l'origine, le terrain inculte des frontières , il en résultera que thoth^ étant son équivalent, doit avoir la même signification.
TTioÛi était aussi le nom d'une borne ou d'une colonne terminale. TTiau ou tho, en hébreu, se traduit par signe^ marque • expression qui convient parfaitement aux bornes, dont 1 objet était de marquer les limites de deux territoires. Dans la langue copte, celle des Égyp-^ tiens modernes, ihoi^ comme le tau des Hébreux, exprime un signe, une marque; et tkos y ùnç borne, un terme , une cdlonne terminale (2). Le savant Jàblonski dit que ihoouth doit se traduire par colonne (3).
(1) Fifjragede Pallas, tC II, p. 488. Il» nommwit oiirral-taou , montagnes de la ceinture , une chaîne qui
orme la frontière des provinces à^Oufa et d'Iseisk, (Pal-
lasy t. m, p. i4-)
(2) Dictionnaire manuscrit de la langue copte , par le savant Lacroze, cité par Court de Gebelin. {Allégo^ ries orientales. Histoire de Mercure, p, 126.)
^3^ Ftinthéon égj'^t,, liv. 5, p. 180.
A^TERIEURS^A. L IDOLATRIE. l6f)
Cette interprétatipn indique que rinstitution civile des thoths ou colonnes limitantes remonte aux premiers temps de la civilisation. Con9idérés comme objet de culte ^ les thoths précèdent de beaucoup les. temps où les âibles mythologiques ont été composées; ils datent d'une époque où la religion astronomique et le polithéisme , qu'elle a produit , n'existaient pas« Le mot ihoth^ étant un nom générique dont les Grecs ont fait leur theos^ zeas, zeus, et les Latins leur deus , dut être usité en Egypte avant Fépoque où les noms des divinités spéciales furent connus » ainsi que le nom du genre est antérieur à ceux des espèces (i).
Je passe à Xhermès des Grecs. Les explications, que je vais donner sur ce nom fortifiront Ce que j'ai dit du mot thoth, et pourront lui être appliquées^ puisque ces deux noms sont synonymes y et que £a valeur de l'un doit faire connaître celle de l'autre.
Hermès ou ermes signifiait^danssonorigine> le terrain inculte que forment les frontières. Ce
(i) Montarms m Commeniurm «/.. Cœsariy lib. 6, p^ 232. Au surplus, Tou^ eist le nom d'une divinité ctiez plusieurs peuples. Les Tatai^ de Katschinzi adorent une divinité malfaisante qui porte ce nom. {Voyage de Paltas, t. V, p. 27.)' En Amérique , les sauvages de la Flofide ont un dieu malfaisant qu il» nonlment Toïa,
l66 \ 1>ES CUtTES
njol dérive d'eremos, doiit les Grecs ant feit kermès; tout comme du mol ererhus les Français ont fait herm. Ces mots eremos^ eremns^ hemty signifient terrain inculte, désert qui, ne produit aucun fruit. On a vu plus haut que c'é-^ tait le propre des frontières , chez les aùciens ^ d'ôfirir un large terrain saiis culture (i).
ErmeSy ermeus, ont, en, langue celtique, une signification qui caractérise eiacore mieux les frontières : ces mots signijSent horSy de^ hors (2). Ainsi, réunissant ces deux significations, hermès exprimerait un terrain inculte , situé hors du territoire. C'est ce terrain inculte, situé hors du territoire, que lesLatinS: désignaient par /ôm,y(9ra4'^ forum terrce y dont on a ÎBit frontière ^ comme je le prouveraî ailleurs.
Si cette preuve parait insufiisante, je ta fortifierai par une autre que m'ofirent diverses dé-
( I ) Voyez ei-dessus le chapitre VIII , p . 1 3o , i à i . De ces mots eremos, ermès, les Français ont fait , outre le mot herm , fort usité autrefois pour désigner un terrain inculte, dévastéou désert, le verbe hermer,hennaterra, terre herm^ de là sont dérivés les mots français cherme^ chalme, charme, chaume, qui ont la même signification, que herm, et le rerbe chémer, rester dans l'inaction.
(2) Dictionnaire de la Langue celtique, au mot ermes; et les additions et corrections , au mot ermeus .
ANTERIEITRS k L^IDOLATRIE. 167
àomiitatioos de la géographie ancienne. Je trouvé -en effet que plusieurs montagnes^ rî^ viéres , promontoires , villes , etc. , appelés her^ mès^ on dont ce mot sert à, composer le nom, «ont placés précisément sur les limites des dif* férens pays.
En Egypte^ les Grecs, ont nommé fferTne-nopoUs Magna ou fa grande ville d'Hermès,^ HermopoUianapfubzce ; deux villes situées sut les frontières qui séparaient la Haute-Egypte de VHeptstnomide. Us ont nommé Hemumthis là ville qui confinait le territoire de Tfaèbes du côté de la montagne Lybique^ où sçnt lès an*cienses sépultures (les rois. Us ont n^nimé Hermeum le promontoire aujourd'hui appelé Cap Bqiiy qui forme la limite de l'Afrique. La chaîne de montagnes qui:se joint àl'AntiTLihan!, et qui s'élève sur les frontières de la Palestine et de la Syrie, est appelée- jffer/Tion. Le pponiontoire ai Hermonassa , qui s'avance dans le Pont-Euxin^ est une limite du Pont. Le fleuve Hermus sépare , dans presque toute sa Ion-gueur, la Lydie et la Mysie; et les plaines qu'il parcourt sont, suivant Pline, nommées Hermi CampL HernUoney aujourd'hui dtz^*^ est située précisément à l'extrémité sud de l'Àrgolique ; et la mer qui baigne les côtes de cette partie de la Grèce est nommée Hermo^
a68 . ^JiS CULTES
nicusSin^Sé fermée, en Arcadle^ est^ dit P^uç^niasi un lieu consacré klf&rmè^ lÀ ^^t jone colonne qui matq^e la frontièir-e de$ Me»^ ^$épiQn« et d^ Mégâpolitains (i)^ 3t pouitaî^ gr669Ûr eett^ lis^t0 ^dç9 non»$ ^HermotuicUsy ^ à*Iïermonacum j^ à^ffermanduri^ qui tow *'ap*
pliquént à des fi*ontièrest.O« eq Iroure mâme jcm eôiemplé en Foirtugal : le moiit Semiinmt ^ «ttjoutd'iiui ^rmej^ha y e3(î$te encDfe sur les frontières de ce royaume. I ; Ainsi ^eri»é^ a signifié terrain inculte^ dé-« sert, terrain qui est en dehors. Il a aussi signifié Iranliêré ^ puisque la plnpart des frontières an-<^ tiques despa^s oecmpéç par Ie«^ Grées patent
" Afai^ ce mot kermès a au$^ exprimé une Jioriiej^ une colonne terminajlfe; et^ lorsque les lidtnés eurent reçii un cultie^ ce mot deifint le nom générique de-là divinité. - ' Hermès signifiisiit colpnne, parce que les Grecs 1^ lôrsqulls eurent admis les dieux dbs. Qrieattaux, ainsi que leurs dénominations , et qu'ils eurent ^ k leur exemple , iai t les premiei^ pas dans la carrière de ridolâtrie, placèrent âa dessus de ces bornes , de ee& colonnes ado*&
'f éeà| les têtes des divinités étrangères ; et CfS:
(i) Paufanias, Arc ad., chap. 34, àl«i An.
▲NTBIUEUAS A l'iDQLATRIE. 169
idoles r composées dç cette télé et de cette colonne, reçurent le double nom affermés; et de la divinité . (|u'indi<|uait la tête posée dessusr
Ainsi f pour exprimer une colonne surm'on-^
tée de la téta d'Apollon , on disait HermapoU
J^i^y de celle d'Hercule, \£rérmemc2e/ de celle
de Minerye^ Hermathène; de celle de Vénus,
Hermaphrodite £ ainsi des autres divinités. Dn
voit que, ai la tête portait le nom de chaque
divinité qu'elle caractérisait, là colonne sur
laquelle elle était élevée éonservàil le nom
générique e^hermès, Ainsi hcrmès désignait la
colonne* D'ailleurs nous avons dans Paùsa-
nias plusieurs paissages qui {)»rouvent évidem«-
ment que les hermès étaient dès bornes pla-*-
cées sur des frontières. En parlant du mbnt
Parnon^ dont la chaîne sépare le territoire
des Lacédémoniens de celui des Argiéns et
des Tégéates, il dit : u Les limites de chacun
9 de ces peuples sont marquée^ par deh her^
)i mes de pierre > d'où ce lieu a pris sa dé-
^) nomination (j)i^)() •
Dans son voyage en Arcadie, le même au-teur dit que, sur les frontières des Messéniens et de$ Mégapoli(ains> est une colonne qu'ils
(î) Pausanias, Cor/>i<A»^ ad finem^lih* 2.
nomment Hernies ^ et qui est là borne du territoire de ces deux peuples (i).
Plutarque , dans la Vie de Gimbn , dit qu'après la victoire de ce général sur les peuples de la Thrace les Athéniens lui pei^miFent d-ériger trois kermès^, chargés chacun d^itneins^ criptiop en vers» U est évident que ces kermès n'étaient point des statues de dieux , mais des colonnes monumentales chargées d1nscrip-< tions.
Hermès^ chez les Grecs, était donù Fexpres»^. ision générique qui servait à indiquer une borne ou une colonne.
Il est donc démontré que le mot kermès , après avoir signifié le terrain inculte d'une frontière, a signifié une borne, une colonne terminale. Je reviendrai, dans la suite de cet ouvrage, sur ces kermès^ et sur leur amalgame avec les divinités orientales.
Terme ou terminus était , chez les Roitiains, ce qu'étaient les toths et les hermèis dans leuîp origine. Il parait même, et c'est l'opinion de quelques savans, que le mot terme dérive du mot kermès. Il est certain que fermi/zw^ signifie à-la-fois extrémité ou frontière , et borne ou colonne limitante. U est inutile de citer des.
(i) Pausanias^^rc^r/ie^ cliap. 34*
ANTERIEURS A l'iDOLATRIE. Ijt/
preuves sur une vérité généralement reconnue; il suffit de l'énoncer.
Mark y merc, marge ou marche, est le quatrième nom qui^ comme les* précédens, fut appliqué aux frontières et aux bornes. Tous les moaumens' historiques^ les glossaires^ les ouvrage» géographiques, attestent que ces mots signifient frontières t il ny a pas de doute sur cette signification. Ges mots ont été en usage dans cette acception chez presque tous les peuples de l'Europe : j'en ai cité plusieurs preuves (i). C'est d'eux qu'est venu le mot marge ^ pris dans le sens de bordure, de partie excédante ou environnante. Ce mot a-t-il , comme les autres noms dont j'ai parlé ,, exprimé une borne, une colonne limitante ? C'est ce que je vais examiner.
Dans presque tous les anciens idiomes de l'Europe , et même dans quelques-uns de l'Asie, marc jUierCj etc., ont été en usage nonseulement pour exprimer une frontière, mais encore un signe, un caractère, un but, une indication, enfin ce que nous exprimons en français par le mot marque. Il signifiait aussi particulièrement une borne (2). Les Allemands
(i) Voyez ci-dessus, chap. VIII, p. i35.
(2) Voyez le Dictionnaire de la Langue celtique j,
r.exprinien t ainsi dans le mot marksiein ; qui signifie pierre de borne; les habitans de la BasseHBretagne, par celui de merki eiy dans plusieurs pièces historiques^ merca est em-» ployé dans le même sens* . Je suis persuadé que ce nom recevait une extension, lorsqu'il exprimait les bornes dW pays étendu, d'un canton , d'un peuple. Ces bornes, alors plus grapdes, plus apparentes^ et souvent placées sur des éminences, des montagnes, portaient un nom composé de^ deux mots synonymes, dont la réunion rendait )e nom plus expressif, et attestait l'iexcellcDce de l'objet exprimé. Ainsi, aux mots marc ^ merky on joignit or , our : mots qui signifient limites, frontières, et qui, par leur usage chez presque tous les peuples de la terre, semblent appartenir a la langue primitive. Il n'est guère de mots qui aient des dérivés plus nombreux : en Europe comme en Asie, dans Isi langue géographique comme dans celle de la géologie, de la physique du monde , ils servent à composer les noms des objets qui environnent, qui limitent, qui bordent (t)^
par Bullet, aux mots marc, masca , march , marchia, mercy merk, merca, mercaria, etc. ; et le Glossaire de Ducange, aux mots marchia, merca, etc.
(i) Horos en grec, ora en latin, aurée en vieux fian—
ANTÉRIEUKS A L'lD9LAriaE. 17 3
Ces mots réunis forment Marchore ou Afar-
caîs, etc., signifient bords, limites , frontièi'es. La partie dielilaiie où le eiel semble, à la vue, être limité par la terre s'appdle horizon* Les noiù^ qui indiquent lès acclde&s d&rborizoQ scMit, comme celui-ci, composé» de la syllabe àr^ tels sont V orient, Y aurore , mot dans lequel or se trouve répété (des couleur^ de Faurore sont dérivés les mots or, métal; prange, fruit) ; aure, en vieux françaîsy vent; «ra en grec, hora en latin, heure en français; (il n'y avait, suivant Kine et la loi des Douze-Tables, que deux heure» dans la journée t l'époque du lever et telle du coucher du soleil : ces heures étaient marquées à.Vkorizon). Orage, ouragan; Bore, le matin en gallois; Borée, vent du nord. La mythologie à employé plusieurs noms pareils, dont elle a fait des dieux* Bore, père des dieux des Celtes ; T^Âor^ un des grands dieux des Scandinàves 5 Horius^ , chez les Grecs ; dîôu des frontières ; Oms, dieu enfant, oU lé Jour naissant à l'horizon ;^«r^ni«.,' ancien dieu de Thorizon ;! Or^tt<fe^ , nyniphes des montagnes qui terminent ordinairehien£ Fhorizoti.
Dans la géographie, tèn très-grand nombre de montagnes et de rivières qui composent prtncipalemem les limites, sont nommées or, our; on portent des noms qui sont composés de ces mots, tels que dor, dour, dur, tor, tour, tour, jor, gorà, et!C. Plusieurà autres mots ont avec «r4e double rapport de ta consonnance des sons : tels sont orie, ourlet; bourdes qui, en vieux français , signifie frontières y bord, bordure^ borne^ foras, forum en latin ; fors dans les dialectes* du midi delà France, qui tous sonnentet éqoivaliènt kKoi^s, dehors , ainsi que faiir, qui, en gothique, signifie frontières ; p^^r/ de mer ^jwrt dj
174 I>>ES <:ULTES
coure (i). Ainsi que les bornes thoths , hermès^ termes, celles des Celles, des Germains, furent
montagnes (dans les Pyrénées), porte) soroen, une borne en bas-breton ; sortie, sbrtir et thor, porte en allemand; enfin, tour, autour, entourer: toutes ces expressîcms se rapportent à ce qui est aux extrémités, en dehors, sur les fjpoutières. Je pourrais consiflérablement en augmenter la liste ; mais je me boiiie à celles qui , ayant le même sens que or et our, panassent le plus iTidemment dérives de ces mots.
On peut appliquer la même signification à la syllabe ar, (i,) Le savant et laborieux Court de Gebelin convient que le mot marche, marc ou merc, a contribuée la composition du nom de Mercure; mais il pense que la terminaison ure vient du celtique ur, wr, dont les Latins ont fait leur anot '2;ir; ainsi , suivant lui , le mot Mercure doit être traduit par l'homme aux marques , l* homme aux signes. Il est étonnant que ce savant, pour expliquer rôrigine de la dernière syllabe du mot Mercure, ait préféré le mot ur, wr, qui se trouve fort déplacé à côté du mot marc, tandis que le mdl or, our, lui convient trèsbien, ayant une signification identique : tous deux signifient frontières ; et leur réunion donne plus de force à l'expression ; cette expression de deux synonymes se retrouve dans les mots aurore et bordure.
Il est encore étoimant de voir Court de Gebelin donner le titre d'homme à une divinité, lui qui rejette le système des dieux-hommes , et qui ne trouve dans la mythologie que des allégories relatives au cours des astres et à l'agricultuve. D'ailleurs, comment supposer que les anciens aient donné la qualité d'homme à l'objet de leur adora-
^dorées aoufi le nom de Mercçre ou Mercure , qui^;.suivant César, élait leur plus\grande divinité* Ces simulacres^ ou plutôt les pierres bru-* tes et sans' art qui portai^snt ce nom, et aux* cpieUes ces peuples rendaient \m culte distingué, étai^û?ttrès--aombreuXb C'est ce que dit César des Gaulais (4); et Tacite en dit à peU près, autant des Germains (â).
Je jpense que -ce nom se prononçait, suivant
lion, à tmç bomev>à une pierre brute , qui n^avait aucune {orme humdîne^.J^e (not bordure^ jcgÀ a la même signi'âcadon que le tojo^ Mercure ^ etqui est comme lui.composé de deux synonymes, devrait donc être interprété par VTiomme aux bords.
(i) Deunï rnaxime Mercurium colunt, Hujus sunt plurima sïmulacra. (Comment, de Belîo GalL, lib. 6.) On aurait tort de prendre à la lettre le mot simulacre : il ne signifie point ici une statue, une ^ure humaine, . mais on objet d'adoration appelé M^sreure. Les 'Geijtes, non plus que les Germains , ne rcgprésentaient point des dieux ayec des figures d'honunes. Le passage de Lucain , que Ton cite pour appuyer l'existence des figures humaines dans le culte des Gaulois, prouve, à mon avis, tout le contraire. Lucain appelle simulacres des troncs d'arbres adcM-és ; mais il Les qualifie de simulacres informes , que Tari n'a point dénaturés : arte carerU;. ce n'est point là une description de figure humaine. .
(i) Deorum maxime Mercurium colunt. (Tacite, Gcrman.)
lyô BBS CULTES
ks . divers dïaledefl decés^^kfs, markùrt, "mèr^ eùTJt y smercc^^ Qfi^ disait ei^i Jiftlmy du eotmneii^ cernent de la inoiiarctiie française ^* aies Mer^
eoiis y pourv 4!x^timet le jçur .dé Mercure , le mercredi j fanurk Merced y le i^aonumebt oa la pierre coD$aorée à Mercure. En basque > tia trojic d'arbre, qei anciens ement était employé pour limites , et • boiioré comme une divinité \ est liommé marckola. Des pierres érigées dans la province de la Marche et sur les frontières 4u Perrjr Mlàa^ rArtvergne ,t. portent , iluiv»nt M; flamillony lé ^iiom êe lé^Maikry' tkOtet xjai se rapproché bcîaùtoap de ^dui dé Mercure j cair /o^st un nom i^ëûéfîqué de dieu, çt mathr, qui a pu être prononcé macbry indiquerait marr , rnerç ou Merciire (i). . . ^ ;.,;.
. . Lar dénç^iuatiofii Mercure , clieii deî» Ironr-^ lifttes ét^deâ horpesj/chez dès Germains '^t lés Gel^s , lut kuroâùite dans^ la partie de Fltsdté que les Romains: appelèrent* Érâwfe Cisaljnne ^ par lés Celtes ou Gaulois, qui firent la conquête de ce pays,, et s'y établircuit avec, leurs usage;? et leur religion. .Par cette in^troduçtijw., Fltalie QUI; deux divinités identiqtie^,: deux diviiiités des bornes , qui portèrent des? noms ditféreilfe ^ Termes et Mercure. - ^ > '
(i) Je citerai plus bas ce Mémoire de M. Barailloh,
Quelques savons font venir de FOrient la dénomination ilferc^wret. Cluvierpense que Mohc, Moloch et Malchom, ont la même origine. Dans les proverbes de Salomon , le mot Margemah est employé pour désigner un amas de pierres qui était un objet de culte , et que les traducteurs latins ont rendu dans la Yulgate par les mots acervus MercuriL Marzj en persan , signifie borne , limite; marak, en chaldéen y terminer, finir; maraSy en arabe, division, séparation. Je ne me permettrai aucune décision sur ce point ; mais j'observerai que le nom de match ou merc abonde en Europe ; qu'il n'est guère de nations, de cantons où on ne le retrouve, même plusieurs fois; qu'outre les lieux appelés ilfarÂ:^ Mérc , la Marque, la Marche, il en est d'autres dont les noms se rapprochent davantage de celui de Mercure, tels que Mar-corignan, Melgeuil, Mercuer, M^ercweiUer, Mercueil, Mer cour, Mercotre, Mer cœur. Mercurejr, Mercurol, Mercure, Commercj, en latin Commerchia, située sur la frontière de la Lorraine et du Barrois ; Mirecourt, en latin Mer" curii Curti^, et dont le pays environnant est nommé Mercurii Pagus, etc. , etc. La France seule fournit un grand nombre d'exemples de ces dénominations indicatives du culte de Mercure, qui^ jointes aux déclarations de Gésàr et I. 12
de Tacite , prouvent que ce dieu était adoré sous ce nom dans les Gaules ^ avant que les Romains y eussent introduit leur religion et leurs idoles y introduction qui ne commença à avoir lieu dans la Celtique et la Belgique que sous le règne d'Auguste.
. Ainsi Ton voit l'ailinité parfaite qui existe entre les ^frontières et les objets les plus antiques des cultes , l'identité des pierres brutes qui servaient de bornes^ avec les divinités Tkoths , Hermès, Termes, Mercure; et déjà je pourrais en tirer cette conséquence : que la divinité appelée Mercure n'était qu'une pierre brute, qu'une borne j mais , voulant mettre cette vérité dans l'évidence la plus rigoureuse, et ne laisser aucune place aux doutes, à l'incertitude , je produirai d'autres preuves, dont le développement répandra des lumières nouvelles sur des objets mythologiques, et sur l'origine inconnue de plusieurs institutions civiles et religieuses. ^'
Je sais que ces pieiTes limitantes et adorées ont reçu d'autres dénominations; mais ces dê^ nominations ne sont point génériques comme celles dont je viens de parler, ni aussi anciennes qu'elles. Je sais qu'on les nomma béthel, bé-tyle , abadxr, stela , titulus , manalis , lapis dwus, etc. Tous ces noms, et plusieurs autres
ANTERIEURS k L'IDOLATRIE. 17^
que j'aurai soin de rapporter dans la suite, ne sont que des qualifications honorables et religieuses données à ces pierres^ après que leur culte fut établi ; qualifications qui ne doivent figurer dans mon plan que comme accessoires.
l8o I>KS CULTES
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