‹ Histoire abrégée de différens cultes (volume 4)Chapitre 12 sur 29 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des Monumens monolithes ; des bornes ou colonnes gros*' sières , isolées ou accouplées, appelées Thoths , Her— HES y Termes , Bëtuels , Béthyles , Méithib , etc. Origine des cippes , des colonnes et des obélisques «

Les traditions du culte des hommes, les fables allégoriques qui sont fort antérieures à rhistoire, font mention de ces pierres monu-mentales I com;me existantes dans les temps les plus reculés y et attestent par conséquent que Fusage de les ériger, et même de leur rendre un culte, remonte à la plus haute antiquité. Leur existence , dans les récits fabuleux ou historiques, se trouve liée aux premières époques de l'histoire dés hommes.

Joseph rapporte que les fils de Seth , petitsfils d'Adam et d'Eve, déjà savans dans la science astrologique , et lisant dans l'avenir la destinée du genre humain, élevèrent deux colonnes, y gravèrent des inscriptions prophétiques qui annonçaient que le monde serait détruit deux

ANTÉRIEURS A l'iBOLATRIE. l8l

fai$^ l'une par un déluge^ et la seconde :pAr U9 embrasement universel. La première de ^es colonnes était en brique ^ et devait résister au feu; l'autre, en pierre, devait braver Tinandation. Joseph ajoute que- cette dernière existait encore de son tettaps dlans la Syrie , ou dans une contrée appelf^e Sjrriade (i).

Hercule .^ig^a>> dit la. Fable, deux colonnes sur chacune des montagn^a qui forment Je d^ troit de Gibraltar, croyant que ces montagnes étaient les bornes du monde* L'histoire ajoute que les babitans de Gadès élevèrent dans la suite au demi-dieu un temple, où ils placèrent ces colonnes.

Hercule planta apssi des colonnes en Germanie, dan^ la Frise ; au moins les Romains, Iqrsqu'ils portèrent leurs armes dans ces contrées^ en étaient persuadés. Les colounes rustiques ou pierres dressées qui abondaient et abondent encore ei;i Germanie, et qui, par leur forme, rappelaient celles qu'on voyait sur les mpntagnes du détroit de Gibraltar, firent naître cette opinion, que Tacite nous a transmise (2).

On voyait des colonnes d'Hercule en Arabie

(i) Joseph, Antiquités, Uy. i, chap. 3. (a) Tacite, de Germanid, çap. 34-

l8a DES CULTES ^

el en plusieurs autres régions; ce qui semble-* rait prouver qp^ Hercule fut, dans les premiers temps y chex certaines nations , un des noms 'génériques de ces colonnes. Jean Goropius cite une inscription , placée sur une frontière , qui ferait croire qu'Hercule a quelquefois rempli les fonctions de dieu des frontières , et que son nom a été associé k celui de Mûre* Cette ins- Tîription , qui se trouve dans le lieu de West^ Capely sur les confins de la Gaule-Belgique et de la Zélande , à l'embouchure de l'Escaut , porte ces mots : HercuU marcusano. Là, dit cet écrivain , était un ancien lieu consacré à Hercule limitant (i).

Dans le premier fragment de Sanchoniaton ^ cité par Eusèbe, d'après la traduction de Philon de Biblos, on lit cpiOusoûs, qui vivait avant le déluge, consacra au Feu et aux Vents deux colonnes devant lesquelles il se prosterna, et qu'il fit, a leur honneur, des libations du sang des animaux qu'il avait pris à la chasse (2).

Dans le second fragment de Sanchoniaton, également cité par Eusèbe, il est parlé de l'origine des pierres monumentales, fort vénérées en Phénicie et en Palestine, sous le nom

(i) Johannis Goropii Becani Origines antwerpianœ, lib. 2, p. i54*

(2) Eusèbe, Préparât, Ei^angeL, lib. i, cap. 10.

ANTÉRIEURS k L'itlOtATRIE. t83

de Béijrles ou Béihels^ mots qui signifient de-meure de Dieu. Ces pierres divines, conformément au génie allégorique, y sont personnifiées. Bétjrlus est le fils à^Uranusrei de Ghél Umnus n'est autre chose que la partie du cieî qui se montre à nos yeux, et* que l'horizon visuel semMt encadrer. Ghé , mère de Bétjr-bdSy signifie la terre , ou cette partie visible de la terre -qui est Bornée par l'horizon, et sur laquelle-le ciel ou C/ran{f9 domine. .Expliquons^ maintenant quelle était ' là vérité ou l'apparence de vérité qui donna lîeu à cette fiction , et quel fiiit le canevas sur lequel les Phéniciens brodèrent cette allégorie.

La partie du ciel qui est apparente et semble s*élever en voûte sphérique au dessus de nos têtes , correspond à une pareille partie de la terre qui lui est inférieure et soumise. Cette partie du ciel parait, aux extrémités de l'horizon visuel , s'unir à la partie de la terre qui est au-dessous. Ces apparences suffisaient pour fixer l'opinion d'un peuple grossier et ignorant; elles suffisaient aux allégoristes pour exprimer cette union apparente du ciel et de la terre k l'horizon, par l'union conjugale. Les pierres bétyles étaient le plus ordinairement élevées sur des montagnes qui terminaient lé territoire et l'horizon d'une contrée sur les

l84 — X>£S CULTES

h^uts lieux. Cçst pierres s'ékirant «vers le ciel, se dessinant sur la clarté ' ^de l'atmosphère > paraissaient de loi^ autant appartenir à la terre qui Les supportait, cpf'ârii ciel vers lerr (jael elles sen^blaient tendre : c'est pourquoi les allégoristes, qui personnifiaient tout, les fi^ rent enfans de l'un et de l'autre époux, du Ciel et de lia Terre. . . '

Le même çutçm* ajoute ensuite : h On dit » encore que le djeu Urai^us inyeAi^ les béf^r n les^ fabriquant des pierrçs animée^ »]^ oi;i,i suivant l'interprétation d un savant^ t/e^/7ierrêiy ointes^ pai^ce que le culte qu'on leur: rendait consistait à les oindre ayec de l'huile. . t\

Les dégradations qui s'opèreut ordinairement sur la cime des montagnes, par l'effet d^^ pluies et de la, fqnte des neiges, et autres ac.ci-r dens de l'atmosphère ou ^UrarmSy ont. pu laisser a découvert^ dans plusieurs pays,. des rochers pu de longues pierres.aiguës;qu'on honora ensuite CQjmme de$ b^tjhsp' et voilà comment Uranus a pu en être le fabricateur;

Sur la côte européenne de l'Hellespont, qui est la limite connue de l'Asie et de l'Europe, était dressée une pierre monumentale, dont l'érection est. attribuée, par le pqcte Manilius,, à Jupiter, Lorsque ce. dieu ,,ayajat, souslaibrme d'un taureau, enleyé.E^uropç et|trayjer§é:la mer

areC'elley;9borda ceMeicôie, H aedépduiUa de cette foifiDe^ .et én^2|*ii«e|nfrre comme ùil moimiiieiit'de.iapiamoifr:(i.)4 • ' -. • ^ < i- ..;Si:l!f!xist6^€>e^de MS'dkMix^ demi H^^éienott héros y, e^ rfaJbtii)<^iise;^'ri»«n'le«ar attvil)iu6:8â»s fondement Térection de ces colonnes j il h'etl est pas de. même de l'ex^ence de cesnionumens; elle est confirmée d'ailleurs par Thistoire; et la preuve dé lèlir haute antiquité se tire dex^s traditions. aUégori^es <ra populaires : car c'est le propre des nations ignoijantès, d'àlltrîhtïer'à<déà êtï'e's surnaturels du à'àes biotttiiie's ïl'totie graiidé ééléfcrîle, l'éi*ection dès raonumens trè&-anciens^ et dont roriçiné leur

est incoilnùé (2).

Voici 'des traditions sur rorigiiié de ces col6hiieSy cnii'pâfraissent davahïage appartenir a

rhîstoii^. • ' ^^ i"' ■'•••^ '■' ''-'' " '*'!/''

THésé* fit élèTér^^alis l'îâlhmè de Corinthe ,

» » il,/ «i i^». • ' • *

(i) Mnrci Martilii'jéstfonomiàon, lih.^j v. 8ïlo. Manilius dtfsig^e'ce monùinfent sous le nom de T^itulics, mot employé dans la même acception par divers aiiit^ûr&V Oiii en verra biea^tôt.des exemples* On peatxonsiilteT encore le Glossaire de Ducange, au mot Titulus,

(2) Tqus lesmox^um^S'd^l'a^iiqtcité) doiHir)é()0qlie de l'érection est inconnue, ont été élevés, suivant la cc^nir' mune opinion des peuple&de VEMt|BipQ^ip9ii^le.ëfiVi4fr^f>>r des fées, par des saints, ou par, Çésar^t^xi . ,

Page 1