SAMUEL HEARNE
HISTOIRE DE l’oUEST CANADIEN
là il se dirigeait par terre dans le sud de TAlberta, au pays des Pieds-Noirs, avec lesquels il venait en contact après avoir rencontré plusieurs traiteurs français qui vivaient avec les sauvages. Le i8 juin 1778, l’aventurier était de retour au fort York d’où il était parti.
Le 29 décembre suivant, le gouverneur du fort Prince de Galles, Moïse Norton, homme violent et de mœurs dissolues, mourait, et, en récompense de ses services, Hearne lui succédait dans la direction de cet important poste — véritable place forte dont les murs étaient en pierre de taille et défendus par 42 canons, plus 6 autres postés de l’autre côté de la rivière. Malgré cette solidité et cet armement formidable, cette place fut prise sans coup férir le 8 août 1782 par le fameux naidgateur de la Pérouse, qui y mit le feu et en détruisit les fortifications.
Douze jours après, le fort York tombait entre les mains du même officier, bien que ce poste fût alors défendu par une garnison de 60 Anglais aidés de 12 Indiens, qui avaient à leur disposition 28 pièces de canon et 12 pierriers.
En mai 1788, ces différentes places étaient rendues aux Anglais, et, un mois plus tard, leurs pusillanimes défenseurs revenaient à leurs postes respectifs.
19. Fondation de la Compagnie du Nord=Ouest. — Avant ces déboires de la compagnie de la baie d’Hudson, qui fut rarement heureuse sur le champ de bataille, cette corporation avait, par l’entremise de Hearne, établi un fort au Cumberland, d’où ses agents pouvaient intercepter les sauvages qui eussent voulu traiter avec les aventuriers français. Elle avait même pris à son service quelques Canadiens-français dirigés par un Louis Primeau, qu’elle avait détaché des traiteurs représentant des maisons de Montréal.
En présence de ces indices d’une activité dont la compagnie anglaise avait été jusque-là fort peu coutumière.
ÉPOQUE DE TRANSITION
les commerçants canadiens sentirent le besoin de s’unir pour lui faire une concurrence effective. En 1783-84, ils formèrent donc la compagnie de traite dite du Nord-Ouest qui, pendant plus de trente-cinq ans, allait se montrer aussi entreprenante, et même agressive, qu’heureuse dans son commerce avec les Indiens. Bien que ceux qui maniaient ses capitaux aient été pour la plupart des Ecossais, ou même des Anglais, du Bas-Canada, tous ses serviteurs, guides, interprètes, « voyageurs », et autres subalternes, un bon nombre de ses commis et quelques-uns de ses bourgeois, comme on appelait les commandants des postes les plus importants, étaient de race française. Même ses plus hauts fonctionnaires étaient familiers avec la langue de cette race, qui pendant longtemps fut l’idiome parlé par la presque totalité de la population non-indienne de ce qui est aujourd’hui l’Ouest canadien. En sorte que cette corporation passa bientôt pour une société française, de la même manière que celle qui avait la baie d’Hudson pour quartiers généraux en Amérique fut toujours regardée comme une compagnie exclusivement anglaise.
MM. Benjamin et Joseph Frobischer, avec un M. Simon McTavish, furent les fondateurs et les premiers actionnaires de la compagnie du Nord-Ouest.
20. Explorations d’Alexandre Mackenzie. — Elle était à peine constituée qu’un Canadien nommé Laurent Leroux se rendait du lac Athabaska au grand lac des Esclaves, qu’il était le premier blanc à explorer (1786), et où il fonda le fort Résolution. Leroux était un commis de la nouvelle compagnie. Encore plus haut placé était Alexandre Mackenzie, qu’il accompagna en juin 1789 dans un voyage qui mena ce dernier jusqu’à l’embouchure dans la mer Glaciale de l’immense cours d’eau auquel il a donné son nom.
Trois ans plus tard, le même Mackenzie traversait les
montagnes Rocheuses et, après avoir surmonté des difficultés sans nombre, finissait par contempler (22 juillet 1793) cette (( mer de l’Ouest » (l’océan Pacifique), après laquelle avaient soupiré Lavérendrye et tant d’autres. Dans l’un et l’autre de ces voyages de découverte, cet explorateur était accompagné de Canadiens-français, sans le concours desquels il n’eût pu réussir.