CHAPITRE XIV
FOHDATIONS.
85. Fondation de Prince» Albert. — Une secte qui était jusque-là restée à peu près stationnaire à la Rivière- Rouge, celle des presbytériens, voulait depuis longtemps pénétrer, elle aussi, dans le champ des missions indiennes. Un M. James Nisbet assistait depuis 1862 le Rév. M. Black, son représentant dans rOuest. Il quitta la Rivière-Rouge le 6 juin 1866, accompagné d’une suite assez nombreuse et de tout le matériel nécessaire à la fondation d’un grand établissement, où les besoins de l’agriculture et de l’industrie ne seraient pas plus négligés que ceux des âmes.
Il choisit pour son nouveau poste un point sur la branche nord de la Saskatchewan, non loin de sa jonction avec la branche sud, qui fut alors appelé Prince-Albert en l’honneur de l’époux de la reine Victoria. Six ans plus tard, le côté industriel de l’entreprise fut abandonné, et la mission elle-même devait disparaître avec le temps pour faire place à la ville actuelle de ce nom.
KEV. J. NISBET.
HISTOIRE DE l’oUEST CANADIEN
86. Essai de Fondation au Portage=la=Prairie. — Cependant Tautorité de la compagnie de la baie d’Hudson baissait à vue d’œil à la Rivière-Rouge. Un individu qui avait passé quelques années au fort Garry, nommé Thomas Spence, conçut alors le projet de fonder un état indépendant au Portage-la-Prairie, où il s’était établi. Il y inaugura donc une espèce de république qu’il appela d’abord Calédonie, puis Manitoba, avec un conseil et un président qui, naturellement, n’était autre que luimême,
Mais, outre que Son Excellence ne put faire respecter l’autorité de son gouvernement improvisé dans les limites mêmes qu’il avait assignées à son Etat minuscule, il reçut du secrétaire pour les Colonies une lettre, datée du 3o mai 1868, qui vint dissiper le château de cartes qu’il avait élevé. Spence avait tout simplement outrepassé ses droits, et son entreprise extravagante dut être abandonnée.
87. Nouvelle visite des sauterelles. — En 1868, les sauterelles firent une nouvelle visite à la Rivière-Rouge. En conséquence, il n’y avait plus, en juillet de cette même année une once de provisions à vendre dans toute la colonie. Heureusement que les Etats-Unis, et surtout la compagnie de la baie d’Hudson, vinrent au secours des affamés. La province voisine, l’Ontario, leur promit 5. 000 dollars, mais ne donna jamais rien, tandis que les catholiques de Québec leur envoyèrent 8.200 livres sterling (plus de 1 5.000 dollars) par l’entremise de leurs évêques et de Mgr Taché.
Les colons de l’Assiniboia ne devaient plus autant souffrir ni des sauterelles ni de ces inondations qui avaient recouvert leur pays de ruines de toutes sortes. Une ère nouvelle n’allait pas tarder à s’ouvrir pour cette partie isolée de l’Empire britannique; mais auparavant elle devait
LE SOULÈVEMENT DE LA RIVIERE-ROUGE
passer par une crise qui allait remplir d’inquiétude non seulement ses propres autorités, mais encore celles de la métropole anglaise.
QUESTIONNAIRE