‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 109 sur 221 · LOPE DE VÉGA · texte numérisé non relu

LOPE DE VÉGA

Il est un homme étonnant qui brille par-dessus tous les autres dans la littérature de son pays, qui sillonne en tous sens, partout où il porte ses

pas, le champ littéraire, et de tous côtés, à son passage, on s’écrie: place au prodige de la nature, au phénix des Esprits, à l'heureux, au glori.ux Lope Felix de Véga Carpiol”

& Pour lui, s'écrie M. de Puibusque, la poésie est comme le nectar des dieux de l'Olympe; elle coule à plein bord et sans une seule goutte d'amertume dans sa coupe enivrante ; les applaudissements qui l'acueillent aujourd'hui l’accucilleront demain, plus nombreux, plus bruyants, plus frénétiques ; ils l’accueilleront jusqu'à son dernier jour et aucune voix n'osera s'élever contre une si longue ovation, et l'envie même sera réduite à passer la frontière pour épancher plus librement son fiel.”

Le grand poëte dramatique de l'Espagne naquit à Madrid, le 25 novembre 1562, et il y mourut, le 26 août 1635, âgé de 73 ans.

Orphelin à l'âge de douze ans, il fit quelques études à l’université d'Al cala, sous le patronage de l’évêque d'Avila, son second père. Jamais poëte dramatique ne se révéla si à bonne heure. A onze ans, il composait des pièces que ses camarades récitaient,

Devenu, plus tard, le secrétaire du duc d'Albe, il épousa dona Isabelle de Urbina, qui mourut, peu de temps après son mariage. Pendant les quelques instants de bonheur qu'il avait coulés avec son épouse, il écrivit l’Arcadie, poëme héroïque et pastoral imité du merveilleux ouvrage de partu Virginis, Sannazar.

Des envieux lui suscitèrent un duel où il tua son Ædversaire, ce qui lui ferma les portes de la capitale. Il n'avait rien de mieux à faire, selon lui, que courir les aventures. Il s’'embarque sur la famcuse flotte de Philippe IT, l'invincible Armada, dont le désastre assura la couronne à Elizabeth d'Angleterre.

De retour de ce voyage, le poëte entra dans les ordres après avoir contracté un second mariage qui ne fut pas plus heureux que le premier, Il continua à écrire pour le théâtre.

& Dès son début, Lope annonça ce qu’il devait être un jour; une étonnante invention, une grande variété dans les caractères, le style le plus fleuri, la moquerie la plus incroyable, les événements les plus romanesques caractérisent chacune de ses œuvres. C’est un prodige enchanteur des fleurs ct des pierres précieuses ; cet homme extraordinaire possédait, à lui seul, toutes les variantes du génie espagnol ; il déridait les inquisiteurs, apprenait des intrigues amoureuses aux gentilshommes, charmait les ennuis du sombre Philippe IT et soulevait toutes les joyeuses émo-

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tions du peuple. N'était-ce pas réunir en lui toutes les conditions du succès, aux yeux d’un peuple comme le peuple espagnol ? Aussi, Lope de Véga fut-il proclamé monarque de la Comédie, même par son infortuné rival Cervantes.” (1)

Jamais poëte n'a été doué d’une fécondité aussi étonnante, Il laissa plus de 1800 comédies, outre des sonnets, des épiîtres, des satires ct des dissertations, Neuf cents de ses pièces ont été imprimées; elles ont toutes été représentées. Il affirme lui-même que plus de 100 de ses comédies ont passé en vingt-quatre heures de sa pensée au théâtre.

On a calculé que Lope de Véga a dû écrire par jour pas moins de 900 lignes de vers ou de prose, formant 133,000 pages ou 21 millions de vers, Ses autos, au nombre de 400, comme ses comédies, pèchent par l'ensemble ; mais sa poésie est toujours belle, toujours riche,

Parfois, il fait preuve d'une bizarrerie incroyable et d’un mauvais goût qui étonne de la part d'un homme si distingué,

De tous les écrivains espagnols, Lope de Véga est celui qui fut le plus en honneur, car il y eut une époque où le publie de Madrid était si exigeant qu'il lui fallait tous les jours une pièce nouvelle, et Lope de Véga seul était capable de plaire en comblant le gouffre. On alla jusqu'à fermer le théâtre, parce que le poëte national n’était pas en mesure. Eschyle et Eurypide furent-ils à ce point comblés des faveurs de la fortune ?

Lope de Véga & trop négligé l’art ct n'a pas assez soigné ses pièces, Il restera toujours un improvisateur fécond, brillant, charmant, mais il ne saurait être l’artiste soignan son œuvre jusqu’à la perfection. On peut, en effet, s'écrier avec Cantu: où est ici la noble indépendance du génie ? où trouver l'inspiration religieuse cherchant à traverser le labyrinthe de la vie, le fil qui seul peut en indiquer la route ? Et, cependant, une extrême richesse d'invention, une ardente imagination, le langage poétique, et ces éclairs de génie qu'aucun art ne peut produire, révèlent dans Lope de Véga le véritable poëte. I étudie l’histoire de son pays, non pour en tirer de vrais drames, mais les faits les plus appropriés à ses intrigues qui sont des contes mis en dialogues, où il entremêle le sérieux et le ridieule, le vulgaire et le sublime, le naïf et l'extraordinaire, sans intention d'instruire ou de critiquer, mais en vue de tenir l’âme attentive et de l'intéresser,

() Lottin de Laval,

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Ses pièces font encore les délices de la vieille Espagne. ZLa Termosura de Angeliea, La Hermosa fea, los melindres de Belisa, la mosa de Cantara, los scicte infantres de qara, los Bizarrias de Belisa attirent encore au spectacle une foule d'empressés, Il a puisé le sujet de ses pièces dans trois sources: 10 dans la Bible, les légendes et l'antiquité profane; 20 dans les chroniques et les romances nationales ; 30 dans la peinture des mœurs modernes, où il semble n'avoir eu d'autre but que de charmer et intéresser,

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