‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 116 sur 221 · SOLIS · texte numérisé non relu

SOLIS

Don Antoni de Solis naquit en 1610, et mourut en 1686. Il étudia à Alcola et à Salamanque, devint secrétaire d'état sous Philippe IV. et grand chroniste des Indes. La première partie de sa vie fut consacrée à la poésie, particulièrement à la poésie dramatique, et la seconde partie à l’histoire et à la politique, A l’âge de 56 ans, il embrassa l’état ecclésisastique et dit adieu à la littérature. C'est le dernier poëte de l'école de Caldéron et le seul grand homme du règne de Charles IL.

Il fit jouer à 17 ans une comédie, Amor y obligatio. Il composa successivement plusieurs autres pièces dont les principales sont Orphée et Eurypide, Los triomphos de amour y fortuna, le Château du mystère

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Gitanella et l Amour à la mode. Toutes ces pièces sont très populaires en Espagne; la dernière paraît être son chef-d'œuvre, mais son plus beau titre de gloire est l'Histoire de la conquête du Mexique, qui eut les honneurs de la traduction. Pureté de goût, variété de détails, peintures animées, simplicité de forme—voilà ce qu'on admire surtout dans ce monument impérissable, L'histoire était le véritable domaine où Solis était appelé à briller, Doué d’une imagination riche, mais sans initiative, il sut s'approprier les travaux de ses devanciers avec plus de goût que de génie.

I] laissa encore des poésies sacrées, des lettres, des chants religieux. Il a rendu des services éminents à la poésie castillane, Sous ce rapport, il marche de pair avec Diego de Saavedra, le plus grand homme du règne de Philippe IV.

En Espagne, un nouveau Boscan, don Ignacio de Luzan (1702- 1754), entreprit de lutter contre le mauvais goût qui asservissait sa patrie depuis l’époque de la décadence, TL se mit à la tête d'une nombreuse école, les gullicistes, et parvint, après de longs efforts, à extirper ls derniers vestiges du gongourisme. Sa critique, Memoras litteras de Puris, est un résumé lucide des œuvres de Fonnetelle et d’un grand nombre d’autres. On a encore de lui une satyre dans le genre du Zutrin, contre l’afféterie des prédicateurs à la mode; des cancions sur la conquête et la défense d'Oran, et sa poétique qui est un rappel aux principes d’'Horace.

Augustin de Montiano marcha sur les traces de son maître, Luzan. Il est l'auteur d’une dissertation historique et critique du théâtre espagnol en faveur des unités. Il mit en pratique ses théories dans les pièces intitulées Virginie ct Atuulphe, où toutes les règles des classiques sont observées,

On le voit, une réaction favorable commençait à se faire en faveur de l'art,

Les efforts des deux auteurs que nous venons de mentionner furent continués par Louis-Joseph Velasquez, auteur d’une ÆHistoire de la poésie espagnole.

La Huerta (1787), a laissé deux volumes de poésie et divers ouvrages de critique littéraire. Il composa un recueil du théâtre espagnol en dix-sept volumes, Sa tragédie de Rachel est de beaucoup son meilleur ouvrage, si on en juge du moins par le retentissement qu’elle eut. Il combattit de toutes ses forces l’école des gallicistes,

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Don Joseph Cadalso (1741-1782) réussit mieux dans ses Ærudits à la violette, satyre fine et piquante, que dans sa tragédie de Sanche Gar. cia. Ses poésies lyriques accrurent sa réputation. Ses Lettres mexicuines sont imitées des Lettres persanes de Montesquieu. Il continua l'œuvre de Luzan, en s'enrôlant sous la bannière des gallicistes.

Mais que voulait cette école ? Elle prêchait limitation française, mais non une imitation qui allait jusqu'à l'affectation, jusqu'à la traduction,

On voulait enrichir la littérature nationale par l'étude des modèles de la France. Par la suite, on finit par ne plus distinguer le véritable rôle de cette école, en traduisant les ouvrages médiocres comme les bons,

Ramon de la Cruz a imité avec succès le théâtre de Molière ; le répertoire de cet auteur forme sept volumes, Don Nicolas de Moratin (1739-1780), père du poëte comique, laissa trois tragédies, Un style abondant, correct et harmonieux distingue les écrits de cet auteur; l’action de ses pièces est faible, Don José Iglesias (1753-1791) a écrit des cantilènes, des villanellc-. des romances et des létrilles, La fer. meté de caractère de Cienfuegos (1764-1809) se retouve dans ses tragédies, dont les principales sont Zoiude, la Comtesse de Custille et Ttoménée—cette dernière est son chef-d'œuvre. Des connaissances variées, un grand fond de philosophie remplacent le peu de feu et d'élégance de sa composition,

Elévation dans les sentiments, grandeur et force dans les pensées, pureté, noblesse de style : voilà ce qui distingue don Manuel José Quintana, auteur contemporain. Il occupe une place honorable sur le Parpasse espagnol. Son Trésor du Parnasse Espagnol et ses poésies lyriques sont recherchés par les amateurs de bonne littérature. Tout le monde a lu sa pompeuse ode à la Mer qui figure avee bonheur à côté des élans lyriques de Ponce de Léon, d'Herrera et de Mélendez. Quintaua a encore laissé Tesoro de la Musa Epica Espunola que continere la arau. cana de Ercilla ; Vita de Espanoles celebres, Vita del gran capitan.

Don Leandro Fernandes Morantin (1760) remporta, à dix-neuf ans, l: second prix de poésie à l’Académie espagnole. I] passa la plus grande partie de sa vie à voyager et débuta dans la poésie par une comédie: le Vieillurd et la jeune Fille. En 1792, parut le Cufé, comédie satirique contre les dérèglements de l’art dramatique. Le Baron, la Femme, l Aypocrite et le Oui des jeunes filles, vinrent successivement accroître sa renommée, Son savant ouvrage, Origines del teatro Espanol est justement célèbre. Il mourut au commencement de ce siècle.

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Arriazo s'est distingué dans la poésie lyrique. I! réunit à un haut degré les deux grandes qualités du poëte : la sensibilité du cœur et l'activité de l'esprit, La plupart de ses ouvrages, écrits avec élégance et clarté, sont pleins de chaleur et d’enthousiasme. On lui a reproché un défaut d'instruction; on pourrait ajouter que les créations spontanées de son imagination ont souvent trop de hardiesse, Son Ode au combat de Trafalgar est un modèle,

Le Portugal, en perdant sa liberté, vit la littérature nationale descendre des hauteurs où l'avait placé Camoëns, La Fontaine aganipide marque la décadence de la littérature portugaise. Mentionnons cependant les nobles efforts de François X. Meneses (1744), le littérateur le plus distingué de son temps. Son style est toujours correct et harmonieux, Son épopée, l’'Enricheide, n’est pas sans mérite; mais on est loin d'y trouver l'inspiration épique.

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