‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 117 sur 221 · YRIARTE · texte numérisé non relu

YRIARTE

Don Thomas de Yriarte, neveu du savant don Juan de Yriarte, naquit au port d'Oratava, dans l’île de Ténérife, le 18 septembre 1750, et mourut le 17 septembre 1791, au port de Saint-Lucar.

Yriarte marqua de bonne heure ce qu'il devait être plus tard. A dix-huit ans, il parlait l'italien, le français et l'anglais, faisait des poésies latines, excellait dans la musique; il débuta dans la carrière littéraire par une comédie: Z{ faut bien fuire ce que l'on fait. Plus tard, il traduisit plusieurs comédies françaises. Deux autres pièces de sa compositions : l'Enfant gâté et la Fille mal élevée suivirent de près ces traductions,

Il succéda à son oncle dans l'emploi d’interprète de la première secrétairerie de l'Etat, ce qui ne l'empêcha pas de rédiger le Mercure politique et d'écrire un grand nombre de pièces en vers et une excellente traduction de l’art poétique d'Horace, Cette traduction, attaquée par Jean Sedano, éditeur du Purnusse Espagnol, fut défendue, avec esprit dans un dialogue intitulé: On les donne, qu'ils les prennent. Sa comédie de mœurs, le Petit maître gâté, eut du succès.

Mais son monument le plus durable, son véritable titre de gloire, ce qui lui acquit une réputation européenne sont ses Fables littéraires. On ne connaît rien de mieux que le Singe du joueur de marionnettes, les deux Lapins, l'Ours, le Singe et le Pourceau, les deux Lézards. Son

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plus grand défaut est de montrer trop d'esprit. Cet homme, d’un mé. rite supérieur, ne craignit pas de s’abaisser, en écrivant pour les écoles publiques, des leçons instructives sur la morale, l'histoire et la géographie. Il avait aussi entrepris d'écrire un poëme épique sur la conquête du Mexique par Cortès; mais tant de travaux et de veilles avaient ruiné sa santé; il se vit contraint d’y renoncer.

Quant à son poëme sur la Musique, voici ce qu’en dit Bouterweck : “Le plan est bien conçu, le style a toute l'élégance requise, mais la composition est trop peu poétique en général, pour cacher ce qu’il y a de systématique dans le fond de l’ouvrage. Au lieu d' donner, suivant l'intention très rarement remplie du poëme didactique, un intérêt poétique aux vérités qu’il veut enseigner, et de présenter à l'imagination l'instruction destinée à l'esprit, Yriarte, comme la plupart des poëtes didactiques, fait de l'instruction son principal objet et n’y joint la poésie que comme un embellissement accessoire.”

La poésie d'Yriarte est travaillée, correcte, et son vers a toujours la pureté classique. Mais on y voit peu de ces élans qui ravissent l'âme et soutiennent la poésie, Un critique espagnol se plaît à faire ressortir chez lui un goût arrêté et délicat, une raiïllerie piquante, maïs inoffensive, une netteté de diction, une élégance soutenue, qui peut le faire regarder à juste titre comme le digne rival de Mélendez,

Sa traduction du Robinson et son fameux monologue Guzman d Bueno eurent le succès qu'ils méritent. Yriarte mourut à la fleur de l'âge, à 40 ans, emportant dans la tomhe l’estime et l'admiration de ses concitoyens.

MÉLENDEZ VALDEZ.

Don Juan Mélendez Valdez naquit au bourg de Fresno, le 11 mars 1754, et mourut en France le 24 mai 1817. (C’est un des meilleurs poëtes lyriques de l'Espagne; à vingt-deux ans, après de brillantes études faites à Salamanque, il prit le grade de docteur en droit et oceupa longtemps la chaire de littérature à l’université de cette ville.

Il débuta dans la poésie par son Eloge sur le bonheur de la vie champêtre, qui remporta le prix à l’Académie espagnole sur les autres compositeurs ; dans cette occasion, son rival, Yriate, n'eut que l’accessit. Son premier volume de poésie lyrique fut accueilli avec bonheur. Jamais pareille ovation ne s’était encore produite dans le monde littéraire de

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l'Espagne. Tous les hommes distingués, les savants comme les poëtes de l'époque, sollicitèrent son amitié, Les premiers élans de l'admiration une fois passés, une appréciation plus raisonnée du mérite réel de Mélendez remplaça ces éloges exagérés. On lui reconnut moins d’originalité et de force que de grâce, moins de douceur que de pureté,

Mélendez n'aurait jamais dû se livrer à la politique, les lettres y auraient gagné et aucun nuage n'aurait attristé son existsnce.

Nommé juge au tribunal d'appel de Saragosse, en 1789, et procureur du roi en 1798, à la résidence de Madrid, il se rallia plus tard à Joseph Bonaparte et fut nommé conseiller d'Etat et directeur de l'instruction publique,

En 1814, il fut forcé de quitter l'Espagne avec les A/francesados ; il se retira à Montpellier, où il passa le reste de ses ours,

Ses œuvres, 4 vol. in-80, renferment des odes, des élégies, des églogues et des épîtres, remarquables par la vérité des sentiments, la fraicheur des idées, l'harmonie de la versification, la pureté et l'élégance du style.

On cite encore de cet auteur les Noces de (iamache, drame pastoral, qui a été comparé à l’Aminta de Torquato Tasso et la Chute de Luzbel ou Lucifer.

ÉPOQUE CONTEMPORAINE

La véritable Renaissance commence à Esproncéda, un des soldats de la révolution de 1830, à qui l'Espagne doit des morceaux lyriques d’un grand éclat : le Diable-Monde, Pélage, Y Etudiant de Salamanque, poëmes imités de Don Juan, de Faust, de Rolla, mais où l'inspiration personnelle tient pourtant une grande place. Zorilla ne se contente pas de traduire les poésies de Victor Hugo et de renouveler la scène espagnole : un recueil lyrique d’une grande valeur, un poëme épique sur la Prise de Grenade, attestent toute l'originalité et toute la sève de‘son vigoureux talent, À sa suite, une pléïade de jeunes poëtes : Guttierrez, Gil y Zarate Hartzemburg, S. E. Caldéron, Garcia de Quevedo, Bacheco, ete. retrempés dans le courant lyrique de Byron, de Hugo, de Lamartine, ont attiré de nouveau l'attention sur cette poésie espagnole qu'on croyait morte.

Dans le roman, le XVIIIe siècle n'avait produit qu'un seul grand homme, le père Isla (1701-1781), dont le Fray Gerundino, roman sati-

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rique des mœurs du clergé, peut se placer après le Don Quichotte, Après le père Isla, pour rencontrer un nom saillant, il faut arriver jusqu'à l'époque contemporaine, à don Marino de Larra, auteur d'un des meilleurs romans historiques de l'Espagne, le Damoiseau de D, Henrique le Dolent, L'écrivain a imité Walter Scott, mais il rachète ce défaut par la variété des peintures, les recherches archéologiques, l'expression saisissante des mœurs de l’époque et l'originalité du style. Le Hernan Perrez del Pulgar et l'Isabelle de Solis, de Martinez de la Rôsa, sont deux remarquables romans historiques. Le Sancho Suldana, d'Espronceda : un roman de don Serafin Caldéron, Maures et Chrétiens ; Dos Mugeres, de Mme Gertrude de Avellaneda, sont assurément des livres fort bien faits, fort bien écrits, Ces œuvres recommandables, prisées a juste titre en Espagne, sont bien loin d'avoir le piquant et l'originalité des romans de mœurs de la classe moyenne, filon précieux exploité dans les nouvelles picaresques. C’est à ce genre, laissé trop longtemps en oubli, que nous devons les Scènes de Madrid, par M. Mesonero de Romanos. On croyait ce fond épuisé, car les mœurs ont bien changé en Espagne depuis Lazarille de Tormes et les aventures de Gran Tacano; mais Madrid, comme toutes les grandes villes des autres provinces d'Espagne, a gardé sa physionomie spéciale ; ses classes moyennes et inférieures n'ont pas été tout à fait envahier par les coutumes modernes, et un bon peintre de mœurs peut y glaner encore quelques sujets d’études. Au même genre appartiennent Los £xpanoles peintados parasi mismos, publiés en 1844. Les meilleurs écrivains contemporains, MM. de Romanos, Breton de los Herreros, Thomas Rubi, ont tenu à honneur de fixer tous les types de la vieille et de la nouvelle Espagne. Mme Bahl de Arron, sous le pseudonyme de Fernan Caballero, nous amène au véritable roman de notre époque, le roman intime, le roman d'analyse. Ses œuvres sont gracieuses et touchantes, Son nom domine en Espagne depuis une vingtaine d'années; il éclipse une pléiade de jeunes littérateurs tout occupés à imiter Alexandre Dumas, Eugène Sueet Balzac. Parmi ces derniers, il faut citer M. Fernandez de Gonzalez, qui a fait de son Martin Gil, une excellente étude, entraînante, passionnée, du règne de Philippe IL.

L'époque contemporaine s’est encore enrichie des travaux de Donoso Cortez et de Jaime Balmez, un homme d’Etat et un casuiste. Mais la Renaissance est plus féconde dans la critique littéraire ; les noms de Cape-

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many, de Gayangos, de Vedia, de Ochoa, de Mila, de Fontanal, ete. font preuve d’érudition, en remettant en honneur les anciens monuments littéraires de l'Espagne.

Martinez de la Rosa ouvre, dans le genre dramatique, l'ère contemporaine. Le théâtre espagnol lui doit quelques œuvres estimables ; l'Espagnol à Venise, drame en vers; la Mère à la maison et la Fille au bal. Zorilla, Guttierrez et Thomas Rubi rendirent à la scène espagnole le prestige perdu depuis cinquante ans. Ils sont à la tête d'une brillante école qui s'illustra surtout de 1835 à 1850. Zorilla publia son Don Juan Tonorio, œuvre magistrale, d'un grand lyrisme ; le Diable à Vuladolid, au. ‘nte comédie d’intrigue ; le Poignard de Goth, emprunté aux anciennes chroniques: le Savetier et le Roi, drame d’une certaine puissance, Guttierrez, auteur du Trovador, drame moitié en vers, moitié en prose, qui a couru toute l'Europe avec la musique de Verdi ; le Page et le Zoi moine, obtinrent un grand succès, Thomas Rubi, auteur de la Roue de fortune, moins lyrique comme poëte, plus habile comme dramaturge, tient dignement sa place au milieu des éclatants succès des deux autres, Les auteurs actuellement en vogue sur la scène espagnole sont : Gil y Zarate, l'auteur de Charles IT l'ensorcelé ; Breton de Los Herreros, le meilleur poëte comique de l'Espagne depuis Moratin, l’auteur des Deux Cousins, de Je vais à Madrid, La Rédaction d'un journal, et vingt autres pièces gaies, amusantes et fort bien écrites.

Tous ces travaux, tous ces noms illustres qui honorent à juste titre la littérature madrilène, font espérer que la période d'imitation a fait son temps. L'Espagne est assez riche de son propre fonds pour croire que la renaissance contemporaine, un peu factice encore, ne restera pas stérile,

La littérature espagnole, dit Sismondi, n'a proprement qu'une seule période : c’est celle de la chevalerie, Elle brille de tout son éclai dans les anciennes romances castillanes. Tout le fond de senti:nent:, d'idées, d'images et d'aventures dont elle a disposé dans la suite, se trouve déjà dans cet ancien trésor. Boscan et Garcilaso lui donnèrent bien une nouvelle forme, mais non pas une nouvelle scène et une nouvelle vie ; les mêmes pensées, les mêmes sentiments romantiques se retrouvent dans ces deux poëtes et dans leur école, seulement avec une parure nouvelle et une coupe presque italienne, Le théâtre espagnol commença et, pour la troisième fois, ce fond primitif d'aventures, d'images et de sentiments fut mis en œuvre sous une nouvelle forme, Lope de Véga et Caldéron

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