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MOLIÈRE

Jean Baptiste Poquelin de Molière, fils et petit-fils de valets de chambre, tapissiers du roi, naquit à Paris, le 15 janvier 1622,

Ayant assisté, à l’âge de 15 ans, à la représentation d'une pièce de Corneille, il lui prit l'envie d'étudier, Il fut envoyé au collège des Jésuites, à Clermont; ses progrès furent rapides. La viellesse et l’infirmité de son père rappelèrent le jeune Poquelin à l'excercice du métier de ses ancêtres, mais sa passion pour le théâtre l’arracha à cet emploi. Après avoir changé son nom en celui de Molière, il s'engagea dans la troupe de l’{/ustre théâtre, composée en partie d'enfants de famille. Cette troupe n'ayant pas réussie, il s’associa quelques camarades et entreprit de parcourir la France.

Il joua, en 1653, à Lyon, sa première pièce régulière, l'Ætourdi. Il

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enrichit le théâtre français de trente comédies, dont la moitié sont des chef:-d'œuvre : Le Malade tinaginaire fut son dernier triomphe et son tombeau: il mourut en jouant dans cette pièce, lorsqu'il prononçait le mot Juro, le 17 février 1673.

Le Dépit wmoureux et le Docteur amoureux (1658) suivent /'£tourdi, Ses Précieuses ridicules, jouée à Paris en 1659, le rangèrent à la tête des meilleurs poëtes comiques de la France; le succès fut immense. Dans l’espace de 15 ans, parurent : Sganarelle, l'Evote des muris, l'Ecole des femmes, le Mariage forcé, le Festin de Pierre, l'Amour médecin, le Médecin malgré lui, Amplhitrion, George Dandin, Monsieur de Pourceauguac, les Fourberies de Scapin, le Bourgeois gentilhomme, et le Muluide imaginaire. Toutes ces pièces contiennent des beautés vraiment remarquables; mais la gloire de Molière repose sur les quatre suivantes : l'Avure, les Femmes savantes, le Turtuffe et le Misanthrope.

On dit avec raison que le plus bel éloge de l’Avure est l'enthousiasme qu'elle causa à un avare de bonne foi, auquel on entendit dire, après la représentation : ‘Il y a beaucoup à profiter dans la pièce de Molière : où «1 peut tirer d'excellents principes d'économie.”

Les l'emmes savantes sont le pendant des Précieuses ridicules. L'extravauance, l'afféterie, l’affectation, avaient cédé le pas à la fureur des scences et à un faste pédantesque qu’on remarquait alors dans certains salons de Paris,

Le T'urtuffe est frère avec Don Juan. “ L'art infini de cette pièce, dit Saucié, ne doit pas, néanmoins, nous fermer les yeux sur les reproches qu'elle mérite à un autre point de vue. Sous prétexte d'immoler au ridicule la fausse religion, l’auteur attaque la vraie, sciemment où non; il y a bien une scène consacrée à les distinguer l’une de l’autre, mais toute la verve est dans l'attaque, et la défense reste faible ; on sent, et c'est un admirateur zélé de Molière qui s'exprime ainsi, on sent que ee qui est dit en faveur de la vraie religion ne part pas du cœur. La modestie est tournée en dérision par une soubrette; le langage de la dévotion, éxalement travesti, devient un jargon indécent; et cette admirable doctrine, qui suborne à un objet divin toutes les affections naturelles, est bafouée comme le code de l'égoïsme, de la dureté, de l'insensibilité.”

Un dernier mot sur le Misanthrope, le plus grand chef-d'œuvre du plus grand poëte comique connu. Molière a toujours triomphé des diffi-

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cultés de l'art. Avec des sujets sérieux en eux-mêmes, il a fait rire, Tartuffe est un séducteur, un imposteur, un hypocrite; c’est plutôt le dédain qu'il inspire que tout autre sentiment, Cependant, le génie de Molière a su le tourner au ridicule, Dans le Misanthrope, la tâche était encore plus difficile ; il s'agissait de former un caractère à la fois respectable et risible, L'auteur prône cette tolérance sociale, essentielle au repos de chacun, qui est toute renfermée dans ce vers de Philinte:

Je prends tout doucement les hommes comme ils sont,

Molière a été loué à l'excès par les uns et blamé outre mesure par les autres. Boileau l’accuse d’avoir fait trop souvent : .....grimacer ses figures,

Quitter pour le bouffon, l’agréable et le fin. Et sans honte à Térence allier Tabarin.

D'autres ont vanté son regard pénétrant, son orginalité incomparable, son bon sens, le naturel et la vérité de ses peintures. Nous nous associons volontiers à l'appréciation qu’en a fait M. J, Janin,

“Ce grand nom de Molière n’a pas d’égal dans le monde littéraire, et si le XVITe siècle est supérieur à ce que nous sommes convenus d'appeler les grands siècles, c’est surtout par Molière. Mais aussi quelle immense étude ; quelle profonde observation et à quelle époque et dans quelles mœurs : ajoutez aussi quelle philosophie ? quel admirable style ? souple, varié, moqueur, plein de verve, de bonhomie, de franchise, de grâce etfucile, facile comme une improvisation de génie! Voilà pour le poëte Si vous étudiez l’homme privé, quel noble cœur ! quelle belle âme ! quel admirable sang-froid ! Molière, le meilleur, le plus affable, le plus charitable de tous les hommes, bon camarade et amoureux de sa femme comme Racine était amoureux de sa maîtresse! Comme observateur, comme historien de son époque, comme le plus grand divertisseur d’une nation éclairée, d'une époque comme le XVIIe siècle surtout, on ne sauraitrien trouver d'égal à Molière, Molière, il est vrai, est un écrivain de l’école de Corneille, mais c'est là toute la ressemblance, Corneille est un vieux ligueur qui est un peu influencé par le besoin du grand roi. Racine est un élégant courtisan, Molière seul, sans rien conserver du besoin de la ligue, s’est préservé en partie du muse de la cour. Molière sent autant le peuple

que Corneille, et moins que le soigné Racine. Molière, c’est le peuple posé, honoré, riche, ricaneur; c’est le peuple qui bat des mains à la

it rire, représentation de ses ridicules et applaudit à ses succès, à condition qu'il lutôt le y épargnera ni les vices, ni les ridicules de la cour! Molière, comme énie de moraliste, a aussi de beaux, de sublimes élans ; malheureusement, il a le | AE he était plus souvent attaqué les ridicules de la nature humaine que ses vices. fois res- Pour égayer son parterre, il lui arrive, plus d'une fois, d'oublier les Lite entielle convenances, et la lecture de beaucoup de ses pièces laisse dans l'esprit À | linte : une impression qui n’est pas favorable à la vertu. Molière n'est pas, sans doute, le seul auteur dramatique qui ait developpé sur la scène cet épicu- 4 4, risme qui corrompt et énerve l: peuple ; mais nul ne l’a présenté avec plus r: e par les de charme, de finesse et de raffinement, et c’est surtout envers les hom- .

mes, qui, par l'élévation de leur génie, auraient pu exercer sur la société aa la plus salutaire influence, qu'on a le droit de se montrer sévère. L'art de du comédien, cette poésie du second ordre, avait merveilleusement servi les comédies naissantes de Molière, mais une fois directeur et poëte, le

iparable, comédien s’efface derrière le flagelleur de son temps. Pour premier ser- DuS ass0- vice, Molière le savant, le grammairien, le latiniste, le lecteur de Mon- HN taigne, de Froissart et d'Amyot, Molière venge la langue des perfections

ittéraire, de l'Hotel de Rambouillet. Le parterre l’applaudit : de ce jour-là, Moli- fl nus d’ap- ère est un pouvoir de ce temps-là ; il n’y eût que deux pouvoirs dans 4 ssi quelle l'état: Molière et le roi. (Comment Molière devient un pouvoir, nous e et dans le savons. Il servit au grand roi à achever l’œuvre de Richelieu, la

le style ? soumission de la noblesse, Richelieu avait délivré la royauté des têtes les

de grâce plus élevées ; mais les pavots laissés par Tarquin offusquèrent encore

poëte Si | Louis XIV. Il ne pouvait les frapper de la hache, et il l'aurait pu qu'il if ueladmi- ne l'aurait fait; en revanche, il s’estima heureux de les atteindre par le | fe! itable de ridicule. Molière devint l'exécuteur des petites œuvres du roi; il EN e Racine frappa impunément, et au grand plaisir de Louis, sur les petits marquis, Ù torien de les petits barons, les chevaliers, les élus, les femmes d'élus. Il frappa

rée, d'une à droite et à gauche, il les fouetta jusqu’au sang; Louis l’encourageait en

r d'égal à riant avec éclat, faisant semblant d'être fâché quelque fois, et lui ordon-

Corneille, nant tout bas de continuer.”

rueur qui at.

n élégant

œue, s'est De 1627 à 1660, tout avait été remis au hasard, et quoiqu'il y eût

le peuple déjà des modèles, il n’y avait pas de doctrine.

le peuple Deux sortes de poëtes jouissaient alors de la faveur publique. I] y

mains à là avait d’une part les continuateurs de Ronsard, lesquels persistaient à | |

le suivre en dépit de Malherbe, et avec d'autant plus d'énergie que leur idole avait été attaqué. Ils regrettaient le passé et restaient fidèles à la ballade, à la villanelle, aux vieux mots gaulois, au système de poésie facile qui permettait à Ronsard de faire deux cents vers avant déjeuner, et deux cents après diner... D'autre côté, il y avait les disciples de Malherbe, ces puristes, lesquels outraient quelques-unes de ses prescriptions, et déplaçant la condition de la difficulté, la transportaient des choses aux mots, et du choix des pensées à l'accomplissement de quelques règles de détail, par exemple, la richesse de la rime, Ils rimaient donc richement des pauvretés, ou s’amusaient à emprisonner des pensées lâches et vagues dans les liens d’une métrique dont la rigueur rendait le contraste plus ridicule. Ceux-là participèrent des deux écoles, de celle de Ronsard, pour la prolixité et la négligence; de celle de Malherbe pour le soin excessif donné à quelque partie de l'exécution. (1)

Un double esprit partageait donc la poésie dans la première partie du XVIIe siècle, Cet état de choses ne pouvait durer : les deux chemins conduisaient à l'abîme. Il fallait une autorité publique, reconnue, officiel. le. C'est alorsque surgit le législateur du Parnasse français, Boileau.

Nicolas Boileau Despréaux naquit à Paris, le 1 novembre 1636. Son père, Gilles Boileau, était greffier de la grande chambre,

Après son admission au barreau, en 1656, il se dégoûta de cette profession et embrassa l’état ecclésiastique. Dégoûté de sa nouvelle carrière, il s’'adonna tout entier aux lettres après s'être convaincu

Que son astre en naissant l’avait formé poëte,.

Son premier essai, une satyre: Les adieux à Paris, faillit détrôner Chapelain qui était alors l'oracle de la littérature. Il attira définitivement l'attention publique, lors de l'apparition de ses sept premières Sutyres (1666). Les envieux, les petits poëtes, les rimeurs à la commande, qu'il avait flagellés, s'armèrent à leur tour. Il leur répondit victorieuse ment dans sa neuvième satyre adresse à son esprit; elle fut suivie de trois autres, où il obtient définitivement gain de cause. Il y a moins d'irrégularité dans ses Zpîtres. Les pensées sont plus fortes et mieux enchaînées entre elles. L'auteut fait preuve d’un jugement sain, d’un talent flexible. L'art poétique parut en 1674; cette épître contient des erreurs et des omissions, mais surpasse celui d'Horace par la régula-

() M. Nisard, Histoire de la littérature française.

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rité du plan, le bonheur des transitions et la richesse du style; c'est véritablement le chef-d'œuvre du bon sens; sans être larges et féconds, les principes sont justes et solides.

Un pupitre placé, et ensuite déplacé à l'occasion d’un différend entre le trésorier et le chantre de la sainte chapelle, fut le thème d’un charmant petit poëme. Boileau s'empara de ce sujet, si insignifiant en lui-même, et fit le Lutrin, poëme qui, seul, aurait suffi pour assurer l’immortalité à l'auteur. Les quatre premiers chants surtout offrent toute la variété, toute la richesse de peinture qui conviennent au genre; on ne saurait pousser plus loin l’art d’annoblir des petits détails,

Les quelques écrits en prose que Boileau nousa laissés sont bien inférieurs à sa poésie,

Il fut reçu membre de l’Académie française, en 1684,

Le caractère de Boileau était une bonté un peu brusque, de la mélancolie, de la sincérité, une probité scrupuleuse et une grande force de volonté,

Il fut, comme l’a dit Voltaire :

Oracle du goût, dans cet art difficile Où s’égayait Horace, où travaillait Virgile,

Il est plutôt versificateur que poëte : il a martelé la poésie, l’a assoupli, à sa volonté; mais il semble ignorer ce qui constitue l’essence de la poésie : l'âme et l’imagination, De là vient que son école ne pût joindre la chaleur à la régularité. ‘ Boileau passe Juvénal, atteint Horace, semble créer les pensées d'autrui et se rendre propre tout ce qu’il manie. Il a, dans ce qu’il emprunte des autres, toutes les grâces de la nouveauté et tout le mérite de l'invention ; ses vers forts et harmonieux, faits de génie, quoique travaillés avec art, pleins de traits et de poésie, seront lus encore quand la langue aura vieilli, et en seront les derniers débris. On y remarque une critique sûre, judicieuse et innocente, s’il est permis au moins de dire de ce qui est mauvais qu’il est mauvais.” (1)

Boileau mourut le 13 avril 1711, emportant avec lui l'estime et la considération de ses concitoyens.

Le Perrier écrivit au bas de son portrait le quatrain suivant :

Au joug de la raison, asservissant la rime,

Et même en imitant, toujours original,

J'ai su dans mes écrits, docte, enjoué, sublime, Rassembler en moi, Perse, Horace et Juvéual,

(1) LaBrujère.

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