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L'esprit humain, dit M. de Talleyrand, quoiqu'entraîné sans cesse par sa nature vers de nouvelles découvertes, semble néanmoins procéder
(1) D'Alembert : Æloge de Massillon.
par crises. Il est des époques où il se sent particulièrement tourmenté du besoin d’enfanter et de produire ; d’autres, où, satisfait de ses conquêtes, il paraît plus occupé à mettre ordre à ses richesses que de les accroître, Le XVIIe siècle fut une de ces époques fortunées; l'esprit humain, entouré des trésors que l'imprimerie avait mis à sa disposition, s'arrêta pour jouir de ce magnifique héritage ; tout entier à la culture des lettres et des arts, il mit sa gloire et son bonheur à embellir un ordre social qui suffisait à ses vues. Mais, après que le grand siècle de Louis XIV eut épuisé cette mine féconde, où s'étaient retrouvées toutes les richesses de l'antiquité, il fallut chercher ailleurs de nouveaux aliments à l’activité de l'esprit humain, il ne les trouva que dans les études spéculatives qui embrassent tout l'avenir, et dont les limites sont inconnues; c’est dans ces dispositions que s’ouvrit le XVIIe siècle qui devait si peu ressembler aux pré. cédents ; ainsi le Télémaque fut remplacé par l'Esprit des Lois et Port Royal par l'Encyclopédie,
LE XVIille SIÈCLE,
Le XVIIIe siècle est le siècle de la prose. La langue de Pascal, de Fénélon et de Descartes n’a pas toute sa grâce et toute sa simplicité dans les écrits de Buffon, de Voltaire, de Montesquieu et de Rousseau, mais elle y gagne par la précision, la régularité, la richesse, l'harmonie, l'habilité oratoire,
On lit avec beaucoup d'intérêt l'Histoire Ecclésiastique de Fleury (1640-1723), monument précieux par l’érudition, par l'explication claire et profonde des hautes questions théologiques, par une certaine candeur de style partout répandue. Cet auteur a fait preuve de grandes connaissances, d’un goût sûr et éclairé, dans son ouvrage Sur Le choix et la méthode des études.
Rollin (1661-1741) est encore un des bons historiens français. Le Traité des études ‘monument de raison, de goût, et l’un des livres les mieux écrits dans notre langue, après les livres de génie,” (1) fut suivi par les treize volumes de l'Histoire ancienne. “Je ne sais, disait le grand Frédéric, en lisant cet ouvrage, comment fait Rollin; partout ailleurs les réflexions m’ennuient : elles me charment dans son livre, et je n’en perds pas un mot.” Ri l’auteur a trop copié les autres historiens, d'autre côté, il ne cesse pas de plaire à cause de la chaleur et de la
(1) Villemain.
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poésie de son style. On voit que l'historien était avant tout honnête homme, ‘ C’est le cœur qui parle au cœur : on sent une secrète satisfuction d'entendre parler la vertu: c’est l'abeille de la France.” (1) Il veut pas le temps d'achever son Histoire Romaine ; nous en avons que cinq volumes qui brillent par les mêmes qualités que l’Aistoire ancienne.
Les Mercuriales et les Plaidoyers du chancelier d'Aguesseau (1668- 1751) respirent cette éloquence calme, digne, majestueuse, élégante et pure, et ils dénotent une connaissance approfondie de la philosophie, de l'histoire et de la littérature.
Fontenelle (1657-1757) le novateur du XVIIe siècle, l'ennemi de Voltaire, le sage du XVITIe siècle, a mieux réussi dans son Dialogue des Morts que dans ses vers et ses tragédies. Le livre des Mondes et œlui des Oracks, où il traite des questions abstraites, sont écrits avec assez d'esprit pour intéresser ; son plus beau titre de gloire est son ZJistire de l'Académie. ‘ Ecrivain ingénieux, parfois délicat et touchant, Fontenelle donne trop souvent dans la subtitilité et le bel esprit; avec des expressions très pures, il compose des phrases recherchées ; sans altérer la langue, il gâte la diction. Il marque la même décadence que Tite-Live et Sénèque.” (2)