‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 151 sur 221 · LE GOUVERNEMENT DE JUILLET—GAUIZOT—VILLEMAIN · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE JUILLET—GAUIZOT—VILLEMAIN

Le mouvement littéraire de 1830, fit surgir une foule d'écrivains remarquables, d'intelligences d’élites, de publicistes à la plume alerte et facile, des poëtes qui arrivèrent au sommet dès leurs premiers essais, des philosophes qui illustrèrent les chaires du Collége de France; des orateurs et des hommes d'état, des historiens qui laissèrent un nom dans les lettres et dans la politique. Citons ici les plus célèbres,

M. Guizot (1787-1880) a été longtemps professeur d'histoire à l'Académie de Paris, Doué de grandes facultés intellectuelles, il savait à fond cinq langues étrangères: le grec, le latin, l'allemand, l'italien et l'anglais. Il épousa, en 1812, Mademoiselle Pauline de Meulan, femme d'un esprit rare qui publiait un journal spirituel, le Publiciste, pour venir en aide à ses parents ruinés par la Révolution.

M. Guizot s'était déjà fait remarquer par plusieurs articles bien pensés, lorsqu'il publia le Dictionnaire des Synonymes (1809), les Vies des poëtes françis, l'Espagne en 1808 et une traduction de la Décudence de Gibbon. L'auteur de tous ces ouvrages n'avait pas encore vingt-cinq ans,

M. Guizot a toutes les qualités qui constituent l'historien : pénétration d'esprit, gravité du style, beaucoup de connaissances et un sens juste. Il publia, en 1822, deux grands ouvrages historiques: Collection des mémoires relatifs à l'histoire de la Révolution d'Angleterre et Collection des mémoires relatifs à l'ancienne histoire de France.

Tous ces travaux ne l’empêchèrent pas de prendre une part active aux affaires politiques, si compliquées sous la Restauration. I] nous faudrait plus d'espace pour montrer cet homme illustre qui, l'œil en feu, le geste noble, la voix vibrante, enseignait du haut de sa chaire les grandes vérités de l’histoire, ou pour le suivre à travers ses travaux politiques jusqu’à la banquette ministérielle. Il fait, dans son Cours d'histoire moderne, l'histoire de la civilisation, c’est son chef-d'œuvre. Tout contribue à rendre ce monument digne du nom du fondateur : élévation des pensées, profondeur des vues, grandeur des sentiments, impartialité, appréciation philosophique, réflexion juste et morale, style toujours clair, toujours précis.

Voici tout le programme politique de M. Guizot. ‘ L'unité persévérante de la pensée sociale représentée par le gouvernement ; le respect

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des pouvoirs publics, la subordination légale des volontés intellectuelles : la répartition des droits selon la capacité, la garantie des libertés par. tout, à tous les degrés de l'échelle sociale; mais le pouvoir en haut, car les affaires de la société sont hautes et ne peuvent être bien conduites d'en bas.”

Le caractère de son éloquence, dit M. Nettement (1), c'est un dogmatisme éloquent. Il portait écrit sur son front le sentiment de sa supériorité. Ce sentiment éclatait dans l'autorité de son geste, dans la solennité de sa pose, dans l’accent de sa voix grave et profonde, dans le tour de sa pensée à la foisélevée et sentencieuse, L'éminent professeur se laissait quelquefois entrevoir à demi derrière l'homme d'état qui imposait ses convictions comme un enseignement, plutôt qu'il ne les proposait au jugement de ses collègues. Lorsqu'on voyait apparaître à la” tribune cette figure pâle et méditative, sur le front de laquelle l'étude et la réflexion avaient tracé leurs austères sillons, on éprouvait cette émotion de curiosité et d'intérêt que fait toujours naître, dans les grandes réunions d'hommes, la présence de la supériorité. L'éloquence de M. Guizot subjuguait plus qu'elle n'entraînait. Orateur plutôt puissant qu'agréable dans les assemblées où les passions révolutionaires, qu’il aurait voulu soumettre à une discipline sévère, avaient une large représentation, il avait affaire à des auditeurs qui ne lui pardonnaient guère ni son origine, car il avait été mêlé aux premières années du gouvernement de la Restauration, ni son but, car on comprenait qu'il aspirait à effacer autant que possible, l'origine révolutionnaire du Gouvernement de Juillet, pour rapprocher le nouveau pouvoir des traditions monarchiques de la société française.

Pendant que M. Victor Cousin occupait la chaire de philosophie à l'Université Impériale, et M. Guizot celle de l’histoire, M. Villemain, encore tout jeune, donnait à une nombreuse jeunesse avide de l'entendre, son cours de littérature. Observateur scrupuleux, esprit délié, d'un goût sûr, délieat, d'une perspicacité rare, connaissant la langue française jusques dans ses plus obscures retraites, M. Villemain, par son style châtié, pur, exquis, savamment étudié, appartient au XVIIe et au XVIILe siècles à la fois.

Nul ne sait dire aussi spirituellement que lui un mot spirituel, nul n'a

(1) Histoire de la littérature française sous le Gouvernement de Juillet, 1830-1848.

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su donner à la langue une tournure aussi claire pour exprimer sa pensée, ul ne sait aussi intéresser un auditoire et exciter l'intérêt; aussi, une jeunesse d'élite s’empressait-elle toujours de l'entendre, Son cours sur la Littérature du moyen-âge est un tableau mêlé d'histoire, de critique philosophique, de remarques philologiques pleines de nouveautés, Son cours de la Zittérature du XVIIIe siècle contient non-seulement des critiques savantes et judicieuses, mais encore une démonstration de la marche de l'esprit humain, Il indique avec sagacité le rôle intellectuel que jouèrent les quatre grands écrivains de cette époque : Voltaire, Rousseau, Montesquieu et Buffon. Voltaire représentait la révolution philosophique, Rousseau la révolution politique, tandis que Montesquieu avait représenté cette réforme politique, qui, en améliorant et en perfectionnant, tient un grand compte du passé, et Buffon, écrivain plutôt antique que moderne, le génie de la science, élevé par la puissance de la réflexion jusqu'à la divination, car il avait conjecturé l'existence de ces grandes espèces anté-diluviennes, plus tard démontrées avec tant d'éclat par Cuvier.”

M. V'llemain a grandement contribué à répandre le goût de la saine littérature ; c'est un des meilleurs critiques français.

Suivant l'exemple de ses deux illustres confrères, Guizot et Cousin, il quitta, après la révolution de 1830, sa chaire de professeur pour descendre dans l'arène politique. ‘Son talent oratoire était un talent de nuance. Il avait le sceret de ces mots spirituels qui insinuent plus qu’ils ne disent, et soulèvent encore plus d'idées qu’elles n'en expriment, comme ces doigts habiles, qui, en prenant un accord sur un clavier, réveillent dans la mémoire toute une mélodie, Railleur sans insulte, mais non sans malice, il profitait de son commerce avec la docte antiquité pour rapporter dans l'éloquence moderne le miel attique, mais aussi un peu l’aiguillon des abeilles de l’'Hymette.” (1)

Comme écrivain, il s’est encore distingué par son livre De l'éloquence au Vle siècle, des critiques sur la littérature anglaise, etc.

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