MME DE STAEL
Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, naquit à Paris, en 1766, et mourut dans cette même ville, le 14 juillet 1817. Il paraît que, tout enfant, elle trouvait son amusement dans la conversation
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savante des amis de son père, Raynal, Buffon, Marmontel, Grimm, Gibbon, Thomas, et les charmait par ses réparties sérieuses, Les Lettres sur Jean Jacques sont un hommage à l'écrivain qui fut son modèle et son maître, L'influence des passions sur le bonheur des individus et des nations, et La littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, marquent la tournure sérieuse du talent de l'auteur, Elle a voulu, dans ce dernier ouvrage surtout, démontrer le dogme du progrès, la perfectibilité de l'espèce, la marche toujours ascendente de l'esprit humain.
Le nom de Mme de ”taël s'associe à celui de Chateaubriand dans la révolution littéraire du XIXe siècle. Rivaux par les doctrines, il le sont aussi par les talents. Ces deux esprits, si dignes l’un de l’autre, malgré leurs dissidences, inaugurent ensemble, dit M. Demogeot, ie mouvement intellectuel de notre époque. Les idées ies plus fécondes que la littérature ait developpées depuis la Restauration nous semblent déjà contenues en germe dans leurs ouvrages. Par eux, le XIXe siècle a posé son programme; par eux, la poésie s'affranchit des lois arbitraires de la formule ; par eux, commence l'insurrection contre .a dernière autorité des âges précédents, Mais avec eux aussi, renaissent, dans la liberté d'une forme nouvelle, les principes moraux et religieux qui doivent présider à la génération sociale, tous deux établissent d'une manière plutôt diverse que contraire, le spiritualisme, la loi du devoir, la souveraineté de la justice et de la raison.
Delphine parut en 1802. C’est un roman par lettre, un peu vague, un peu métaphysique, défauts qui sont compensés par une scasibilité, une émotion dont Mme de Staël fait preuve dans tous ses ouvrages. Sous l'Empire, elle tomba en disgrâce, et fut forcée de vivre à l'étranger. Elle occupa ses loisirs à voyager en Allemagne et en Italie, ce qui nous valut ces deux beaux livres De L'Allemagne et l'Italie.
Elle a su, dans son livre de l’Allemagne, joindre la critique littéraire à l'étude de mœurs. Le seul blâme qu'on pourrait lui faire vient de ce qu'elle n’a pas assez blâmé les écrivains allemands; chez eux, elle ne trouve aucun défaut, tout est parfait, aucun égarement de la pensée, aucune élucubration systématique. Elle ne s'est pas contentée de nous montrer l'Allemagne poétique, artistique, philosophique, mais elle nous parle encore des mœurs, rites, traditions, tendances, idées, physionnomie extérieure, Ce livre a eu une grande influence sur l'avenir de la littéra-
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ture française. C'est, en somme, le meilleur titre littéraire de Mme. de Staël. Dans ses œuvres précédentes, elle avait montré toute la force de son esprit; dans l'Allemagne, elle s'élève au-dessus d'elle-même en s'arrachant aux préjugés français, en renonçant au point de vue sensualiste de la philosophie du XVIIIe siècle ; c'est peut-être là le plus grand service que ce généreux esprit ait rendu à la France et à la philosophie. La sphère où vivait Goëthe, Schillor, Kant et Hégel, dit un critique, g'ouvrit à nos regards. Si l'auteur ne comprit pas toujours ces grands hommes, elle donna du moins le désir de les connaître. Ses erreurs même sont moins nombreuses qu'on ne s’est plu à ie ‘‘-e, L'instinet du beau et du vrai suppléait chez elle à l'imperfection nécessaire des connaissances.
Ses considérations sur les principaux événements de la Révolution française sont un panégyrique de son père, le ministre Necker, La mort l'empêcha d’en faire le plus important de tous ses ouvrages. Mme. de Staël, dit un de ses biographes, avait les qualités et les défauts pour écrire avec talent un livre sur la Révolution française. Sa puissante et poétique imagination, cette faculté qu'elle avait de sentir vivement et de communiquer ses émotions, son style brillant et plein de choses trouvées, cette vigueur de pinceau qui met les hommes en reliefet les événements en saillie, tout, chez elle, jusqu’à la maturité qui, quand elle mourut, commençait à poindre dans son talent autrefois si inézal, concourait à prêter un grand attrait à son livre. La monarchie française sacrifiée, la révolution réhabilitée, la constitution anglaise préconisée, voilà le livre de Mme. de Staël,
Benjamin Constant est un admirateur passionné de la fille de Necker. Il s'est fait un nom comme polémiste politique. Esprit vif plutôt que sûr, il a consacré sa plume à tous les partis.
Casimir de LaVigne (1793-1843) débuta en 1814 par un dithyrambe sur la naissance de Napoléon IT. Le souvenir du désastre militaire de Waterloo inspira les Messéniennes. Son expression est noble, grave et lyrique, il a quelques passages vides qui sentent le jeune homme sortant du collége. Elle pèche encore par l'absence du sentiment religieux; mais le sentiment patriotique est si élevé, qu'il fait de ces élégies des pièces éminemment nationales. On cite surtout celle qui a trait à Jeanne d'Arc, sa haine contre les Anglais atteint le plus haut degré. Ses Vépres Siciliennes, sont une satyre violente contre l'autorité
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religieuse. Sa tragédie, l’Indienne, est un plaidoyer en faveur de l'égalité ; celle intitulée, Les enfants d'Edouard, est supérieure.