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LA LITTÉRATURE CHINOISE

La langue chinoise peut être étudiée maintenant avec fruit, grâce aux travaux des Fourmont, des Rémusat, des Julien, des Pauthier, des Bazin, des Rochet, et tant d’autres savants français qui ont si largement contribué à l'avancement des études sinologiques modernes.

Dans la langue chinoise on distingue: lo. Le ÆKou-wen ou langue ancienne, C’est la langue des Æing ou livres canoniques de la Chine; on la nomme aussi wen-tze, ou langue savante; 20. Le Kouan-hoa ou langue mandarine ; c’est la langue vivante du pays, la langue commune, universelle, que tout le monde parle, et qui est restée originale et pure de tout contact étranger; 30. Le wen Tchang ou langue intermédiaire ; c’est la langue littéraire de la Chine; 40. Les dialectes provinciaux.

La littérature chinoise est, dans ses différentes branches, l’une des plus originales. Elle tient le premier rang parmi les plus riches littératures de l'Orient, comme elle est du reste, l’une des plus anciennes de

l’un tion

rair inst

l'univers, car son histoire remonte d’une façon continue et sans interruption jusqu'au VIe siècle avant Jésus-Christ.

Les Chinois divisent eux-mêmes en quatre groupes leurs trésors littéraires, savoir: les livres canoniques, les livres historiques, les livres instructifs, et les livres purements récréatifs.

Les cinq livres canoniques ou classiques, appelés King, renferment les monuments les plus anciens de la poésie, de l’histoire, de la philosophie

) 1 et de la législation chinoise, monuments qui, selon toute probabilité ont été réunis par Confucius au VIe siècle avant notre ère, et qui ont été transmis presque sans aucune altération.

Ces livres sacrés portent les titres suivants: 1o. Y-Æïing, ou le livre des métamorphoses, qui renferme les huit ÆAoua, ou signes symboliques des élements, composés chacun de trois lignes pleines ou ininterrompues. Ces Aoua, se multipliant par eux-mêmes, forment une combinaison mys-

) térieuse qui est demeurée à l’état d'énigme depuis l’époque la plus recu- 1 5 Î lée. A cet ouvrage se rattache le Commentaire moral et politique de Confucius. 20. Chou-King, ou le livre des annales, recueil de documents sur l'histoire des quatre premières dynasties; 30. Chi-King, ou le livre des chants; 40. Tchun-Tsieou, où Eté et automne, histoire écrite par ) ) P Confucius des différents petits royaumes qui formaient la Chine à son époque; Bo. Li-Xing, ou le livre des cérémonies, qui donne des détails les plus minuticux sur la manière de bien vivre et de se bien conduire. Un autre livre du même genre est le Tcheou-li.

Les livres canoniques du second ordre sont les Ssé-Chou, qui ont été

écrits par Confucius ou par ses disciples. Ils sont au nombre de quatre ;

Ï ; lo. La Grande doctrine; 20. Le Milieu immuable ; 30. Les Dialogues; 40. Les ouvrages de Meng-tse ou Mencius.

Les ouvrages de Confucius ont été traduits dans la plupart des langues de l'Europe.

Il ne faut pas s'attendre à trouver dans la philosophie chinoise l'abondance que nous trouvons à la philosophie hindoue. Celle-ci se déploie, dit un critique, avec une logique plus imposante et les spéculations des

16; 8 philosophes hindous sont plus profondes, en général, que celles des philosophes chinois. Les Hindous ont une science de la logique et une science de la dialectique qui ne sont comparables qu'aux sciences logique ct dialectique de la Grèce. On a pu supposer qu'Aristote, en écrivant sa U logique, avait eu connaissance de la logique des Hindous. Remarquons en

Re seems

passant que la métaphysique ne se produit que chez les peuples qui ont exccllé dans la poésie. La poésie indienne est immense et abondante comme ses ouvrages philosophiques, qui sont aussi d’admirable poëmes. Tant que les Hindous ont eu une grande tradition poétique, entretenue et confirmée par des hommes de génie, elle a eu de grands penseurs et de grands agitateurs intellectuels. Mais la Chine n’a point de grande poésie; elle n'a que des petits poëtes fort gracieux et trésaimables. Ils n’abordent pas les grands sujets; ils ne se préoccupent point de grandes pensées: la fleur de pêcher, la lune et le vin, tels sont les sujets habituels de leur poëmes. Ce sont tous des voluptucux à la façon d'Horace, mais avec moins de lyrisme, de poésie et de philosophie,

M. Pauthier divise en trois époques l’histoire de la philosophie chinoise, La première est l'époque antéhellénique, c’est-à-dire celle qui est antérieure à tous les grands philosophes de la Grèce. La deuxième époque commence au VI:. siècle avant notre ère, avec Confucius. Il faut ensuite traverser une période de 1000 ans avant d'arriver à la troisième époque; qui commence avec la dynast'e des Soung (960-1119) de notre ère.

Le livre le plus ancien que l'antiquité nous ait transmis appartient à la première époque, c'est le }'-Aing. Les chinois l'attribuent à Fou-hi, qui fut aussi l'inventeur de l'écriture. La deuxième époque est occupée par trois grands systèmes, celui de Confucius qui est purement moral et politique, la morale métaphysique de Lao-Tseu, et la rcligion boudhique. En 966 Theou-lien-ki fonda une nouvelle éccle philosophique qui avait pour but avoué de développer les principes de l’ancicnne doctrine contenue dans le Y-Æing.

Les systèmes philosophiques chinois ne sont réellement qu’au nombre de trois. De ces trois, un est exclusivement moral, ct les deux autres offrent entre eux de telles analogies qu'on pourrait presque Is réduire à un seul.

Le groupe le plus important des œuvres de la littérature chinoise est incontestablement celui des ouvrages historiques et géographiques. Iei encore cependant Is chinois ne se sont point élévé: à un point de vue large et général. Le plus ancien monument historique est le Chou-King, l'un des livres canoniques. Ses premières traditions sur ls ant quités de l'empire manquent de poésie; c’est un tableau aride offrant ja chrono” logie des événements. La même sècheresse se retrouve dans is œuvres très longues qui furent publiées par la suite.

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En géographie ce n’est que fort tard que les chinois réussirent à exécuter un plan cartographique de l'empire; et ils n’y réussirent qu'avec le concours des étrangers. Nous avons d'eux cependant plusieurs descriptions de la Chine et même des contrées voisines. Au nombre de ces écrits il faut ranger les relations de voyages, qui ont toutes une origine boudhique.

Les œuvres littéraires de pure invention ne laissent pas d’être fort nombreuses bien que la tendance toute scientifique ou philosophique de la littérature chinoise semble être un obstacle aux grands essors de l’imagination.

La poésie lyrique nous offre des monuments dans toutes les époques ; les plus anciens se trouvent dans le Chi-Æing, l'un des cinq livres canoniques.

Le roman occupe dans la littérature chinoise une place plus importante que la poésie lyrique, bien qu'on n’y trouve aucune inspiration poétique de quelque élévation; mais il présente une peinture exacte et fidèle des pensées, des sentiments, des mœurs et de la conduite de ce peuple, et nous fait saisir sur le vif le secret de sa vie intime, que n'ont pu pénétrer les voyageurs les plus renommés pour leur talent et leur finesse d’obser” vation, Il y a trois classes de romans. Romans historiques, romans fantaisistes et romans de mœurs.

Parmi les premiers, on estime surtout: L'Histoire détaillée des trois royaumes, histoire romantique de la Chine lorsqu'elle se partagea en trois monarchies vers l'an 200 de notre ère; L'ilistoire des célèbres pirates, qui sous la dynastie Soung, au Xe siècle, désolèrent les côtes de la province de Kiang-Nan. Ces deux ouvrages appartiennent à l’époque de la domination mongole.

Le roman fantaisiste nous montre un monde imaginaire dans ses rapports intim:s et dans son influence sur la destinée des humains. C’est à ce genre qu'appartient Blanche et bleue où Les deux couleurs fées. Le roman de mœurs nous offre une peinture très fidèle des côtés lumineux et des côtés obscurs du caractère chinois, de la vie publique comme de la vie privée de ce peuple. Parmi les œuvres de ce genre nous cit rons: Récit de la femme accomptie, Les deux cousines, Deux jeunes filles lettrées, etc.

Le théâtre est cultivé en Chine avec prédilection. On croit que ce genre de littérature fut apporté de l'Inde en Chine avec le boudhisme. Quoi qu'il en soit, les spectacles font partie des divertissements et des

fêtes de la cour du Céleste Empire depuis un grand nombre de siècles, Depuis les plus émouvantes tragédies jusqu'aux farces les plus grotesques, les productions théâtrales composent un répertoire varié à l'infini et dont

on comprendra l'importance si nous ajoutons que la Bibliothèque de la à

Compagnie des Indes renferme à elle seule plus de 200 volumes de pi. 2s empruntées aux écrivains dramatiques de ce vaste pays, que personne en Europe ne peut se vanter encore de bien connaître. Le répertoire dramatique de la dynastie des Youens (1279-1378) forme à lui seul plus de 500 volumes pour les {sa-khi (opéras).

Indépendamment de cette volumineuse littérature dans tous les genres principaux, les Chinois possèdent encore une quantité d'œuvres sur la médecine, l’histoire naturelle, l'agronomie, la géométrie, la peinture, l'astronomie, l’agriculture, la botanique et sur toutes les branches de la technologie et de la mécanique. Le nombre des encyclopédies universelles, la plupart d'une étendue colossale, est aussi fort considérable.

L'imprimerie fut découverte en Chine 860 ans plus tôt qu'en Europe, c’est-à-dire en 593 de.notre ère. Le prix des livres y est moins élevé que dans la plupart des contrées de l'Europe, Le papier y fut inventé l'an 95 de notre ère. Partout dans l'empire, surtout à Pékin ct à Nan-

kin, existent de grandes bibliothèques qui renferment actuellement

d'innombrables quantités d'ouvrages. Le catolague imprimé de la bibliothèque de l’empereur Kien-Long se compose de 122 volumes. Ce souverain ordonna de publier un choix des auteurs classiques qui devait comprendre pas moins de 163,000 volumes; il en avait déjà paru 78;-

731 en 1818. (1)

LA LITTÉRATURE HÉBRAIQUE.

La langue hébraïque appartient à la famille des langues sémitiques conjointement avec les branches syriaque, médique, arabique et abyssinique,

La branche hébraïque comprend :

10. La langue hébraïque, qui se subdivise elle-même en trois dialectes: l'hébreu ancien, qui cessa d'être parlé après la captivité de Baby-

() Larousse, Grand dictionnaire universel, verbo Chine, (passim.)

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lone; le chaldéen, qui remplaça l’hébreu ancien; il fut parlé et écrit jusqu'au XIe siècle; le samaritain, formé sept siècles avant J.-C. par le mélange de l’hébreu, du syriaque et du chaldéen; le rabbinique, créé par les savants juifs espagnols.

L'alphabet hébreu qui, en se modifiant successivement, a produit les alphabets grec, romain, gothique et slave, est composé de vingt-deux lettres qui s'écrivent de droite à gauche et dont le type et la valeur n’ont éprouvé que peu de variation.

20. La branche phénicienne, parlée jadis sur une des côtes de Syrie et sur toutes les côtes de la Méditerrannée. Les médailles antiques de Tyr et de Sidon font connaître les lettres de son alphabet.

30. La langue punique ou carthaginoïise, parlée encore en Afrique du temps de St. Augustin. Il ne nous en reste que quelques inscriptions, avec quelques médailles de Carthage et seize vers dans le Poenulus de Plaute. (1)

Il avait été donné au peuple hébreu l'immense avantage de posséder dans son sein les lumières divines et la tradition évangélique.

Ses écrivains sont incomparables et n’ont pas été surpassés. C’est Moïse, l’homme le plus extraordinaire de l'antiquité, ‘le plus ancien des historiens, le plus sage des législateurs,” suivant l'expression de Bossuet ; c’est David, la plus gloricuse personnification littéraire du peuple hébreu ; David, ce chantre célèbre qui pleure son péché avec des accents si tristes et si pénétrants; c'est Isaïe, choisi de Dicu dès l'enfance pour être la lumière d'Israël; Isaïe, le premier des quatre grands prophètes, qui porta le genre prophétique à sa plus haute perfection; c'est Jérémie dont les lamentations percent les cœurs de marbre et qui excella dans le genre élégiaque ; c’est Solomon, le plus sage des hommes de son temps; c'est Baruch qui à fait l'étonnement et l'admiration de Lafontaine; c’est Ezéchiel dont la voix sublime a parfois égalé celle d’Isaïe; c’est Daniel du sang royal de Juda, dont les talents étonnèrent Nabuchodonosor ; ce sont les petits prophètes: Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahunr, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie, tous brillants météores qui illuminèrent la terre d'Israël.

L'histoire de la littérature hébraïque finit comme elle commence : c’est dire qu’elle est toujours belle, inimitable par sa simplicité, ses images

(1) balanne: Un million des faits ; Philologie. p. 1287.

et ses tableaux, Elle a des réprésentants dans presque tous les genres : poésie dramatique, poésie lyrique, poésie didactique, poésie élégiaque. On y trouve l’histoire, la législation, la politique, l’économie sociale, les tableaux riants, les peintures de mœurs, les portraits largement dessinés.

Les pères de l’église ont parlé avec admiration de l'Ancien Testament,

Ecoutons Fénélon, ce grand admirat:ur de l'antiquité classique. “ Jamais, dit-il, Homère n'a approché la sublimité de David dans ses cantiques, jamais aucune poët: n'a égalé Isaïe peignant la majesté de Dieu. Qu'y at-il de comparable au tendre Jérémie déplorant les maux de son peuple. Il y a autant de différence entre les poëtes profanes et les prophètes qu'il y en a entre le véritable et le faux enthousiasme.”

“C'est un corps d'ouvrage bien singulier, dit Châteaubriand, que celui qui commence par la G'énèse et qui finit par l'Apoculypse, qui commence par le style le plus clair et qui se termine par le ton le plus figuré. Ne dirait-on pas que tout est grand et simple dans Moïse, comme cette création du monde et cette innocence des hommes primitifs qu'il nous peint, et tout est terrible et hors de la nature dans le dernier prophète, comme ces sociétés corrompues et cette fin du monde qu'il nous réprésente ?

“ Les productions les plus étrangères à nos mœurs ; les livres sacrés des nations infidèles, le Zend-Avesta des Perses, les Vedas des Brahmes, le Coran des T'ures, les Zdda des Scandinaves, les maximes de Confucius, les poëmes sanscrits ne nous surprennent point; nous y retrouvons la chaîne ordinaire des idées humaines, ils ont quelque chose de commun entre eux, et dans le ton et dans la pensée. La Bible seule ne ressemble à rien: c’est un monument détaché des autres. Expliquez-la à un Tartare, à un Cafre, mettez-la entre les mains d’un bonze ou d'un derviche ; ils en seront égalem:nt étonnés. Fait qui tient du miracle! Vingt auteurs, vivant à des époqu's très éloignées les uns des autres, ont travaillé aux livres saints ct quoiqu'ils ai nt employé vingt styles divers, ces styles toujours inimitables, ne se rencontrent dans aucune composition. Le Nouveau Testament, si différent de l'Ancien, partage au moins avec celui-ci cette étonnante originalité.

“Ce n’est pas la seule chose extraordinaire que les hommes s'accordent à trouver dans l’Ecriture ; ceux qui ne veulent pas croire à l’authenticité de la Bible croient pourtant, en dépit d'eux-mêmes, à quelque chose dans cette même Bible. Déistes et athées, grands et petits, attirés par je

ne sais quoi d’inconnu, ne laissent pas de feuilleter sans cesse l'ouvrage que les uns admirent et qu: les autres dénigrent. Iln’y a pas une position dans la vie pour laquelle on ne puisse rencontrer dans la Bible un verset qui semble dicté tout exprès. On nous persuadera difficilement que tous les évènements possibles, heureux ou malheureux, aient été prévus avec toutes leurs conséquences dans un livre écrit de la main des hommes. Or il est certain qu’on trouve dans l'Ecriture :

“ L'origine du monde et l’annouce de sa fin.

“ La base des sciences humaines.

“ Les principes pratiqués depuis le gouvernement du père de famille jusqu'au despotisme; depuis l’âge pastoral jusqu'aux siècles de corruption ;

“ Les préceptes moraux applicables à la prospérité et à l'infortune, aux rangs les plus éléves, comme aux rangs les plus simples de la vie;

“ Knfin toutes les sortes de style, qui forment un corps unique de cent morceaux divers, n'ayant toutefois aucune ressemblance avec le style des hommes.” (1)

“ La Bible dit Lacordaire, depuis son premier verset jusqu'au dernier, depuis le Fiat lux jusqu'à l'apocalypse, est un enchaînement magnifique, un progrès lent et contenu, où chaque flot pousse celui qui le précède et porte celui qui le suit. Les siècles, les évènements, Is doctrines s'y entrelâcent du centre de la circonférence dans leur réseau sans couture, ne laissant ni vide, ni confusion, L’antiquité et la réalité y répandent un égal parfum; c'est un livre qui se fait chaque jour, qui croît naturellement comme un cèdre, qui a été témoin de tout ce qu'il dit, et qui ne dit jamais rien qu'avec la vue de tout et qu'avec la langue de l'éternité.” (2)

Malgré l’aridité du langage hébreu, qui prêtait peu aux tours poétiques, on reconnaît dans la Bible de grandes beautés littéraires. La vivacité des tours, les allégories continuelles, une originalité d’express on rare, une hardiesse d'images qui rend les choses claires et compréhensibles pour l'intelligence la moins développée, font de ce livre une des plus belles productions littéraires. Moise prêtera à la divinité un langage sublime ; Jérémie mettra des larmes dans sa voix; Isaïe sera tor-

(1) Génie du Christianisme.

(2) Conférences.

rible, il prophétisera avec indignation la chute des empires et la ruine des cités; il emploiera les comparaisons vives et naturelles : tantôt c'est la foudre qui gronde, l'éclair qui sillonne la nue, le bruit des vagues qui battent le rocher; tantôt c’est l'ouragan qui souflle dans la plaine, c’est la terre qui s'agite et qui tremble sur ses bases ; c’est le soleil, la lune, les autres planètes qui voilent leur face en présence de la Divinité.

La poésie biblique est essentiellement parabolique, comme toutes les poésies de l'Orient. Dans ce langage parabolique on distingue surtout la forme sentencieuse, la forme figurée et le sublime dans les figures,

Le style sentencieux consite, dit Lowth, principalement dans l'égalité des membres de chaque période et dans une sorte de parallèlisme qui existe entre eux; de telle manière que le plus souvent dans deux de ces membres les objets répondent aux objets, les expressions, aux expressions, avec la plus exacte symétrie.

En voici des exemples :

Je serai pour Israël une rosée; il germera comme un lys, il poussera des racines comme le Liban, ses rejetons s'étendront au loin; sa beauté sera égale à celle de l'olivier; et son odeur pareille à celle qui s'exhale du Liban.

Le second caractère de la poésie hébraïque est le figuré, La métaphore, la comparaison, l’allégorie, la prosopopée, l'oblation, le serment, les imprécations viennent tour à tour donner de la force au style. Ecoutons Isaie nous donner une idée du bonheur par cette métaphore:

La lumière de la lune égalera celle du soleil à son midi; les rayons du soleil auront scpt fois plus d'éclat.

Dans un autre passage il change de langage, poursuivant toujours la mêm: idée.

La lune sera couverte de honte et le soleil à son midi rougira ;

Lorsque le Dieu des armées viendra régner,

Sur la montagne de Sion et de Jérusalem ;

Et qu'il se montrera dans toute sa gloire au milieu de ses vicillards,

David s'écrie: Qui me donnera des aïles comme à la colombe, afin que je prenne mon vol et que je cherche un lieu de repos.

Le prophète royal met dans la bouche d’un israélite, captif à Babylone, le serment de ne jamais oublier Jérusalem :

Comment chanterons-nous le cantique du Seigneur sur une terre

étrangère ? Si je t'oublie Jérusalem, que ma main se dessèche; que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens pas de toi,

Quand il s'agit de peindre Dieu dans sa vengeance, les écrivains bibliques savent donner un nouvel éclat aux plus grandes pensées et une majesté nouvelle aux idées les plus imposantes, Tlsnous peignent le Très- Haut cuflammé de colère ; il brise, écrase, foule aux pieds les impies; il livre Les peuples aux bras d'Israël afin que, semblable à un homme armé de dents, il les broie ou les réduise en poudre sous ses pieds d’airain ; il soufle sur ses ennemis, devenus plus légers que le chaume des montagnes, et les Gisperse par le tourbillon de son indignation.

Les beautés de ce genre sont sans nombre, On en rencontre à toutes les pages de la Bible, On dira : “la terre chancelle comme un homme ivre,” pour marquer l'approche du jugement dernier ; ou encore : “ la terre s'agite et tremble, les fondements des montagnes s'écroulent.”

Ce qu'il y a de plus saillant dans la littérature sacrée, c’est le sublime : sublime dans les pensées, dans la diction, dans les images, dans les sentiments. La simplicité et le naturel ne perdent pas non plus de leur grâce, La période est presque toujours la même, Le verbe vient en premier lieu, puis le mot désigné pour être l'agent et le reste suit,

Moise avec la naïveté et le sans-façon d'un enfant raconte l'acte le plus imposant qui ait été fait: le création du monde, “Que la lumière soit, dit le Scigneur., Moïse ajoute: et la lumière fut.

L: Scigneur dit en parlant du méchant qui veut s'élever contre ses grandeurs : J'ai passé outre et il n'était plus.

Souvent nous rencontrons une longue suite d'idées sublimes qui se succèdent sans se nuire et dont les beautés rejaillissent sur l’ensemble. Ce nest plus un mot, une phrase, une idée qui fait l'effet du merveilleux, c'est une suite de pensées, un enchaînement d'idées.

Ecoutons les plaintes de Job :

Puisse périr le jour où je suis né et la nuit en laquelle il a été dit: un homme a été conçu !

Pourquoi le jour a-t-il été donné au misérable et la vie à ceux qui sont dans l'amertume du cœur.

L'homme né de la femme vit peu de temps et il est rempli de beaucoup de misères.

La terre, dit Isaïe, chancellera comme un homme ivre : elle sera transportée comme une tente dressée pour une nuit.

Ezéchiel, prophétisant la ruine de Tyr, s'écrie: ‘ Les vaisseaux trembleront maintenant que vous êtes saisi de frayeur, et ils seront épouvantés dans la mer en voyant que personne ne sort de ses portes.”

L'empire se flétrira comme la vigne tendre, comme l'olivier qui laisse toute sa fleur.

En parlant du méchant :

I] a conçu la douleur et enfanté l'iniquité.

Si Job veut donner une idée de la grandeur de Dieu, il dira: L’enfer est comme devant ses yeux ; c'est lui qui lie les eaux dans les nuées, il ôte le baudrier aux rois, et ceint leurs reins d'une corde,

Ces citations, prises au hasard, suffiront pour démontrer la sublimité du langage, la finesse de l'expression, la grandeur des images et le ton sentencieux qui va si bien à la littérature hébraïque.

La comparaison nous aide souvent à établir la véracité des faits :

comparons la Bible avec les ouvrages d'Homère, doi La Bible et les poëmes du grand épique grec nous représentent la plus pa haute antiquité. Si nous voulons nous former une idée des mœurs anti- ave

ques il nous faut ouvrir la Bible et les œuvres d'Homère. Si Jacob et Nestor, dit Châteaubriand (1) ne sont pas de la même famille, ils sont au moins des personnages connus et l'on voit à leur histoire qu'il n'y a pas loin des tentes d'Israël aux palais de Pilos. Mais quelle différence

entre #es deux créations littéraires sous le rapport de la simplicité, de 51 l'antiqaité des mœurs, de la narration, de la description, des comparai- teu sons, des images et du sublime !

Homère est simple parfois, mais ce n’est pas la simplicité de la Bible jou qui est plus courte, plus grave, plus sentencicuse, tandis qu'Homère scè est long, diffus, brillant. mé Les palais dans Homère se touchent de près; on y rencontre des me, esclaves en grande tenue, qui suivent, en foule, les pas du maître pour le p exécuter ses moindres désirs. Tout ressent le luxe, la volupté et une JP richesse d’apparât tout à fait contraire aux mœurs des anciens, d'A Dans la Bible rien de tout cela. Une tente dressée à l'ombre d'un plus palmier, des sièges rustiques, des serviteurs qui rappellent l'homme des mit champs, une table de bois dressée avec frugalité, voilà toute la richesse pou des (1) Génie du christianisme. trav

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des premiers âges. Cette antiquité de mœurs est bien plus naturelle que la première.

Jacob, assis sous un palmier séculaire à l'entrée de sa tente, distribue la justice à ses pasteurs. ‘Mettez la main sur ma cuisse, dit un de ces augustes vicillards, et jurez d'aller en Mésopotamie.” Homère aurait dit: ‘“ Approchez jeune et bel esclave, approchez pour écouter l'ordre que le maître va vous dire, Vous allez prendre les cieux à témoins que de suite vous irez en Mésopotamie exécuter les ordres que je vais vous donner, jurez ! ”

Les descriptions, les narrations, et les comparaisons d'Homère sont bien plus longues, plus surchargées que celles de la Bible, Un trait, un mot, suffit à l'écrivain sacré pour en dire plus qu'Homère en de longues pages.

Les contrastes de la Bible font naître un sublime qu'Homère nous donne qu'après l'avoir longtemps préparé. En sorte que le premier paraît comme la foudre tandis que le second n’en est que les signes avant-coureurs,

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