MOISE
Histoire, — Législation, —Poésie dramatique.
Moïse, un des plus grands génies des temps anciens, a écrit le Pentateuque, cet admirable tableau des premiers âges du monde,
Le premier tableau qui s'offre à notre admiration est l'œuvre des sept jours. Il raconte avec tant de vérité qu'il nous fait assister à ces grandes scènes, Puis l'historien passe successivement en revue les évènements mémorables qui suivirent la création. C’est le déluge, la ruine de Sodôme, les dix plaies d'Egypte, le départ des Juifs de ce malheureux pays et le passage de la mer rouge, la descente de Dieu sur le mont Sinaï pour y promulguer sa loi, l'histoire de Caïn et d’Abel, le récit du sacrifice d'Abraham, l'histoire du mariage d'Isaac et de Rebecea : telles sont les plus beaux passages du Pentateuque. ‘Cette œuvre incomparable, in imitable, dit un critique, est pour le monde ancien, ce qu'est l'Evangile pour le monde nouveau, c’est-à-dire un phare immense élevé sur l'océan des âges, non-seulement pour éclairer la course de l'humanité qui le traverse mais encore pour révéler la nature et le terme de cette marche à l'observateur qui l’ignore.”
Moïse, par la sagesse de son administration, a fait grandir dans un court espace de temps le peuple d'Israël, Il apparaît parmi ses frères d'Egypte, aussitôt on le remarque à la sagesse qui découle de ses lèvres ; on le reconnaît comme chef. La tribu était dispersée, il la rallie, lui donne du courage et la fait sortir victorieuse de la terre des Pharaons.
Le Pentateuque renferme des morceaux de poésie et des discours admirables. Le cantique après le passage de la mer Rouge est considéré comme une des plus belles pièces de poésie ancienne. Il en est de même du discours prophétique qu’il met dans la bouche de Jacob avant de rejoindre ses frères.
Le Deutéronome contient aussi des beautés poétiques qui attirent l’attention du critique. C’est la nature entière, tout ce qui existe, tout ce qui . nom, que Moïse appelle comme témoin des louanges qu'il va rendre à Dieu et des oracles qui vont sortir de sa bouche. Aussi, l'imagination ne peut rien se représenter de plus admirable que ce début sublime :
“ Cieux écoutez ma voix, terre prête l'oreille.”
Les ouvrages du grand chef israélite sont remplis de modèles d’éloquence.
Ici, c’est le discours qu'il adresse au Seigneur sur l’adoration du veau d'or, à, sur son lit de mort, à l'extrémité d’une carrière si bien remplie, il donne à son peuple des conseils et des instructions paternelles, il termine son discours par cette péroraison. ‘Je prends aujourd’hui, à témoins, le ciel et la terre que je vous ai montré le bien et le mal, la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisissez.”
Josué le remplaça dans le gouvernement.
A Josué succédèrent les Juges, sous le gouvernement desquels apparureut la suite des livres historiques, faisant pendant aux cinq livres de Moïse: Josué, les juges, Ruth. Sous le gouvernement des Rois, qui remplaça celui des juges, apparurent: Les Rois, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique des Cantiques, les Puralipomènes, Esdras, Tobie, Judith ct Esther.
Le récit du livre de Josué est vraiment dramatique et éloquent. Ce livre raconte la vie et les victoires du successeur de Moïse, Dans le livre des Rois est continuée l’histoire des Israélites, depuis la mort de Josué jusqu'au gouvernement de Samuel. L'histoire de Gédéon, celle de
Samson et l'épisode de Jephté sont d’un caractère dramatique et saisis-
S un rères vres ; e, lui aons.
cours idéré même nt de
t l'at- Jut ce d'il va l'ima-
début
d’élo-
1 veau mplie, il terhui, à la vie
appares de 8, qui s Pro- Tobie,
. Ce e livre Josué
lle de
saisis-
sant, Qui n’a lu la touchante histoire de Ruth? ‘Cette délicieuse épisode dit l'abbé Henry, est un doux repos pour l'âme ; elle retrace, sous les couleurs les plus vives, les mœurs admirables et simples de ces temps reculés.” Les livres des Rois sont au nombre de quatre. Ils racontent l'histoire de leur règne. On considère les Paralipomènes comme un recueil de généologie et un appendice du livre des Rois. La délivrance des Juifs captifs à Babylone est relatée dans les deux livres d'Esdras. Le livre de Tobie raconte la vie de deux Juifs de ce nom. Le grand, le sublime, le pathétique en font le principal caractère ; la magnificence des expressions répond à la noblesse des pensées. Le livre de Judith a un caractère tout épique ; c’est l’histoire de la délivrance de Béthulie par le courage de Judith. Quel charmant épisode que le livre d’Esther, épouse d'Assuérus |
Maintenant, nous dirons un mot de la poésie dramatique, chez les Hébreux, dont Moïse est le premier instigateur dans ses ouvrages historiques.
“ Deux espèces principales de compositions semblent s'être emparées, exclusivement à toute autre, du titre de poésie dramatique. Une coutume généralement reçue ne permet d'entendre par à que la tragédie et la comédie, Cependant, cette dénomination a une acception plus étendue. Elle se rapporte, à proprement parler, à la forme extérieure du discours et peut s'appliquer avec justesse à toute composition dans laquelle paraissent des personnages qui parlent, tandis que le poëte garde le silence, comme on le voit dans plusieurs pastorales de Théocrite et de Virgile, dans quelques satyres d'Horace, et dans deux de ses odes. En conséquence on peut diviser la poésie dramatique en deux espèces : l'une que nous appellerons inférieure et qui peint les mœurs, les passions, les actions, en employant la forme imitative par le secours de quelques personnages ; l'autre que nous désignerons par la qualification de supérieure , et qui, à tout cela, joint une fable ou une action unique, complète, d'une étendue assez considérable, dans laquelle les incidents naissent les uns des autres, et qui enfin, par un enchaînement varié d’événements toujours nouveaux, se terminent à un dénouement. Cette dernière espèce embrasse la tragédie et la comédie qui sont distinguées du poëme dramatique du genre inférieur, par l'existence de cette action, de même qu’elles s'éloignent de l'épopée par la forme du discours. (1)
(1) Mgr. Plantier.
On trouve ces deux espèces de poésie dramatique chez les Hébreux. Les Psaumes XXIII et CXX nous offrent des exemples du genre inférieur, tandis que le livre de Job et le Cantique des Cantiques nous offre des modèles du genre supérieur qui constitue à lui seul, à vrai dire, le drame régulier et parfait.
On ne peut rien concevoir de plus admirable que ces deux livres qui sont les plus poétiques, mais aussi les plus obscurs de l'Ancien Testament.
Rien n'égale la douleur de Job. “ Aucun écrivain, dit Chateaubriand, n’a poussé la tristesse au degré où elle a été portée par le saint arabe ; pas même Jérémie qui peut seul égaler les lamentations aux douleurs, comme parle Bossuet.”
Je ne veux pas passer sous silence une peinture du cheval qui, comme dit Villemain, est frémissante de poésie.
Est-ce toi qui a donné la force au cheval et qui a hérissé son cou d’une mouvante crinière ?
Le feras-tu bondir comme la soubrette ?
Son hennissement, c’est la voix du tonnerre ;
Il creuse du pied la terre; il s’élance avec audace ;
I] court au-devant des armes, il se rit de la peur ;
Il affronte la glaive. Vienne le carquois à retenir sur lui;
Viennent à frissonner le bouclier et la lance,
Il bouillonne, il frémit, il dévore la terre ;
Il ne peut croire dans son ivresse que la trompette l'appelle ; l’a-t-il comprise ? Il se dit: Vah!
De loin, il savoure l'odeur des combats, la voix tonnante des chefs et le eri des armées.
Ailleurs, Job nous donne une idée de l'aigle et de ses mœurs ; c'est un naturaliste ausssi profond qu'un peintre distingué.
À ta voix, a dit le Seigneur, l'aigle s'élève pour aller suspendre son aire sur les abîmes ?
Vois-le qui s'établit dans le creux des montagnes, sur les sommets abruptes et les rocs escarpés !
De à, il considère sa proie et son regard perce à l'infini,
Il abreuve ses aiglons de sang, et partout où repose un cadavre, aussitôt il est là.
Virgile, Voltaire, Lamartine, Ducis, Delille, Buffon, tous grands poëtes et naturalistes, nous ont donné des peintures du cheval et de l'aigle qui n’égalent pas celle-là,
frap var
Sept avai
4 Quand vous lisez ce poëme, dit Villemain, à cette description du cheval si frémissante de poésie, à ces entretiens de Job avec ses amis, à ces paroles magnifiques pour peindre les splendeurs de la nature, vous êtes au milieu des rites, des mœurs et de l'imagination arabes; vous êtes dans le désert et sous la tente; vous sentez mieux cette nature orientale que par aucun récit, aucune recherche profonde.”
Le Cantique des Cantiques est admirable, C’est un entretien familier de Solomon avec son épouse. Mais qui ne voit ici l’allégorie— l'Eglise, la mère de tous et l'épouse du Christ. Salomon en prophétise la venue.
Je laisse la parole à Bossuct.
“Tout ce cantique abonde en sujets délicieux ; partout l’œil n'aperçoit que des fleurs, des truits, une profusion de plants les plus agréables, le charme du printemps, des campagnes fertiles, des jardins frais et fleuris, des eaux, des puits, des fontaines : l’odorat est frappé des plus douces odeurs que l’art a préparées ou qui sont l'ouvrage de la nature. Nous y voyons des colombes, de plaintives tourterelles, du miel, du lait, des flots d’un vin exquis; enfin, dans les deux sexes nous n’admirons que grâce, qu'éclat, que beauté, que chastes embrassements, qu'amours aussi douces que prodigues. Si quelques objets terribles,
tels que des rochers, les montagnes sauvages, le repaire d’un lion y frappent notre vue, c’est pour accroître encore, par le contraste et la variété, le charme du tableau le plus gracieux.”
On a pensé que Théocrite, poëte pastoral qui vivait du temps des Septantes et qui figurait avec eux à la cour de Ptolémée Philadelphe, avait emprunté quelques traits du cantique de Salomon.