‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 204 sur 221 · I CA · texte numérisé non relu

I CA

Son meilleur écrit est l’Obéron qui passe en Allemagne pour un poëme épique, La poésie est riche et la plaisanterie tirée du merveilleux y est maniée avec beaucoup de grâce et d'originalité. La beauté de la poésie de ce poëme héroïque peut être comparée à celle de l’Arioste,

Wieland a mis en vers plusieurs autres contes de chevalerie: Gandalin, G'erion le courtois, ris, le Nouvel Amadis. Ses contes de chevalerie semblent supérieurs à ses poëmes imités du grec, Musurion, Endymion, Ganimède, le Jugement de Pâris, etc. Ses poëmes philosophiques : les Grâces, l'Anti-Ovide, la Nature des choses, prouvent la fécondité et la flexibilité de son talent.

Wieland a laissé quelques tragédies : Jeanne Gray, Clémentine de Porretta, ete., qui n’eurent pas un grand succès; plusieurs comédies, des traductions de Shakespeare, de Cicéron, de Lucien, etc.

Agathon, chef-d'œuvre de style et d'exécution, est regardé par quelques critiques comme son meilleur ouvrage, [l a voulu se peindre dans cet ouvrage en représentant un jeune homme qui, aux prises dans sa jeunesse avec les austérités Ge la religion d’un côté et les séductions mondaines de l’autre, revient après d’amères déceptions à une vie plus sage et plus réglée. Don Sylvio de Rosalva est le Don Quichotte de l'Allemagne. Ce roman, de même que le Miroir d'or, et une polémique contre la religion révélée et les féeries qui alors étaient fort à la mode; Nadine, peinture voluptueuse, les Abdesituins, le Djinnestan, Pérégrin, Protée, Aristippe, pièces relatives à l’histoire secrète de l'esprit et du cœur de l’homme, tirées des archives de la nature, et où il attaque vertement J, J. Rousseau, complètent la liste de ses écrits qui forment audelà de cinquante volumes.

Wieland était encore un critique distingué. Il le cède pourtant sous ce rapport à Lessing. On lit avec intérêt la savante polémique qui le fit entrer en lice avec Goëthe à propos du goût de la littérature

française qu'une revue mensuelle, le Mercure allemand, cherchait à

répandre en Allemagne.

Les œuvres de Wieland ont obtenu un grand succès en Allemagne, La noblesse, la tendresse, la grâce, l’éloquence et l'esprit s'y confondent, I] manque quelquefois de concision mais il comble ce défaut par son étonnante fécondité.

Comme Goëthe, comme Lessing, comme un grand nombre d’autres de

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ses compatriotes, Wieland subit l'influence du philosophisme du XVIIIe siècle. A nos yeux, son grand tort, comme littérateur, est d'avoir trop favorisé l'influence française. Klopstock, en préconisant l'influence anglaise, est tombé dans la même faute; ces écoles n'étaient pas nationales. Il appartenait à Lessing dans la critique, à Schiller, à Goëthe dans la poésie, et à Winckelmann dans les arts, d'entreprendre à la fin du XVIIIe siècle, cette tâche honorable.

Comme la plupart des lettrés de son pays, Wieland avait une conversation agréable, recherchée et savante, Il a été honoré de l'estime et dela considération publique. Toutes les académies de l'Allemagne et l'Institut de France le reconnurent au nombre de leurs membres.

Nous terminons: “ Wieland, remarque M. Cahen, n’était pas un génie créateur, comme Goëthe et Richter. Son principal mérite consistait à s'approprier les découvertes des autres et à y imprimer le sceau de son esprit. Ses peintures de mœurs de la Grèce manquent surtout de vérité; il n’a jamais approfondi la nature, ni dans la relision, ni dans les arts, ni dans la philosophie; mais il savait donner parfois, à ce qui n'était que superficiel, l'apparence de la profondeur ; du reste, il était toujours léger, toujours gracieux, et connaissait mieux que personne toutes les ressources de sa langue. De même que son maître Voltaire, il faisait un usage beaucoup trop fréquent de l'ironie, et sa prédilection pour les sujets allégoriques répand beaucoup de froid sur ses écrits, surtout aujourd'hui que ses allusions ne sont pas comprises comme elles l’étaient au temps où il écrivait. C’est Ià ce qui explique pourquoi il n’a point eu une influence générale et durable sur la littérature allemande. Le plus grand service qu’il ait rendu à son pays, c’est d’avoir épuré le goût et lui avoir enseigné à apprécier les beautés de l'antiquité. S'il a été quelquefois trop vanté, il a été en revanche trop rabaissé lors de la révolution qui s’est faite dans l’esthétique de l'Allemagne ; mais il sera toujours incontestablement placé au rang des plus grands écrivains de sa patrie.”

WOSS—GESSNER—WINCKELMANN.

Johann Heinrick Woss naquit en 1751, à Sommersdorf, dansle Mecklembourg, d’un pauvre fermier, et mourut en 1827. Grâce à un ami, il étudia à l'Université de Gœttingue. Il était avancé en âge lorsqu'il termina ses études.

Il étudia avec passion les langues anciennes, et il voulait plier le dialecte allemand à la pureté des idiômes antiques. Les services qu'il a rendus à la langue allemande sont incalculables,

C’est avant tout un languisie; ses savantes traductions le prouvent. Il traduisit en vers presque mot pour mot les deux épopées d'Homère, C'est le meilleur traducteur du vieux chantre de l’Attique. Aidé de ses deux fils, il traduisit encore les Mille et une nuits de Galland, le

Théâtre de Shakespeare, les Géorgiques de Virgile, et la plupart des classiques grecs et latins.

Sa pastorale, Louise, ie range au nombre des meilleurs poëtes. La pureté, la simplicité et l'harmonie s’y confondent. Ses ballades populaires en font un digne rival de Burger. Ses odes, élégies, idylles, ete., complètent le nombre de ses écrits.

Il à imité trop servilement les classiques dans ses églogues. Il en résulte de la fadeur et une monotonie désagréable ; certainement il ne peut, comme poëte pastoral, être comparé à Gessner.

Son amour pour le classique en fait un admirateur passionné de Klopstock.

Son caractère dur et arrogant lui suscita des ennemis, et il déploya trop d’acrimonie dans ses démêlés avec Stolberg, Creuzer, et d’autres écrivains non moins célèbres.

Solomon Gessner naquit à Zurich, en 1730, et mourut en 1788.

Son amour pour la vie pastorale, le colo:is de son dessin, la fraîcheur de sa poésie, la grâce de ses idylles, ses paysages si coquettement décrits, l'ont fait surnommer le Théocrite de l'Allemagne.

S'il eut des imitateurs dans le genre pastoral parmi ses compatriotes, il n'eut pas de rivaux. Sa versification est élégante, toujours riche, toujours gracieuse, toujours imagée, mais aussi souvent incorrecte. I] n'avait pour se guider que les livres d'instruction que son père, pauvre pasteur de campagne, lui avait donnés.

Forcé par nécessité de faire le commerce de livres, le jeune Gessner, en artiste passionné, négligeait volontiers les chalands pour se cacher dans un coin de la petite librairie avec un volume de poésies, Il n'avait qu'à jeter les yeux autour de lui pour oublier aussitôt la vie réelle. Paysages enchanteurs, sites pittoresques, montagnes aux neiges éternelles, vertes pelouses, glaciers immenses, ravins infranchissables, végétation luxuriante, tout dans cette pittoresque Helvétie devait porter le jeune

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Gessner à aimer les beautés de la nature. Aussi, ses idylles sont-elles généralement estimées. De tous les faiseurs d’églogues qui ont imité jusqu’à satiété les scènes champêtres depuis Théocrite et Virgile, Gessner est peut-être le seul, avec le Florentin Sannazar, qui ait su se mettre en garde contre l’insipide fadeur, apanage inévitable des pastorales ordinaires.

Ia donc cherché un remède là où la France du XVIIIe siècle ne voyait que du gracieux et du sentimental. Le caractère des deux peuples se dessine à cette variante de goût. Le mélancolique Allemand, toujours grave, toujours dans les abstractions, ne peut rechercher l'imaginaire dans la nature et le beau dans le champêtre comme le Français; le premier est trop sévère pour s'intéresser à un genre secondaire, l’autre, plus superficiel, s’enthousiasme aisément pour tout ce qui revêt les formes du beau. Ajoutons que de nos jours l'esthétique ne saurait accorder une autre place au mérite littéraire de Gessner que celle que ses contemporains lui ont donnée.

Solomon Gessner était un ami dela paix, dela douce quiétude. Content de l'affection publique, des joies du foyer domrstique, exempt d’ambition, il vécut aimé de ses concitoyens et chéri des siens.

Winckelmann. antiquaire archéologue et critique, a opéré une véritable révolution en Allemagne dans la manière de considérer les arts, et par les arts, la littérature. À ce citre, il se place à côté de son contemporain Lessing.

Nul ne sait mieux décrire la beauté des monuments, et trouver ;’idéal de l’art. Ila donné les vrais principes, admis inaintenant dans les arts sur l'idéal, sur cette nature perfectionnée dont le type est dans notre imagination, et nou en dehors de nous, La poétique de tous les acts est rassemblée dans un même point de vue dans ses écrits. Ilen x banni le mélange du goût antique et du goût moderne. Mais sa plastique est toute païenne; il admira trop les anciens. Toutefois, il à dévelonpé ses théories avec une telle connaissance eë dans un style si parfait qu'on est tenté de sacrifier l'originalité pour une imitation si fidèle et si savantede l'antiquité.

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