‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 205 sur 221 · RICHTER · texte numérisé non relu

RICHTER

Tout :e monde a lu le Titun, ouvrage si vrai par le fond, si excer:crique par la forme du célèbre humoriste, Jean Paul Frédéric Richter (1763-— 1825). Cet auteur laissa plus de soixante volumes où il traite toutes

y HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE.

les questions qui peuvent intéresser l’homme, Poëte capricieux, satyri-

que acrimonieux, mais sans amertume, Richter est encore doué d’une

imagination brillante et intarisable, Outre son Titan, on lit encore avec intérêt l'Hespérus, Fleurs et Fruits, Espérance et Réalité. Jean Paul est un des écrivains les plus bizarres de l'Allemagne, Son esprit ressemble :

celui de Montaigne. Il est parfois sublime, mais la mélancolie continuelle de son langage ébranle quelquefois jusqu’à la fatigue. Sa sensibilité touche l'âme, mais ne la fortifie pas assez. La poésie de son style, dit un critique, ressemble aux sons de l’harmonica, qui ravissent d’abord et font mal au bout de quelques instants parce que l’exaltation qu'ils excitent n’a pas d'objet déterminé, On trouve des beautés admirables dans ses écrits, mais l'ordonnance et le cadre de ses tableaux sont si défectueux que les traits de génie les plus lumineux se perdent dans la confusion de l’ensemble, Dans ses ouvrages, il mêle constamment la plaisanterie au sérieux, Sa manière d'observer le cœur humain est pleine de finesse et de gaieté, mais il ne connait guère que le cœur humain, tel qu’on peut le juger d’après les petites villes d'Allemagne, et il y a souvent, dans ses peintures de mœurs, quelque chose de trop innocent pour notre siècle. Sous un certain rapport, c’est le Sterne de l'Allemagne,

On a encore de lui: Palingénésie, Introduction à l'Estétique, Sermons de carême, Politique des Romans fantastiques, Choix fuit parmi les papiers du diable, Quintus Fiselein, etc.

I] charme par les épisodes. M. P. Chasles, qui nous a laissé une traduction de ses œuvres, l'appelle le Rabelais mélancolique de l'Allemagne, Ses titres, ajoute-t-il, ne donnent jamais l’idée de ses livres. Tout est digression, sauts immenses, triple hiérogliphe, et pourtant du milieu de ces lignes bizarrement ordonnées, mille éclatantes beautés se détachent à tous moments et nous transportent dans tous les ordres d'idées et de sentiment possibles à âme humaine.

Etre incomparable, intelligence sans nom, Richter appartient à cette classe d'écrivains humoristes qui manient l'épigramme sans amertume, Et à tous ses titres, il se place naturellement à côté de son contemporain, le fantastique Hoffmann.

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