‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 42 sur 221 · TÉRENCE · texte numérisé non relu

TÉRENCE

Publius Terentius Aper naquit vers l’an 192 avant J. C. Elevé par des Pirates il fut acheté par Terentius, sénateur romain qui l’affrancbit et lui donna son nom.

Les productions littéraires de ce poëte lui valurent la considération et l'amitié des grands, Horace dit qu'il est admirable, son style est d'une exquise délicatesse, sans originalité ni bassesse. Ce qu'on lui reproche le plus c’est d’avoir trop copié Ménandre.

On raconte qu’il mourut de chagrin, en Arcadie (159 avant J. C.) pour avoir perdu dans un naufrage ses comédies qui s’élevaient au dessus de la centaine. Ceci paraît invraisemblable à quelques-uns.

Six comédies, qui nous restent, suffisent pour nous faire connaître le talent et le caractère de l’auteur.

L'Andrienne, dont le style est d’une éloquence soutenue, surpasse en beauté l'AHécyre, ou la belle-mère, qui ne présente rien de plaisant, On voudrait plus d'intérêt dans le nœud ct d'unité dans l’action de son Heautontimorumenos, où l’homme qui se punit lui-même. Phermio est sn chef-d'œuvre. Il n’y a rien de repréhensible dans cette pièce. Molie e l'1 imitée dans ses Fourberies de Scapin. L'Eunuque eut un suecès monstre, on la joua deux fois en un jour, chose inouïe jusqu'alors. Les Adelphes, ou les deux frères, mérite aussi d'être mentionnée.

Térence était un poëte élégant et de bon ton, Plaute l’a peut-être surpassé dans le dialogue, mais il lui est de beaucoup inférieur comme moraliste, Térence a aussi plus de délicatesse ; son terme est mieux choisi.

Les critiques se sont divisés à leur sujet. Madame Dacier et Rollin demeurent dans l'incertitude du choix. Marmontel trouve plus de gaité et une imagination plus vive dans Plaute; Térence aurait plus de finesse, plus de charme, plus de décence, et une plaisanterie plus dé. licate. LaHarpe se prononce sans hésiter pour Térence. Cicéron trouve les plaisanteries de Plaute ingénieuses, élegantes et de bon ton ; Horace est d’un avis contraire. Varron répète, d’après Stolon, que les muses

emprunteraient la voix de Plaute si elles voulaient parler latin, Aulu- Gelle proclame Plaute l’homme de la langue latine. Vossius, considérant Térence comme écrivain, ne lui préfère que Cicéron. Le P. Rapin le trouve plus régulier que Plaute dans l'ordonnance de son drame, dans la distribution des actes, la préparation du dénouement et la perfection du style. St. Jérôme trouve dans les comédies de Plaute le plus piquant atticisme, En général, Plaute paraît avoir un plus grand nombre d’admirateurs chez les anciens, Térence a plutôt fait l'admiration des modernes,

A la suite de ces deux grands hommes apparurent snccessivement Marcus Papilicus, Lucius Lamuvius, rival jaloux de Térence ; Quintus Talius Labeo, ami de Térence; Accius, qui composa des tragédies et des annales en vers dont il nous reste que des fragments de peu d’étendue, Horace lui trouve un style fort et élevé,

Attilius, à qui on donne le cinquième rang parmi les poëtes comiques de Rome, traduisit en latin l'Ælectre de Sophocle, Caïus Titius excella dans les comédies dites Æogatae et Atellanes. Caïus Lucilius fit des satyres imitées par Horace, Perse et Juvénal. T1 composa trente livres de poésies et surpassa en ce genre Ennius et Pacuvius, ses prédécesseurs. Horace dit que son style est parfois incorrect : il mêlait trop les mots grecs aux latins. Il composa encore une vie de Scipion, des épodes et des hymnes.

Pour dire un mot de l'histoire à cette époque il faut rappeler son peu d'importance en précisant le rôle qu'elle embrassa. On ne doit pas s'attendre à des développements, à des considérations philosophiques sur la politique. Le rüle de l’histoire aux commencements de Rome devait être plus modeste.

La langue grecque fut celle des premiers historiens romains

Cincius Alimentus (210) est le premier que l’on remarque, Il écrivit l'histoire de Gorgias de Léontium, celle d’Annibal et quelques traités particuliers d’antiquités romaines. Tite-Live loue son exactitude, Quintus Fabius Pictor, que l’on peut appeler le père de l’histoire chez les Romains, fit des Annales où Tite-Live puisa les principaux renscignements de son histoire. Le célèbre Caton (234-149), le grand ennemi de Carthage, écrivit un ouvrage historique qu’il nomma les Origines. On

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a encore de lui destraités sur l'Art militaire, sur l Education des enfants, sur la Médecine, des préceptes sur les mœurs, des discours, des apopthegmes, des livres de Questions épistolaires et des Lettres, De tous les ouvrages de cet écrivain de mérite c st à peine s’il nous reste son traité sur l'Agriculture, vuvrage qui manque d'ordre, Les anciens ont prodigué à Caton des louanges méritées.

Cicéron fait erand cas de Scribonius Libon (150). Aulus Postu-

mius Albir: ‘.1) laissa des Annales en latin et une Zistoire en grec. due: -nius Pison (120) était un oratcur distingué, ur jurisconsu. savue, et un historien célèbre. Ses {larangues et ses

Annales nous démontrent ces qualités. Cicéron les trouve maigrement écrites, mais Pline l’ancien nous assure qu'elles viennent d'un auteur grave. Des annales et un traité sur le droit pontifical furent composés par Servilianus (126) ; Cassius Hemina (146) se fit connaître comme historien par ses annales, réparties en quatre livres. Sempronius Tuditanus composa des Commentaires historiques cités par Pline, Macrobe, Aulu-Gelle et Cicéron. Le temps les à fait disparaître, Antipater (134) vivait du temps des Gracques; il fit une Jistoire de la seconde guerre punique. C'était encore un jurisconsulte éclairé. Les deux Gellius laissèrent un grand nombre de livres d’Annales,

ÉLOQUENCE

L'éloquence, suivant la marche de la poésie et de l’histoire, n'arriva pas à la perfection pendant la première période, Cependant on ne peut disconvenir des nobles efforts qu’elle fit pour grandir, Rome alors se gouvernait par les assemblées populaires qui décrétaient les lois pour la bonne administration de la République. Une voix éloquente était toujours écoutée.

L'éloquence devait être nécessairement dans ces réunions nombreuses l'agent le plus sûr pour servir l'ambition ct les intrigues. Brutus n'a pu détrôner un roi, renverser une institution centenaire, exeiter le peuple contre un titre que l’on ne prononçait qu'avec horreur même au temps des César, sans le puissant levier de l'éloquence. Peut-on croire que Valérius Maximus, qui ramena la concorde par ses discours lors de la retraite du peuple romain sur le mont sacré; que Valérius Patitus, qui calma par ses harangucs la multitude ameutée contre le

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sénat et la tyrannie des décemvirs ; qu’Appius Claudius, qui raffiermit le sénat chancelant et l'empêcha de faire la paix avec Pyrus ; que Fabricius, chargé de négocier lui même ; que Papillius, qui par le seul ascendant de sa parole apaisait les émeutes populaires des plus acharnées ; que Métellus, Curius, Appius et Fabius Maximus, qui se firent remarquer par des actions d'éclat ; peut-on croire que ces hommes passèrent au milieu de leurs concitoyens sans qu’ils fussent dignes du nom d'orateur ?

Ils ne sont pas cependant les principaux représentants de l'éloquence. Il nous faut nommer Céthégus (215) l'âme de la persuasion, la fleur des Romains, l'ornement de son siècle, pour nous servir des expressions d'Ennius; Caton l'ancien, Varron, qui ne désespéra jamais du salut de la République, même après la terrible défaite de Cannes; Lentulus, couronné prince du sénat et plus tard victime de Marius; Crassus (181), qui partagea la gloire du consulat avec le premier Africain; Scipion lui-même, qui s'écriait en plein Forum, au milieu des envieux qui l'accusaient de concussion: ‘Romains, c’est à pareil jour que j'ai soumis Carthage à vos lois ; allons tous ensemble en rendre grâce aux dieux dans le. Cugftale; Ælius.(198), profond juristonsulte; Galba (144), cité par Cicéron comme l’homme le plus entraînant de son temps. Gallus (166), le plus érudit de la haute aristocratie romaine; les deux Gracques, ces deux enfants du peuple qui mourutent pour le triomphe de la démocratie ; Scipion Nasica, aussi savant jurisconsulte qu’orateur intarissable : Paul Emile dont l’éloquence, au dire de Cicéron, n'était pas au-dessous du haut rang qu’il occupait dans la République; Sapiens, magistrat incorruptible autant qu'éclairé: Scipion Emilien (186), destructeur de Carthage, remarquable autant par la beauté de son caractère que par l'étendue de ses connaissances.

Lepidus introduisit le premier dans l'éloquence latine la douceur et l'harmonie des périodes grecques et toutes les ‘savantes combinaisons du style. Crassus eut la réputation d’un bon orateur et d’un jurisconsulte éclairé. Scævola occupe le premier rang parmi les savants et Drusus est remarquable par la force de son élocution et la noblesse de son caractère. Flaminius, Curion, Nerva, meilleur orateur que bon citoyen, Cotta, et Marc-Antoine, qui figurent avec honneur à côté de Crassus, ferment cette liste des orateurs anciens.

On peut répartir en quatre classes les orateurs que nous venons de

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nommer. Caton l’ancien représente la première, Galba la seconde, les deux Gracques la troisième, Marc-Antoine et Crassus la quatrième. Ces orateurs représentent, dans leur sphère respective, la marche parcourue par l'éloquence romaine. Franche, simple, âpre, naïve, peu châtiée dans les commencements elle devint par la suite pathétique, enthousiaste, soignée, captieuse. Cicéron devait la compléter en lui communiquant l’art,

La langue latine fut toujours un grand obstacle au développement de l'éloquence chez les Romains. Les écoles des rhét’urs y étaient moins nombreuses qu'à Athènes et les grammairiens plus rares. La guerre prenait tous les bons esprits. On ne pensait, on ne vivait que pour elle : tout le reste était secondaire et souvent méprisé.

Crates fut le premier qui introduisit à Rome l'étude de la grammaire. Il donnait des cours publics de littérature, s'occupa de correction, traduisit les auteurs grecs, compulsa, révisa et surtout critiqua. Il contribua donc à donner à la langue latine un degré de pureté qu’elle n'avait pas avant lui.

Suétone mentionne quelques noms de professeurs de rhétorique dont

Gallus et Pilitus paraissent les plus célèbres. L'éloquence et la grammaire furent, paraît-il, persécutées dans les commencemiénts, C’est du moins ce que Suétone nous démontre en citant un sénatus-consulte à cet effet. * Mais avec le temps l'art du rhéteur devint l'étude favorite du politique, du jurisconsulte, du sénateur, du magistrat, du pontife, de tous les citoyens romains. Le guerrier même brisa son épée, rejeta sa cuirasse, endossa la toge, et l’6n put dire avec raison : cædant arma togæ.

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Avec la seconde période de la littérature latine commence l’époque la plus brillante de l’histoire romaine. La civilisation arriva à son apogée,

À Rome comme à Athènes, il fut un ter ps où la littérature devint une véritable puissance. La jeunesse romaine se passionna pour l'étude des lettres et les fruits de cette ardeur furent les admirables productions que nous avons à analyser.

Chez les romains tous les genres de littératures eurent des représentants. Il faut pourtant faire une exception pour la tragédie, Ce n’est pas que le théâtre fut complètement effacé, mais on ne trouvait pas les

poëtes tragiques dignes de ce nom. Rome était trop tragique pour s’attacher à des représentations purement théâtrales, Il lui fallait la réalité, non la feinte et le récit. Le sang d’un homme qui coulait sur la scène rassasiait mieux ses goûts que le récit navrant d'un héros d'aventure,

En un mot, il lui fallait des amusements grandioses comme son sceptre, Le spectacle était en accord avec les proportions de la scène, Les théâtres de Balbus et de Marcellus contenaient 30,000 spectateurs, celui de Pompé 40,000. Dans celui de Jules César 260,000 personnes se groupaient sur ses estrades. Qu'on juge maintenant si ces réunions gigantesques n'étaient pas faites pour développer des goûts nutrés! Qu'on juge de l'effet que devait produire sur ce peuple emporté les scènes supérieurement tragiques qui se déroulaient dans les emphithéâtres |

La seconde période nous offre comme la première un grand nombre de poëtes comiques. Ces comédies consistaient dans les mimes, mélange de pantomime et de dialogue, L'intrigue de ces pièces est nulle ou à peu près. Un acteur, glosant sur des sujets badins, selon l’inspiration du moment, tâchait d'égayer l'auditoire par des facéties plus ou moins lourdes. C'était plutôt une parodie qu’une pièce régulière.

L'auteur montait sur les tréteaux, badinait, clabauduit, échappait quelques propos fades, quelques lazzi bouffons, et terminait la pièee en brusquant le dénouement et en s'enfuyant avec précipitation. Parmi les plus remarquables mimographes de cette époque on cite Mattius, doué d'un génie élégant et facile; Decimus Labcrius (10943) est le plus célèbre d’entre eux. Publius Syrus, à l'exemple du précédent, tempéra la licence qui régnait dans les mines, par des traits de morale et des maximes sages,

Valérius Soranus (49), que Cicéron appelle l’homme le plus instruit de Rome, était un poëte élégant et un orateur distingué.

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