‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 49 sur 221 · D MOT · texte numérisé non relu

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trouver quelquefois de véritables inspirations, le ton a de la majesté. Il possède au suprême degré l'art d’intéresser son lecteur : son langage est pur et élégant,

Si la satyre a pour but de corriger, Horace ne semble pas avoir atteint jusqu’à cette perfection. Sa morale est trop relâchée, mais la netteté de ses idées, le sens exquis du plus grand nombre de ses maximes, le sel de sa plaisanterie toujours tempérée par la grâce, le rend digne de l'admiration que vingt siècles lui ont donnée.

On remarque plus d'urbanité dans ses Æpitres que dans ses Satyres, Ces dernières avaient été l'ouvrage du jeune homme, tandis que les premiers furent l'occupation de l'âge mûr. L'Epitre aux Pisons, ou si on le veut, l’art poétique, est digne de sa renommée, Il n’a voulu, paraît-il, que tracer les règles du drame romain.

Il n’est peut-être pas, remarque un critique, de poëte plus varié qu'Horace, Simonide est mélancolique, Thyrtée est belliqueuse, Pindare est plein d’audace, Archiloque mordant, Anacréon voluptueux, Sapho délicate, Ovide abondant, mais Horace réunit en lui seul toutes ces qualités, et ce qui le distingue de tous les autres, c’est qu'il joint au génie le goût le plus exquis.

Horace c’est le chantre de la volupté. Comme il a des paroles miclleuses pour charmer Chloé, pour conter fleurette à sa maîtresse ! comme il vante la fertilité de son petit champ, qui produit de si belles vignes ! Comme il veut nous faire aimer l’'aurea mediocritas qui l’entoure ! Comme il décachette avec prestesse une amphore qui date de longues années; comme il déguste avec satisfaction et contentement ce bon Falère qui charge sa table de festin !

Les critiques diffèrent peu sur le mérite littéraire d'Horace. Schlegel a été jusqu'à dire qu'Horace est, parmi tous les poëtes romains, celui qui, comme homme, nous touche et nous intéresse le plus.

Horace est le contemporain de Virgile. Il est le véritable poëte de l'époque voluptueuse où il vécut. Il savait allier aux instincts populaires toute l'élégance d’un esprit raffiné, Blasé de bonne heure, il se retira de la vie publique en répétant le mot de Brutus : © Vertu, tu n'es qu'un vain mot. Il avait ébloui la cour, par le charme de son esprit ct l'attrait de sa conversation. Mais les richesses et les cajoleries d’Auguste n’altérèrent jamais son indépendance, et il n'accepta que ce qui lui fallait pour vivre en aimable épicurien: Æpicurii ex grege porcum.

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Sa philosophie est celle d’un sceptique et sa vie celle d'un voluptueux. & C'est l'heure, disait-il, de boire et d'ouvrir une danse légère avant que la mort et le néant n’engloutissent sa proie.”

Horace est le Voltaire de son époque. Il y a quelque chose de sinistre dans son éternel sourire, On craint d'y rencontrer l'absence de toute croyance religieuse et un mépris profond pour ses semblables. Le nil admirari qui se joue constamment sur ses lèvres fait mal au cœur, Un matérialisme navrant est incarné dans chacun de ses vers, En un mot, Horace paraît être le poëte d’une société mourante et décrépite, Il est assurément la figure la plus saillante des poëtes de son temps, car il caractérise davantage le scepticisme de son époque. Ila aidé à l'avancement des lettres et il a donné un coup terrible à la morale, en jetant le ridicule sur ce qui pouvait encore, dans l'esprit des gens, se

rattacher à un ordre supérieur de choses.

Si Horace, dit Charpentier, n'avait été que le poëte brillant et dévoué de l'empire, agréable à Auguste et aux amis d’Auguste, iln'eût pas, malgré son génie, été le poëte de la postérité. Mais dans Horace, à côté du poëte officiel, il y a le poëte de tous les âges et de tous les temps ; l'homme qui nous associe à ses joies, àses douleurs, à ses plaisirs, à ses fautes età ses repentirs ; l’ami de la campagne, de la solitude, de l'indépendance et de cette médiocreté de fortune qui en est la première condition ; le sage, enfin, qui sait profiter des leçons qu'apportent les années, et consacrer à la recheche du bien et de la vérité les longues méditations de la retraite et de l'étude ; sage, un peu indulgent peut-être à nos faiblesses : mais l'indulgence n'est-elle pas le fruit et la grâce de l’âge mûr ? Ajoutons le critique qui ne sépare pas la morale de la délicatesse du goût, et le bon du beau, C'est par ces qualités, si simples et si hautes à la fois, par ce mélange de raison et d'esprit, de philosophie tout ensemble élevée ct tolérante, par ce goût si vif et si profond pour la solitude et la liberté qu'elle donne, par ces confidences sur lui-même, qui ne sont, après tout, que nos secrets aveux ; C’est, dis-je, par tout ce côté humain, éternellement le même, qu'Horace a charmé et charmera tous les temps et tous les âges.

Horace, l'ami du bon sens,

Philosopbe sans verbiage, Et poëte sans fade encens.

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