‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 58 sur 221 · AUSONE—PÉTRONE—CLAUDIEN · texte numérisé non relu

AUSONE—PÉTRONE—CLAUDIEN

L'an 309 de notre ère naquit à Bordeaux, Decimus Magnus Ausonius, célèbre par son érudition, par la variété et l'abondance de ses écrits. Il se distingue encore comme orateur et grammairien. On peut classer ses œuvres dans l’ordre suivant : 10. Un livre d'Epigrammes, qui en contient 150 et que Scaliger juge froides, frivoles et sans esprit; 20. l’Ephéméride, dans laquelle il passe en revue toutes les cccupations de la journée ; 30. les Parentalies, recueil de 32 piéces à poésies détachées, consacrées à la mémoire de ses parents ; 40. les Professeurs, livre de commémoration ; 5o.les Epitaphes ; 60. les Douze Césars ; To. les Tétrastiques, poëme sur les empereurs ; 80. le Rang des villes Célèbres ; 9o.le Jeu des sept sages ; 100, les Sentences des sept sages, 110. les Zdylles, compositions détachées en prose et en vers où se trouve le fameux centon nuptial, qui, malgré le tour de force de l’auteur, n’est qu'une honteuse débauche; 120. des Pièces diverses ; 130. un livre de Lettres; 140. un Discours en action de grâce; 150. les Arguments, ouvrage en prose; 160. enfin, Les trois petites préfuces.

Comme tous les poëtes de la décadence, Ausone est obscène, Il jouit A: reste d’une belle réputation.

Une sorte de mystère entoure l'enfance et la vie de Pétrone.

L'ouvrage qui nous est parvenu sous le titre de Satyres de Pétrone ou Satyricon, traite d'aventures amoureuses, tantôt en vers, tantôt en prose. Ces aventures, dit le professeur Bœher, fournissent à l’auteur l’occasion de se moquer des vices et des ridicules de ses contemporains et de dérouler le tableau de la corruption morale de son siècle. On trouve dans ce roman, à côté d’un grand nombre d’obscénités, un fonds inépuisable d'esprit, de gaité, d'ironie et de persiflage. La peinture des personnages est frappante de vérité: Le style, malgré la bassesse de quelques expressions, rappelle la pureté de l’âge d'or de la littérature latine,

I est l'auteur de deux autres ouvrages qui ne sont point arrivés jusquà nous : l’Eustion et l'Allutia,

Malgré la finesse de son esprit délié, Pétrone est trop licencieux pour mériter l'éloge que font certains critiques en le comparant aux meilleurs écrivains du siècle d'Auguste. Il critiqua avec succès les déclamateurs de son temps et son Æssui poëtique pèche justement par le défaut qu'il a voulu mettre en lumière.

Alexandrie est la patrie de Claudien. Il vivait sous les règnes de Théodore, d'Honorius, et d'Arcadius. A l’âge de 30 ans, il fit son apparition dans Rome.

On a de lui un grand nombre d’écrits départis en quatorze ouvrages, Ce sont des Panégyriques, des ÆEloges, où d'ordinaire il se montre trop flatteur, des Zdylles, des Epigrammes, des Epitres, des Epithalames, des poëmes sur le Mariage d'Honorius et de Murie, sur l'Enlèvement de Proserpine, (pâle épopée), sur la guerre contre les Getes et sur la guerre contre Gueldon. Za Gigantomachie, où combat de géants, et ses Znvectives paraissent ses meilleurs ouvrages.

Comme écrivain, il est à peu près de la même force que Stace qu'il chercha à imiter, Il se fait plutôt remarquer par la quantité de ses écrits que par leur qualité. Certains critiques, entre autres Thomas, lui prodiguent des louanges qui, si elles sont méritées, font de Claudien un poëte supérieur pour son époque.

Ainsi, la littérature latine après avoir brillé de tout son éclat sous Auguste brilla un moment encore des feux de la liberté mourante et se ranima passagèrement aux rayons de la magnificence impériale, En la voyant passer en si peu de temps par des phases et sous des influences si diverses, on peut craindre qu'elle n’y ait perdu toute physionomie nationale, Il n’en est rien pourtant, Rome, dit Charpentier, a fait en littérature ce qu'elle a fait pour ses institutions civiles ou militaires ; elle a su s assimiler tout ce qu’elle a emprunté. En imitant, elle est restée elle-même originale, je ne dis pas dans la satyre qui est toute romaine; dans le droit, c'est sa gloire incontestée, mais dans l'histoire, dans la philosophie, dans la poésie, Assurément, Salluste, Tite- Live, Tacite, s'ils ne sont mieux, sont autres qu'Hérodote, T'hucydide et Xénophon. Sénèque a, comme moraliste, une véritable originalité.

Virgile, on a eu tort de le dire, n’est pas une copie industrieuse et brillante d'Homère, c'est l'expression neuve et profonde d’une civilisation toute entière, enfin, si Pindare était le puëte naturel des jeux olympiques, s’il était le lyrique par excellence, quand les vers se chantaicnt ;

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Horace, le créateur de l’ode philosophique, est le poëte de tous les temps et de tous les âges, le poëte de ceux qui ne séparent pas les vers de la raison et du goût. On le voit donc, la littérature romaine s’est appropriée, par sa vertu intérieure, toutes les beautés qu’elle a imitées et leur a profondément imprimé son cachet: semblable à ces substances qui, dans les combinaisons diverses de la science, attirent à elle, sans s'y altérer, les matières auxquelles on les mêle et retiennent leurs vertus primitives ; lon peut donc dire des écrivains latins comparés aux grecs ce que Voltaire a dit des écrivains modernes relativement aux anciens : “Vous sent: le caractère de leur pays à travers l'imitation : leurs fleurs et Leurs fruits sont échauffés et mûris par le même soleil ; mais ils reçoivent du terrain qui les nourrit, des goûts, des couleurs et des formes différentes.”

La littérature romaine, pendant les premiers siècles de notre ère, a jeté de temps à autre des éclats brillants de lumière. Le christianisme enfanta des hommes illustres dans les Kts. Pères qui rendirent à la prose latine son ancienne splendeur. “La langue latine avait à s'énorgucillir de l'éloquence inouïe d’un Tertullien, qui la rendait capable d'efforts sublimes qu’elle eut à jamais ignorés aux mains de son Cicéron. Puis, venait le grand évêque de Carthage, saint Cyprien, qui abjurant bientôt les fleurs d’une stérile rhétorique, épanchait son âme épiscopale dans des traits et dans des lettres d’un langage nouveau et surhumain. L'Afrique chrétienne députait ensuite Arbonius, sa nouvelle et brillante conquête, pour qu'il allât, sous les formes de l’éloquence classique, combattre le polythéisme que, au siècle précédent, Minucius Felix avait défié dans Rome avec les armes du Barreau. ŒEnfin, Lactantius, le philosophe, s’en venait à la paix de l'Eglise, présenter au monde des écrits où respire la plus haute sagesse chrétienne, déguisés sous les formes si pures de l’orateur de Tusculum.”(1)

Parmi les poëtes sacrés, nous rencontrons au IVe siècle, Prudence, auteur d’un poëme intitulé: Apothéose, dirigé contre les hérétiques, L'Hamartigénie, où de l'origine du péché, la Psychomachie, où il décrit h lutte du bien et du mal dans le cœur de l’homme, deux livres contre

(1) Origines de l'Eglise Romaine.

Symmaque, Erasme n’hésite point à nommer Prudence, unum inter christianos vere fecumdum poetam.

“Les vers de Prudence furent singulièrement goûtés par ses contemporains. Quoique sa poésie soit âpre et rocailleuse, elle a du feu, de la majesté, et assez souvent de l'élégance, Nous voyons par ls Lettres de Sidoine, que Prudence occupait une honorable place dans les bibliothèques du Ve siècle. Ille met sur la même ligne qu'Horace, mais nous savons qu'il faut passer beaucoup aux admirations contemporaines. (1)

St Ambroise a compcsé des hymmes remarquables par leur pureté et leur onction. St. Paulin de Nola a laissé trente-deux poëmes d’un style dur et rocailleux.

Au IVe siècle, l’histoire, ainsi que la poésie, se traînent lentement; elle s’en tient à la chronique et à la biographie. Récits obscurs, narrations compilées, style d’emphase: tels sont les défauts constants de l’époque. Les écrivains ne manquent pas; les publications se succèdent à plaisir; mais sur tant de noms, sur tant d'ouvrages, pas un qui mérite les honneurs d’une sèvère critique, d’une profonde analyse,

La poésie chrétienne au V. siècle trouva un chantre distingué dans Licentius, ami de St. Augustin. Ses Æpitres sont nobles et pieuses, La pensée du poëte se revêt d'expressions qui ne manquent ni d'éclat, ni de grâce, St. Prosper d'Aquitaine a écrit son poëme des /ugrats, “ l'un des plus heureux essais de la philosophie qui aient été tentés dans le sein du christianisme.” (2) Racine a imité Prosper dans son poëme de la Grâce. sans s'élever jusquà lui.

St. Hilaire est à l'église d'Occident ce qu'est St Athanase à l'église d'Orient. Vaillant défenseur du parti catholique, il écrivit une représentation à l’empereur, Ad Constantium Aug. liber primus. Son livre des Synodes, ou de la foi des Orientaux, fut suivi de son grand ouvrage sur La Trinité, qui est regardé comme un chef-d'œuvre de force et d’éloquence. L’impétuosité de son éloquence l’a fait appeler par un ancien le Rhône de l’éloquence latine; on pourrait lui reprocher l'enflure et l'obscurité.

St Ambroise a été surnommé le Fénélon des pères de l'Eglise latine,

“ Ilest fleuri, doux, abondant, et à quelques défauts près, qui tiennent

(1) Collombet : Hist. des lettres latines.

(2) Guizot, Cours d'Hist, moderne, tome 1, p. 165.

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à son siècle, ses ouvrages offrent une lecture aussi agréable qu'instructive ”” (1) On divise ses ouvrages en cinq classes principales qui se composent de livres sur les écritures saintes, d'œuvres morales et théologiques, d'oraisons funèbres, de lettres et de poésie,

L'Hexameron, ou traité sur les six jours de la création, offre un spectacle éloquent de l'univers. Le livre du paradis, celui sur Caïn et sur Abel engagent les fidèles à ne pas donner dans les fausses interprétations de l'écriture sainte. Ses livres sur Abraham, sur Isaac et sur l'âme renferment des instructions morales et mystiques sur les divers sujets et de la vie spirituelle et sur les moyens d'arriver à la perfection. Les livres sur le patriache Joseph, sur Jacob et sur la vie heureuse contiennent des conseils pleins de charitéet de sollicitude, Il attaque l’avarice et l'abus des richesses dans son livre sur Naboth, Le traité, Bénédiction des patriarches, est un recueil des devoirs que l'enfant doit à ses parents. Dans son livre sur Elie et sur le jeûne, l'auteur s'élève contre le luxe des festins et contre les désordres de l'intempérance. Le livre sur Tobie est l'éloge de la charité et de la résignation. Les quatre livres de l'Interpellation ou de la Plainte de Jacob et de David, sont un plaidoyer éloquent en faveur de la providence, L'apologie de David, et les Enarrations sur les psaumes passent pour être ses meïleurs écrits. Le livre des Offices est supérieur à celui de Cicéron, Le Commentaire sur l'évangile de St. Luc, les livres du Bien et de la Mort, de la fuite du Siècle, des Vierges, Des Veuves, des mystères ou des vérités, sur les sacrements, la pénitence, la foi, le St. Esprit et un traité sur l’/ncarnation ferment la longue liste des écrits de St. Ambroise, cet évêque vigilant qui honora à tant de titres l'église d'Occident,

A côté de St. Ambroise, se place St, Jérôme. Ses principaux ouvrages ont pour objet la critique sacrée. Il a laissé des Commentaires sur Isaie, Ezéchiel, Daniel, l'Ecelésiaste, le Cantiques des Cantiques et quelques épitres de St Paul. Son style est pur et plus chatié que celui de la plupart des écrivains sacrés de son temps. “ Si l’on s'arrête au talent, dit M. Villemain, il présente des beautés éclatantes et des fautes bizarres, produites également par cet excès d'imagination qui fut peut-être aussi li source commune de ses vertus et de ses erreurs. Son génie ressemble à sa vie; c’est un mélange confus, plein de grandeur et de

(1) Chateaubriand : Génie du christianisme, tome 111, page 60.

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désordre. Saint Jérôme toujours errant et solitaire, sans autre dignité dans l'Eglise que celle de prêtre de Jésus-Christ, ne fut appelé, comme orateur sacré, aux funérailles d'aucun prince, il paraît même que jamais il ne prononça de discours publics; mais plusieurs de ses épitres chrétiennes sont de véritables éloges funèbres, inspirés par le sentiment d'une perte récente, et remplis de douleur et d’éloquence. On a souvent cité sa lettre sur la mort de Népotien, adressée à l'évêque Héliodore, Sous le nom de lettre c'est un morceau oratoire que St Jérôme composa, Il parle des règles de l'art, et craint d'y manquer. Malgré cette faute de goût, l'expression est souvent énergique et naturelle, et on reconnait l'accent d'une voix éloquente et vivement émue. (1)

Les lettres de St Jérôme sont estimées. Elles traitent différents sujets, Il veut mettre en garde les fidèles contre le danger des erreurs en matière de foi dans son Cutalogue des hérésies. Ses traités résument l'exposé de :royances catholiques.

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