‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 59 sur 221 · ST, AUGUSTIN · texte numérisé non relu

ST, AUGUSTIN

Sur le seuil du Ve siècle apparaît la grande et majestueuse figure de j'évêque d'Hippone, St. Augustin, un des auteurs les plus féconds de l'Eglise latine. ‘“ Dans l’immensité de ses écrits, dans la variété de ses controverses, on voit, dit M. Villemain, ce caractère d’universalité religieuse, reproduit par Bossuct dans les siècles modernes. En effet, malgré tout ce que la rouille du IVe siècle mêle au génie de St. Augustin, la vie et les travaux de Bossuet font seuls comprendre l'évêque d'Hippone avec cette différence que, jeté dans un siècle plein de catastrophes et de désordres, Augustin eut besoin d'un caractère actif et plus hardi et que son imagination effarouchée par tant de désastres fut souvent aussi bizarre que celle de Bossuet est sublime, À quinze siècles de distance, ces deux hommes ont marqué du sceau de leur génie deux grandes époques de l'humanité. On ne retrouve pas dans l'évêque d'Hippone ce beau langage, et ces grâces éloquentes de l'Asie chrétienne. Il ne parle pas pour Antioche et pour Césarée, il est plus sérieux et plus inculte; souvent il est barbare sans être simple, parce que la barbarie d’un peuple en décadence a quelque chose de subtile et de contourné; mais son âme est inépuisable en émotions

(D) Mélanges, tom. 1 page 265.

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neuves et pénétrantes, C'est par là qu’il ravissait les cœurs, qu'il faisait tomber les. armes des mains à des hommes féroces, accoutumés à s’entredéchirer, dans une fête annuelle, Nul art, nulle méthode ne règne dans ses discours. Ils diffèrent autant des belles homélies de Chrysostome que les mœurs rudes des moines d'Hippone s’éloignaient des arts et du luxe de Constantinople” (1)

Les Rétractations de St. Augustin sont à ses ouvrages ce que les Confessions sont à sa vie; il critique avec sévérité ses écrits et juge avec impartialité ses actions. St. Augustin est le créateur de la dogmatique latine, Les ouvrages qui traitent du dogme en général sont principalement son Manuel de la foi, De l'espérance et de la charité, sa Doctrine chrétienne, en quatre livres, son Traité de la foi et du Symbole. Ses œuvres peuvent se partager en sept classes: 1° Ouvrages de philosophie, de critique, de rhétorique, de d’érudition ; 2° Livres sur l’ancien et le nouveau testament; 3° Ouvrages dogmatiques; 4° Ouvrages de controverse; traités contre les Juifs; contre les Ariens, contre les Manichéens, contre les Pélagiens, les Prisçillianistes, les Origénistes et les Donatistes ; 5° Traités spéciaux et livres acétiques; 6° Ouvrages oratoires, Sermons, Homélies ; 7° Lettres.

St. Augustin employa sa vie entière à maintenir la foi catholique contre les attaques de toute espèce, et à la répandre par ses vertus. De tous les points du monde chrétien on lui soumettait chaque difficulté, et l'on employait son savoir et son éloquence contre les hérétiques. Son zèle ne se relentissait pas, et l’on conçoit à peine comment il a pu laisser autant de livres et d’écrits, Il terrassait les Manichéens; il fit condamner les Pélagiens par les conciles ; il confondit les Donatistes dans plusieurs conférences; il écrivit contre les Priscillianistes, mais le plus beau et le plus complet de ses ouvrages, dont l'intérêt subsiste en entier loin de la chaleur des controverses, c'est la Cité de Dieu. Lorsqu’en 410, Rome fut prise par Alaric, lorsque la plus belle partie du monde civilisé était en proie aux barbares, il s’éleva des clameurs contre la religion; le reste des païens et des philosophes se mit à dire que: depuis l'établissement de la religion, le monde était de plus en plus livré à d’effroyables calamités. St. Augustin entreprit alors de démontrer combien l’idolatrie, encore qu’elle fut éclairée par la plus pure philoso-

(1) Mélanges, tom III. page 487:

phie, serait impuissante à donner aux hommes le même bonheur de cette vie, Puis, il explique ce que c’est que la cité céleste, c’est-à-dire l'Eglise de Dieu, qui subsiste là-haut dans toute sa gloire, et dont quelques fragments sont dispersés parmi la cité terrestre, (C’est l'opposition continuelle de l'amour des choses de ce monde avec l’amour des choses divines, et le combat commencé depuis la chute des anges. Presque toute la doctrine de St. Augustin se retrouve dans ce livre; c’est la plus noble peinture de la religion chrétienne ; elle y est presentée, comme dans tous ses écrits, avec une douceur pénétrante, Il semble toujours appeler les hommes au bonheur et à la plénitude de l'âme non pas seulement pour l'éternité, mais encore pour cette vie. Il parlait d’après son expérience ; plein de passions et de scrupules, lui-même n'avait pu trouver le calme que dans cet asile. (1)

La meilleure édition des œuvres de St, Augustin a été donnée en onze volumes in-folio par les Bénédictins ; dans leur Æistoire générale des écrivains sacrés, on trouve une analyse complète de ses œuvres, en deux volumes in4® Dans ses fragments ingénieux et éloquents sur les Pères de l'Eglise, Villemain a consacré un article fort remarquable à St. Augustin.

Le nombre des éditions latines des auteurs sacrés n’est pas moins grand que celui des auteurs profanes. La collection la plus considérable est celle de l'abbé Migne, qui publia tous les écrits existant des Pères de l'Eglise dans la Pathologiæ Cursus. Les écrivains latins occupent à eux seuls 225 volumes, grand in-8.

Ici, finit l’histoire de la littérature latine, L’invasion des barbares, la chute de l'empire romain, la confusion des dialectes sont autant de causes qui amoindrirent les travaux de l'intelligence. La barbarie jeta d’épaisses ténèbres en Occident, mais dans le même temps, la civilisation arabe se manifesta en Orient. C’est là que nous retrouverons l’esprit humain frayant sa lumineuse voie à travers les âges.

(1) De Barante : Ztudes litt. et Iist., vol 2, p. 10.

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