CHAPITRE IV
Les Litteratures Arabe et Persane.
I. LA LITTÉRATURE ARABE : IDIOME—INFLUENCE DU CORAN SUR LA LITTÉRA- TURE ÂRABE—LES ABASSIDES—AAROUN-AL-RASCHILD—AL-MAMOUuN—LEs SEPT PUEMES SUSPENDUS AU TEMPLE DE LA MECQUE=— LEs MILLE ET UNE Nuirs—La SCIENCE, LES LETTRES Er LES ArrTs A BAGpap pu VE, au XE, S1Èèore—Les MAuURES D'EsPAGNE— DÉCADENCE—IT, LA LITTÉRATURE PER- SANE : IDIOME—LIVRES SACRÉS—LE ZEND-AVESTA—LITTÉRATURE PERsANE MonEerNe—Duo XE Au XVE SIÈOLE—FERDOUCY—LES ORIENTALISTES A L'ŒUVRE—LA QUESTION D'ORIENT.
‘“ Les nations de l’Europe, après avoir vieilli dans la barbarie, n’ont été éclairrées que par l’invasion des Maures et l’arrivée des Grecs.””
BaAILLY.
L'arabe, ou branche arabique, appartient à la classe des langues sémitiques, conjointement avec les branches hébraïques, syriaques, médiques, et abyssiniques.
La branche arabique renferme l'arabe, qui comprend: 10. l'arabe ancien, éteint depuis longtemps, et se subdivisant en deux dialectes : l'Hamiar, qui nous est inconnu, et le Koreisch, parlé dans l'Arabie Occidentale et les environs de la Mecque ; 20. l'Arube littéral, ou langue du Coran, dérivant du Koreisch, éteinte depuis longtemps, mais restée comme lyturgique et littéraire chez la plupart des nations mahométanes, Son alphabet est composé de 28 lettres et de 3 points-voyelles; 30. l’Arabe vulgaire parlée dans l'Arabie, la Mésopotamie, la Syrie, l'Egypte, la Nubie, dans les états barbaresques, etc.
Ces dialectes sont peu différents entre eux. Les principaux sont l'Yemen, le Théhama, le Bédouin, le Syrien, le Maronite, le Druse, le
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Mapoule, parlé sur la côte de Malabar, le Chaliale, sur la côte de Coromandel, l’£gyptien, le Mogrebin où Maure, dans les Etats barbaresques ; le Maltais et le Mazarale, en usage jadis en Espagne et qui était encore parlé à la fin du XVITe. siècle, dans quelques localités de l'Andalousie,
Les Arabes ont trois genres d'écriture : le Cowfique, qui n’est plus en usage ; le Meskhi, employé par les Arabes de l'Asie et de l'Afrique orientale, le Maghreby, usité dans l'Afrique du Nord, (1).
La barbarie, c’est-à-dire l'ignorance régnait dans l'Occident ; la population et les richesses étaient disparues, L'invasion des barbares, la tyrannie féodale, les guerres intestines, la multitude et le peu de fixité des dialectes, la répression des libertés de la pensée, toutes ces causes réunies firent naître la barbarie sur les débris de la civilisation romaine, Mais à cette même époque, une nation nouvelle, mue par l'esprit de conquête et d’agrandissement, fondait en Orient un empire considérable, s'étendant sur les contrées des anciens Mages et des Chaldéens, d'où les premières connaissances avaient été répandues sur la terre ; sur la fertile Egypte, longtemps le dépôt des sciences humaines; sur la riante Asie Mineure, où la poésie, le goût et tous les beaux-arts s'étaient développés; sur la brillante Afrique, patrie de l'éloquence impétueuse et de l'esprit le plus subtil : ce fut l'empire mahométan.
Le trait caractéristique de la poésie arabe est son rapide accroissement, Le siècle de Périclès avait été préparé par plus de huit siècles de culture progressive ; le siècle d’Auguste était aussi le huitième de la fondation de Rome ; le siècle de Louis XIV, le douzième depuis Clovis; le siècle d’Al-Mamoun, le père des lettres et l’Auguste de Bagdad, n'est pas éloigné de 150 ans de la première origine de la monarchie,
L'époque la plus barbare ou l’origine du progrès littéraire des Arabes, répond à l'année 641 de notre ère, époque de l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie par Amrou, général du Khalife Omar.
Les premières impulsions véritablement littéraires ont été données à l'Arabie par le Coran. Ce livre n'a pas seulement servi à fonder une foi religieuse mais aussi à créer une littérature nationale, Mahomet s’offrait comme le représentant de l'intelligence contemporaine ; à ceux qui révoquaient en doute sa mission divine, il répondait en donnant pour preuve l’admirable beauté d’un style qui n’est surpassé que par celui des
(1) L. Lalanne : Un Million de faits.
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écrivains de la Bible. Il défia tous ses contemporains, et resta vainqueur dans la lutte. Le prophète, en donnant pour sommet à la pyramide de son édifice religieux, l'unité majestueuse de la divinité suprême, lui avait assigné pour base le respect de la science; partout il établit des écoles. La lecture du Coran devint nécessaire aux fidèles; les sept Kourrai- Sabals, ou lecteurs orthodoxes du Coran, instruisirent les adeptes dans l'art d’accentuer le livre saint, de s'arrêter aux endroits convenables, de reprendre haleine dans certains passages et de s’agenouiller après certaines périodes, mais la rigueur de cette sainte vénération fut fatale; agissant sur des imaginations orientales, elle emprisonna dans une servile enceinte d'observations matérielles et immuables l'étude, toujours progressive pour être féconde. Ainsi, les préceptes que le prophète avait voulu faire servir à l'agrandissement de la science concoururent à l'étouffer, (1)
La famille des Abassides, en montant, en 750, sur le trône des Khalifes, y porta l'amour passionné des arts, des sciences et de la poésie,
Ali, quatrième Khalife après Mahomet, accorda le premier quelque protection aux belles-lettres; son rival et son successeur Moaviah, le père des Ommiades (661-680) leur fut plus favorable encore, Il s'entoura de poëtes et de savants.
A l'extinction de la dynastie des Ommiades, celle des Abassides qui monta sur le trône fut encore plus favorable aux lettres. Le second Khalife de cette dynastie, Mansour (754-775), fit venir auprès de lui un médecin grec qui, le premier, donna aux Arabes des traductions des plus savants ouvrages des Grecs sur la médecine,
L'historien Elmacin assure que le célèbre Aaroun-al-Raschild (786- 809) n’entreprenait jamais de voyages sans amener au moins cent savants À sa suite, Sous son règne, il ne se bâtissait pas une mosquée sans qu'une école y fut attachée. Cet exemple fut imité par ses successeurs. Il n’était pas assez fanatique pour refuser les lumières qui lui venaient d'une autre religion et son grand chef des écoles était un chrétien nestorien de Damas.
Mais le vrai protecteur, le père des lettres arabes fut Al-Mamoun (Mohammed-Aben-Amer), septième Khalife Abasside, et fils d'Aarounal-Raschild, Déjà, du vivant de son père et pendant un voyage au
(1) Etudes Littéraires, J. Cruice, p. 287.
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Khorasan, il choisit pour l'accompagner les hommes les plus célèbres | leurs connaissances, entre les Grecs, les Romains et les Chaldéens, Devenu souverain (813-833), il lit de Bagdad la capitale deslettres. Les études, les livres, les savants, étaient l’objet presque unique de son attention. Les lettrés devenaient ses favoris: ses ministres n'étaient occupés que des progrès de la littérature, et l'on eût dit que le trône des Khalifes avait été élevé pour les muses. I] appelait à sa cour, de toutes les parties du monde, tous les savants dont il découvrait l’existence ; il les y retenait par des récompenses, des honneurs, des distinctions de tout genre. Il rassemblait des provinces sujettes, de la Syrie, de l'Arménie, de l'Egypte, tous les livres importants qu’on pouvait y découvrir ; c'était le plus précieux destributs. Les gouverneurs de province, tous les employés de l'administration étaient chargés, avant toute chose, de recueillir les richesses littéraires des pays conquis, pour les porter au pied du trône, On voyait entrer dans Bagdad des centaines de chameaux chargés uniquement de manuscrits et de livres, et tous ceux qu'on croyait propres à augmenter l'instruction publique étaient aussitôt traduits en arabe, pour être mis à la portée de tout le monde. Des maîtres, des censeurs, des traducteurs, des commentateurs de livres formaient la cour d’AI-Mamoun, qui paraissait bien plutôt une docte académie que le centre du gouvernement d’un empire guerrier. Les sciences étaient, avant tout, favorisées par le Khalife; la philosophie spéculative pouvait s'exercer sur les plus hautes questions, malgré la défiance jalouse de quelques Mu. sulmans fanatiques qui accusent le Khalife d'ébranler ainsi l’islamisme, La médecine comptait sous son empire plusieurs de ses plus illustres docteurs. Le droit lui avait été enseigné par le célèbre Kossa, et comme c'était aux yeux des Musulmans, de toutes les sciences, la plus religieuse, c'était elle à laquelle ses sujets se livraient avec le plus d’ardeur ; tandis qu'Al-Mamoun était dominé par son goût pour les mathématiques, qu'il étudia avec de brillants succès. Il entreprit la grande opération de mesurer la terre, et il ia fit accomplir à ses frais par ses mathématiciens. (1)
Il y eut alors une véritable fièvre pour l'étude ; point de village qui n'eut son académie, A côté de Bagdad, s’élevèrent et se rendirent remarquables dans les sciences, les lettres et les arts, Bassora et Cufa.
( S. Sismondi : De la littérature du Midi de l'Europe.
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Balkp, Ispahan et Samarcande étaient également des foyers de sciences, Le même zèle avait été porté par les Arabes loin des frontières de l'Asie, Le juif Benjamin de Tudele, rapporte dans son Itinéraire, avoir trouvé à Alexandrie plus de vingt écoles pour. l’enseignement de la philosephie. Le Caire, les villages de Fey et de Maroc, avec leurs immenses bibliothèques, surtout l'Espagne, furent le siège des sciences arabes, Cordoue, Séville, Grenade se disputèrent la magnificence de leurs écoles et de leurs bibliothèques. En sorte que, dans la vaste étendue de la domination arabe, dans les trois parties du monde, le progrès des lettres avait suivi celui des armes et la littérature conserva tout son éclat pendant cinq siècles, depuis le IXe jusqu’au XIVe siècle.
Les études philologiques ne furent pas négligées en Arabie. De bonne heure, on s’occupa le perfectionner l'instrument de la pensée, la langue. Deux écoles rivales, celle de Bassora et celle de Cufa, qui fournirent un grand nombre de savants, analysèrent avec subtilité toutes les règles de la langue arabe.
Les traités sur la grammaire ct la rhétorique sont nombreux. Casiri a compté et cité plus de 300 Codices sur ces matières dans la seule bibliothèque de l'Escurial. Les auteurs les plus renommés sont : Ibn-Kotaïbab (829-890) qui s’est fait connaître par un Livre des notices, ses Explications du Koran et surtout par son Code d'Instruction, ou traité des divers genres de style et d'éloquence ; Salah-Eddyn, connu par son traité de Ecrivain et du poëte ; etle plus célèbre d’entre eux, Malekben-Anâs (825) dont les principaux ouvrages philologiques sont la Buse des paroles, la Pureté de la langue arabe, une Prosodie, un Art de bien lire, de,
A l'étude de la grammaire, on joignit celle de la rhétorique. Du temps même de Mahomet, l'éloquence avait pris quelqu'importance. Nul doute qu'à cette époque apparurent un grand nombre de véritables orateurs qui, convaincus de la loi nouvelle, s'adressèrent aux anciens pour les entraîner dans leurs convictions. Peut-être même est-ce le cas de dire que l’éloquence de cette époque était plus véritable que celle des rhéteurs arabes ou de leurs fameuses écoles. L'éloquence politique n’exerça jamais chez eux une véritable influence, vu la forme autoritaire de
leur gouvernement, Mais, en revanche, l'éloquence académique ct l'éloquence de la chaire furent beaucoup cultivées. Les philosophes arabes ne laissaient pas passer une occasion de développer devant les assemblés