‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 90 sur 221 · SCIPION MAFFEI · texte numérisé non relu

SCIPION MAFFEI

“ La pauvreté vaniteuse de la littérature dans le cours du XVIIe. sièele, dit Cantu, se releva, grâce à l'ennui où l’on était du genre pastoral; elle n'eut pourtant pas le bon esprit de recourir à la nature et à la source inépuisable des sentiments: elle se releva avec l'aide des Trecentesti et des Cinquecentesti, de Pétrarque principalement. Les écrivains ne lui empruntèrent pas seulement l’art, mais encore ses pensées, et sa pureté sans vigueur, pour en tirer une forme classique, sans rien de solide. Pleins d’estime pour eux-mêmes et faisant peu de cas du publie, ils visent à la rime, évitant d'écrire les choses naturellement. I] en résulta des compositions minaudières, une petite élégance maniérée, une loquacité artificielle, une science de parade et l’on se figura qu'il suffisait pour grandir un sujet trivial et fantasque de le revêtir d'expressions sonores. La littérature italienne fut envahie par l’'emphase et le bouffon, deux genres détestables. Ce ne fut que bergeries, chants burelesques, recueils de poésies pour noces, réceptions de docteurs, prises d'habits ; des amours, des dépits, qui ne venaient jamais du cœur, mais de la tête. On débutait alors par faire des sonnets pour les recueils comme aujourd’hui des articles sentencieux dans les journaux; heureux ceux à qui leurs productions valaient un diplôme académique ! Quelques-uns ont le ton harmonieux, l'expression pure : leur prose a de la noblesse et de la magnificence, leurs vers de l'harmonie ; mais jamais on y trouve de passion ou d’éloquence véritable. D'autres opposaient à la recherche fastidieuse des Scientisti, une abondance facile qui n'était pourtant pas naturefle.”

Au nombre de ceux qui unirent leur efforts pour faire triompher le bon goût, il faut citer le Marquis Scipion Maffei, né à Vérone, en 1675. L'histoire, l'archéologie et les sciences physiques attirèrent de bonne heure son attention. Il composa un poëme sur l'union des vertus

D 2 er

} Jui

à aÉe rebte Le née ee 0 RER EE EE —

re > ve mi ie add : OST a

Sr PES

humaines et il réunit dans un recueil les meilleures pièces théâtrales du XVIe. siècle. Il chercha dans sa tragédie de Mérope à concilier, ou plutôt à éviter les défauts des théâtres grec et français. Jamais tragédie n'eut un succès aussi merveilleux, Elle parvint à sa soixantième édition, On peut dire que c’est la première tragédie remarquable qui parut en Italie. Dans sa Vérone illustrée, Maffeï s’est élevé du cadre étroit où semblait le restreindre son sujet pour développer avec science quelqueunes de ses idées sur le moyen-ige, Son Histoire diplomatique est une impulsion donnée à l'art critique. Il s'élève avec force contre l'astrologie, la magie et les autres erreurs grossières qui attardaient le progrès de son siècle. Son Æistoire de la grâce divine lui valut la disgrâce des jansénistes,

Le père Concia voulut le signaler comme hérétique à l'occasion de son Traité des théâtres anciens et modernes, mais Benoit XIV, lui écrivit : “ Il ne faut pas abattre les théâtres, mais chercher à mettre autant que possible leurs représentations d'accord avec la morale chrétienne.” Maffei s'essaya vainement dans la comédie,

Comme on le voit, Maffeï, le Sophocle de l'Italie, comme l'appelait Voltaire, a écrit sur toutes sortes de sujets. C’est peut-être là ce qui a le plus nui à l'entière perfection de sa Mérope, qui, conçue avec simplicité et pureté annonce l'intelligence de l'antiquité, mais qui n’a pas cette perfection de forme qui perpétue les ouvrages.

I] mourut à l’âge de 80 ans, en 1765.

Page 1