‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 91 sur 221 · GOLDONI · texte numérisé non relu

GOLDONI

Carlo Goldoni naquit à Venise en 1707. A l’âge de 8 ans, il avait déjà ébauché une comédie dans le goût romanesque qui était alors à la mode.

Il étudia la médecine, prit ensuite le petit collet et la tonsure, puis, fut définitivement jeté au barreau et reçu avocat.

Peu d'hommes sont doués par la nature d’un talent aussi universel, mais il ne le cultiva jamais. On ne saurait trop blâmer sa nonchalance et son insouciance. On sent, en lisant ses comédies, qu’il pouvait satisfaire davantage les exigences du lecteur. Parfois, son génie se découvre et laisse, en ces rares endroits, des éclairs qui suffisent rarement pour illuminer ce qui suit ou ce qui précède.

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Le théâtre italien n'était qu'une représentation froide, sans art, et sans liaison, On brodait des canevas et la faconde d'un acteur improvisait et faisait le dialogue. Les masques, les arlequinades, les pasquinades, les facéties triviales, les allusions blessantes, et un gros rire grostesque étaient en vogue. Goldoni, en homme de goût, reconnaissait tout ce qu’il y avait de défectueux dans une telle représentation. Mais son insoucianc naturelle l’astreignit à ces nécessités ou plutôt à ces vieilles coutumes locales, en dépit de sa bonne volonté et de ses connaissances,

Obligé de quitter sa patrie, il se fixa à Paris où il composa le Bourru bienfaisant qui est peut-être son chef-d'œuvre, avec l'Avare fastueux, pièce de beaucoup inférieure à la première. Le nombre de ses comédies s'élève environ à cent-cinquante.

“ Il ne possède pas, observe un critique de sa nation, une grande variété, ni l’art de tracer fortement les caractères ; il peint non pas la vie, mais la société qui applaudit tout ce qu’il ya dans l’homme de rude et de caractéristique; d’où il suit que celui qui vient le représenter est réduit à la fatuité des hommes, à la coquetterie des femmes, à la lutte des vanités frivoles, En effet, Goldoni retrace des mœurs toujours triviales, des passions superficielles, des hommes misérables, fanfarons d'honnêteté, des femmes sans délicatesse, des physionomies dépourvues de ce caractère général qui seul peut leur donner une valeur réelle et durable. Mais personne ne manie mieux que lui la scène et le dialogue, personne n'indique mieux dans les caractères, quoique les siens soient toujours prosaïques, ce mélange qui se rencontre dans la société, sans courir à des exagérations romanesques. On ne trouve nulle part cette abondance familière de style. L'époque où il vécut nuisit aux talents de Goldoni. Le théâtre était livré aux entrepreneurs désireux d'attirer la foule, en flattant ses goûts vulgaires ; les funestes effets du divorce entre les écrivains et le peuple se sentaient plus vivement dans l'art dramatique. Les gens de lettres faisaient des comédies d’après les règles d'un art froid, conventionnel, que personne ne lisait et qui endormaient à la représentation, Le peuple avait pour fournisseurs des gens de métier, qui ébauchaient des canevas de comédie à sujet, dont les acteurs improvisaient eux-mêmes le dialogue, en mettant en scène des personnages, sortes de types généraux qui revenaient dans toutes les intrigues. Les acteurs étaient des tailleurs, des cordonniers,

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