‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 94 sur 221 · ALFIERI · texte numérisé non relu

ALFIERI

Le comte Vittorio Alfieri naquit à Asti, dans le Piémont, en 1749.

Ses études terminées, il se livra au droit, prit du service dans l’armée et passa le reste de sa vie À voyager.

C'était une de ces natures fortement trempées, qui veut goûter de tout, qui peut tout sacrifier pour goûter davantage, qui se dissipe follement dans le plaisir, l’extravagance et l’intempérance. Aristocrate, passionné pour la liberté, il la voulait telle qu’on la préchait alors : abstraite, fière, sauvage, Cet objet de son culte se dépeint même dans son caractère. Victor Alfieri méprise tout ; il se fâche contre son pays, contre l'influence française, contre tout ce qui lui tombe sous la main ou s'offre à ses yeux, contre lui-même, Cette rage parut de l'originalité et il eut des adeptes, Mais Alfieri ne pouvait être chef d'école, quoiqu'il en eut les talents.

Son plan de réformation pour réagir contre l'influence française n'était pas assez tracé. Il dut changer trois fois de tactique. Ses réformes sont purement négatives, et il s'appliqua surtout à retrancher le secondaire, et ce qui tendait à l'effet, sans rien ajouter à la place. Aussi, 88

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tragédies ne sont-elles que des squelettes, Pas une fleur, pas une épisode même sortent du sujet : le but, l’unité rigoureuse, voilà ce qu'il voulait.

Alfieri était pourtant un homme de goût. Il connaissait ses défauts, voyait ce qui lui manquait, Son caractère altier et tout plein de raideur l'empêchait de se corriger et il préférait rester original plutôt qu'imiter les grands maîtres. Le Satl est peut-être son chef-d'œuvre, justement parce qu'il n’a pas dédaigné les particularités qui nourrissent l’action principale.

Il était déjà avancé en âge, lorsqu'il entreprit l'étude de la langue grecque. Homère devint son poëte favori. Si grande fut son admiration pour le poëte épique grec, qu’il institua l’ordre d’Homère.

Il laissa une traduction de Salluste et de l’Enéide, voire même des tragédies grecques et latines, des Comédies politiques, un Panégyrique de Trajan, un Traité du Prince des Lettres, l’Etrurie vengée, et Misogallo, mélange en prose et en vers.

Le principal mérite d’Alfieri est d’avoir perpétuellement parlé de l'Italie. Ce qu'il aimait le plus, c'était sa patrie, ce qu'il chérissait le moins, C'était la France. Il imprima donc à la poésie une couleur locale, qui, à première vue, passait pour être originale, S'il eut plus aïmé son siècle, s’il n’eut pas cherché dans l'antiquité ce que son époque pouvait lui offrir, si son style était moins dur, moins déclamatoire, si le travail ne s’y faisait pas sentir, et s’il ne se fût pas si rigoureusement astreint au principe des trois unités, on pourrait le regarder comme un véritable novateur,

On cite comme son chef-d'œuvre Antigone, pièce imitée de Sophocle,

Alfieri s’est cru exempt d’enflure, parce qu’il n’a aucune pompe recherchée d'expression, aucune vaine rodomontade, aucune image gigantesque ; mais il peut aussi y avoir de l’enflure dans des sentiments toujours tendus, toujours âpres, toujours exagérés, qui s'expriment avec un laconisme, sublime s’il est rare, prétentieux toutes les fois qu'il est prodigue. Il devint chef d'école en Italie ; il y a fait une révolution dans l’art théâtral. Ses principes ont été en quelque sorte adoptés par le public. Le ridicule dont il a couvert les confidents est ineffaçable, les coups de théâtre rebattus, les poignards suspendus sur la tête des ôtages, et les passions d'opéras n'oseront plus se montrer dans la tragédie, L'Italie enfin a adopté comme poésie nationale le genre austère, éloquent et rapide, mais nu que son seul poëte tragique lui ait donné. La Révolution a favorisé la renommée d'Alfieri; ses œuvres ont été imprimées, ont été

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représentées dans des pays où jamais auparavant on n’en avait permis l'impression ou la représentation. (1)

Il mourut en 1803, âgé de 54 ans.

Parmi ceux qui travaillèrent avec Alfieri pour le théâtre italien, sans pouvoir s'élever comme celui-ci à la hauteur de la tragédie, on cite Albergati Avelloni dont la pièce, Le médisant, se recommande par la naïveté des caractères et la vivacité du dialogue ; Sograto, Gualzetti et Federici, qui laissa 56 drames du genre mixte généralement estimés et imités par la scène française.

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