‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 95 sur 221 · MONTI · texte numérisé non relu

MONTI

Vincent Monti naquit à Fusiguano, près de Ferrare, en 1753, et mourut en 1828.

“Il représente, observe Cantu, le côté pompeux dela littérature à l'antique. Ce fameux abbé de l'académie des Arcades, au milieu de tant de poëtereaux semblables à des oiseaux en cage que le moindre bruit excite à chanter, célébrait à Rome les odes Calchi ct les Braschi, les mariages et les fêtes, s’habituant à s'inspirer des circonstances, ce qui valut tant de charme à ses productions, tant de reproches à son caractère. Une élésance incomparable, une phrase irréprochablement classique, des images brillantes, des périphases combinées avec art, une savante combinaison de syllabes d'où résulte une période aussi large qu’harmonieuse lui donnèrent des admirateurs et beaucoup d’envieux. Nous ajouterons à ces qualités l’art de dire les choses nouvelles, d’une manière antique, poétiquement les choses positives, comme il fit dans la Beauté de l'Univers et dans l’ode en l'honneur de Montgolfier.”

I] laissa une traduction de l’{lliade, des poëmes, la Basviliana, la Mascheironiana, écrits en Terzine ; trois tragédies: Galeotto Manfred, Aristodème, et Cuïus Gracchus, qui passe pour être son chef-d'œuvre; une longue dissertation sur la langue italienne, intitulée: Additions et corrections au dictionnaire de la Crusca. Il était encore jeune, lorsqu'on le surnomma du gracieux titre de Dunte poli.

Chez Monti la forme est tout, et tout son mérite est dans l'expression, Quelle versatilité dans ses écrits! tantôt il chante le vainqueur, tantôt le vaincu ; ici, il encense un parti, plus loin il le dénigre; ce défaut était

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g celui de son siècle et de l'école qui le comptait parmi ses adeptes. ë Monti était venu trop tôt pour lutter avec les préjugés de son époque. Ha À Manzoni était reservé l'honneur de guider l’école moderne,

\ : MANZONI. 30 à Manzoni naquit à Milan, en 1784. , Son père, quoique comte, était 9 un homme sans instruction, mais sa mère était fille de Baccaria, î l'auteur du traité des Délits et des Peines. Entraîné vers le catholicisme, A ilen embrassa les principes les plus absolus, et c’est à ce changement d'idées que nous devons cette poésie lyrique pleine de ferveur et d’élévation qui distinguent les Hymmes sacrées.

de Il se fit connaître au public par une pièce de vers sur la mort de Ra) je Carlo Imbonati, un ami regretté de sa famille. 4 à Ses premiers essais se ressentent de l’école ancienne, Mais le bon f| e goût de Manzoni s’augmentant et s'épurant chaque jour, il reconnut ni j bientôt tout le vide de cette école. Il devient le chef de l’école moderne ji ou romantique, en se dévoilant par une simplicité toute originale, dans ù ses Hymnes sacrées: le Nom de Marie, le jour de Noël, la Passion, la ‘ Résurrection, la Pentecôte, et dans son traité religieux: Sulla Morale à Catholica.

: Son ode: le cing Mai, sur la mort de Napoléon Bonaparte, est regar- . D k dée comme une des plus belles productions du siècle, Ka tragédie : ARE d le comte Cormagnola, et celle d’Adelchi, lui valurent des envieux. SRE à [3 : Son plus beau titre littéraire est son roman, Les Fiancés, qui parut (3 M 6 en 1825. A propos d’un amour de village, l’auteur trace un tableau qu, | complet de la société italienne au XVIL. siècle. Walter Scott, le grand ALES ds romancier de l’Ecosse, n'a pu retenir son admiration. Manzoni peint Li 18 a L la vie intime avec une perfection rare, On a traduit dans toutes les re 1 ; langues cette touchante histoire; tous les personnages en sont restés sn É populaires; ce sont autant de types et de caractères originaux, conçus ER Hi avec vigueur et rendus avec une variété de ::yle qui fait les délices © .4 ‘J,58 orcilles italiennes. Naïveté, ironie douce et bienveslante, familiarité RAR A | k digne, éloquence tour à tour simple et majestueuse, tout dans ce roman MES E e concourt, malgré quelques longueurs, à un admirable ensemble, Fi] L Arrivé à la maturité de son talent, Manzoni se tut, et-pendant 25 ans garda le silence. Des pertes douloureuses, l’ingratitude de ses concitoyens, Al

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des changements politiques, furent autant de causes qui le retinrent dans la retraite. En 1841, il éléva de nouveau la voix et publia ga Storia Della Colonna infame.

Autant l'imagination l'emporte dans les poésies de Monti, autant la réflexion la remplace chez Manzoni. Le premier peint plus qu’il ne pense, le second pense plus qu’il ne peint. L'un cherche l'idéal, l’autre s’occupe plus du réel; Monti étonne, Manzoni satisfait, Le grand mérite de Manzoni est d’avoir créé une poésie lyrique nouvele et renouvelé complètement la littérature nationale, en la retrempant aux sources romantiques. La réforme, prêchée en Allemagne par Schlegel, accomplie par Gœthe et Schiller, pénétra en Italie presqu'en même temps qu'en France. Fatigué des timides essais de Foscolo et de Silvio Pellico, il fit paraître en 1820 sa tragédie romantique Le Comte de Carmagnole qui lui attira de vives critiques. Malgré tous ces ouvrages, qui ont fait une gloire durable à Manzoni comme poëte lyrique, comme romancier, et même comme poëte dramatique, il a exercé une plus grande influence sur la langue à laquelle il a donné plus de souplesse, de variété et d'élégance. Il s’est surtout efforcé de ramener à l'unité d’une langue littéraire nationale, en les reprenant à leur source, les nombreux dialectes italiens qui ont privé les œuvres modernes de l'unité des siècles classiques. Il recommanda en 1868, au sénat, où il avait été appelé à siéger, l'emploi du dialecte florentin. Il mourut peu de temps après.

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