‹ Histoire abrégée de la littérature romaine, [microform]Chapitre 10 sur 39 · L\ POÉSIE · texte numérisé non relu

L\ POÉSIE

a] i.r. Tni':.vTnn

La comédie populaire nationale continua bien d'exister, mais en s'elïarant de plus en plus devant le drame grécisant. La sature et l'atellane ne disparurent pas, il est vrai ; mais on ne les joua plus qu'à titre de pièce accessoire (exodium i avec Je drame littéraire; et, à cet effet, on s'y conforma aussi aux règles de l'art. Cette traiiï^tbrmation, accomplie vers la fin de cette période (l)l) av. J.-C), est due à deux poètes que nous ne connaissons pas davantage: No vins et L. Pomponius. Il arriva, comme l'exigeait la nature de ces farces, qu'elles conservèrent un caractère po- P"l^ire, propre à exciter l'hilarité générale, grossier, \ par conséquent, et obscène ; elles gardèrent aussi certaines figures invariables et certains thèmes traditionnels (railleries à l'adresse de diverses professions, ; comme celle de foulon, de paysan, de proxénète ; en '

^ outre, excursions du côté de la mythologie).

Le drame grécisant eut beaucoup plus d'importance. C'est d'abord pour Rome un fait significatif que, mal-

I gré de nombreuses productions tliéatrales, malgré !

j l'admission des femmes au spectacle, la gratuité des

i représentations et le grand nombre des spectateurs, il

maaâj^ a*âifai*M!8Hf If lahWBBriMwlMi

I n'y eut pas, pendant cette période, de théâtre permtî- + nent et commodément installé ; — le premier théâtre de ce genre fut élevé par Pompée en J3(; av. J.-C. ; — en outre, la profession d'acteur étant regardée comme déshonorante, il n'y avt/it que les esclaves et les affranchis qui parussent sur la scène. D'ailleurs, le drame littéraire ne s'adressait qu'à des gens d'un goût encore peu délicat, peu capal)lcs, par conséquent, d'apprécier les sujets sérieux et profonds ; aussi ce fut la comédie «lui prévalut définitivement sous la forme

f delà fabula palliata, ou comédie composée d'après des modèles grecs. Ce genre trouvait ses modèles dans la nouvelle comédie attique du troisième et du quatrième siècles, comédie dont les principaux représentants étaient Ménandre, Philémon et Diphile.' L'in-

^ trîgue de ces pièces consistait ordinairement en une

4 histoire d'amour ; les caractères sont, en quelque sorte, stéréotypés ; ce sont des pères, tantôt avares et sévères à l'excès, tantôt indulgents et généreux ; des jeunes gens frivoles ou vertueux; des parasites;^ des courtisanes trompeuses, mais fidèles aux jeunes gens qui les aiment ; des esclaves qui rendent de

J bons offices. Les sujets sont empruntés à la vie journalière, sans idéal élevé, et sans allusion poU-

^ tique ; le fonds est généralement vrai, à la portée de tous, se prêtant à une application facile et d'autant plus convenable pour Rome, que les allusions po- -f 4- htiques n'étaient point tolérées sur la scène. Au reste,, bien que la palliata eût un fonds grec, l'élément romain, cependant, n^ faisait pas défaut. L'économie de la pièce était entièrement grecque ; il n'y avait pas de chœur ; le texte se divisait en dialogues (diver-

- bium), et en parties chantées avec accompagnement

de flûtes (c^ntica), le mètre est ordinairement ma- n^ nié avec sm]£[esse, mais il n'est pas fixé définitivement. Suivant leur plus ou moins de vivacité, ces pièces se divisaient en fabulae motoriae (surtout chez Plante), statariae et mixtae. Assez fréquemment, on arrangeait une pièce latine avec des emprunts faits à deux ou à plusieurs pièces grecques ; c'est ce qu'on appelait cpntaminare. " ;^

Les principaux représentants de la palliata sont : Livius Andronicus (284^204 av. J.-C), amené dans sa jeunesse comme prisonnier de guerrre à Rome, où il fut ajTranchi par un certain Livius (L. Salinator?); il composa des comédies, des tragédies et des poésies épiques (cf., § 9, l'Epopée) ; il fut en même temps acteur ;

— Q. Ennius (cf. § 9);

— Cn. Naevius, 264-194, natif de Campanie, condamné à Rome à la prison, puis à l'exil, "à cause de sa hardiesse politique, mort à Utique ; sa première pièce fut représentée en 225. Naevius était un homme d'un talent populaire, actif et audacieux ; il avait conscience de sa propre valeur, comme le témoigne l'épitaphe en vers saturniens, qu'il s'était lui-même composée :

hiinoi-talos mortalos [[ si forot fas flore. Fièrent divae Gameiiae || Naeviiiiii })oetam. Itaquo ijostqiiain est orcino || traditus tliesauro, Obliti sunt Homai |l lo([nier linj^ua latiiia.

T. Maccius Plautus (1) joue un rôle beaucoup

(1) • C est le vrai nom du poète qu'il n'est plus permis de mettre en doute après les travaux de M. RitschI et les discussions récentes qu'a soutenues M. Martin Hertz'. (E. Benoist.t Morceaux choisis de Haute 2' édit. p. XX""cre la notice sur ^lauie). On a longtemps nommé Plaute Marcus Accius : vov. i la réfutation développée de cette erreur dans l'édition du Rudens de E. B«noist, p. 79-82.

plus important. Né à Sassina, en Ombrie, sorti de la classe inférieure, et réduit à Rome par la pauvreté à des occupations serviles, il travailla comme valet dans une troupe de comédiens, et comme manœuvre dans un moulin ; il écrivait pour gagner sa vie (cf. Hor.

+ épist. IL 1. r/T)! ; il mourut en 184. ToiUes ses pièces

-^ sont des palliatae. Sur KiO environ, qu'on lui attribuait, le savant Varron n'en considérait comme authentiques que '21, <|ui nous sont toutes conservées, moins une. En voici les noms: Aniphitnw (parodie mvlholo,iTii[iie. ou ["hiiln rhinloniaV. ; — Asinaria (la comédie des àiics; , — Aululanu (la comédie delà Marmite ; ressemblance avec VA rare de Molière) ; — Bacchidcs (les deux Bacchis); — Captivi (sans intri- I gue amoureuse, pièce très-morale, et, d'après Lessing,

-fia meilleure qui ail jamais paru sur la scène); — CifrcuUo (le Charançon, nom donné au parasite) ; — Cachai ! nom [noprei ; — Cùtellaria (la Cassette, conservée en partie); — Epidicus (n. pr.) ; — Mostellaria (la comédie du revenant); — Menaechmi (n. pr.,

■t pièce imitée par Shakespeare dans sa t Comédie des Erreurs » ) ; — Mile^ gloriosus (le soldat fanfaron, — imitée par A. Cfryiihius dans son Horrihilicribrifax) ; — Mcrcittor : — Psciulolus (n. pr.) ; — Poenulus (Célèbre par quelques passages en langue punique); — Persa ; — lludens (le Cable) ; — Stichus (n. pr. — conservf'H^ on partie) ; — Trinummiis (le Trésor) ; — TruculciiLus (le Bourru). — Les meilleures de ces pièces sont les Bacchides, les Captifs, l'Aululaire, les Méneclmies et le ailles Gloriosus.

Pour caractériser le talent de Plaute, on peut citer son é[>itaphe dont il est l'auteur présumé :

Postquam est mortein aptiis (adeptus) Plautus, comoedia

[luget, Scaona est déserta (ac) deiu risns jocus ludiisqiie

Et nmiK'i'i iiHiunuM-i siniul omnes collaiiiiiiariint.

Plante se distingue par les plaisanteries populaires + qu'il a toujours sous la main, bien appropriées au goût d'un public grossier, par un comique saisissant et naturel, par la vivacité du dialogue, et par une grande habileté dans le nianiement de la langue et du mètre. En revanche, le pjan et l'exposition de'ses pièces ne sont pas toujours irréprochables. Au point de vue prosodique, le vers de Plaute occupe une posirtion intermédiaire entre le rythme saturnien et le vers if I grec ; le poète manie les mèti-es avec une liberté qui trahit rinfluence du langage populaire. Plaute fut hautement apprécié à l'époque suivante, surtout par Cicéron et par Varron ; il était bien moins goûté par Horace (cf. epist. II, 1, i;o sqq. — Art. poét. 270 sqq.) — Plusieurs de ses pièces, entre autres les [Çajnifs, furent fréquemment représentées après lui, et ' pendant longtemps étudiées dans les écoles. — (Editiens classiques avec commentaire : Trinummiis, Captivi, Menaechmi, par J. Brix, Leipzig, Teubner: — Mostellaria, Miles i/loriosas, par F. Lorenz, 13erlin, Weidmann (1).

(1) KdUioiis <Ie Plante: Morceaux dio\s\f> publies avec une préface, une notice sur la vie de Plaute, des remarques sur la prosodie et la métrique, des arguments et des noies en français, par E. B<3noist, 2e édit. Paris, 1877. — Les mêmes 4'

étude sur la mctrique et la prosodie de Plaute par E . Benoist, Paris,

v«»o, ^w/ i^t. j-^ciiuisi, ^^ euu. x'ans, 10/ /. — j^es i morceaux choisis traduits par E. Sommer avec une sur la mctrique et la prosodie de Plaute pa^'E. Benoist, 1873. ^

L'Aululaire, avec 7%otes en français par E. Benoist, 5* tirage, Paris, 1878 ; la Cistellaria, notes en latin par le même ^ 18(13 ; le Ruilens, préface et commentaire en français par le même, 18(14.

oo

p. Terentius était un peu plus jeune que Plaute. Né à Carlhage en l^r», et amené à Rome comme

:ivp, il fut affranchi et admis dans la société de Scipion r Africain et de C. Laelius (de là, la tradition 1 qui faisait de ces derniers les auteurs de ses pièces) ; il mourut en 1.7.), durant un vova<?e en Grèce. Il nous reste de Térence six palliatae. imitées pour la plupart t de }klénandre, et «jénéralemeiit conlaminées : — Andrid (rAiidricnne) ; — Kunuchus (l'Eunuque, pièce honorée d'une récompense de . 8,000 sesterces) ; — I fcinitonlimorumenos (1) (le Bourreau de soi-même), — Phormio^ — Hectfni (la Belle-Mère K — Adelphi(Ti V (les Frères, la ineilleure piècedeTérence). — Térence . l'ait souvent contraste avec Plaute : Plaute reproduit au naturel le langage du peuple, Térence la conversation d'une société choisie ; Plaute se montre original, son esprit inventif éclate en saillies, Térence a le don de l'adaptation et de l'imitation, il est homme de réflexion et d'étude ; chez l'un, c'est la nature avec sa

+ { -le'

T. Macoi Plauti comoediae, Alfr. Fleckoisen, 2 vol. contonant, le V : V Amithitrijon, 1rs Captifs, le Miles gïoriosus, le Rtiff^'mt. Ir Trinummus ; * le 2" : VAsinaria, les liacchides, le l'seudolus et le Stichiis ; — le texte seulement.

— L.s .•ditions citées par M. Bender sont annotées en allemand : il V a des éditions, avec notes en an^îlais par W. W a K n e r , du Trinummus { Cambridge, 1875), de VAululaire (1870), drs Mcnerhmesmi^).

Une vieille édition de Plaute, très célèbre et très utile, est celle do Paré us, U119; de nos jours, grande édition critique de Ritscliirrontinuée après sa mort par ses élève;^. — Traduction de Nni'î'^t, 4 vol. 2* édition, 1 Si. "j.

(1) D'après iientleyet W. Wagner, il vaut mieux écrire Hauton Timorumeros : en grec exjTiv, avrôv. Cf. Wagn., p. 367 de son édition de Térence.

(2) C'est Adelphoe qu'il faut lire, oe représentant oi;

rudesse et ses vivacités, avec une action pleine de

IbouiTonneries, mais qui intéresse toujours, chez l'autre un art exquis et étudié, une complète tranquillité. I En général, il manque à Térence virtus ac vis comica (1). il est surtout caractérisé par une diction élégante et soignée, par une allure d'une bienséance continue, par un p]an méthodi(pe, et par laj3einture correcte des caractères. Ces qualités en firent un auteur favori du moyen-âge, en même temps que la lïToralité de son théâtre le faisait lii^e et représenter fréquemment dans les écoles. V Eunuque était traduit en allemand dès 14(SG ; toutes ses pièces le furent en 1499 (2).

même chez Cicéron, canephoroe.

(1) Allusion à répi{?ramme de César. Mais ce dernier n'a point reproché à Térence de manquer de la « force comique » voici les deux vers :

j Lonibus nLquo utinam scriptis adjuncta forot vis | I Comica ut a(M{iiato viilus pnllcrct honore ! |

On met i)arfois une virgule après comica^ d'où la citation fréquente de l'expression vis comica que César n'a pas voulu employer ; comica porte d'une manière évidente sur virtus. César regrette qu'à la douceur Térence n'ait pas joint la force, parce que la valeur comique de ses pièces y gagnerait .

(2) Editions de Tërence : complète, le texte scidementy D z i a t zk o , Leipz . , 1884 ; — avec un commentaire en anglais j W. WagJier, Cambridge, 1809.

L'Andrienne, préface et notes en français par E- Benoist, Paris, 2- édit, 1885.

Les Adelphes, avec introduction et notes en français sous la direction de E. Benoist, par J. Psichari, Paris, 1881 ; — avec un commentaire explicatif et critique en français par F. Plessis, Paris, 1884.

Avec des notes en allemand : l'Andrienne et les Adelphes, édit. Spengel, Berlin, 1875 et 1879; le Phormio et les Adelphes, édit. Dziatzko, Leipzig, 1874 et 1881; Hauton timorumenos, édit. W. Wagnjer, Berlin, 1872.

L'édition de Rh. KJotz, 2 vol., Leipz., 1838-40. reproduit le commentaire de Do nat; édition critique d'U mp fenbac h, Berlin, 1870. — Traductions de Mme Dacier, 3 voL, Amsterdam, 1724. ■ '" "'" '^ "' ■" - ^ ■'■ ' ■ -' -

Il y eut encore d'autres auteurs de palliatae : Sta- + tms Gaecilius, du pays des msubres, qui fut amené à R(^me comme prisonnier de guerre, et qui semble devoir se placer, aussi bien par la date que par sa valeur poétique, eiitre Plaute et Térence ; 4- Luscius Lavhiiiis (ou Lanuvinus), rival et ennemi de Térence ; et d'autres.

^ ^ î A (('.tt' de la palliata, qui avait pour elle toutes les ' . préférences, |)arut la comédie iiationale, la fabula togata. Celle-ci avait pour objet de décrire la vie des délasses mlerieures, et surtout l'esprit des petites villes municipales. Comme on n'osait pas faire paraître sur la scène les citoyens de Rome, la pièce se passait habituellement dans une ville du F.atium. Il nous reste i- -^ tort peu de fragments des togatae; les principaux représentants de ce genre étaient 1M t i n i u s contemporain de Térence, T. Quinctius Atta, mort en 77, et -l- avant tous les autres, L. Afranius qui Hérissait vers l'an 10(1 av. J.-C. (1).

Les tendances précisantes de l'époque dominèrent aussi dans la tragédie ; cependant camme les frais de

4 ^'à représentation étaient plus considérables, et que le

pulilic cherchait avant tout le divertissement et le plaisir, la tragédie fut naturellement moins cultivée que la comédie. D'ailleurs, les auteurs tragiques à ' Home ne trouvèrent pas le vrai ton qui convenait au genre : chez eux, la gravité et le pathétique dégénéraient le plus souvent en lourdeur et en entlure. Leur modèle était ordinaii-ement Euripide. A côté de la tragédie

(1) On trouve les fragments (|iii ont survécu des onivres de Caecilius, de F.uscius Lanuvinus, de Titinius, d'AtIa et d'Afranins dans les Comicorumromanorum fnupneniade 0. Ribbeck, LeipzijT, 2'' édit., 1873.

grécisante, le drame national romain, la fabula -4praetexta qui empruntait ses sujets à l'histoire, ne put parvenir à se faire une place importante.

Dans le domaine de la tragédie, on peut citer : Livius Andronicus, qui prenait le sujet de ses pièces dans la mythologie et particulièrement dans les légendes du cycle troyen ;

Cn. Naevius, qui composa aussi des praetextae ; Q. Ennius. — et surtout les deux suivants : M. Pacuvius, né à Brundisium en 220, amené à Rome par son oncle Ennius, et mort à Tarenteeni;33; il fut peintre en môme temps que poète et composa 12 tragédies et une prétexte: Pcmbfs (vraisemblable- -jment Paul F^mile) ;

L. Accius lAttius), 1)0-94, auteur de tragédies au nombre de 40 environ, et de quehjues prétextes, dont l'une, intitulée Dcciiis, traitait de la mort héroïque de P. Décius Mus le Jeune à Sentinum ; il était fort ap- \ précié par Gicéron, Horace et quelques autres écri- 1 vains qui le qualifiaient de « gravis, ingeniosus, altus poeta » ; Attius composa aussi des Didasralica (Histoire de la poésie grecque et romaine), des Pragmatica (traitant de littérature et d'histoire), et des Annales. — De toutes les tragédies et prétextes de cette période, il ne nous est parvenu que des fragments (1).

(1) Voy. ce qui a survécu des œuvres tragiques de Livius Andronicus, de Naevius, d'Ennius, de Pacuvius et d' Accius dans les JVagicorurn romanorum fragmenta de O . Ribbeck, a. Leipzig, 2e édit. 1871. — Pour connaître tous ces~ poètes,, l'ancien tbéâtrc latin, tragédie ou comédie, et, d'une manière générale, la poésie primitive des Romains, il est indispensable de lire les Etudes sur la poésie latine de Patin 2 vol., Paris, cl spécialement sur la tragédie et Accius, G. Boissier, 1 Le poète Attius, Paris, 1857.

— 2îJ —

/'/ i.iiMii'i.i:

Les Romains ne pouvaient avoii- d'épopée liéroïque nationale, analogue à Tépopée homérique des Grecs ; il leur manquait le fonds de légendes indispensable, ainsi que des dieux et des héros réels et vivants ; aussi les poètes épitfuf^s ù Rome durent-ils. à défaut de sujets mythulugiqucs, recourir aux sjjjets historiques. C'est ainsi (|ue le premier en date, Livius Andronicus, se contenta de donner une lourde traduction de rOdyssée(l). Cette traduction, qu'on ne pouvait plus lire :i l'époque suivante (bien que, d'après Horace. ei)ist. H, 1, (iî) sqq., elle servît encore de livre d'école àOrbilius), était en vers saturniens. Aulu-Gelle en cite le premier vers, N. A. XVIII, 9 :

Viiuin iiiilii Gamciia 11 insecc vcrsiitum.

Les poètes qui suivirent s'adressèrent décidément et avec succès à l'histoire nationale. L'exemple fut donné par Cn. Naevius qui traita, toujours en vers saturniens, le sujet de la première guerre punique, « luculente, sed minus polite », dit Cicéron (Brut. 19, 75). Cette œuvre, dont nous n'avons plus que des fragments ('2), a été à juste titre assimilée aux Chro-

I (1) Il ne nous reste «lerOdyssée de Livius qu'une quarantaine

-f de vers \)\ns ou inoiDs mutilés. M. L. Havet en a donné une

I édition dans sou livre de ISaturn. latinor. versu, p. 425-430. —

Voy. aussi i^gger, laiini scrmoms reiiauiae, Paris, 1843.

j (2) Une dnquanfaine de vers cn bien mauvais état ; on les trouve dauiTlH même ouvrapc de M. L. Havet, p. 434- 'i37. —

Cf. Kgger, ouvr. cité, p. V2i.

niques rimées du Moyen-Age. Maevius fut bien dé- -h passé par Q. Ennius. Né en 239, àRudies en Apulie, et amené de Sardaigne à Rome par Caton, Ennius trouva un accueil des plus bienveillants dans les principaux cercles grécisants, et particulièrement dans la société de Scipion l'Africain l'ancien, et de M. Fulvius Nobilior Til reçut le titre de citoyen romain et mourut en j69. Outre des comédies, des tragédies et des saturae, il composa des Annales, son œuvre principale, où il racontait en 18 livres l'histoire de Pvome depuis sa fondation jusqu'au temps où il vivait. Pour la métrique, les formes grammaticales, les llexions et la formation des mots, par l'introduction de l'hexamètre à la place du vers saturnien, Tœuvre d'Enmus marque une date importante.

En réalité, son hexamètre était encore bien lourd, comme le suivant, par ex. :

Cive^« RuuKUii tuuc fucti suiit CûUiipani,

OU bien:

lutroducuntur legati Miutui'ueuscs,

(ce qui rappelle le fameux vers du comte de Stolberg :

Eiiieii zwei uiul /wau/.iy- Elleu laiii^eu Scliiffsspeer) ;

le vers d'Ennius péchait souvent contre le goût, par exemple :

0 Tito, tutc, ïati, tibi tanta tyiauiic tulisti,

ou bien il était brutalement construit, cf. latmèsebien connue :

Cere coinuiinuit bruni. (==:: ccrebrum).

Mais on rencontre aussi des passages d'une vigueur et d'une beauté vraiment poétiques ; (cf. les

citations de Gicéroii : de div., I. 20, 40. sq(i. ; — 48, ]()7, 10 ; de offic. I. 1*2, :i8). Ennius était un homme d'un talent remarquable ; doué d'une imagination J- vivo et d'une sensibilité profonde, il était plus que tout autre, capable de créer un style et une langue vraiment littéraires. Bien que pendant longtemps les Romains aient considéré son œuvre comme leur plus grand poème épique national, elle n'en remplaçait pas moins l'épopée naïve et populaire par l'épopée ar- I tistique et « grécisante '. Gicéron admirait tout -f particulièrement Ennius, et Quintilien disait de lui (X, 1, 8S) : Ennium sicut sacros vetastate lucos adorcmuSf in ^/>M/n/. (ji-andia cl antiqua rohora jam non iantam Itaouni apcciem quantani religionem (1). Ennius donna aussi une importance nouvelle à la 4. -{ satura, en appliquant ce nom à un recueil de poésies didactiques mêlées, en rj[thmes divers. Le successeur d'Enniuscncegenrefut C. Lucilius, né^en 150 (2) à Suessa Aurunca en Gampanic, d'une famille de chevaliers, ami de Scipion l'Africain le Jeune ; il mourut en l'an lOèi. Dans ses poésies, aussi variées pour le fond que pour la forme, négligées et sans élégance, mais hardies et spirituelles, Luciiius soumit les mœurs publiques, et ses conlcmporainsJ en lesjwiïimant^ar

(1) Editions «rEnninM : conipjète, Ennianae poesis reliquiae, J. Vahlen, liCipz., 1854 ; —'fragments, chez Egger, oiivr. cité, p. 137, sqq. ; O. lliblicck, iragicor. fraym.f p. 15-75.

(2) Date très contestable : Lucilius a dû naître en 180, comme l'a démontré L. M Ciller (dans son édition p. :;i89, et dans son petit livre sur la vie et les œuvres de Lucilius p. 8 suiv.) ; saint Jérôme, qui donne la date de 150, a été trompé par la similitude «l*^ noms des consuls de cette année avec ceux de l'annoe 1«U.

^ leur nom, à une critique mordante ; il donna ainsi h \ la satura le caractère qu'on attacha depuis au nom de satire, celui d'une critique en vers ; ce genre de satire atteignit sa perfection avec Horace (1).

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