TROISIÈME PÉRIODE
L'âge d'or de la Littérature romaine (de 80 av. J.-G. jusqu'à 14 apr. J.-C)
Ce qui caractérise la littérature romaine et donne sa mesure à son apogée, c'est la prépondérance
(1) Voy. dans les Scriptores rei rusticae.
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incontestée de l'esprit grec; Vamnis abundantissimus graecannn dUciplinarum et artium (Gic. de rep. II, 11), ai) répandit alors dans tous les sens son influence. Connaître les œuvres grecques d'art ou de science, la patrie de ces œuvres' et les villes où . elles étaient le plus en honneur, Athènes surtout, devint de plus en plus une nécessité, ou du moins une marque de bon ton pour les Romains de haute naissance. La plupart de ceux-ci, d ailleurs, parlaient et écrivaient couramment le grec ; ils avaient à cœur d'aller étudier à Athènes, à Rhodes ou dans d'autres villes de la Grèce. D'autre part, il était venu à Rome des Grecs en grand nombre, employés comme rhétheurs, précepteurs, lecteurs publics, etc., tous gens, à vrai dire, souvent peu considérés à cause de leurs allures légères et fanfaronnes, Gmcciili, mais qui
j étaient néanmoins indispensables. Car, malgré les manières dédaigneuses que même des hommes comme Cicéron affectaient pour tout ce qui était grec
jj en dépit des prétentions de l'esprit romain à la supériorité en tout genre, les Grecs conservaient 'encore dans le domaine de l'art une domination absolue. Les œuvres littéraires grecques, les discours surtout, - étaient alors traduits dans les écoles en guise d'exercices ; ces mêmes œuvres, par suite de l^xtension commerciale de la librairie, se répandirent ra'pidement de tous côtés ; des bibliothèques publiques furent ouvertes par Auguste et Asinius Pollion. De toutes ces causes, l'activité littéraire reçut une impulsion puis- I santé, irrésistible; ïotium consacré au culte des muses se trouva justitîé, aussi bien que le negotium au
, service de 1 Etat. La littérature nationale, représentée
I seulement par un petit nombre d'écrivains, comme
Lucrèce et Varron, n'occupa plus qu'un rang subal- |; terne, grâce à ces tendances grécisantes, et ne put d'ailleurs se soustraire elle-même complètement à. l'influence grecque.
Ce caractère unique de la littérature à cette époque se manifeste cependant avec une grande différence, qui se retrouve aussi dans la vie politique, suivant qu'on en considère la première ou la seconde moitié, le temps de Cicéron ou celui d'Auguste, le déclin de la RépubUqueou le début de l'Empire. D'une part, la vie politique excitée au plus haut degré ; de l'autre, cette même vie assoupie et systématiquement étouffée ; là, une liberté qui vajusqu'à.la licence; ici, la répression, la réserve imposée, l'acceptation servile des goûts et des préférences de la cour et du prince. D'une part, les esprits sont formés presque exclusivement pour la vie publique ; d'autre part, ils se façonnent à toutes les servitudes du courtisan ; là, les études préférées sont, comme l'éloquence et la httérature politique, celles qui sont utiles dans les débats publics ; ici, le choix se porte sur les sujets où Ton excelle par l'expression paisible d'un art parfait , sur la poésie avant tout ; d'un côté on envisage l'effet pratique, les conséquences utiles des faits, de l'autre on donne la préférence à la perfection de la forme, à la satisfaction esthétique. Ainsi, ces deux moitiés de l'âge d'or forment un tout complet ; ce qui est en trop dans l'une, est en moins dans l'autre ; les qualités de la première offrent justement ce qui manque dans la seconde. Les circonstances exigeaient qu'il en fût ainsi : à mesure que l'empire développait le goût, l'élégance, la perfection de la forme, il fallait se résigner à voir disparaître la spontanéité, la vivacité et l'énergie. La littérature,
' la poésie surtout, se retirèrent à l'écart de la vie pu-
î blique, du forum et des bruits de la foule, et cherchèrent uu refuge dans le cabinet d'étude, dans les salons, à la cour; le genre populaire disparut, par suite des tcn-
. dances exclusives dune éducation raffinée.
Au temps de Cicéron (80-40 av. J.-C), l'éloquence avait une importance exceptionnelle ; elle se déployait alors avec un plein succès dans un cercle d'action ^ÏPM^nse, et elle atteignit avec lui le plus haut point de perfection. Elle donnait alors la ' main à l'étude théorique des préceptes, qui était cultivée surtout parmi les Grecs. En même temps florissait l'histoire, dont les principaux représentants, César et
f Salluste, écrivirent à un point de vue politique en même temps que personnel.
La philosophie était surtout représentée par Cicéron, l'érudition par Varron. Il ne se trouva, dans ces temps agités, que peu de poètes vraiment remarquables : dans l'épopée (didactique), Lucrèce ; dans la poésie lyrique, Catulle. Le théâtre se réduisit au mime. Au centre de ce mouvement littéraire, il faut placer Cicéron, le créateur et le modèle de la prose régulière.
Après ravénement de l'empire, l'agitation politique fut contenue et immobilisée ; le respect du monarque exigea des attentions et des manières de diplomate; la littérature politique devint muette, le principe d'éga-
; lité, de nivellement dans les esprits, comme dans les divisions de j'empire, paralysa, étouffa l'individualité
Il des esprits et l'iiKlépendance des caractères. Les genres républicains, l'éloquence et l'histoire, furent encore cultivés, mais d'une façon conforme au caractère des temps nouveaux. L'éloquence, bannie du
forum, se réfugia en partie au sénat et au barreau, en partie dans les écoles ; l'histoire reporta ses elïorts sur l'étude des temps passés. Pour la môme raison, les genres non suspects à la politique et pratiquement utiles prirent une grande extension. La poésie gagna en importance et fut favorisée par de hauts personnages, comme Auguste, Mécène et d'autres encore ; mais elle ne sortit pas d'un cercle étroit de sujets choisis. Volontairement et avec intention, elle cessa d'être populaire, elle prit le ton poli de la cour pour en revêtir une pensée toujours correcte ; souvent elle présenta une forme meilleure que le fond. Pour beaucoup, elle se réduisit à des procédés techniques ; elle devint une affaire de métier et de mode. La manie de versifier, invita Minerva, se vulgarisa et fut encouragée par les lectures publiques qu'institua Asinius PoUion. A prendre chaque genre en particulier, nous voyons prédominer le genre lyrique (Horace, Ovide, Tibulle, Properce), le genre épique (Virgile), le genre didactique (Virgile, Ovide), et la satire (Horace). Le théâtre n'eut aucune importance littéraire.
En somme, Factivité littéraire fut alors très grande ; mais la plupart des poètes, dépouvus d'inspiration véritable, d'originalité et de convictions intimes, ne produisirent que des œuvres à la mode, faites en vue du succès (1).
Ce niouyementlittérmre, favorisé parje . œmme^^^^ de la librairie qu'avait surtout accéléré T. Pomponius
(1) Ce jugement est trop sévère; une époque, si favorisée qu'elle soit, ne saurait produire ])eauconp d'écrivains de génie; sa part est déjà belle, lorsqn'au-dessous de maîtres comme Virgile, comme Horace, elle fournit des poètes de talent, tels que Tibulle, Properce, Ovide, pour ne nommer que les plus illustres et pour laisser dnns l'ombre bien d'autres dont les œuvres, mutilées ou perdues, étaient dignes de survivre.
Atticus (1), se propagea de plus en plus, même dans les régions les plus éloignées de Tltalie, et jusque dans I quelques provinces. Parmi les littérateurs les plus •f ! fameux du siècle d'Auguste, aucun ne vit le jour à Rome; tous étaient originaires de diverses villes d'Italie. Toutefois ce qui constituait Vurbanitas, qualité essentiellement romaine, mais plus ou moins bien sentie et comprise, se maintint encore, au moins %?? '^^ prose, et se distingua toujours "^""{qj^ provincial.