‹ Histoire abrégée de la littérature romaine, [microform]Chapitre 16 sur 39 · Cartnina, odes et épodes · texte numérisé non relu

Cartnina, odes et épodes

Les trois premiers livres des odes, auxquels s'ajouta

, plus tard le quatrième, se placent chronologiquement

* entre les satires et les épitres. Le lyrisme d'Horace

s'inspire de l'imitation des poètes lyriques grecs, sur-

•4- tout des méliques éoliens, Alcée, Sappho, Anacréon,

qui ont su peindre avec le plus de vérité les sentiments et les passions de l'àme Immaine. Toutefois, le poète latin s'élève par une gradation croissante à des créations originales. Image d'une nature réfléchie et 4intelligente, le lyrisme d'Horace est avant tojitJ*œuvre de la pensée, le fruit d'un labeur assidu; aussi n'y j trouve-t-on ni le h^^ de Timagination, ni le vilem- !

portement de la passion ; mais l'expression chaleureuse ' ^t sincère des sentiments s'y fait" vivement sentir (cf. ! Od. IV, 2,31, sq.). — Parmi ces petits poèmes, les meilleurs sont ceux qui retracent avec complaisance l'image d'un repos heureux, goûté au sein d'un paysage ou d'une société agréables, ou qui exposent d'un ton paisible la philosophie du poète ; c'est dans ces derniers qu*Horace se dépeint tout-à-fait au naturel (p. ex. I, 4, 7, 22, ol ; - II, 2, 3, 7, 9, 10, 14; - III, 13, 21).

Les Odes, au contraire, qui prennent un ton élevé, i peu conforme ou môme entièrement contraire au 1 génie du poète, de même celles qui sont dues à une ! inspiration étrangère, font une impression bien moins satisfaisante (voir III, 1-G). — Mais pa7tout"on y trouve des pensées justes et fortement exprimées; de plus la variété des mètres, dont Horace sut se servir avec -ff tant d'art et qu'il ne cessa de perfectionner en correction et en élégance, devint le modèle et le type • de la forme lyrique à Rome. Quintilien, X, I, 9b : « Lyricorum Horatius fera solus legi digmis ; nam et imurgit aliquando etplenm est jucwiditatis et gratiae et variis figuris et verbis felicissime aiidax. »

Les épodes iiessemblent aux odes pour la mesuie. ^"^ satires pour le sujet. (Ce nom d'épodes ne vient pas d'Horace, il indique la juxtaposition d'un vers

lonj,^ et d'un vers plus court ; Horace donnait à ces

•f-f- sortes de compositions le nom de jamhij ; ce sont ordinairement des attaques très vives contres difTérents personnages, faites sur un ton insultant et quelquefois cvnique.

^ .1 i.a personnalité d'Horace revit dans ses poèmes avec une précision extraordinaire. Ce qui prédominait en , lui, c'était Ijnteiligence et la réflexion ; ses jugements ,1 et ses principes n'étaient pas fondés sur un système fi! • particulier de philosophie, bien qu'il sefùtjloiiné pour

épicurien ; ils découlent naturellement d'un esprit sain, d'un don d'observation prudente et avisée, d'un tempérament modéré et bien équilibré ; Horace se propose le bonheur par la douce jouissance d'une vie modeste et cachée, par l'indilTérence à l'égard des choses extérieures, par le libre progrès et le développement intime des facultés. Obligeant, sociable et lidèle dans ses rapports avec ses amis, il sait maintenir son indépendance et rester dans la réserve avec le>^ plus grands personnages, même avec Auguste, quand ses proi)i('s idées ne concordent pas avec celles des autres. Par Tabondance et la variété de la pensée, par le ricli<' trésor de son expérience, par la, tolérance de ses jugements, par son humeur agréable, par la grâce et l'élégance de la forme, Horace inspire à ceux qui le lisent un attrait qui ne saurait diminuer. Aussi a-t-il trouvé de tout temps, plus peutêtre qu'aucun autre poète, des admirateurs, des imitateurs, et des commentateurs. Cependant l'hypothèse trop exclusive d'une perfection sans tache en a égaré quelques-uns, par niple, le hollandais Hofman Peerlkamp (depuis 1831), et d'autres après lui, qui rejetaient comme dépourvu d'authenticité tout ce qui

leurparaîssait tant soit peu défectueux. L'antiquité nous a légué les scolies de Porphyrion (environ 200 ap. J.-C); un recueil de scolies qui parut pour la première fois au VIT siècle porte le nom (TAcron.

(Ed. classiques avec commentaire, d'Orelli, Dûntzer, Dillenburger, Kruger-Nauck) (1).

(1) Editions d'Horace: avec notes en latin, Orellj, revue successivement par Bailer , et par Hirschfelder , Berlin , 2 vol., 1882-8.3; Dillenbiirprer , Bonn. 7« édit , 1883. — En français: Fr. Djbner, Paris, Lecofire. — En allemand: H. Schiitz, Berlin, 3 vol., 1881-S3.

Les^bde's et les épodes, Lucien Millier, Giessen, 1882 notes en allemand ; — Wickham, Oxford. 1878, 2» édit., notes en anglais; — l'art poétique, avec notes en français par P Lallemand, Paris, 1881.

Le texte seulement, complet: Haupt (LeipzifT, 3* édit 1879), L. Mûller (Leipz., 1879; édit. de poche, 1874), Petschenig (Leipz. et Prapue, J883).

Avec un apparat critique abrégé, en latin: Keller et Holder, Leipz., 1878, édit. minor.

MM. Keller et Holder ont publié, à Leipzig, de 1864- 1870, une grande édition d'Horace, très importante au point de vue de la récension des manuscrits ; M. Keller y a joint des Epilegomena, 1879-80. -- Il faut aussi connaître l'édition ^^ S^tLey, Cambridge, 1711. rééditée en dernier lieu à Berlin en 1809 ; celle de P e e r 1 k a m p (odes et épodes Amsterdam, â« édit., 1862. satires 1863), qui, en voulant reconnaître dans l'œuvre d'Horace un grand nombre d'interpolations, reprenait la tradition de philologues français, Guiet, Tanneguy-Lcfévre, Dacier, le P. Sanadon. -- Cf." les articles publiés récemment dans le Journal des Savants par E. Benoist. ' ^

Les traductions d'Horace sont innombrables : la plus ^ùre 4est celle de Patin, Paris, 2 vol.

Lire, sur la vie et les poésies d'Horace, les deux vo^ de Walckenaer, Paris, 2° édit., 1858, mais avec précaution, la science avant marché depuis l'époque où fui composé cet ouvrage ; la Vie d'Horace, p&r Noël des Vergers, en tête de la petite édit. Didot. Paris, 1855; surtout Bio(}raphie , historique et littéraire d'Horace de L. Millier, traduite par + E. H. Rabiet avec préface de E. Benoist, Paris. 1885 Voy. aussi, dans le livre déjà cité de Sainte-Beuve, Etude sur Virgile, p. 427 sqq„ un court et charmant article sur Horace.

Langue et métrique: Ad. Waltz. Variations de la langue , et delà métrique d' Horace, Vsiris.lSSl; H. Schiller, (traduction R i e m a n n ) , Mètres lyriques d'Horace, Paris, 188.^. '

Virgile et Horace, bien qu'ils aient été étroitement liés, offrent sous beaucoup de rapports un contraste complet : Virgile, grand et maigre, d'une apparence maladive, lent et maladroit dans ses mouvements ; Horace, court et trapu , solide et bien portant, se produisant en société avec l'aisance d'un homme du monde ; Virgile, timide, sans grâce ni vivacité dans la conversation ; Horace, plein d'esprit, de saillies, de malice même, dans ses entretiens ; Virgile, nature chaste, tendre, tournée vers les sentiments intimes ; Horace, se plaisant h l'expérience de la vie. acceptant résolument les relations du monde et s'en servant à l'occasion ; Virgile, homme plein" de cœur, sérieux et religieux ; Horace, homme de l'entendement, se décidant pour l'inditTérence philosophique, inaccessible aux secousses du dehors comme aux passions du dedans; Virgile, vénérant Auguste avec conviction, comme son bienfaiteur, et comme le pacificateur de l'univers ; Horace, persistant, malgré ses témoignages de respect, dans un éloignement qui lui assurait l'indépendance ; Virgile, usant de la rhétorique, poète harmonieux, plein d une molle langueur, et d'uno sensibihtô féminine ; Horace, naturel, clair, perspicace, conservant une assurance mâle et ayant la pleine conscience de sa valeur. Tels furent les deux plus grands poètes du siècle d'Auguste.

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