C) LETTRES DE CICÉRON
Avec Gicéron, la correspondance par lettres, Vépis- \ tolographie, devint un genre littéraire important. Nous T possédons JLjecueils de lettres de Gicéron ::ad familiares/(iiive employé pour la première fois dans l'édi- t
tioa d'Henri Etienne. LVili ; l'autre titre ad diversosj n'est ni le litre primitif, ni même une tournure latine), l() livres; — (fd AnlcNu}, U> livres; —ad Q. fratrein, lYlivres ; — <«( liraiuut, '2 livres, ("os lettres, au nombre de 8(il dont 00 adressées à Cicéron, vont de l'an 68 au '28 juillet de l'anj:]; maïs elles se distribuejU inégalement dans le cours de cette période : ainsi, par exemple, nous n'avons aucune lettre datant du consulat de Cicérôn ; de même, l'époque qui précède la guerre civile est relativement plus pauvre à cet égard que la période suivante. Rien que Cicéron ait t'u eu vue la publication de ses lettres, ceji'est pas lui (jui rajjiréparée, ainsi que le prouvent certaines lettres qui furent pul 4 lées avant les autres, et qui nous montrent le caractère de leur auteur sous un jour peu favorable ; cette i)ubUeation fut faite, sans doute, avec le concours spécial de son alfrauchi ïjron et de son ami Atticu<, (jui pouvaient retirer un profit du commerce de ces lettres ; ejic eut lieu bientôt après^Ja mort de Cicéron, mais sous le règne d'Auguste. Du reste, il y avait beaucoup plus de lettres de Cicéron répandues dans l'antiquité que nous n'en possédons aujourd'hui, (les lettres sont une source d'une valeur inappréciable pi^ur l'histoire de l'époque : Corn^Nepos disait, en pari. tut des lettres ;i Atticus : < Quae qui Icffai. 110)1 jimlliuit (iesidercl hhtorkini conU\itam illoraiH it'/)^/'e/(()^/.)> — Elles sont naturellement, degenres très divers ; les unes sont plus officielles, et préparées à tout hasard en vue d'une publication éventuelle, par suite écrites avec plus d'attention et plus de réserve ; les autres , particulièrement celles qui s'adressent a Atticus, ne servent qu a une communication intime, et nous dévoilent par conséquent
davantage les relations, les opinions, les joies et les ^peines, les sympathies et les antipathies de Cicéron. Pour la môme raison, le style est tantôt solennel et soigné, tantôt vif, négligé, et d'une concision qui va parfois jusqu'à l'obscurité, tantôt grave et mesuré, tantôt gai et pétillant d'esprit. L'ordonnance des lettres suit, en général. Tordre chronologique dans le recueil ad Atticuni ; au contraire, les lettres ad familiares sont le plus souvent ordonnées d'après les noms des destinataires ; p:) r exemple le livre VI II ne renferme que les lettres de M. Caelius à Cicéron : le 1. XIV ne contient que celles de Cicéron aux membres de sa famille. Tandis que le recueil des lettres à Atticus ne renferme que des lettres de Cicéron lui-même, le recueil ad familiaros contient î)0 lettres adressées à Cicéron par difTérents personnages tels que M. Caelius, César, Pompée, Munat. Planons, Dec. et M. Brutus, Sulpicius Rufus, etc. Dans le recueil ad Uuuitum fratrem, la première lettre du livre 1 est d'une importance toute particulière : elle contient une instruction détaillée sur les charges d'un proconsul romain. Les savants ne s'accordent pas sur l'authenticité des lettres à Brutus (tout au moins du deuxième livre) ; la plupart même la mettent en doute. Les lettres de Cicéron étaient déjà lues et eny^loyés sous forme d'extraits dans l'antiquité ; cependant les manuscrits n'en furent découverts qu'au 14'' siècle, par Pétrarque (édit. elass. des Epist. ad fam.: Extraits de Siipfle, Dietsch, — avec comment, par F. HofTman et J. Frey).
Sur Cicéron poète, v. ^ Ifî ; sur Cicéron historien, |23.
Après avoir été d'abord l'objet d'une admiration sans réserve, Cicéron a été récemment attaqué, surtout de
Qi>
-f la part de Drumann et de Mommsan, par une critique souvent outrée et dédaigneuse. Il est certain qu'on doit reprocher à Cicéron des défauts et des faiblesses graves ; c'est ainsi qu'il nianque d'indépendance et de
•f fermeté dans sa vie politique, qu'il se laisse tro-p dominer par les succès et par les revers. Il obéit trop à
^ l'impression du moment et à l'instabilité de son caractère, même dans la littérature, par laquelle il a acquis son principal titre à la gloire ; dans ses discours, il
^' vise à l'etHet; dans ses écrits philosophiques^ il manque de consistance et de profondeur ; mais, malgré tout, Cicéron est et reste dans l'histoire littéraire une figure remarquable, et on doit lui appliquer le mot de Varron : « ifiid major pars vilae aiqiie ingenii stetit, ea judicaitdxiii de liominc ext. » Cicéron, à une époque des plus corrompues, eut une conduite irrépro-
"^ chable, désintéressée, incorruptible ; patriote sincère, il tendit sans cesse vers le bien, vers le vrai et vers le l)eau ; tendre pour les siens, obligeant pour ses amis, toujours prêt à encourager lu jeunesse, humain pour ses esclaves, Cicéron fut un homme de cœur, une belle àme. douée des facultés les plus brillantes, d'un ra re taloiit déloquence, d'une riche imagination, et d*un es[)rit de saillie inépuisable. L'influence qu'il exerça en littérature marque un progrès dans le développement de la culture intellectuelle, en général ; il fut une sorte d'intermédiaire des plus précieux entre le monde romain et la civilisation grecque ; il porta la lan^nie latine à son plus haut degré de perfection ; et s'il |ï ne fut i)as un caractère précisément romain, du moins il introduisit à Rome les éléments de l'éducation intellectuelle la plus variée (1).
(1) Lire tout d'abord G. Boissier, Cicéron et ses amiSj Paris.
- sa —
iV l'histoire
L'histoire eut, dans cette période, de nombreux représentants. La connaissance de plus en plus étendue des œuvres grecques, le perfectionnement de la langue latine, le développement sans cesse croissant des théories oratoires, et le progrès de la culture intellectuelle produisirent une historiographie ' a rtis- j^ tique, [ méthodiq^ue, qui tantôt se bornait à i histoire contemporaine ou au récit d'événements isolés, tantôt embrassait l'histoire romaine tout entière, et môme l'histoire universelle, en suivant un plan déterminé et . une métlîode d'exposition réfléchie et conforme au sujet. Les historiens furent, pour la plupart, des liornmes mêlés aux mouvements politiques, ou appar- ^ tenant à un parti ; aussi leurs oeuvres ne représententelles, le plus souvent, que les idées de leur parti. Il y eut également nombre de Mémoires. Tandis qu'au f + temps de la PtépubliquC; la liberté de la parole permet-
Edition» de Cicéron : Editions conipU''tes. le texte seulement : B a i t e r et K a v s e r , Leipz., collect. Bernhard Tauchnitz, 11 vol. 18()0-18i)l) :"Rh. Klotz, Leipz., 11 vol., L%9- 1^74. ^ Avec des notes critiques, index, seholiaates, Orelli (conUn. par Baiter et Haliii), 8 vol., Zurich, 18:^3-57.
En dehors des éditions indiquées pour chaque ouvrage séparé par M. Bender, lesquelles sont annotées en allemand, il faut signaler celles du I^o Archia et du De suppHciis {actionis in Verrem secnndae liber quintusj de E. Thomas, avec un commentaire critique et explicatif en français, Paris. 1883 et 1885; pro Archia, C. Binn, Paris, 1881; la seconde philippique, J. Gantrelle, Paris, 1881: choix de lettres, V. C achevai; do fnibns libri I et 11, de senectute, de amicitia, de republica par E. Charles, etc.. Paris.
Traduction des œuvres de Cicéron : J. V. Le Clerc.
iM^^toM
tait aux historien?; de raconter les événements contem- ^j porains ou les faits les plus récents, leurs successeurs \ se virent presque toujours réduits par la tyrannie de 1 l'empire h choisir leurs sujetsdans le passé.
î.es historiens do la première moitié de cette période furent : T. Pomponi us Attjcus, qui composa un sommaire de l'histoire romaine entière sous la ti)rme de tableaux secs et conds. [liberj Annali' ; il écrivit d'une façon analogue la généalogie de quelques grandes familles : — C i ce r o n, qui composa une histoire de son Consulat, aujourd'hui perdue ; — Aelius T u b e- ^ L9» auteur dune histoire rouiaine qui allait jusqu'à l'époque de Tauteur.
Les historiens suivants sont l>ien plus importants : C, Julius Caesar, né le 1:2 juillet 100; neveu de Marins, (|ui le lit iiominer en 87 flam en di (litige ésïxr épousa en <X:j la lille de Cinna, ce qui le fit épargner à f regret par SuUa ; il servit en Asie, 80-78, se fit^ connaître en 78 par des accusations contre la noblesse, eut pour maître Molon à Rhodes, en 76 ; il futen 08 questeur en Espagne, en G.-) édi[e, en m grand pontife, en 6'2 Pléteur, en Gl gouverneur de l'Espagne ultérieure, en ()0 triumvir avec Pouipée et Crassus, en r»î) consul, de 58 à 50 proconsul en Gaule ; il commença en 49 la f t^uerre civile contre Pompée et le régime aristocratique, triompha de Pompée à Pharsale, et des Pompéiens en Afrique et en Espagne (48-45\ et obtint [)ar là la dictature ; il fut assassiné le 15 mars 44. Doué des talents les plus variés. César possédait le don de l'éloipience, ■f dans une mesure peu ordinaire. Comme orateur, les anciens le plaçaient, du moins pour le talent, à côté 4 de Gicéron. César écrivit môme su£laj.angue latine un traité en deux livres, intitulé : dé analogia ; il fit des
vers dans sa jeunesse ; il écrivit contre Caton deux -\- Anticatones ; on lui attribuait aussi un ouvrage sur l'astronomie. Mais il doit, avant tout, sa renommée à ses commentaires de hello gallico et de hello civili. Le premier de ces ouvrages expose en 7 livres les actes de César dans les Gaules, 58-5'2 ; le L. 1 raconte la défaite des Helvètes et d'Arioviste, en 58 ; — le L. If, celle des peuplades du Nord (Nerviens) et du Nord- Ouest (Armoricains), en 57; — le L. 111, la guerre maritime contre les Vénètes. et la lutte contre les Aquitains, les Ménapiens et les florins, en 5() ; — le L. IV, la défaite des Teuctères et des Usipètes, le premier passage du Rhin, et la première expédition contre les Rretons, on 55 ; — le L. V, la deuxième expédition en l]retagne, le massacre de 15 coliortes romaines par les Eburons, en 5 1 ; — le L. VI. le rétablissement de la tranquillité dans le Nord, le deuxième passage du Rhin, le massacre des Eburons, en 53 ; — le L. VTl, la lutte contre Vereingétorix et la soumission définitive des Gaules, en 52. — Excursions géograpliiques, IV, 1-P), sur les Suèves ; V, 12-14, sur la Bretagne; VI. 0-21) sur les Gaules. — Les comruentarii de hello civili racontent le début de la guerre civile, l'expulsion de Pompée, chassé d'Italie, et la guerre d'Espagne (L. 1), - les luttes de ^^larseille, la nomination de César à la dictature, et la défaite de Cnrion en Afrique (L. 11); — la suite de la guerre jusqu'au début (le la guerre d'Alexandrie (L. Itl).
C'est dans ces ouvrages que se dessinent le plus clairement les traits caractéristiques de César : clarté de Pintelligence, finesse du jugement, sûreté de la conception, rapidité de combinaison, empire sur les événements au milieu des plus grands embarras,
travail facile qui semble ne lui coûter aucune peine, et cependant un sang-froid, un calme tenant au fond du cœur. Son esprit ne conçoit et ne recherche que Je f. ^ réel et l'utile ; sa^manière de voir est essentiellement romaine : ce qui n'est pas romain n'a aucun droit k Texistence. Au point de vue de la forme, les anciens louaient déjà dans les Commentaires Velegantia, l'aisance, la simplicité, la clarté (Cic. Brut, 75, 262: , valde prohandi, midi enim sunt, recti et venusti, omni ornatu orationis tanquam reste detracta). Sous +- 4- leur gbiectivité apparente se cache un art profond. f Ces œuvres sont, du reste, inspirées essentiellement par l'esprit de parti ; elles devaient, en effet, justifier la conduite de César à l'égard des Gaulois, et son élévation politique à partir de l'an 50. Cette tendance domine tout l'ouvrage ; mais elle se laisse deviner plus clairement dans l'exposition des causes, qui toujours poussent César \ irrésistiblement, { et des motifs, qui nous apparaissent toujours comme justes et de^lqrce majeure, non moins que dans la narration même des événements. Il faut cependant reconnaître que la vérité est en général respectée, plus encore cependant dans le de hello (jallivo, que dans le de heho civili, composé avec moins de soin. 11 est -h probable que César écrivit en 52-51 et publia en 51 les Commeniaii de bello gallico, et qu'il compo^, sans les publier, dans les dernières années de sa vie, les Comment, de bello civili. Il y eut des continuations aux œuvres de César, — de bello gallico liber VIII, etbelliim alexandrinum, composés sans doute tous les deux par le légat de César, A. Hirtius, avec un certain talent : — et quelques écrits beaucoup plus complets et plus détaillés sur la guerre d'Afrique et
sur la guerre d'Espagne par des auteurs inconnus et moins instruits. (Edit. class. du BeU. gall. par Rheinhard et Stïiber, Hinzpeter, Kraner-Dittenberger, Doberenz; — du BeU, civil, par Kraner-Hofmann, Doberenz) (1).
Cornélius Népos,néen94 dans la haute Italie, vécut la plupart du temps à Rome, mais sans exercer de magistrature ; il fut ami de Catulle, de Gicéron | et surtout d'Atticus, et mourut en l'an 30. Il composa plusieurs œuvres aujourd'hui perdus : Chronicon^ Exempta, Vita Catonin, Vitd Cieeronis, mais surtout le de viris illustrihus, qui renfermait au moins 16 livres, et traitait d'un grand nombre d'hommes d'état, de capitaines, de poètes, etc., en mettant en face les uns des autres Grecs, Romains et Barbares. De cette œuvre, il nous est parvenu le de excelle iitib us ducibus exterarum gentium^ recueil de 4. 19 biographies de capitaines grecs, ordonnées généralement suivant l'ordre chronologique, avec la biographique du perse Datame, des carthaginois Hamilcar
(1) Editions «le César : SOUs presse, une grande édition avec commentaire critique et explicatif en français par E. B e n o 1 s t .
Œuvres complètes avec le supplément d'Hirtius, le bellum africnnum et le hélium tiispaniense, le texte seulement, B. Din te r , Leip'^. 1876.
De bello Gallico, avec notes en français : Gonstans et Denis, Paris, 1884 ; Janne ttaz, 1882; L. Koersch, Liège, 1870 ; A. Legouez; .T. M. Guardia, Paris, 1880.
Giande édition de F. Dûbner, Paris, 18G7. — Edition critique de A. Holder, Fribourg et Tubingue, 1882.
Sur V Armée Romaine au temps de César, lisez le travail de Kraner, traduit par L. Baldy et Larroumet avec préface par E. Benoist.
Sur le caractère, la conduite et les vues de César, G. Boissier dans Cicér on et ses amis, p. 22\-S20. — D. Nisard, letqicatre grands historiens latins, 1874.
et Hannibal, de Caton l'ancien et d'Atticus. Cornélius Népos semble avoir eu le double dessin de répandre parmi les Romains la connaissance de rhistoireTeFën même temps d'agir inoralem sur les esprits. Aussi sa langue est-elle s|mple et populaire ; il montre une joie sincère devant ce qui est bien, il a horreur de ce qui est mal ; il s'efibrce d'être impartial, même à l'égard d'un Hannibal ; mais il a le djfaut de voir toujours un idéal dans le héros qu'il décrit. Il lui manque le coup d'œil pénétrant et libre de l'historien; il choisit souvent son sujet sans jugoment ; au lieu de nous présenter des faits d'une réelle importance, il ne nous raconte souvent que d<'s particularités anecdotiques ; à tous ros délauts s'ajoutent des erreurs et des inex- .n'tltuilus assez nombreuses, (pii témoignent de la légèreté dans l'emploi des sources (Thucydide, Xénophon. Théopompe, etc.). Hnlin, le style est monotone et niaiique parfois de puî'et-'- ; aussi tous ces défauts ont fait sujiposer que le i ccueil ([ue nous possédons aujourd'laii aurait été composé à l'époque de lliéodose. i'\ <ra[>rès l'original de Corn. Népos, pai' un (••Mtain Aemilius Probus: jnais nous n'avons pas de preuves sulïisantes de cette assertion. C'est pour la même rai-oii (|ue l'on refuse aussi d'admetlrc que que Corn. Nêpos ait servi de livre de lecture dans les écoles. (E<lit. (iass. de Siebelis. Nippei'dey, Horstig- Fxkstein, Ilinzpeter etc.) (1 ).
Salluste (('. .^allustius Crispus), né en 8lj dans la ville sabiticd'Amiternum.menafi Rome dans sa jeu-
(1) EflitlonM «1«» Corn^liiifi W|»os«: A. Mony^inot, grande édition avec un €(i>>i>nentairc critique cl explicatif, Paris, 2* édition, 1882; pplit< (édition, noies en français l'iHl. — I^e texte seulement : C. 11 1 m , Leipz., 1875.
nesse une vie dissipée ; questeur, puis tribun du peuple en 52. il fut ad versaire de Cicéron et de Pompée, 4ei pour cette raison, peut-être aussi pour sa mauvaise conduite, il fut chassé du Sénat en 7)0 ; il y fut réintégré par César, qui le lit préteur et l'envoya en 46 f comme proconsul en Afrique, où il s'enrichit (les Jiorti f sallustiani à Romo) . Après l'assasinat de César, il vécut "f livré uniquement à des travaux littéraires: il mourut en S^. Salluste composa trois ouvrages : Catilina, BeUu))) Jn^uHlrinuin et Historiae.
1) Le (kitilina, ou dp conjaratione Catilinae liber, raconte la conjuration de Catilina en ()3-(i'2 ; la cor- > ruption morale des Romains, surtout dans les hautes! classes, y est dévoilée à <iess. in. Salluste ne rabaisse' pas le mérite de Cicéj-on ( 1 ), qui avait été son adversaire; il traite également Caton avec inqjartialité ; mais César -jest l'objet d'une prédilection marquée. On peut signaler comme particulièrement intéressants dans l'ouvrage, les discours (cli . 51 -.', i » <io Csar et de Caton dans lesdiscussiunsdu Sénat surle châtiment à infliger aux conjurés incarcérés, et le jugeiiicnl porté sin* les deux oVateurs. !/ouvrage fut |)id^li('' (^n 4'i. a
'.*) Le lU'Unni ./ui/urthintnii expose la guerre des Romains contre le roi île Numidie Jugurtha, 111-106; le fond de l'ouvrage consiste dans la peinture de ' la dégradation des muiurs à Rome sous le gouverne- ' ment déplorable de l'oligarchie. d.''gi'«»<lîdion qui est ,
(1) r.eh n'est pas tout à fait exact : .^alliist.' ].aile le moins possible ilo Cicoron, lonjoin>- avrc iroi<leur; il dissimule en 1 -l. partie le lùle politiijue du grand orateur, ^t s'il n'en dit pas de ' mal, il est facile de deviner ?on antipathie -:ous sa circonspection.
surtout mise au jour dans les discours du tribun du peuple G. Mernmius (cli. ol) et de C. Marins (ch. 85). A la tin de la guerre et en face de la terreur inspirée par a les Gimbres, Mari us apparaît comme le soutien de la république.
;î) Hisioriar, comprenant l'époque qui s'écoule de 78 à liT ; il ne nous en reste que de raj^^es fragments, enTre autres quelques discours, qui témoignent d'un
•^ art oratoire plus mùr que les discours du Catilina et du Jugurtha.
Martial dit de Salluste, XIV, 191 : primus Rornana Crispas in historia; jugement juste, entantqne l'écrivain a traité l'histoire comme un art, dans une méthode savante pour le fond vuiuiiic i^our la forme. Salluste I eut surtout pour modèle Tliucydide. Bien qu'au .fond il se l)orne à l'histoire des temps présents, il donne cependant un aperçu général de l'histoire entière de Rome ; il a des vues assez bonnes sur le développement graduel des institutions, du culte et des mœurs (cf. surtout Cat. T.- 1:;. Tupr. 1 1 sqq.). Lacorrup-
-*- tion de son temps le pousse à un patliétique, que ses erreurs de jeunesse ont souvent fait considérer comme faux et aiïecté ; cependant, il convient d'admettre que ses principes et ses idées morales ont bien pu changer dans ses dernières années. Bien qu il appartint
4. personnellement au parti démocratique, c'est-à-dire impérialiste (parti de César), et qu'il s'etïbrçàt de montrer la faiblesse innée du gouvernement républicain, Salluste est néanmoins impartial, et môme équitable à l'égard des grands persomiages de l'aristocratie, comme Métellus, Caton et Sulla. Il ne ferme pas les yeux sur le caractère démagogique de Marins. Son ^ récit n'est pas complet : il est même parfois inexact
au point de vue chronologique. Salluste réussit surtout dans la peinture des caractères et dans la déter- | mmation psychologique des motifs; il sait habilement ï faire ressortir, dans la marche de l'histoire, l'importance des individus marquants (cf. surtout Catil. c. 53\ La langue de Salluste est souvent d'un archaïsme alïecfé, + étudiée et fréquemment obscure ; mais elle est riche r en idées, vigoureuse, exacte quand elle caractérise, artistique quand elle peint et décrit , souvent d'une vivacité et d'une clarté dramatiques (édit. 1 class. de Fabii. Dietsch, Jakobs, Hinzpetor, Eussner, Jordan) (1).
C'est à tort qu'on a attribué à Salluste certains écrits tels que : Epistidae ad Caesarem, Invectiva in Cice-
ro7iem, etc.
A l'époque d'Auguste, ce sont les historiens qui occupent le premier nmg parmi les prosateurs. L'histoire contemporaine fut traitée par A u g u s te et par f son ami M . V i p s a n i u s Agrippa; le premier . écrivit 18 livres de rilK sua et un index rerion a se gestariun conservé en grande partie par une copie retrouvée dans le temple d'Auguste à Ancyre, et par
(1) Editions de Saiiiiste : K. L allier, notes en français ^ observations sur la la7igue et ta grammaire, etc., Paris, 1883;
— L. Constans', notes en français, surtout grammaticales, indication des variantes principales, Paris, 1881; — avec un apparat critique en latin, H. Jordan, Berlin, 2» édit., 1876.
— Le texte seulement : édition complète, avec If s fragments des Histoires, D. F. Gerlach, Leipz., 1856.
^ Grande édition, très connue, de Kj^itz. Leipz., 18'28-1834. ^ Guerre de Juguvihai: grande édition avec un commentaire critique et explicatif en français, par K. L a 1 1 i e r , Paris, 1885; — notes en français, P. Thomas, Mon s, 1877.
D. Nisard,Zejf quatre grands historie^is latins, p. 143- 197 ; Taine, Essai sur T. Live, p. 327-331. L. Constans, de Sermons Sallustiano, Paris, 1862.
suite nommée non >' wnitum Ancyranvm (1), le second composa mic aiuuiuographie et (]p< mémoires ; M. V a 1 e r i u s M e s s a 1 a écrivit aussi des Faits mémorables, peut-être en grec. — A s i n i u s P o 1 1 i o (75 av. — 5 ap. J.-( omposa dans un esprit j'épublicain vme histoire de la ^^uerre civile depuis l'an (K) av. J.-C. Ht", llrff. ()(1. 11. l);lcotte œuvre qui ne fut pas terminée est aujuunrhni perdue.)
Mais riiistorien le plus important de l'époque d'Auguste est Tite-Live (T. L i V i u s), né à Patavium (Padoue) en r/,) avant .!.-('.. probablement sorti d'une famille considéraljle , il étn<lia la philosophie et la rhétorique à liome. où il se fixa l)ientôt; il entra en reiatiojis avt'c Auiiuste, resta sans exercer de charges publiques et sans s'occuper de politique, et mourut en l'an l}ap. .!.-(]. dans sa ville natale, où on lui t'ieva un mausolée en 1548. Outre quelques écrits ^dinln'i'i' (le r]!t''tori(pu' et de j^hilosophie. (jui ne nous sont pas [lai'vt'iius, Titt'-I.ivr ccrivit une histoire de Home de^juis Enée jusqu'à Tan l) avant J.-C. au moins en 11 J livii lie devait probablement en contenir 15(1, et aller jusqu'à la mort d'Auguste\ ah urhe coiiiiHit lihri ^. Il n'en reste que les livres I-X, XXI- XL V, qui comprennent les années 754-293 et*ilS-l(i7: les livres i)erdus sont représentés, mais l)ien insuflisamment. par des periociuto ou epiiotiKic. Le dessin de Tiie-Live était (cf. sa préface) de
(1) MoniiMient d'Ancyro, vov. (i. Pcrrot et K, Giiillaiiinr, Exploration archéologique de la (iclatie et de la Bithyui Paris 1S62.
4- (2) Tel ef^t le véritable titre, d'après le palimpseste de Vérone- — T. Live lui-même y fait allusion, VI, 1, 1.
ressuciter et d'opposer à la décadence déplorable de son époque, lesjvertus du temps passé, qui lui apparaît comme un idéal, et de présenter à ses contemporains dans son histoire, connue dans un miroir, un tableau des mœurs romaines (voy. surtout préf. | 10 : Tétat présent est désespéré et sans remède : ncc vitia nostrtf )}('(' remédia pâli postninnfyi^ Thistoire offre suffisamment d'exemples des choses que l'on doit faire et de celles que l'on doit tolérer). Tite-Live possédait les qualités nécessaires à foxécution de son dessein; ^il en possédait quelques-unes dans une large mesure : imagination vive, enthousiasme moral, chaleur d'ame, amour de la vérité, sympathie sincère pour tout ce qui est noble et bon, éloquence naturelle, perfectionnée par les exercices de rhétorique. Déjà les anciens louaient chez lui : arira facuadia, jucundila!^, candor, lactea xd^ertas, Qnintil. X. 1. lôl : Li ri a>i rfoididissimiis omnhtfn magnorum ingeniuram i(('sti)}a(tor,Sen. 9;UiiS, VI. 21 sq. Au point de vue religieux, Tite-Live tient fermement aux coutumes établies, comme au fondement de l'Etat ; il accorde de la valeur aux prodiges et aux cérémonies sacrées, tout en exprimant accidentellement quelques idées fatalistes : en politique, il est partisan de la République et du gouvernement aristocratique (Auguste l'appelait >« pompéien », Tac, Ann. IV, 34); toutefois, ses convictions manquent de profondeur, et en tout cas. il n'a pas de tendance sérieuse à faire de l'opposition. L'œuvre de Tite-Live pèche surtout dans l'exposition du développement intérieur de l'état + romain; l'auteur a des vues souvent fausses, absurdes même sur la constitution primitive de Rome, en particulier sur les véritables relations qu'elle entretint durant les luttes avec les villes d'Italie, et sur les affaires
militaires en général ; en outre, il ne se donne pas la
4- peine d'étudier avec soin les documents et les inonuments qui existaient encore de son temps; dailleurs,
4- il s'attache surtout à l'histoire extérieure et imlitaire. Parmi les annalistes romains, Tite-Live mit principalement à profit les plus récents (Licinius Macer, Valeriiis Atitias. dont il ne reconnut les exagérations incroyables que dans le cours de son ouvrage, etc.) ; il manque de critique, il ne sait pas conclure, n^se former une opinion [)ersonnel!e. A partir de la troisième décade, il utilist- principalement l^olybe, mais toujon»< -m- IV.lteution indispensable; aussi son u'Uvi'Lî rt-iiLLUiif nnml)re d'inexactitudes, de répétitions, et de contradictions. Tito-l/ive suit la disposition généralement adopté(\ ce Ht' des Annales. On oublie volontiers ses défauts, quand on considère son amour de la vérité (qu'il altère cependant quelquefois sous l'intluence du patriotisme et de la tradition, par ex. quand il parle d'Hannibal), ses sentiments d'honnêteté et d'humanité, son élégance, la clarté et la facilité de l'exposition {Quintilien le compare, sous ce rapport, à Hérodote), la couleur poétique ravissante dont il re\ét iiarliculièrement l'Iiistoire des temps anciens, et enliii l'art oratoire (jui brille dans les noml>reux discours, conq)osés un peu arbitrairement, dont t si semée son histoire, Tite Live obtint, de son
•^ . vivant munie, une grande rélébrib'^ (puisque, d'après Pline, Kpit. H, î, un hoiouic Ut le voyage de Gadès (Cadix) à Rome, uniquement pour le voir). Cependant Asinius l^ollion trouvait dans sa langue une sorte
-j- de ton provincial. fHitarinitas, dont le caractère est pour nous difficile à saisir. L'œuvre de T. I.ive fut
.f divisée en décades, vers l'an 5')0 ap. J.~G. ; la troisième
décade, qui racontait la deuxième guerre punique, était tout particulièrement lue et copiée. Quant aux i hvres qui nous manquent, au 17^^ siècle le philologue . J. Freinsheim, natif de Ulm, qui fut professeur à Upsal j et à Heidelberg, a tenté de les remplacer en imitant le ! style de Tite-Live. — (Edit. class. principalement de Veissenborn, les hvres séparés par Fabri-Heerwagen, Frey, WGItllin) (1).
Un contemporain de Tite-Live, Trogue-Pompée f (P 0 m p e j u s T r o g u s), écrivit M Wvres' dit istoriae philippicae,'\\\sto\ve universelle depuis Ninus jusqu'à son temps, avec des détails spéciaux sur la Macédoine et l'époque des diadoques ; il laisse dans l'ombre Thistoire romaine. L'œuvre ne nous est connue que par le court et sec abrégé de Justin ( J u s t i n u s) achevé f probablement en 150 ap. L-C; l'auteur a supprimé t tout ce qui n%Hait ni utile, ni intéressant » ; mais il a exécuté ce travail sans beaucoup de jugement C2).
Il) Kdltions ilc Tite-I.lve : éditions complètes : avec notes enallemand. W. Weisso n l.o in et H. J. Mûllur, Berlin, 10 vol . — Le texte seulement : W e i s s e n Ij o r n . Leip/ . (i vol • — M. Herz, collecr. Bernh. Tauchnitz, 4 vol.
Edition célèbre de Madvig et Ussing, Copenhague, 4. 18BI-1876, 4 vol.
Livres XXl-XXV : O. Bieinann et E. Benoist, notes critiques et explicatives eu franeais, remarques sur la langue de T. Live, notice sur sa vie et ses ouvrages, index des noms propres et' des aniiquit(K'<, etc. Paris, 1881-1883: — Al. Harant , notes historiques, littéraires et philologiques, en français,
Paris, 1881-1883. . ^ m r-
Etudes sur la langue et la grammaire de i. Live, par r».
Riemann,2» édit.,Paris, 1884; — Emendationes et adnota-
tiones ad T. Lirium, Al. llarant, Paris, 1880.
H. T a i n e , Essai sur T. Live ; D. N i s a r d , Les quatre
grands historiens latins, p. 201 sqq.
Traduction précédée du texte lalin par Max. Gaucher,
Paris.
(2) Ediiloos «le Justin: Joli anneau et Diibner, Paris, 1838, 2 vol.; le texte seulement, J. Jeep, Leipz., 1872.
^^^ ^S^'^ ^■''nrtfws formaient une source historique importanli! , c'était un recueil des procès- verbaux du sénat, qui fut rédigé et publié à P^''^»'' cle -j^av. J.-G. d'après un décret de César, et qui fut simplement rédigé, sans être publié, d'après une ordonnance d'Auguste; on peut considéref encore comme source historique les acta populi {Hoitiani) ou piihliea, sorte de gazette du jour qui publiait les nouvelles officielles et [•rivées de toute sorte, et qui exista pendant toute la durée de l'empire ; nous n'en possédons cependant aucun reste autlienliijue. Ces deux sortes (Vacta étaient conservées dans le ^r/v(/^r//^n>/ (archives), et pouvaient être utilisées pour les besoins littéraires (1).