QUATRIÈME PÉRIODE
L'âge d'argent de la Littérature romaine (14-117 apr. J.-G.)
Dr TilMT<> X I;i moi L ,Jc Tntjaii.
Le siècle de Gicéron et d Auguste légua aux générations suivantes uîi h.''ri(;igo litténmv extraordinaireinent riche, mais le gouvernement despotique qui pesa sur rem[.ire romain depuis Tibère jusqu'à Domitien à Ti xception des deux courts règnes de Vespasien et de Titus), fut très délavorable "^à la mise en œuvre, à Ki culture féconde, au développement d'un tel hériLagL. loulc liberté de pensée, de parole et
^ loi —
d'action fut de plus en plus réprimée ; le domaine de ^'^1^5"^"^^ ^t ^G l'histoire, où s'était surtout montrée la force originale de lesprit romain, fut interdit; la YiâJiubligue fut entièrement supprimée. Il en résulta chez les uns une résignation apathique, ailleurs une colère sourde, une opposition déguisée ou au contraire, une Halterie rampante et louangeuse à l'excès. Les écrivains ne pouvant être simples, ouverts et naturels, essayèrent de dissimuler leurs défauts, qu'ils ne sentaient que trop, soit par un éclat de style hors de proportion avec le sujet, soit par de piquantes subtilités, par une élégance d'un art raffiné, par une mise en scène prétentieuse, vide de pensées, mais remplie de sentences et de ligures de rhétorique, par une recherche outrée des contrastes et des effets brillants. Ainsi, de même que la vie, l'éloquence et la littérature manquèrent de franchise et d'ingénuité ; chacun, se sachant observé à toute heure et en tout lieu, observait à son tour les événements. Les pensées et les sentiments véritables redoutant de paraître au grand jour, on en vint à jouer sa vie comme sur un théâtre, à, se parer de vains artifices, à s'écarter avec mépris de ce qui était simple et droit pour prendre des manières pleines d'alTectation. Ces écarts et ces erreurs étaient déjà une preuve manifeste de la déchéance et de la ruine futures ; on s'habitua à les considérer comme un progrès et une conquête ; on se complut dans cette nouvelle manière, et on l'encouragea en s'en rendant plus ou moins compte. Dès lors, la langue de cette époque appelée c âge d'argent » eut un caractère très dilTérent de la langue de l'époque de Cicéron et d'Auguste; le vocabulaire se modilia considérablement soit par la création de mots nouveaux, soit par la perte
LITTÉRATURE ROMAINE g
et 1 abandon d'expressions et de tournures usitées
! jusqu'alors. Des figures de rhétorique se substituèrent . à l'expression juste et naturelle ; la période harmonieuse de Cicéron et de Tite-Live s'émietta en une foule de petites propositions courtes, isolées, sans aucune coliésion. l.es règles objectives , les lois générales du langage furent sacrifiées au goût personnel et à la fantaisie de chacun ; la prose et la poésie franchirent les limites qui les séparaient ; le sentiment de leur dilTérence sobscursissait de jour en jour. Sénèque nous fournit un modèle de ce style ; Quintilien chercha vainement à en arrêter le progrès. Cependant, malgré cette situation défavorable, la littérature pouvait encore prohter de certains avantages ; les trésors littéraires transmis par la tradition étaient connus et étudiés, le commerce de la libraine se développait, les bibliothèques étaient de plus en I plus fréquentées et mises à proiit, les lectures 1 publiques ^rrcilationes! se multipliaient. Mais, pour jouir en paix de tous ces avantages, la littérature devait se montrer inolTensive et réservée à l'égard du pouvoir. Les gcmes [»rédominants étaient la poésie u, et 1.1 rhétorique, ({ui tirenaicfjt une grande part dans l'éducation ilc la jeunesse et «jui se développaient Mais la poésie n'était ({uo rarement le fruit dune inspiration sincère cl indépendante, la convic- " tiun lui faisait défaut ; elle revêtit une forme savante, ce ([ui lit donner aux poètes de ce temps le nom ■f.de doclf. Dans le genre lyrique, elle se montra prétentieuse . sans originalité et sans valeur réelle. Le genre épique fut cultivé particulièrement parce qu'il pouvait emprunter au domaine fécond de [ la mythologie une matière riche et inépuisable. On
prit pour modèles, on imita servilement les -recs et les poètes romains de Tâge d'Auguste, surtout Vir-ile et Ovide ; d'ailleurs, la poésie rapportait honneur'' et , . profit ^Itonos et pmemhun], car la plupart des empereurs y prenaient de l'intérêt. Domitien établit même . 4. un concours dont le vainqueur était récompensé par une couronne poétique. En résumé, tout ceci ne/ produisit qu'une poésie d'amateur, pénible et ennuy-H euse, ou une poésie de client, servile et calculée » ^^^î^6"<^^' chassée de la place publique, se réduisit aux exercices de V(^(^o\Q,imxdeclnmationes,sumoriae, -f surtout aux nmU^oversiae, choisissant de préférence ^ les sujets qui s'écartaient le plus de la réalité, ou môme de la vraisemblance et de la possibihté. En même temps l'érudition, surtout telle que la possédait 4- Phne l'Ancien, prit une place importante. ~
L'histoire, à moins de se montrer servile, fut naturellement, en ces temps despotiques, complètement supprimée ou cultivée dans le plus grand secret; ce fut seulement sous les règnes deNervaetde Trajan » qu'elle put, de même que la satire, se mouvoir plus à ^ Taise et prendre un nouvel essor. Durant cette période, \ Rome ne cessa pas d'être le centre du mouvement et de l'activité littéraires ; mais on vit de plus en plus paraître parmi les écrivains des noms, non pas seule- f ment de l'Italie, mais aussi de diverses provinces,'' comme de la Gaule et de l'Espagne.
— lui —