I.A POÉSIE
aj LE THÉÂTRE
Au théâtre, ce furent encore le mime et le pantomime(voy. §15) qui dominèrent durant cette période. Les essais de pièces, particulièrement de tragédies, qui se produisirent alors, étaient destinés moins à la représentation qu*à la lecture privée ou publique. Comme auteurs de tragédies on distinguait : Pomponius Secundus qui vécut sous Tibère et sous Galigula, et que Quintilien (X, 1, 98) déclare le premier tragique de son temps; un peu plus tard, Guriatius Mate rn us (le même que nous voyons paraître dans le dialogue des orateurs deTacitej, auteur de tragédies mythologiques et de praete.rtm d'une tendance libérale (par ex. ('''[on). Nous ne possédons de cette époque que les 10 tragédies de Sénèque le philosophe (Imit en entier, et deux incomplètes); les sujets sont tous empruntés à la mytliologie grecque et traités d'après des originaux grecs, mais sur un ton oratoire qui leur fait perdre leur caractère dramatique. On ne peut mettre en doute que Sénèque ne soit Tauteur de ces dix pièces ; mais il n'est certainement pas l'auteur d'une praetc f(( qu'on lui attribue également, Oclaria^ qui traite de la destinée de la malheureuse épouse de Néron (1). Grâce à leur versification correcte, aux
maximes qu'elles otl'rent en abondance, ces tragédies servirent de modèles aux tragiques français de Tépoque classique, Corneille, Racine, etc. — - DeLucain (voy. ï:; -27), on mentionne une tragédie inachevée, Médéa.
KilitioiiH «11»» tras^dle» de Semaine: Frédéric Léo, Berlin, 1878-71), 2 vol. dont l'un conlient une étiule critique en latin, l'autre le texte avec variantes.
h) l'kpopke
L'épopée prit ses sujets soit dans l'histoire, soit dans la mythologie. On citede l'empereur Néron un poème, Troica, d'où était tirée VàXiociç 'IXiou qu'il chanta sur la cithare pendant Tincendie de Rome de 04 ap. J.-C. Le poète épique le plus important de cette époque est Lucain (M. Annaeus Lucanus), né en oO ap. J.-G. à Conipue en Espagne, neveu de Sénèque le philosophe. Élevé à Rome, Lucain fut pendant quelque temps le favori et le flatteur de Néron ; étant ensuite tombé en disgrâce (sans doute, voy. Tacite, X\'. 49, parce que Néron devint jaloux de ses talents poétiques), il prit part à la conspiration de Pison et fut contraint, après la découverte de cette conspiration, de se donner la mort ; il se fit ouvrir les veines, 05 ap. .l.-C. Les œuvres poétiques de Lucain étaient très-variées ; il écrivit, entre autres ouvrages, des SatnrnaHa, des Silvae, des épigrammes, une tragédie [MedeaJ, sans compter des compositions en prose. Nous ne possédons de ses poèmes que la Pharmiia (inachevée), en 10 livres, poème sur la guerre civile entre César et Pompée, jusqu'au siège que soutint César à Alexandrie. L'histoire, dans ce poème, est suivie fidèlement, môme trop fidèlement ; aussi n'est-il pas sans valeur comme source historique. L'auteur est partisan décidé et volontairement partial de Pompée, qui représente à ses yeux la liberté, comme aussi de Gaton et de la République. Stoïcien fervent, le poète fait preuve, et môme fait montre de sentiments élevés ; il déploie un talent énergique et vif, mais sa jeunesse l'entraîne hors de la juste mesure et lui enlève le sentiment d'une
forme claire et précise ; l'œuvre renferme beaucoup trop de discours pathétiques et de descriptions. Les morceaux les plus brillants sont les peintures de caractères, par exemple ceux de Pompée et de César, I, 129- 1.")!», de Gaton d'Utique, II. :i80-39L Les défauts du poème avaient été déjà reconnus par les anciens , cf. Quintilien, X, 1, î)0 : Lucamis ardens et concitatus t'f scifti'iitiis (■l(iri><simi(s et nwtfis oratorUms quam foeiis uii/f":-'"^ : — Servius . ad N'erpr. Aen. ï. 3S2 : Jj(canti'< vtdelnr hiaturidin cuuiiwtytdsse ^ non poema (1).
En dehors de Lucain, on peut citer comme poètes épiques: C. Valerius Flaccus, qui écrivit sous Vespasien ses S iivre< -r [rgunautica, imités d'Apollonius de Rhodes ; lu iunne ea est correcte, mais la diction est verbeuse et déclamatoire/ souvent affectée et obscure (2).
(1) Edition!^ «le Liicain : le texte seulement, clans la petite collt r a a c h n i t z , dernier tirajçe 1872 ; — avec notes en latin, Weber, Leipz., 1S21-31. 3 vol.; C. H. Weise, Ouedlinbourg, 1835; collection ternaire, 3 vol.
^Morceaux choisis, avec notes en anglais, dans les Sélections
frnni latin poets de Crowell, Boston, 1882; — avec notes
'lli'ma)id,lî. Btnder, Anthol. ans llom. Dielit., Tubing.,
a Traductions en vers, 1'. rébeuf; récemment, Demogeot,
Paris.
— 1). X isard, dans les Poètes latins de la décadence, i'aiis. ;;■ ('m Ht., IS) vol., a consacré une longue étude à
Lucain, t. IJ, p. sr>.437 ; ne pas oublier, en lisant ce livre d'un maître, que le ju^'ement est des plus sévères et qu'il ne faudrait pas aller au-delà ; cf. l'article que Sainte-Beuve écrivit à ce sujet en 1836 et (jui est reproduit dans le t. II de ses Portraits contemporains.
Vov. aussi G. Boissier, L'opposition sous les Césars, ■^ p. 289-303.
(2) Editions «i© Vnlériii<ii Flaccus : avec un apparat critique en latin, C. Schenkl, Berlin, 1871; — Bahrens, liCipz., 1875;— grande édition de Thilo, Halle, 1803.— Avec notes en littn^ collection Lemaire.
C. Silius Italie us, né en 25 ap.J.-G. ;ilfutconsuen ()8, et vécut ensuite dans l'opulence en Campanie, au milieu des relations les plus agréables. Il se laissa mourir de taim en l'an 101, pour échapper au.K souffrances d'une cruelle maladie. Admirateur enthousiaste 4de Virgile, mais doué d'un médiocre talent, Silius Italil I eus écrivit un poème épique en 17 livres, les Punica, * récit de la seconde guerre punique jusqu'au triomphe ^ de Scipion ; l'auteur imite servilement Homère et Vir- ' gile et poui* les faits suit scrupuleusement Tite-Live, majore cure (fuaiti in'jcnio. dit Pline, Ep. III, / (1).
Stace (Papinius Statius), né en 45 ap. J.-C. à Naples, et mort en 1)6 ; llatteur et affranchi de Domitien, Stace écrivit , outre une Achilleis inachevée (1 livre li2), une Tliehfdx, qui a pour sujet la légende 4d'Étéocle et de Polynice, poème diffus, obscur, boursouflé, et rempli par Férudition mythologique. Les plus parfoites et les mieux goûtées de ses poésies, celles qui correspondent le mieux à son genre détalent, sont les ^'^/tv^rc, au nombre de 32, poésies pleines 4- \ de talent et de grâce ; elles coulaient comme de : source de l'inspiration facile et légère du poète, qui, par contre, avait consacré douze ans à la ïhébaïde seule. Ces petits poèmes, distril)ués en 5 livres, ne traitent que des sujets de circonstance, une naissance, une mort, un départ, la statue équestre de Domitien, etc. ; le mètre est le plus souvent le mètre épique ; mais on y rencontre aussi des vers alcaiques, saphiques et phaléciens (hendécasyllabes) (2).
(1) Editions de Silius Italiens: le texte seulement^ dans la petite collect. G. Tauchnitz, 1834; — avec noies en latin, collect. Lemaire, 2 vol.
i'î) Editions de Stace: «mivres complètes, le texte seule-
I/épopée (lidactig.ue trouva de nombreux interprèteson peut citer : Germa nicus, le fils de Drusus qui traduisit avec assez d'habileté le manuel astronomique d'Aratus de Soli, les Phaenomena ; peut-être aussi Cacsius Bassus, l'ami de Perse dont il publia les satires ; on lui attribua un poème didactique de metris. De l'époque de Néron date en outre VAet7ia poème sur les volcans, en (J4:) Iiexamètres très corrects • rauleur se place à l'égard des mythes en opposition avec les idées populaires, et à un point de vue tout rationaliste; on attribue ce poème à Lucili us Junior (1 ., qui fut procurateur impérial en Sicile, et qui nous est connu pai- s;i correspondance avec Sénôque.
'j i.A sATiuK i:t la I \i;i.i;
r.a satire avait à sa disposition dans cette période un terrain fécond et même trop fécond ; mais elle n'osa pas, tant que dura le despotisme impérial, se risquer sur le terrain politique (toutefois Sénèque crut pou-
Tern^^'"^' Leipz ;851 - vol ; avec noirs en latin, collect.
«1- Cette attribution n'est pas .instiliable; Tauteur de V Aetna ou te uTV.^"^'"''/"'""""' appartenait à rêpo<jue d^^^:
^nau^a ^f "nro, Cambridge, 1867, œcec un cornmenuùr,:
voir se permettrede coxn^o^QvY Apocoloointosis contre l'empereur Claude). Elle dut donc se borner aux suj^^^ littéraires et à certaines questions sociales. Ce n'est qu'à l'époque de Trajan que la satire put jouir, elle aussi, d'une plus grande liberté. Sous l'oppression du despotisme, elle eut presque toujours un ton aigre, dissimulé (Perse. Juvénal) ; Pétrone seul ne se laissa pas troubler dans sa bonne humeur.
Les principaux représentants de la satire furent : Perse (A. Persius FI ace us) (1), né en 34, à Volaterrae, en Etrurie ; il étudia à Rome, particulièrement sous le stoïcien Annaeus Cornutus, et mourut jeune en lan n;2. D'une grande pureté de sentiments, et d'une conduite irréprochable, plein d'enthousiasme pour l'idéal stoïcien de la vertu, en désaccord, par suite, avec l'esprit de son temps, Perse n'avait pas un grand talent poétique et connaissait mal les réalités de la vie. Il écrivit 1» satires, qui ne manquent pas de vigueur, tout au moins îa première, où sont exposées les théories poétiques de l'auteur ; mais ce ne sont en général que des dissertations théoriques sur la doctrine stoïcienne (par exemple, sat. IV, sur la connaissance de soi-même ; sat. V, sur la vraie liberté du sage, c'est-à-dire du stoïcien ; sat. VI, sur la vie conforme à la nature). Bien que la concision obscure et l'allure contournée de la phrase, les métaphores prétentieuses, et l'absence fréquente de suite dans les idées le rendent très difficile à comprendre, Perse n'en a pas moins été, à cause de ses tendances mo-
i\) Le pr<^nom est Aulcs, et non Aulus.
raies, admiré par l'antiquité et étudié tout particulièrement par le moyen-ûge (1).
Nous voyons, au contraire, les réalités de la vie exprimées au vif, chez deux autres poètes satiriques, Pétrone et Juvénal. Sénèque le philosophe composa une satire politique, et renouvela la forme de la satire ménippée (voy. ,^ IV) dans son Liidus de morte Claudii nommé a\issi\ipocolocyntosis, métamorphose en citrouille; c'est une parodie virulente de l'apothéose de l'imbécile empereur Claude, qui avait exilé Sénèque en Corse en 11. Claude, dans le ciel, doit continuellement jouer aux dés avec un cornet sans fond, de sorte que les dés sortent toujours ; il est ensuite adjugé comme esclave et espion de police, à Caliguia, et finalement à Ménandre affranchi d'Eaque ; à ces railleries fait pendant la glorification de Néron.
Le caractère et la forme de la satire ménippée sont encore ceux du romande mœurs satirique de Pétrone, (P e t r 0 n i u s A r b i t e r) ; sur les '20 livres dont il se composait ii l'origine, nous ne possédons plus qu'une suite de fragments, entre autres la cena Trimaiehionis, description d'un banquet donné dans lamaid'un parvenu excessivement riche, auquel ses mœurs toutes plébéiennes et son manque absolu de goût et d'éducation font étaler sottement une « initidisdma jactatio i» (§ 7:i). Le lieu de la scène est l'Italie méridio-
(1) Edltionii de Perse; avec un apparat critique 0. Jahn (dans le môme vol. que Juvénal et Sulpicie), Beilm, 1868 : — le texte seulement, C. F. H er m an n, Leipz , Teuhn. 1872.
Avec notes, traduction et comynentaire en anglais. Coninf?ponet Nettleship, 2« édit. Oxford. Clarendon press. 1874.
Voy. Les moralistes sous V empire romain de G. Martha, p '101-154 {Un poète Stoïcien); — les Poètes latins de D. Nisard, t. I. p. 233-29S.
1 0§le ; le récit est placé dans la bouche de différents per-
sonnages, entre autres de l'affranchi Encolpius ; le Jan- ' gage varie suivant le degré d'éducation de celui"qui a "^ la parole. L'ouvrage fourmille de crudités souvent fort grossières ; il est néanmoins plein d'esprit et de sel, et *^'"" ^i^î^'?"^® intérêt pour la connaissance des mœurs ^^^*^?^ conditions sociales de l'époque, aussi bien que du langage de la conversation, surtout parmi le P^^^- Q^ant à décider si l'auteur est bien le même que le C. P e t r o n i u s qui fut, d'après Tacite, Ann. XVL n, sqcf. le confident et le maître de plaisir de l'empereur Néron, mais que ce dernier força à se donner la mort en m ap. J.-C, le portrait que fait Tacite de ce G. Petronius rend cette opinion assez vraisemblable ; toutefois elle est moins sûre que la date de l'ouvrage, que l'on doit placer à l'époque de Néron (1).
Le poète satirique le plus important de cette période est Juvénal (Dec. J uni u s J u venalis), né à -f ^ÎHi"""^' vers l'an 50 (?). Il étudia la rhétorique à Rome, fut quelque temps avocat, et sous Domitîen fut envoyé en Bretagne comme trihunus miHtiim : il fut exilé dans un âge avancé (probablement sous Hadrien), mais on ne sait si c'est en Egypte ou en Bretagne (2) : cet exil paraît avoir eu pour cause une
T?iV' **'lî'**"t, ^f Pétrone : avec notes critiques en latin, îranc. Bucheler, Berlin, Weidm., 3« édit., 1883 C^LT;\'"%ot«-^ ^; Boissier,Z'op;,o«Yeon sous les ^n.fcjL^:- .' 'LT ^- <^liassang, Éistoire du roman dans l antiquité, p. 404, sq.
(2) Je le crois bien, puisque, malgré la tradition aveuglement admise Juvénal n'a jamais été exilé, comme J. A. HUd vient de le démontrer dans une série d'articles du Bulletin mensuel de la faculté de Poitiers (année 1883, p. 170 sqci année 1884, p. 14, sqq. ; 267, sqq. ; 322, sqq.) (réunis en l^rol chure chez Leroux, Paris, 1884). Il ressort de ce remarquable l
allusion (U- la satire VIL Oi), à un favori de renaereur; il t'bl |jrol>al»lt' ([no .luvénal mourut en exil. Nous avonsd>'.lu\.'iial U» satires eu5 livres, qui se succèdent suivant la date de leur coiiiposition. Bien qu'elles aient rté écrites sous le rège de Trajan et d'Hadrien, elles ont presque toujours pour sujet, du moins quand elles ne traitent pas de l'humanité en général, l'état de la société romaine sous le règne de Domitien. La satire de Juvénalest un effet du gouvernement deter^ reur de Domitien ; le poète nous fait lui-même connaître. L 81), sa disposition d'esprit : facit indignatio rt'r.'^iun ; ** -t <r.n indignation qui le fait poète. Par suite do eu .[u n .t \ u et éprouvé, il est pessimiste dans sps vues sur l'humanité, nihiliste à l'égard des idées religieuses ; comme peintre de mœurs et poète, il atteint un réalisme qu'il pousse même à l'extrême. La société dépravée de l'époque, société (jui étalait oririioillousement sa corruption, est montrée par Juvénal dans tous les plus hideux détails, par exemple et surtout dans la sixième satire, tableau des mœurs féminines à Rome. Le ton des satires est oj;aiolre et pathétique ; elles accueillent jusqu'à des faits scandaleux etrévôltants ; le style est presque toujours énerique et d'un intérêt saisissant, mais aussi quelquefois presque inintelligible. Les dernières satires sont ('(•rites sur un ton moins vif et moins passionné que les premières, par suite de l'âge avancé du poète ; une criti.jue mal fondée et insoutenable (celle d'O. Ribbeck)
travail, destiné à renouvelor sur plus «run point la critique biographique et littéraire, que Juvénal n'était ni fils d'affranchi., ni pauvre ; (ju'il n'y a aucune raison de croire qu'on l'ait jamais exilé, qu'en réalité il a été pourvu d'honneurs, et qu'il faut déi'i-lément renoncer au Juvénal de fantaisie si haut vanté par tant <le gens qui ne l'ont pas lu.
a révoqué en doute Tauthenticité des satires X , XIl-XV, et de quelques passages des autres (1). Les satires les plus intéressantes sont : I, motifs qui ont engagé le poète à écrire ; IIL désagréments du séjour de Rome ; IV, anecdote du temps de Domitien ; V, misère des clients ; Vil, sur la situation des gens de lettres (édit. classique des Sat. ;'>-."), parC. L. Roth)('2). La Fable, que Sénèque, consolât, ad Polyb. 8, 27, traitait encore de inteniptatutn romanis inrjcniis opus, devint pour la première fois un genre poétique proprement dit avec Phèdre; tout ce qu'on sait sur cet . auteur c'est qu'il était originaire de Piérie. qu'il vint à Rome comme esclave, qu'il fut alTranchi par Auguste et persécuté sous Tibère i)Our quelques vers renfermant des allusions désagréables. Ses fables, au nombre de 02, en ') livres, ont pour acteurs des ani-f maux et sont pour la plupart imitées d'Esope ; le vers est le trimètre iambique ; elles renferment quelques anecdotes et tendent au perfectionnement moral du lecteur ; néanmoins le ton en est assez gai (cf. prolog. ^ du liv. I : duple.r libclll dos est : aiiod risum movet ' -f*
(1) L'édition «lu .Tiiv.'tial do 0. Ribbeck est de 18C9 -^ TjeipzifT, collect. lîernhanl Tauchnitz. — M. Bender s'exprime i avec un peu trop de rigueur au sujet de cette tentative : sans donner gain do cause aux témérités de M Uibbeck, Il n'est pas défendu de croire que, dans les satires qui portent le nom de Juvénal, on ait affaire à deux poètes différents; tout au moins se trouve-l-on en présence de phases très distim'tes, et souvent opposées, d'un môme talent.
(2) Editions <le Jnvénnl : avec un apparat critique en latin. 0. Jahn (dans le même vol. Perse et Sulpicie) Berlin, 1868; le texte seulement, avec la satire de Sulpicie, t^ F. Hermann' Leipz. 1873. '
Avec 7iotes en allemand, A . W e i d n e r , Leipz. Teubn.1873. .Lisez G. Boissier, L'opposition sous les Césars, p. S20- 361; — D. Nisard , Poètes latins^ t. II, p. 8 — 81; — J. A. Hild, Juvénal, notes biographiques, Paris, 1884. Traduction E. Despois, 2' édit., 1873, Paris.
J /i F„ ^ fàwt tu^U^mM. . — 114 —
Et quod prudenli ritam consiUo inonot]. Elles sont généralement correctes au point de vue métrique, et écrites dans un style facile, mais manquant quelquefois de pureté (surtout dans les derniers livres). I II est douteux que les fables contenues dans l'appendice remontent jusqu'à Phèdre (édit. class. de Siebelis, Eckstein, Raschig-Richter, Nauck, Eichert (1).
dj LA POÉSIE LYRIQUE ET L'ÉPIORAMME
I La poésie lyrique ne fut représentée durant cette ' période par aucune œuvre littéraire importante, bien que ce fût alors une occupation très ordinaire de composer des poèmes lyriqnes sur une mesure et un modèle fixés ; bien des gens môme regardaient comme un (ïnvoji- de produire de temps en temps, parfois mêniij Luus les jours, quelque pièce de vers. Quintilien (X, 1, 1)6), cite comme poète lyrique G a e s i u s B^a ss u s, Fami de Perse (cf. § ;27) . On doit nommer parmi les meilleures poésies lyriques de l'époque lesS'i'/m^î de + Stace (cf. § 27). A r r u n t i u s S t e 1 1 a, ami de Stace, composa des pièces erotiques, ainsi que Sulpicia, femme de Calenus, à laquelle on attribue également une satire, qui fut d'ailleurs écrite probablement plus tard. Cette satire est ordinairement imprimée à la suite des œuvres d'Ausone ou de Juvénal. Au contraire, l'Epigramme fut traitée avec un arte
(1) EdiUonn d* Phèdre : L. Mûller, Leipz., le text seulement, 1873 ; — grande édition annotée en latin, par le même, 1877.
accompli par MarUal (M. V a 1 e J J u s Martial! s), -f- Né à Bilbilis. en Espagne, vers l'an 40 ap. J.-G. , Martial vécut la plupart du temps à Rome, dans une situation assez précaire, bien que ses flatteries l'aient fait honorer par Domitien du jus triuyn liberorum et du -f tribunat ; vers 98, il retourna à Bilbilis. où une domina Marcel la lui fit, par admiration pour ses vers, don d'une propriété ; il mourut probablement, vers 102. Ses épigrammes, au nombre de 1555, sont réparties en 14 livres, auxquels se joint un liber spectacnloriim ; ce -jsont tantôt de simples épigraphes pour des cadeaux de saturnales (particulièrement les livres XIII,. renia^XlV, apophoreta), tantôt des épigrammes proprement dites se terminant par une pointe calculée et visant à l'effet ; elles sont écrites en vers élégiaques, phaléciens et choliambiques. Martial possédait un talent remarquable pour saisir en chaque chose ce qui était ridicule et piquant, comme ce qui était vulgaire, obscène et repoussant ; il renfermait dans chacun de ces petits poèmes un esprit intarissable et des traits d'une surprenante ironie. « Bien peu de poètes, disait Lessing en parlant de Martial, ont écrit autant d'épigrammes, et aucun, sur un aussi grand nombre, n'en a composé autant qui fussent bonnes, et autant qui fussent excellentes. » Mais pour le lecteur qui se respecte, le plaisir est souvent gâté par les sentiments de bassesse et de servilité avec lesquels Martial célèbre -f ses protecteurs et les glorifie , Domitien surtout ; sentiments que ne saurait justifier la situation misérable du poète. On ne peut souffrir non plus le sang-froid avec lequel il outrage le sens moral de plein gré, et sans trouver d'excuse suffisante dans le désir de s'accommoder au goût du pubhc, dans les exigences
~ ik; —
et les prédilections de ses protecteurs, dans l'exemple d'autres poètes, et enfin dans une conduite personnelle irréprochable ( 1).|
"2. — LX PI 10 SE aj L'rnsToiRE
Il <' tait impossible, durant ce siècle de despotisme, de concevoir et de raconter avec indépendance Thistoire de l'époque présente et de celle qui remontait jusqu'à la chute de la république; en efTet. d'une part, on flattait sans pudeur ; de l'autre, on exécrait ceux qui tenaient le pouvoir Uibidiiœ assentandi, vef odio adversm dominantes^ Tacit., hist. I, 1). Il ne put y avoir d'historiens indépendants dans leur pensée et dans leurs œuvres sous la dynastie julienne et sous Domitien. A. C r e m u t i u s C o r d u s fut forcé, sous Tibère, de se donner lui-même la mort ; ses Annales, qui traitaient avec indépendance des dernier^temps delarépublique, furent brûlées par l'ordre d'un sénat sans volonté, mais n'en furent pas moins lues et £épandues, cf. Tac. ann. IV, :5i, sq. L'histoire des <^^'énements contemporains fut, la plupart du temps, T t racontée par les princes régnants eux-mêmes : à l'exemple d'Auguste. Tibère, Claude, sa femme laseconde Agrippine. etplustard Vespasien,
(1) Editionii €le Martial : F. G. Schneidewin, le texte seulement, Leipz. 1871. - Kpigrammata selecta avec notes en anglais Paley et Stone, Londre.^. 1868.
\<n-. D. N isard, Pokcs Inlins, t. I, p. 388 - 471
écrivirent des mémoires [commentnni\ Sous Tibère, A ufidius B a s su s écrivit une histoire de la guerre civile et de la guerre contre les Germains; i^ eut pour continuateur Pline l'ancien, qui composa '20 livres hcllorum germaniae, et ôl livres a fine . l ufidii Bassi. Fabius R u s t i c u s , qui paraît avoir été encore vivant en lOS, et Gluvius Ru fus (vers l'an 70). écrivirent également l'histoire de^ leur temps (41-i;i>).|Toutes ces œuvres sont perdues.j Par contre, celles des écrivains suivants nous sont parvenues : Vellojus Paterculus, tribun militaire depuis l'an 1 ap. J.-C, servit en Germanie sous les ordres de Tibère, et fut nommé questeur sur la recommandation de ce dernier. Il écrivit un ouvrage qui avait pour titre historiae romanae ad M. Viciniinn eonsulem lihri II (M. Vicinius, consul de l'an :îf)) ; le début du premier livre, qui servait d'introduction, est perdu, de même, la partie qui s'étend de l'enlèvement des Sabines à la guerre contre Persée de Macédoine. Vellejus Paterculus commence par l'histoire primitive, qu'il traite d'une façon très sommaire, en s'attachant surtout à suivre l'ordre chronol2aiQîue; le récit se développe ensuite de plus en plus et se termine par une glorification impudente de Tibère, écrite avec une ennuyeuse prolixité. Les recherches de l'auteur sont suj)erricielles ; il conçoit et traite son sujet en aniateur et à un point de vue personnel ; il concentre son intérêt plutôt sur les personnes que sur les choses, surtout quand il vient à parler de ses chefs. Le style est recherché, souvent d'une enjlure de mauvais goût qui s'élève jusqu'au ton du panégyrique. Mais, en même temps, l'œuvre témoigne d'un jugement sain, etofTre quelques portraits
|jjmg^m)l,ygaai&Mafc.jtltf >fa-^./.^'.i-..»^v.^ ^...-ir^
de caractères viproureusemerit tracés (par ex. ceux de
C. Marius, II, 1 1 ; de ^litliridate roi de Pont II, 18 ; de Pompée IL '?9 ; de Caton d'Utique, II, :>.") ; — de César, II, il, etc.) (1).
Val ère-Maxime ( V a 1 e r i u s i\I a x i m u s) est moins un liistorien, (\u\u\ compilateur d'anecdotes et de iiolico ; li LNiivii suu^ Tibère i "^ forum et dictorum me)norabiliutt( Ulrn-IX (dont nous possédons aussi deux extraits du 7f et du /** siècle) ; c'était, probable-
j. ment, une collection d'exemples, composée à l'usage
u des rliéteurs dans un but intéressé. Les exemples, fournis soit par l'iii^itoirp mn-iaine. soit par l'histoire étrangoro . sont lauj^^u^^ t;l classés d'a|)rès d[vers
I titresKpar ex. de reWfione, de miracKlis, suivant les diiîérentes vertus, les ditTérents vices, etc.) Le tout
I est traité su,ns jugement et sans goût, souvent d'une
I faron tout-à-iïiit niaise et (Mif.intine ; le style est presque toujours d'une 1»! Miioii ridicule et pathétique hors de propus ; on reiicontru de temps en temps des flatteries éhontées à l'adresse de la famille impériale.
/l'nut au plus pourrait-on accorder «[uelque valeur à f -f cette œuvre à cause des faits qu'elle nous transmet;
jmai^ el!'^ •^•■>nt trop la rliétoriti'ip, et la < liuqne en est trop .ii».stiiLe, pour ipie l'hisLorien puisse y ajouter foi
i sans [)lus ample examen ci).
(Juinte-Curcf (C u r t i us U u tu s), (jui était probal)al)lement un rliéteur, vivait, suivant l'opinion géné-
(1) Hflitioiis de VellejuM PatercMiliis : avec un apparat cri-
tique, C. H al m, Leip/. Tcuhii. l^'^' — acec notes en latin, coll. I.emaire.
('2) Editioiit* «1« Talére Mitxlme : avec un apparat critiquCf et les abrégés d" Julius Paris et de Januarius Nepotia^ius ; C. II al m. Ltipz. 1860 ; — avec notes en latin, coll. Lemaire, 3 vol.
ralement admise aujourd'hui, au début du règne de Claude, auquel s'appliquent très exactement les passages X, 1), 3-(j ; d'autres le font vivre sous Auguste, ou sous Vespasien. Il écrivit historiae Alexandri Matjni lihri X, dont nous ne possédons plus les livres I et II ; dans cette œuvre, il s'attache à suivre scrupuleusement les sources qu'il avait à sa disposition, surtout l^alexandrin Clitarqu©. Quinte- Curce paraît avoir pe u de sens historique; il ne comprend à peji près rien à l'art militaire ; il ne fait ressortir que les succès d'Alexandre : il semble méconnaître son importance comme homme d'état. Le livre avait pour but de fournir une lecture intéressante : aussi l'auteur s'arrête complaisamment sur le merveilleux, sur l'extraordinaire, sur tout ce qui éveille l'imagination,
Quant au style, on y retrouve une imitation manifeste du vocabulaire et de la phrase de Tite-Live ; toutefois la période de Tite-Live est ordinairement remplacée par des phrases courtes, asyndétiques, où domine une certaine couleur poétique, conforme aux exigences du Lioùt de l'époque. Du reste, Q. Gurce s'entend à grouper lo^ faits d'une manière dramatique et à peindre en vue de l'etlet; les liarangues, par exemple sont écrites avec soin, et sur un ton oratoire (édit. class de Miïtzell, C. G. Zumpt, Vogel) (1).
Tous les historiens de cette époque, aussi bien que
(1) Editions de <talnte-€iirce : avec notes explicatives en français^ remarques grammaticales, dictionnaire historique et géographique, S. Do'sson, Paris, 18K2 ; — édition critique "H e d i c k e , Berlin, 1867 ; — le texte seulement, Th. Vogel, Leipz., 1880.
Sur Q. Curce, romancier, lisez Chassang, Histoire du roman dans l'Antiquité, p. 318-31'.>.
de l'rpoifue précédente, sont surpassés par Taeite 4 (^-^jMielius Ta ci tus), né probablement en l'an 5-4, au plus tard, d'une famille considérable. On le fait naître à Interamna, en Ombrie (aujourd'hui Terni), en s'appuyant sur ce fait que l'empereur Tacite, qui fit recueillir les œuvres de l'historien, était originaire du môme lieu : mais le fait que la cité de Terni lui lit élever une statue en 1M4. ne prouve pas du tout que Tacite y soit né réellement. Il étudia la rhétorique à Rome sous M. A^er, Julius Secundus, peutêtre aussi sous OuintUien, épousa, en 7S\ la fille de Jïïliys xVgricola, et fut revêtu des magistratures ordidinaires jusqu'à la préture sous Vespasien, Titus et Domitien. Il resta absent de Rome (comme légat?) pendant les années 90 et suivantes, fut consul en 1)7 sous Nerva, et mourut probablement au début du règne d'Hadrien.
Voici la liste de ses écrits par ordre chronologique :
1) Jitfthxjuc « de onitorihiis * dialogue, placé en 75, ayant poui' sujet le déclin de^ l j^^^^^^^^^^^ sous i;ernpjre ; les interlocuteurs sont Curiatius Maternus, M. Aper, Julius Secundus et Vipstanus Messala. L'ouvrage fut écni sous Domitien ; l'ampleur, l'abonciance
■^ *!iLËï!^» *I^^^ ^''"^^ ''"'^^ <^^ Cicéron, ont engagé beaucoup de savants ;ï l'attribuer à dilTérents écrivains, autres que Tacite ; toutefois, lésait général du dialogue accuse incontestablement ia main de l'historien.
2) De vita et ivorilnis Julii A</ricolae, ouvrage composé en 97 ou 98 ; c'est une biographie du beau-père de Tacite, qui fut de 78 à 85 gouverneur de la Bretagne, et qui, en dépit de ses glorieuses actions, fut rappelé par le soupçonneux Domitien, et mourut en
93, sans doute empoisonné. A(/ricola n'est pas une laudatio proprement dite ; c'est, sous la forme d'un développement de rhétorique, une œuvre de souvenir et de piété filiale.
8) Gcrmania (ou de dtii, inorilnts et jwpHlis Germaniae), composée probablement en 98: c'est avant tout une étude monograpliique, destinée à une œuvre historique plus considérable, et qui était peut-être, (si Tacite fut envoyé comme légat en Germanie), fondée en partie sur une observation personnelle. L'auteur, en face de la corruption des mœurs romaines, nous montre, dans une lumière idéale, l'indépendance, la simplicité et la moralité des Germains ; peut-être même devrait-on. avant tout, voir au fond de l'ouvrage une tendance morale et satirique. La première partie, ch. 1-j;. traite in commune de omnium (Jermanornm origine ac inorihus; la seconde, ch. 28-46, des différents peuples, suivant leur position géographique. Cet ouvrage est dans la littérature ancienne, la source principale que nous possédions pour connaître les anciens Germains.
4) Historiae, en lj£Jivres à l'origine ; nous n'avons plus que les livres 1-4, et une partie du 'f. L'ouvrage racontait l'histoire de l'époque qui s'étend de Galba à la mort de Domitien, 69-9( ; ; ce qui nous reste embrasse l'année (i9 et une partie de 70. Un des morceaux les plus intéressants est l'excursus sur la Palestine et sur les Juifs. Les historiac furent composées sous Trajaii .
5) Annales (plus exactement : ah e.ccessu divi Augiisti liber], en 16^1iyres. dont nous ne possédons que les livres 1-4, 12-15,' et des fragments des livres 5, (J. 11, l(i. C/était une histoire de la dynastie julienne
depuis la mort d'Auguste jusqu'à celle de Néron, à laquelle faisaient suite les historîac. Il nous manque les années ^l)-;'.!. 37-1) t entre autres, par conséquent, le régne H.- r.aligula tout entier), et l)l)-G8. L'ouvrage fut'compu.^c entre 115 et 117. l/ordre suivi est, en principe. Tordre chronologique ; cependant les événements anidcgues de plusieurs années sont souvent
réunis dans le récit.
Tacite ne mit pas à exécution le projet qu'il avait formé .r.''.i lie l'histoire de répo([ue d'Auguste, puis de celle de Nerva et. de ïrajan.
Tacite compose d ai»rès une étude sérieuse et complète des sources. C'étaient soit les traditions orales, soit les documents et les écrits anciens, tels (juc les <irl>f (liin-na et les actd senatus. les ditîérents mé- Hjuires, comme ceux de la secoiith^ Agrippine, les iiaivres historiques de Gluvius lUdus, de Pline l'ancien, etc. 11 s'ejl'orce d'écrire avec une critique sérieuse et impartiale ^sinc ira et sfudio, Ann. I. 1. — avec une jhlcs incorrupla, liist. I. 1); mais ses oitinions polili(iue^ • -"vt netremptu mariiuées dèsje début. Le gouvei iieuiuul du suuai, durant la belle époiiue de la répubhque., luiai»parait comme un idéal: le !;uuveri ICI lient imi)érial est un mal nécessaire. Aussi, eirîpolïïïqiie. est-il p^irtisan décidé de l'aristocratk", et admirat(Mir i\" V' république. Il tait, quoique à regret, des concessions a la triste réalité de son temps; il s'y résigne, mais il ne s'incline qu'à contre-cœur devant • la nécessité. Toutefois, le despotisme impérial, surtout celui d'un Domitien, dont la défiance sanguinaire s'attaqua aux propres parents de Tacite, aigrit l'historien si profondément, que, dans le règne même de Nerva, ce n'est qu'à regret (ju'il reconnaît enfin l'union de la
libertas et d\i pruiâpalas. Aussi, dans tout ce qu'il écrit, perce cette a mère disposition d'âme qui le fait douter même de la Providence divine et qui lui inspire parfois des jugements d'une partialité et d'une sévérité injustes. C'est là ce qui a conduit certains écrivains modernes, comme Ad. Stahr entre autres, à émettre sur Tacite des opinions plus partiales encore et nullement justifiées et à nous le présenter comme un historien de parti, sans critique, rempli de préventions, malveillant même et dénaturant à dessein les faits, qui aurait, avec une aigreur aristocrati<[ue, falsifié sciemment l'histoire, surtout pour le régne de Tibère.
En général. Tacite s'efïorce sérieusement de donner des événements un récit vraiment exact, en recherchant et exposant los rausac et ratîones, les causes intrinsèques et extrinsèques, et le principe de chaque chose ; aussi fait-il preuve d'un talent sans égal dans l'analyse des sentiments et dans la peinture des caractères (voy. avant iout l'histoire de Tibère, Ann. I-Vl). Tacite ne semble pas avoir en philosopliie d'opinions bien nettes et se rattacliant à un système quelconque ; ses idées reli.uieiises ne sont ni bien lixées, ni même cuiiseiiutMites avec elles-mêmes ; parfois, en présence du spectacle qu'il a sous les yeux, il est disposé à rejeter toute idée d'une Providence divine dans le gouvernement du monde; et même assez souvent, il se laisse aller à des opinions fatalistes, tout en cherchant des déterminations psychologiques, et en faisant un exposé raisonné des événements. — Le style de Tacite est encore empreint d'un cachet cicéronien dans son premier écrit (le dialogusj : dans le second et le troisième {VAgricoîa et la (iermaniajj il
rappelle manitesteinent Salluste ; dans le qualriùrae et le cinquième (les Histoires et Annales), il atteint une originalité bien caractérisée; il est plein de gravité, de noblesse, <le modestie (gcj^vo;), d'une certaine pompe aristocratique ; jamais il ne se laisse aller au ton passionné; il est riche en pensées, et d'une concision pleine d'idées, qui excite vivement l'imagination. Tacite évite toujours le commun et le trivial, et il se plaît aux tournures inusitée:^ (1).
(Edit. class. du texte seul : C. Halm et 0. Nipperdey ; — avec comment.: VAgricola, par Tiicking, Drager ; la — CemKuii't, par Tiicking, Schweizer- Sidler, Jloltzmami-Uolder : — les llisloriae , par Heraeus ; — les Annales^ par Nipperdey et Drâger).
(1) EditionH «1« Tacite: rruvres complètes, le texte seulemeiit,C. Mal m, r.eipz., 2 vol., 1871-72; avec notes en latm^ F. Dûbnf'i-, Paris, IS^.').
I.cs Histoires et les Annales, avec notes en français, intrO' duction, index, Emile Person, Paris, 1880-83.
Les Annales, E m I le .1 acob, jurande «kliiion avec commentaire critique, philologique, explicatif en français ^ Paris, 2 vol.
Petite édition du môme arec notes en français, 1879.
Dialogue des orateurs : édition critique, E. B;ihrens, Leipz,. 1881; avec notes enallrmand. (i. André sen, Leipz.
Gerniania, le texte seulement, A. llolder. Fribourg, 1882; «^ec / allemand S c h \v e i d e r - S i d le r, Plalle, 2«» édit.
Afjricola <'r>-e noirs en allemand, A. Dr.ioer, Leipz., 2- édit. ^ '
— Grai.tutaire et stijle de Tacite.^. Gantrclle. Paris, 2« édition ; on trouvera dans la préface de ce livre l'indication d'^ travaux savants sur la langue et les usages de Tacite ; notez surtout ceux de Dr;iger.
Au point de vue moral et littéraire, voy. D. Nisard, Zes quatre grands historiens latins, p. 255-300; — G. Boissier, L'opposition sous les Césars, p. 303-320.
^>J l'êloqvesca:
Il ne manqua pas. à l'époque qui nous occupe d'hommes instruits dans Fart oratoire, qui se livrèrent h la littérature et publièrent des discours; mais 1 éloquence ne trouva ni la liberté, ni l'occasion, ni le courage et les dispositions d'esprit qu'il lui eût fallu pour se produire librement et en public. Elle se réfugia, sans oser jamais en sortir, dans les tribunaux des centumvirs (tribunaux civils), qui n'avaient rien à faire avec la politique, et dans le sénat ; aussi tomba-t-elle dans une décadence de plus en plus complète (sur cette décadence, qui était liée étroitement à l'évo- ^^112^ politique, et sur l'opposition de la nouvelle et de l'ancienne éloquence, voy. Tacite, diaL omt.J. Mais en même temps se multiplièrent les exercices Q^l^^Q^^^s ^^a»s les écoles, exercices où l'on n'accordait de. valeur qu'à la forme, à l'expression et au style, aux tournures ingénieuses et élégantes, aux pensées subtiles et spirituelles, aux descinptions et aux anti- ^!iËS?«en un mot à tout ce qui pouvait frapper l'esprit et produire un elTet momentané. On peut juger du sujet et des tendances de toute cette rhétorique par l'ouvrage, si intéressant pour l'histoire de l'éloquence, ^^® ^1 n è (( u e le r h é t e u r. Ce Sénèque, Annacus Seneca, père de Sénèque le philosophe, était originaire de Cordoue, en FJspagne, et vécut à peu près de l'anojl av. J.-G. jusqu'à l'an 40 de l'ère chrétienne, la plupart du temps à Rome. L'ouvrage,* intitulé : Omtorum et rhetormn sententiae, divisiones, colores, et composé par Sénèque peu de temps avant sa mort surja demande de son fils, comprenait 10 livres de
UTrÉHATURE WOMALM; 7
- Conlroversiae (dont nous possédons la moitié environ
en entier, et le reste dans un abrégé composé plus
I tard), et 1 livre de Suasonm' ■ ro sont des exercices
• d^école suivis de leur déveiuppcinent. L'auteur, plein
de contiaiice en sa mémoire extraordinaire, entreprit
cet ouvrage avec plaisir ; mais il éprouva bientôt, en
y travaillant, un ennui qui est une preuve de son bon
' sens (1).
Le rhétour le plus important de cette période fut
■f Quintilien (M. Fabius Q u i n t i I i a n u s ), né à Calagurris, en Espagne, probablement du temps de Tibère. Il fut le premier professeur d'éloquence entretenu à Rome aux frais du trésor et conserva sa cliarge pendant vingt ans ; Domitien le choisit pour précepteur de .^cô petits-neveux ; il rerut les honneurs du consulat et mourut vers Fan Î)S. Quintilien était un lioiiime de sentiments nobles et bienveillants, d'une vaste érudition, et d'un jugement calme et éclairé. De ses écrits, il nous reste l'ouvrage qu'il composa après :ivoir renoncé à sa charge de professeur public, Vinstitutio oratoria, en 12 livres, guide complet pour l'étude de l'éloquence. L'auteur oppose au goût corrompu de son temps (surtout de Sénèque le philosophe) et présente comme modèles, les anciens, d'aburd Cicéron, le type de l'orateur parfait. Le livre I traite des études grammaticales préliminaires, le 1. Il, des éléments et de l'essence de la rhétorique ; les livres IILVIL de Tinvention et de la disposition ; — les 1. VIILXl, de Félocution, de la mémoire et de la prononciation ; le 1. XII présente le type de l'orateur
accompli. Le dixième Hvre est d'un intérêt particulier en ce qu'il renferme, sous forme de parallèle, une revue et un examen critique des poètes et des écrivains grecs et romains les plus importants (édit. du ' liv. X, avec comment, par Uonnell et par Kriiger) (1). Un des élèves les plus instruits de Quintilien fut C. P 1 i n i u s C a e c i 1 i u s S e c u n d u s , connu habituellement sous le nom de Pline le Jeune, né à Novum Coïmim (Corne), en (|2 ; consul en 100, gouverneur de Bithynie en 111-112, il mourut sans doute peu après son retour à Rome. Pline était un avocat très i^cherché ; de ses discours, nous possédons encore le j>anéguri(jue qu'il adressa à Trnjan pour le remer- cier de sa nomination au consulat, discours gâté par des louanges exagérées, par une emphase étudiée, et aussi par une ennuyeuse rhétorique. On trouve beaucoup plus d'attrait et d'intérêt dans ses Ejjistulae (en 9 livres, auxquels se joint sa corrt3spondance avec |- Trajan), qu'il écrivit de 9(1 à 101), puis en 111 et sqq., dans l'intention de les livrer à la publicité, et qu'il publia en effet par la suite. Ces lettres, précisément ( parce que l'auteur avait en vue leur publication, ne produisent pas sur nous l'impression vivante que nous éprouvons à la lecture de celles de Cicéron ; à leur forme monotone et étudiée, on reconnaît qu'elles ne sont pas Texpression toute simple des sentiments de l'auteur. Elles nous olVrent néanmoins un tableau précieux de répogue, plein de renseignements, surtout sur
1 Kdillon «le 8ênéqtic le rlK^lenr : Ad. Kiessling, édilion criliiiuo. Lcip/,.. 1S72.
(1) Edition» «le <luintillen : œuvres complotes, le textô seulement. Ed. Bonnell,2 vol . , Leipz . , 1809-72 .
Le livre X, avec notes en français, introduction, index, etc. J. A. Hild, Paris, 1885; — avec remarques grammaticales, notes, dicUoUiiaircs des noms propres, S. Dos son, Paris, 188 't.
tiûj^ij^ÊMdmSS^^^^S^ÊàÈiÊ^SS^iÊ&^^ÊÈifi^lMi^ÊÊÈi
les uccupaliuiis littéraires souvent stériles de ^ ce
temps: elles nous montrent IMine sous les traits d'un
I esprit sans originalité, il est vrai, et en même temps
I vain rt i.édant, mais aussi bienveillant, humain
iusqu'à la faiblesse, avide de s'instruire, sintéressant
I à tout, aspirant sincèrement au bien et au beau. Un