livre séparé comprend la correspondance de Trajanet
de Pline pendant le temps que ce dernier gouverna
la Bitbynie ; dans ce livre, les lettres qui ont rapport
■i la manière dont les chrétiens étaient traités, 96 et
ii;, sont particulièrement précieuses (voy. VL 10, la
dp<rri[)tion de Féruption du Vésuve, qui eut lieu
en ;n ' I '.
Sur racilo, auteur du dial. des or., voy. § -U).
r) 1,.V IMilLOSOPHlE
Ceux ([ui s'adonnèrent à la philosophie ne furent
pas non plus rares à cette époque; mais la plupart
I étuiont dos aimiteurs, n'ayant ni science solide, ni
Tsvstèm.^ raisonne. Tout d'abord le stoïcisme en attu'a
I un s^rand nuinljre. siutout parmi ceux ({ui faisaient de
roin>osilion polituiue, comme PaetusTlu-aséa, Lucain,
IV'ise, llelvidius Priscus, etc. Toutefois, ces philo-
soplies n'étaient pas exempts d'un certain désir d'exa-
(li EdillonN de Pline le Jeune : a'uvres complèles, Ze texte seulei^ent, H. Keil, beipz. 187:5.
Choix de lettres, avec 7iotes m franc» tis, remarques sur fa lawj sfiih'y introduction, index, A. NNaltz, Fans,
'- Mommsen, Etude sur Pline le jetme, trad. en français par C. Morel, Paris, 1873.
gération et d'ostentation, comme leur conduite extérieure le témoigna parfois. Le grand nombre de philosophes grecs qui avaient envahi Rome discrédita la philosophie et provoqua les décrets de Vespasien et de Domitien qui les chassèrent d'Italie. Parmi les écrivains philosophes, le plus. remarquable de beaucoup fut L. Annaeus Seneca, né vers Pan J^ de l'ère chrétienne, à Cordoue en Espagne, et fils de Séiièque le rhéteur (voy. ^ -T). Elevé à Rome et devenu sénateur, il fut, sur les instances de Messaline, exilé en Corse, par Claude, en Tannée 41 ; l'intercession d' Agrippa le fit rappeler en 49 ; il fut précepteur de Néron, puis consul en 57 ; en bô, accusé d'avoir pris part à la conjuration de Pison, il fut forcé par Néron de se donner la mort (il s'ouvrit les veines au baini. Sénèque n'eut pas toujours une vie bien conforme aux préceptes du Portique, dont il se donnait pour disciple : il accumula des richesses colossales ; il fut indulgent à l'excès pour les vices de Néron, peut-être à vrai dire par nécessité et pour prévenir de plus grands maux ; il justifia le meurtre d'Agrippine. Dans ses , écrits comme dans sa vie, Sénèque n'est pas toujours \ exempt de frivolité ni de recherche de l'eflét ; toutefois il cherche à produire, autant que possible, une impression salutair^', et déploie un talent extrêmement varié, une abondance de pensées extraordinaire, uni don d'observation pénétrante, un sens pratique qui ' sait garder la mesure et éviter les exagérations du stoïcisme ; mais d'autre part, il s'élève, dans ses idées \' morales, à une hauteur de vues étonnante, qui dépasse son siècle et son entourage; il devance ainsi son époque ; en même temps, il dépouille les idées étroites de l'esprit romain, et conçoit l'humanité indépendante
iflty
des nations. Tout ceci explique la tradition chrétienne qui en fait un chrétien et un ami de l'apôtre saint Paul. Le style de Sénèque est linverse de celui de Cicéron ; Quintilien le caractérise, X, I, 129, comme ahunflans dulclhus vitiis ; Caligula (Suétone, Calig. 5:}) fait à son sujet une comparaison heureuse, t arena sinticalre •. Ce style, conforme au goût du temps, est précieux et recherché; il procède ordinairement par phrases courtes, sans liaison, remplies de paradoxes et d'antithèses piquantes ; les pensées sont toujours exprimées d'une manière neuve et ingénieuse, mais leur variété même devient vite fatigante. Les écrits de Sénèque (conservés seulement en partie), sont, les uns en vers (les trag., § 21), des passages de VApocoloh., § 28), les autres en prose ; ces derniers à leur tour sont, soit des ouvrages sur les sciences naturelles (les Naturales quacstioncs. vn '■', livres, qui servirent au moyen-âge de manuel de physique), soit des traités de morale (par ex. de ira, :\ livres, de heneficiis^ 7 livres, plusieurs consolatinnes : — de tranquillitate animi, etc.). Ce que Sénèque a laissé de plus intéressant ce sont 1^1 Kptstiilae tid Liœilhim (surLucilius, voy. §27, à la fin), écrites en vue de la publicité : petits Jtraités de m.orale populaire qui renferment'une foule d'observafions remai-quables et de règles de conduite. Il s'y trouve aussi beaucoup de traits caractéristiques de la vie de lépoque. Une correspondance avec saint Paul (1 I lettres), que lui attribuait déjà un des pères de l'Eglise, saint Jérôme (vers Tan 100), est apocryphe, mais elle repose sur ce fait avéré que, souvent, les
idées morales de Sénèque concordent d'une manière surprenante avec les idées chrétiennes (1).
^' r.KNRES DIVERS
Voici quels furent, dans les genres spéciaux, les principaux écrivains de l'époque :
Dans la jurisprudence, à Capito ( voy. ^ 21) se rattacha M a s u r 1 u s S a b i nus (de l'ibère à Néron , auteur d'une iruvre fort commentée, juris civilis Hhri lir. et h Labéon, S e m p r o n i u s P r o c u 1 u s , qui vécut un peu plus tard. Ces deux hommes créèrent les deux écoles connues habituellement sous les noms d*école des Sahinicns (ou des Cassieni<, de Cassiusi ^ L on g i n u s , élève de Sabinus) et école des Procu- \ lêiens. L'une et l'autre eurent des représentants litté- , raires distingués.
La science du langage, en même temps que la rhé- -f torique), fut de plus en plus étudiée. Quelques empereurs s'y intéressèrent vivement : Claude méditait une réforme de l'alphabet ; il essaya d'introduire trois lettres nouvehes (j = v consonne, o antisigma remplaçant hs etjjs, h pour le son intermédiaire entre i et tt) ; Vespasien nomma Quintilien professeur de jgrammaire. Les principaux grammairiens et commentateurs de cette époque sont :
(1) Editloim <lc Nënèqne le philosophe : (iMivres complètes (prose), Ze texte seulement, Fr. Haase Leipz. 3 vol., 187l-'<3 — (pour les tiagédics, voy. plus haut paragr. 20i ; — avec lin commentaire en latin, C. R. Fickert, Leipz. 1842- 45, 3 vol.
Vov. C. Martha, Les moralistes sons V empire romain, p. + l-KM).
Q. Remmius Palaemo, de Vicence, qui vivait sous le rè^tie de Claude, auteur d'une grammaire fort répandue ; Q. A s c o n i u s P e d i a n u s (!) qui écrivit sous Claude, sous Néron et sous Vespasien ; nous possédons de lui, sur cinq discours de Cicéron, entre autres sur le pro Milan t\ des commentaires pleins de renseignements mais qui ne subsistent plus en entier; M. V a 1 e r i u s P r o b u s . de Béryte, qui vivait vers l'an <)(), et qui appliqua la critique à l'étude des écrivains, et spécialement des poètes classiques de Rome; sous Domitien, Aemilius As^) er; sous Ti'ajan, FI a V i u s C a p c r et V e 1 i u s L o n £U s ; de l'un et de l'autre il nous reste un traité do orthof/raf'hi'f : etc. r.2\
Dans les sciences matliémati<[ues, les écrivains les plus importants sont les arpenteurs, a(/riniensores ou i/romatici (de ijroina = bâton d'arpenteur), et parmi ces derniers, deux spécialistes distingués : Sex. Ju - 1 i u s F r 0 ji t i n u s , né vers Fan 10 ; il fut deux fois consul, alla comme général en Gaule, en Bretagne, et en Germanie, fut nommé en 1)7 ciiralot' aquariun, et mourut vers 10;) ; de son traité d'arpentage nous ne possédons (jne des extraits. Il écrivit, lorsqu'il était (Hrifior uiiudruiii. un traité de cnjuis arins Romae, rempli de renseignements précieux pour nous {'•)) : — liyi^nn (H y g i n u s ), qui écrivit sous Trajan un ouvrage d'arpentage dont nous possédons des fragments.
(1) Asvonius Pediannii : voy. redit, de Cicéron d'Orelli, Baitei- et Haliii, vol. V, pars II.
(2) Pour tous ces grammairiens, y compris Remmius Palaemon, voy. la grande étlition des Grammatici latini de H. Keil, qui se trouve dans toutes les bibliothèques universitaires.
(3) Editions du de aquis urbis Rornae: Fr. Bùclieler, Leipz. 1858.
Tous les deux écrivirent également sur Fart militaire ; ) Frontin composa un traité de Tactique qui s'est perdu, et un ouvrage qui nous est parvenu, les stratagemaia (ruses de guerre), en :> livres, auxquels se joint un 4*' livre servant de supplément, les stratdf/ema' tica, Hygin écrivit encore un traité de munU'uniibu^f et peut-être aussi un autre, de limitihus.
Dans le domaine de la géographie, on doit nommer Fauteur de la première description du monde qui nous i ^ soit parvenue, Pomponius Mêla, deTingentera, en Espagne, qui composa sous le règne de Claude, en puisant à des sources anciennes, 3 livres de situ orhis ^de chorograidiùf^ (1).
C'est en outre à la littérature géographique qu appartiennent, en tout ou en partie, la Germania et -f VAgricol(( de Tacite, les Naturales Qunestiones de Senèque, et surtout les livres III-VI de l'Histoire naturelle de Pline Fancien. C. Pli ni us Secun- -|. dus, né en l'an 2;] à Novum Comuni (Côme) , servit dans la guerre de Germanie , et fut envoyé plus tard comme procurateur impérial en Espagne; Vespasien crut pouvoir lui confier l'administration des finances et de la marine ; il mourut le 24 août 79, lors de l'éruption du Vésuve, victime de son zeTe pour la science (cf. Pline le jeune, epist. VI, 16). Pline Fancien, oncle de Pline le jeune, était ^ l'homme le plus actif eTîe^Tus instruit de son temps ; outre ses œuvres historiques, voy. § 30, et différents, traités de tactique, de grammaire, de rhétorique, comme le de jacahitione equestri, les duhii serrnonis
(1) KdHions d© Poinpouins Mël» : in usum scholarum A. Weichert, Leipz. 1816;- édit. critique, G. Parthey, Berlin, J867.
lihri Vflf, studlitsi 1. fil, ouvrages qui ne nous soiit point piirvemi^. il composa une œuvre que nous pos-
•f scdjns encore, sa -V'at£i^i£/ii»£or/aj en SJ jivres,
sorte d'encyclopédie des sciences naturelles ; elle embrasse 1 astronomie, la géographie, l'anthropologie, la zoologie, la botanique, la minéralogie, et en Jurande [)artie la médecine. Les matériaux en sont empruntés aux œuvres de près de 500 écrivains (environ 'JOOO volumes) ; c'est une mine inépuisable de tous les faits qui peuvent exciter de l'intérêt ou de la curiosité ; mais l'auteur traite son sujet souvent en
4.. amateur, et sans critique suffisante. Gomme Pline avait alïaire, avant tout, à un sujet extraordinairement ' riche, son exposition est généralement sèche, mais imssi parfois d'une enflure qui sent la rhétorîtjue ; il fait ressortir la grandeur et la majesté de la nature et de l'univers, et se met en opposition ouverte avec !«^s ci'oyanc'^s populaires sur les dieux (1).
De l'œuvre encyclopédique de Cor n^iî us (Jelsus (à l'époque de Tibère), qui traitait de l'art de la guerre, de Téconomie agricole, de la rhétorique et de la philosophie pratique, nous possédons encore ^ livres de mrdirina {de r,' medica), y compris la chirurgie. — b 0 r i b 0 n i u s L a r g n s . médecin ordinaire de l'empereur Claude, écrivit un recueil de de recettes, eorttf)osit loues ttiedicamentorKm, d'une
(Il Editions <!« Pline rnncien : le texte orec un index qui occupe tout le dernier volume, Ludovic Jan, Leipz., G vol. 1859-1875 (le 2« volume réédité par C. MayliolT avec un apparat critique ■. — Morceaux choisis, avec notes par ('hassang, Paris.
Vo y . Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 1. 1 1, p . 44, sqq.
Traduction française par Ajasson de Grandsagne, avec des notes de Cuvier, Letronne et autres, Paris, 1829-1833, î20 vol.
— im —
valeur scientifique et d'un style assez fciibles ; il nous en reste 271 recettes (1) .
L'économie rurale fut spécialement traitée par Mo de rat us Co lu me 11 a, de Gadès, contem- f P9£'}''\ ^^ compatriote de Sénéque, dans une oeuvre qui témoigne des connaissances techniques, des inten- ^i2iî^ji'^2iL^s ^^ du bon goût de l'auteur : De re rw^tica lihri XH ; le livre X, sur rhorliculture, est écrit envers hexamètres ; l'auteur reste bien au-dessous de Virgile, qu'il prend pour modèle (2).