‹ Histoire abrégée de la littérature romaine, [microform]Chapitre 4 sur 39 · I>E LA · texte numérisé non relu

I>E LA

Avant-Propos

Ce précis de riiistoirr- rie la littérature romaine a siicruiiuiiient jjour but de satisfaire aux besoins des écoles ; il fout donc qu^il renleriiie non-seulement ce que doit savoir un élève de nos gymnases, mais aussi et d'abord, tous les éléments de l'histoire littéraire qui peuvent trouver place dans l'enseignement classique. Sans prétendre à être complet dans la matière, je crois n'avoir omis rien (Kessentiel au but que je viens (Findiquer. Je inc suis ('1îoîT(' (]o donner une exposition brève et sonimairr, mais en même temps aussi claire et aussi précise que possible.

Quant à la disposition de l'ouvrage, j'ai suivi en principe, dans chaque période, la division des genres ; cependant, je n'ai pas

cru devoir me placer toujours à ce point de vue, à regard de certains poètes ou prosateurs, qui ont écrit dans des genres différents; j'ai placé tout ce qui les concerne dans la division consacrée au genre où ils se sont le plus distingués, comme Cicéron dans VÉloqiience, Je pense qu'on voudra bien excuser cette inconséquence, qui m'a d'ailleurs permis de présenter ces écrivains dans un tableau ayant de la suite et de l'unité.

On n'exigera pas d'un professeur qui compose un ouvrage comme celui-ci, qu'il ait fait des recherches spéciales dans chaque brandie ; il suffit qu'il ait une connaissance exacte de la littérature en elle-même (et non simplement de la littérature scolaire), et qu'il fasse preuvee de jugement personnel. Je crois avoir satisfait à ces conditions indispensables.

Les tables qui accompagnent l'ouvrage reproduisent tous les noms cités dans le texte.

Pour la composition du livre, je dois beaucoup à mon vénéré maître, le D' Teuffel, professeur à l'Université de cette ville ; outre les renseignements nombreux que j'ai puisés

^a^^^Ui^à'^S^^Su^i^Êi^û

dans son Histoire de la Littérature romaine, il u bien voulu in^iider Jui^rnèmo de ses conseils avec hx phis grande bienveillance; je lui en exia-iine ici mes plus vifs remerments.

Tubingue, avril 1810,

H. BENDER

La littérature romaine ne s'éleva que tard à une

véritable hauteur : ce fut seulement du jour où Rome

entra en relations suivies avec la Grèce et reçut

d'elle une riche et puissante inspiration. Le caractère

romain n'était guère favorable au développement des

lettres. Il manquait précisément des qualités que

demande la production littéraire et surtout la poésie

et, par lesquelles se dislingue le génie ,uTec : iinagina-

I tion fertile et créatrice, sens de la forme et sentiment i

f instinctif du beau, tendance vers l'idéal et libre épa- ^

j nouissement de l'individualité. Les qualités qui cons- '

tituent le caractère romain étaient toutes du domaine ! pratique : sens exact, rètlexion calme, tempérament ' viril et grave, mais par suite sans jeunesse, application laborieuse , tendance marquée vers le réel , alliance de l'intérêt individuel et de l'intérêt général subordination rigoureuse du particulier à lEtat. Les * occupations littéraires des Grecs n'étaient aux yeux des Romains qu'un amusement frivole, une sorte d'oisiveté occupée, et même Votium des Romains, du moins dans les temps les plus anciens, représentait une activité plus réelle que l'insouciant oiium des Grecs ou que la zoXu7rpay(xocuvy] enjouée des Athéniens. Aussi les Romains n'eurent pendant longtemps que du f dédain et de l'aversion pour tout ce qui était grec, et môme bien aprèi que ]es> classes supérieures eurent

■.:,jg,fa||9 ■;>-;■

coumieiicé à so laisser pénétrer par les éléments de la civilisation grecque, eUes durent dissimuler ^es sympathies qui demeuraient impopulaires, et montrer une confiance, souvent affectée, dans leur propre supériorité. Par suite de son exactitude minutieuse en tout ce qui regarde les devoirs envers la famille et envers l'Etat, le Romain n'avait ni le goût ni le temps nécessaires pour des occupations purement littéraires; aussi pendant cinq siècles ne vit-on paraître en littérature que des œuvres qui ne pouvaient prétendre à une forme artistique, comme les farces populaires, ou qui servaient à un but essentiellement pratique, comme les chants du culte, les chroniques, simple accumulation de faits, les recueils de textes juridiques. C'est également pour cette raison que chez les Romains, contrairement à ce qui arrive chez la plu- , part des autres peuples, la prose, qui peut s'en tenir simplement aux faits, se trouva prête pour l'usage classique avant la poésie dans laquelle la beauté de la forme est un point capital. Dans l'épopée héroïque, en particulier, laquelle caractérise le début et la période la plus brillante de la poésie grecque, il n'y eut point à Rome de production originale; c'est que les Romains, dépourvus d'imagination, n'avaient pas une mythologie riche en figures et en légendes ; dans leur religion, l'idée l'emportait sur l'image. Trouvant chez eux un fonds si peu favorable, Ja littérature avait besoin, pour prendre son élan, , d'une vigoureuije impulsion du dehors ; aussi la poésie ^ artistique à P.omo obéit surtout à l'inlluence de la Grèce. C'est également au grec que la prose romaine emprunta sa forme littéraire, même dans les genres qui, comme l'éloquence, paraissent essentiellement

romains par leur nature et par leur origine. Mais le triomphe de l'élément grec ne s'accomplit entièrement et sans résistance qu'aux sixième et septième siècles de Rome ; c'est pourquoi toutes les productions httéraires antérieures à cette époque, si originales et si vigoureuses qu'elles soient souvent, sont cependant encore grossières et informes ; elles marquent une tentative, un premier pas vers des œuvres plus artistiques et d'une forme plus parfaite.

La langue de l'Italie, comme le grec et le sanscrit, dont elle est sœur, fait partie de la famille des langues indo-germaniques. Elle compte parmi ses dialectes le latin, et parallèlement au latin, l'ombrien et le sabellien (osque), qui disparurent peu à peu. L'alphabet latin fut emprunté aux Grecs bien avant la fondation de Rome. Composé à l'origine de 21 lettres, il subit par la suite de nombreuses modifications (1) : ainsi le K disparut et le G fut introduit ; Torlhographe et la prononciation s'altérèrent également : S, par exemple, fut souvent remplacé par R ; l'aspiration des muettes ne commença qu'au temps de Sulla ; le redoublement des consonnes n'était point pratiqué avant Ennius* L'écriture, la prononciation et la grammaire ne furent soumises à des règles bien fixes qu'à l'époque oii la

(1) Voy., ponr l'alphabet latin, G. E.lon, Ecriture et pro^*^ nvnaatwn du latin savant et du latiifpôTmlairef Paris 1882 p. 1-10. ' *

littérature prit >ou essor, dans le courant du sixième et du septième siècles de la fondation de Rome. Les relations avec les Grecs eurent une grande influence sur le développement de la langue, et chez les Romains même, Ennius faisait époque, comme un de ses créateurs, pour avoir introduit l'hexamètre dans la poésie; mais le latin classique ne remplaça définitivement le latin archaïque qu'à l'époque de Cicéron. Le caractère de la langue et surtout de l'esprit romain était plus favorable h la prose. Le latin des premiers temps était encore trop peu souple et trop grossier pour être le vêtement llottant et léger qu'il faut à la poésie. D'ailleurs, la langue latine ne fut jamais douée de ces qualités propres à la langue grecque et qui se prêtaient d'ellesmêmes aux exigences de la muse: légèreté et élégance, liberté et souplesse, harmonie et rythme naturels ; au contraire, la langue des Romains avait pour caractères distinctifs l'expression exacte et précise, la correction logique, la concision syntactique. la pompe et la gravité oratoires, et une précision qui allait jusqu'à la lourdeur. Aussi convenait-elle surtout aux besoins de la prose dans le domaine tout pratique de la jurisprudence, de la législation, de l'éloquence et des annales dont l'unique but était de recueillir les faits. C'est avec Cicéron que la prose brilla à Rome de son plus grand éclat ; quand à la poésie, ce n'est qu'au temps d'Auguste qu'elle acquit le nombre, lélégance et la grâce. L'époque de Cicéron et d'Auguste est donc la véritable époque de la prose et de la poésie classiques ; ensuite commence une décadence graduelle de la langue ; la simplicité et le naturel disparaissent peu à peu ; les limites qui séparent la prose et la poésie deviennent de moins en moins distinctes ; la pompe

afTectée, la surcharge oratoire prennent le dessus ; la langue littéraire tend à se séparer toujours davantage du parler populaire; l'influence des éléments provinciaux se fait sentir de plus en plus : de là, cette décadence dont on distingue les ditlerentes périodes sous le nom d'âge d'argent, d'ûge d'airain et d'âge de fer.

On peut distino:uer dans la littérature romaine les périodes suivantes :

I. — Temps préhistoriques, jusqu'à LiviusAndronicus, 2i0av. J.-C.

IL — Période arcliaïque, de Liv. Andr. à Cicéron 540-70 av. .T.-C.

Page 1